Jennifer Ayache (Superbus): "C'est sur le plateau de "Les Nuls L'émission" que j'ai pris goût à la musique"

Après le cartons des singles "Lola" et "Butterfly", Superbus est revenu l'été dernier avec "Sunset", un album à la tonalité plus mélancolique. Le groupe français sera tête d'affiche à l'Autumn Rock Festival le 7 septembre. Nous avons rencontré Jennifer Ayache, la chanteuse. Et elle nous parle même de Chantal Lauby (ex "Les Nuls"), sa maman, sans que ça ne la gave...

Jennifer, ça t'inspire quoi de venir jouer en Belgique?ARF1.jpg

"On adore. On a un lien très fort avec votre pays, car on y a enregistré trois albums. A part pour le dernier, qui a été conçu aux Etats-Unis, on travaille tout le temps avec des producteurs et des mixeurs belges."

Pour quelles raisons?

"En musique, j'ai envie de dire que les Belges sont un peu les "Anglais" du côté francophone. La référence, quoi. Il y a un son belge qui est bien caractéristique. Il y a une manière de faire qui est à vous, et dont je suis fan. Quand tu écoutes dEUS, Ghinzu ou K's Choice, tu entends directement d'où ça vient. Soulwax, par exemple, je trouve ça absolument énorme. Et puis il y a un songrwitting qui est très proche de celui des Anglais."

Si tu devais résumer Superbus à certaines influences, quelles seraient-elles?

"Il y en a beaucoup. On mélange tellement de choses. Ca va de Blondie à Nirvana, en passant par Madness, Cure, Madonna et Elvis. Ca part dans tous les sens. Et puis on s'intéresse beaucoup à ce qui sort actuellement. J'ai adoré l'album de Lana Del Rey. J'ai bien aimé M83 aussi. Je suis fan des Yeah Yeah Yeahs, qui viennent de sortir un terrible album, même s'il est plus lent. Skip the Use me parle également beaucoup. Après, je prends tous ces ingrédients et je les mélange."

Comment définirais-tu le son de votre groupe?

"C'est de la pop, et donc c'est la liberté, qui passe par plein de choses. De temps en temps des grosses guitares, à d'autres des synthés. Il y a des influences années 80. Au final, c'est la voix qui fait le lien."

Votre son a pas mal évolué depuis les débuts. Vers quoi s'oriente-t-on maintenant?

"Le dernier album est un peu plus mélancolique, plus organique aussi. On avait envie de revenir à un son plus humain. On a fait un break de deux ans car on avait besoin de se retrouver chacun de notre côté. Du coup, ce sont des chansons qui sont plus lentes, peut-être plus matures aussi. A un moment, il faut grandir."

Comment en êtes-vous arrivés à enregistrer à Los Angeles?

"On a rencontré Billy Bush, qui est le producteur de Garbage et le mari de Shirley Manson, la chanteuse. Il venait de bosser avec "The Naked and Famous, et le courant est directement passé. On a enregistré avec lui au "East West Studio" sur Sunst Boulevard, où sont passés Sinatra et les Red Hot. Il nous a amené un son plus brut, plus distordu. C'était l'humeur qu'on voulait pour l'album."

A quoi doit-on s'attendre sur scène?

"On a décidé de faire des clubs, en France. Justement parce que l'album est plus intimiste, et on avait envie de retrouver la chaleur et la proximité du public. Ce sera un mix des cinq albums, avec des vidéos et une interaction avec le public. J'aime bien faire participer les gens. Mais attention, on n'en a pas marre des grandes assemblées. C'est juste que cet album, je ne le voyais pas dans un truc grandiloquent.

Préfères-tu la scène ou le studio?

"Les deux sont forts différents, mais j'ai quand même une préférence pour le studio car c'est le moment où tu peux partir dans tout et n'importe quoi. C'est un petit laboratoire et j'adore ça car je suis assez solitaire. En studio, je me sens vraiment à l'aise. La scène, c'est plus un moment de partage."

Lequel de vos concerts fut-il le plus mémorable?

"C'était lors d'un festival en Bretagne. On s'en était pris plein la tronche devant 60.000 personnes. C'était très impressionnant et marquant comme souvenir. Toutes les premières fois, en fait, restent mémorables. Comme notre premier Olympia, notre premier Zénith, notre première Ancienne Belgique,,.."

Recevoir une Victoire de la Musique, ça change une vie?

"Evidemment, car on ne s'y attendait pas. Depuis, on a un nom qui parle aux gens. Ca change la donne car cela vous met une espèce de label sur la tête. Ca ouvre davantage de portes, c'est certain."

Qu'y a-t-il de prévu pour la suite?

"J'ai plein d'idées en tête, mais je dois encore faire le tri. On finit cette tournée jusqu'à l'automne, et puis on verra. J'ai commencé à travailler sur des choses en solo. Mais j'ai gardé tout ça de côté pour le moment, car c'est totalement différent. Ca m'a fait du bien de prendre l'air. C'est très électro. J'ai bossé avec Greg Avau de Joshua. Cela risque de sortir à un moment."

A l'origine, le groupe s'appelait Twiggy. Pourquoi ce changement?

"Twiggy, c'était une mannequin des années 60. Malheureusement, le nom était forcément pris. Alors, j'ai ouvert le dictionnaire de latin, que j'avais gardé de l'école. J'ai tapé au hasard. Je me suis rendu compte que c'était le nom du dernier Empereur de Rome, et que ça voulait dire superbe, brillant, magnifique, orgueil,... au final, ça colle bien au message du groupe car on essaie de voir la vie avec légèreté."

L'aventure Superbus, c'est un rêve éveillé?

"Absolument. J'ai commencé alors que j'avais quinze ans et aujourd'hui je vais sur mes trente. Je ne m'attendais certainement pas à en arriver là."

Qu'aurais-tu fais de ta vie sinon?

"Certainement quelque chose d'artistique. De la peinture, de la photo, un truc dans le genre."

L'héritage familial n'a pas été trop dur à porter?

"Non. Mais de temps en temps, c'est vrai que je me sens obligé de devoir encore faire mes preuves car ma maman est tellement aimée des gens."

Vous échangez beaucoup d'impressions?

"Bien sûr. Elle me conseille, elle écoute mes chansons et elle vient voir mes concerts dès qu'on passe à Paris. C'est une maman quoi. Nous sommes très complices. Je suis très fière d'elle. Là, elle vient de sortir un film qui s'appelle "La Cage Dorée", qui parle de la communauté portugaise. C'est absolument génial. Elle est drôle comme je ne l'avais jamais connue auparavant."

T'a-t-elle poussée vers le milieu artistique?

"Non, pas du tout. Elle voulait me protéger, donc ce n'est pas vraiment le truc qu'elle avait envie que je fasse à l'époque. Mais à force d'accompagner ma maman à "Les Nuls L'émission" et de voir tous ces groupes et artistes, j'y ai pris goût. Sur le plateau, j'ai commencé à jouer de la batterie avec Status Quo, Nina Hagen, Texas,... Ca a fait son petit bout de chemin dans ma tête et je me lancée dans l'écriture de chansons."

N'as-tu jamais été tentée par une carrière cinématographique?

"Non car c'est quelque chose qu'il faut vraiment sentir, et je suis encore un peu trop timide pour ça. Je m'imagine plus derrière la caméra, à filmer des gens ou à réaliser des clips. Moi, dès que je peux m'exprimer, ça me plaît."

> Un entretien de Christophe Van Impe

 

 

 

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