La Muerte: "On a accouché d'un monstre"

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En mars 2015, après près de 20 ans d’absence, La Muerte fait un retour fracassant sur la scène de l’AB, avec un nouveau line-up. L’intégralité de ce come-back, unanimement acclamé, est enfin disponible chez Mottow Soundz, dans un luxueux gatefold, sur double vinyl clair fumé 180 gr, avec digital download inclus. Mixé par Dee-J., produit par La Muerte et masterisé à New-York par Alan Douches (Motörhead, Dillinger Escape Plan, Sepultura…). Le groupe jouera encore une fois cet hiver au Pandafest le 19/12. En 2016, La Muerte jouera aux Docks de Lausanne dans le cadre de l’Impetus Festival et sera à l’affiche du Roadburn avec Paradise Lost et Neurosis ainsi qu’au Graspop Cover face digital 2400x2400px.jpgMetal Meeting. Une tournée des clubs est annoncée pour février/mars 2016!

Comment décide-t-on de faire renaître La Muerte après près de vingt ans d'absence?

Didier Moens (guitare): "Je n'ai rien décidé. Marc (chant), qui était et est toujours en train de tourner un film, m'a un peu mis devant le fait accompli. Une actrice, Delfine Bafort, ouvrait une sorte de club dans une salle d'expo multimedia à Gand. Elle voulait qu'on vienne jouer trois morceaux pour l'ouverture. Marc savait que je n'étais pas très chaud, mais il s'était déjà engagé. Je n'avais pas envie de retravailler avec l'ancien groupe. Il m'a proposé de bosser avec d'autres, et j'ai trouvé l'idée assez attirante tout en restant très sceptique. J'ai laissé avancer les choses sans moi. Je suis arrivé un peu plus tard dans les répétitions et, au lieu des trois morceaux prévus, il y en avait déjà huit. On a commencé à jouer, et je me suis directement amusé. Je redécouvrais mes propres compos. Je me suis rendu compte qu'on avait accouché d'un monstre, que ce n'était ni passéiste ni nostalgique. Mais au départ, dans mon chef, il n'y avait pas de manque. Je m'étais lancé dans la production, et j'ai tourné comme mixeur avec Paradise Lost, Anthrax, Overkill et Agent Steel. Comme un footballeur qui devient entraîneur ou vendeur dans un magasin de sports, je considérais que j'étais passé à autre chose. Je passais toujours autant de temps dans les loges, mais je n'étais plus sur scène. J'avais l'impression qu'on avait fait ce qu'on avait à faire, et on avait arrêté pour une raison bien précise."

Et comment l'idée de l'AB est-elle ensuite venue?

D.M.: "Live Nation a eu vent de cette date gantoise et a proposé qu'on fasse l'Ancienne Belgique. Ils étaient persuadés qu'on pouvait le faire, sans nouveaux morceau, sans album, sans soutien d'un label... Moi, je ne savais plus très la muerte - ab 2015 - pic by Dave Decat - 1.jpgbien où on se situait. Surtout qu'on n'était pas le groupe le plus populaire en Belgique. On avait un peu tous contre nous. Mais on a accepté. Au final, ça a fonctionné. Il y a pourtant très peu de come-backs réussis. Il y en a un de réussi pour dix de ratés. Killing Joke en a fait un très bon, mais je peux te citer dix autres groupes qui ont mal vieilli. Des gars qui ont pris 40 kilos, qui ne savent plus chanter,... Il y avait ce danger. J'avoue que j'avais un peu peur. En tout cas physiquement, car La Muerte est un groupe très physique. Et revenir faire les mêmes cabrioles 20 ans plus tard... j'ai aussi des années d'excès derrière moi. Après La Muerte, je n'ai pas vraiment eu une vie plus saine. J'ai toujours continué à fonctionner la nuit, et je n'ai pas vingt ans de sport dans les pattes."

Et au final, c'était comment ce concert?

D.M.: "Très bien, mais le lendemain était un peu douloureux. Marc a souffert."

Michel Kirby (guitare): "Il y eu du plaisir pour ceux qui avaient découvert La Muerte dans les années 80, mais aussi pour la génération actuelle. Certains sont venus avec leurs gosses. J'ai une fille de 17 ans. Et une de ses copines est venue parce que son père était un fan de la première heure. On n'était pas là pour simplement faire plaisir aux anciens. Mais contenter les nostalgiques, c'était aussi un challenge, car c'était une célébration avec une nouvelle formule. Rejouer comme à l'époque, c'était hors de question. Et ça, ils devaient l'accepter."

D.M.: "Il y a même un fan qui nous avait vus... 99 fois, et il a adoré le concert de l'AB! Mais bon, La Muerte sera toujours autant détestée. Si tout le monde commence à nous aimer, alors je présume qu'on aura un problème. Ceci dit, tout le monde a toujours dit qu'on était en avance sur notre temps. On était grunge avant le grunge, on était stoner avant le stoner,... Marc avait cette voix avant que des chanteurs de black-metal se mettent à chanter comme ça. L'idée de danger me plaisait assez bien. On ne voulait pas y aller dans la facilité, et rejouer dans le même ordre l'album live de 1994. On voulait retravailler tous les morceaux à cinq plutôt qu'à quatre, avec de La Muerte_EViL Tour.JPGnouvelles personnes. Il y avait une prise de risques. Le groupe a de toute façon toujours été à géométrie variable. Pour beaucoup, La Muerte c'était Marc et moi et d'autres musiciens qui bougeaient. On a quand même eu dix batteurs en dix ans. En tant que membres fondateurs, on s'est octroyé le droit de faire ce qu'on voulait de La Muerte. Les nouveaux musiciens apportent une nouvelle énergie, une nouvelle dynamique, une nouvelle sonorité. Nos morceaux sonnent désormais 2015. J'ai l'impression que tout le monde fait table rase de ce qu'on a fait avant."

M.K.: "J'ai découvert La Muerte à Dour en 1997, même si je connaissais le nom. A cette époque, les metalleux étaient d'un côté et eux de l'autre. Je me souviens avoir été impressionné par ce concert. Quand je suis arrivé dans le groupe, il a fallu explorer tout ça."

D.M.: 'J'ai laissé Marc faire le casting, et j'ai donné mon approbation. C'est ça qui a commencé à éveiller mon intérêt pour le projet. Le taureau était excité par un drap rouge. J'y voyais de l'intérêt, car on ne se retrouvait pas avec trois requins de studio qui allaient jouer ce qu'on voulait jouer."

Le live sorti, pourrait-on s'attendre à un nouvel album?

D.M.: "On est occupé avec de nouvelles choses, mais je ne sais pas si ça donnera naissance à un album. Marc et moi, on est assez bien dans l'idée de repartir sur nos vieilles habitudes du début. Je m'attends donc plus à quatre ou cinq morceaux sur un 12 inch. Pourquoi pas un 45 tours? On n'en a jamais fait. La Muerte peut fonctionner sans devoir faire un album. On avance, mais c'est une autre dynamique. Car Tino est notamment occupé avec Channel Zero pendant un mois, et Marc avec son long-métrage. On travaille en comité restreint pour le moment. On n'a aucune pression, mais ça ira assez vite."

M.K.: "On va jouer au Roadburn. Les gens qui vont à ce festival aiment bien avoir un truc unique pour l'événement. Je crois que c'est aussi ça qui nous draine à amener de nouveaux morceaux."

Pourquoi ne sortir le live qu'en vinyl?

D.M.: "C'est un choix délibéré. En 1994, on avait sorti la totale en CD, car plus personne ne s'intéressait au vinyl. Mais je n'ose pas imaginer quel bel objet ça aurait pu être en format 33 tours."

> Un entretien de Christophe Van Impe

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