• Josef Salvat: "Diamonds a tué une partie de ma carrière"

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    Vous connaissez certainement déjà par coeur "Open Season" et son refrain en français. Repéré grâce à sa reprise de "Diamonds", l'Australien Josef Salvat sort enfin son premier album ("NightSwim") en Belgique. Un disque mélancolique et positif qui montre qu'il est bien davantage qu'un simple artiste de reprises ou une copie carbone de Gotye. "J'ai débuté la musique grâce à ma grand-mère, qui était chanteuse. C'est elle qui m'a donné goût à JOSEF_SML_15- Credit- EskenaziEncursiva-76818653.jpgl'harmonie. Elle est décédée dans un accident de voiture, et c'est pour elle que j'ai écrit ma première chanson."

    Alors Josef, content de revenir en Belgique?

    "J'adorerais découvrir Anvers. Mais j'aime aussi beaucoup Bruxelles. C'est un peu dark, un peu dangereux. Je suis venu trois ou quatre fois, mais je n'y ai jamais passé plus de deux jours. J'aimerais parcourir la ville. J'ai joué au Botanique, à l'Orangerie et à la Rotonde. C'était un peu étrange de jouer à la Rotonde, car le public est à tes pieds et la scène est énorme pour un endroit aussi intimiste. Elle fait quasiment la moitié de la salle. C'était assez déstabilisant. Le meilleur concert de ma carrière, c'était au Trianon à Paris. Je préfère jouer devant mon propre public, en intérieur. J'apprends encore à vraiment performer en festivals. Ce n'est pas toujours évident de jouer à 16 heures, en plein soleil, devant un public qui ne te connaît pas."

    Connais-tu certains artistes belges?

    "Jacques Brel et Stromae, qui figurent parmi artistes francophones préférés, sont belges. J'adore aussi Selah Sue. Quand je suis en festival en Europe, je flashe toujours sur des groupes belges. Et puis, Gotye est aussi un peu de chez vous. Il est même carrément né en Belgique!"

    Pourquoi as-tu choisi de chanter par moments en français?

    "Tout simplement car j'en suis capable. J'ai appris le français à l'école, et j'ai grandi en écoutant Jacques Brel, Serge Gainsbourg et Yves Montand. Ce sont tous des gars qui racontaient des histoires. Je suis tombé amoureux de la chanson française. Je trouvais ça sexy. C'est quelque chose que je voulais toujours faire. Je pense que je pourrais chanter encore bien mieux en français. Il y a déjà "Une autre saison" et "Paradise". A l'avenir, j'aimerais avoir une chanson entièrement en français, qui ne serait pas d'abord écrite en français. Il faut savoir que pour "Paradise", la JOSEF_HI_16  crop2-96872481.jpgversion française est venue en premier."

    Tu as même repris "Week-end à Rome" d'Etienne Daho...

    "C'est une chanson quasiment parlée, exactement comme Gainsbourg. C'est une conversation, c'est mélodique. On retrouve ça aussi dans ma chanson "Hustler". Inconsciemment, je crois qu'on peut retrouver cette influence dans ma musique."

    Pourquoi avoir repris "Diamonds" de Rihanna?

    "Juste, parce que c'est une chanson brillante. Si tu parles avec des journalistes paresseux, ils pensent que j'ai été signé grâce à cette reprise. Bullshit! C'est faux car ce morceau était sur mon premier EP, mais j'ai été signé un an auparavant. Dans un sens, "Diamonds" a tué une partie de ma carrière. Je n'étais pas un artiste commercial avant ça. Cela m'a mis de la pression. On m'a ensuite considéré comme un artiste commercial, comme un gars faisant des reprises,... et ça m'a emmerdé. Ce n'est pas ce que je suis. Je ne suis pas un snob, j'aime énormément de choses différentes en musique."

    Tu as choisi de vivre à Londres. Est-ce plus simple de s'y imposer qu'en Australie?Josef 348-L8-Shot_01-66603613.jpg

    "Non, c'est plus simple en Australie, car c'est un marché plus petit. On a des artistes fantastiques chez nous. Mes albums préférés de 2015 étaient ceux de Chet Faker et de Tame Impala. Putain, leur album est terrible. Courtney Barnett est également incroyable."

    Es-tu agacé qu'on te compare à Gotye et Lana Del Rey?

    "Non, c'est très flatteur. Ces comparaisons remontent à il y a trois ans, à cause de deux chansons, et ça me poursuit. Gotye est brillant. Sa musique est éclectique, c'est typiquement australien. Il est la preuve qu'on peut faire ce qu'on a envie de faire. Cela m'a donné confiance. Chez Lana Del Rey, j'adore sa mélancolie. La différence entre elle et moi, c'est qu'elle construit sa réalité. Ma musique est plus personnelle. Et puis, elle vend aussi quelques millions d'albums en plus!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Parkway Drive, monstrueux à l'AB

    Ah l'Australie. Ses Kangourous. Ses surfeurs. Son soleil. Et ses groupes de metalcore. Parmi eux, la formation phare est évidemment Parkway Drive. Et les Aussies étaient de passage à l'AB ce mardi pour défendre leur nouvel album « Ire ». Dans leurs bagages, ils nous avaient aussi amenés Thy Art Is Murder et Architects. Après la prestation tout en brutalité des premiers, les seconds ont pris possession de la scène pour dispenser leur excellent post-hardcore. Architects, c'est une valeur montante du hardcore international et les Britanniques l'ont encore confirmé. Avec un set très bien ficelé, ils ont ravi le public de l'AB qui n'en demandait pas tant pour une première partie.Parkway_Drive_2015_-_Ire.jpg

    Mais le groupe que tout le monde attendait, c'était bien entendu Parkway Drive. Et l'attente des spectateurs a été plus que récompensée. Grâce à un set tout simplement monstrueux, le groupe qui s'impose comme la plus grande formation metalcore du moment a confirmé tout le bien que l'on pensait d'eux. Avec un début de concert explosif, notamment grâce aux deux nouvelles chansons « Destroyer » et « Dying to Believe », Parkway Drive avait déjà mis tout le public dans sa poche. Comme à son habitude, le groupe, et particulièrement son chanteur Winston McCall, a été très communicatif. Et ce qui fait la différence, c'est leur énergie débordante tout au long d'un concert. Les Australiens ont alterné les classiques (« Carrion », « Idols and Anchors », « Romance is Dead ») et les titres de leurs deux excellents derniers albums (« Wild Eyes », « Dark Days », « Vice Grip », « Dedicated », « Bottom Feeder »).

    Et le public en redemandait bien entendu. L'AB était déjà sold out depuis des semaines et la foule en feu face à un groupe en pleine grâce. Le rappel, avec l'excellent « Crushed » issu du dernier album et le magnifique « Home Is For The Heartless, terminait de mettre tout le monde d'accord.

    Une voix éraillée, des muscles douloureux et (beaucoup) de sueur. Tels sont les ingrédients d'un concert de Parkway Drive réussi. Et celui-là le fût particulièrement. Alors oui, le groupe originaire de Byron Bay s'impose de plus en plus comme le meilleur groupe de metalcore en activité. Pour notre plus grand bonheur.

    > Olivier Eggermont

  • Notre Saint-Valentin, on l'a passée avec Aline

    Il en aura fallu du temps pour qu'Aline puisse enfin venir défendre "La vie électrique" au Botanique. La faute à une menace terroriste qui, en novembre, avait empêché les Marseillais de se déplacer dans notre tellement dangereux ghetto bruxellois. Ce qui était d'autant plus dommage vu que la symbolique était forte puisque c'est ici, aux très prestigieux studios ICP, qu'ils ont enregistré leur deuxième album. "Et en tournant un clip, on a même failli mourir dans un taxi, qui faisait la course avec un autre", lance Romain Guerret, la voix du groupe. pour cet album, ils sont allés chercher Stephen Streets, le producteur UK des Smiths. Que ceux qui trouvaient Aline déjà trop référencé rock briton des années 80 au premier album passent leur chemin. Les autres, dont nous, adoreront.DSC_8714.jpg

    Qui dit concert reporté dit pas de première partie et une entame peu après 20 heures dans une Rotonde bien remplie. Les lumières sont encore allumées et tout le monde papote allègrement quand le chanteur monte sur scène, pour ce qu'on croit être encore le soundcheck. "C'est bon, je suis prêt, vous pouvez venir", lance-t-il à ses comparses. Le ton est donné, et il sera humoristique pendant tous le concert. Pas de tralala, lunettes de soleil sur le pif, il balance des blagues potaches entre chaque morceau, comme s'il jouait dans son garage. Le concert débute par "Avenue des armées" et balaie avec bonheur les deux albums. La setlist est la même que lors des précédentes dates françaises. Pour la petite touche d'originalité, il faudra attendre le rappel avec l'inédit "La lune sera bleue" et la reprise de "Tout ce que je veux" des Désaxés en hommage au rock français. Pour évidemment terminer par le sublime instrumental "Les copains".

    Il est à peine passé 21h30. Jamais les Français n'ont terminé un concert aussi tôt en jouant en tête d'affiche. Un bon repas les attend en loges. Certains auront encore deux petites heures pour se rattraper de leur absence à la maison en cette soirée de Saint-Valentin...

    > Christophe Van Impe

    > Photo de Lara Herbinia

  • Macklemore & Ryan Lewis, Ben Harper, Birdy, James Bay, Coeur de Pirate, Bloc Party, ... et beaucoup d'autres au Luxembourg

    On fait le point sur tous les concerts annoncés ces dernière semaines au Grand-Duché de Luxembourg. 

    1619643_10152952199435348_3246125391733705494_n.pngAtelier

    Les rappeurs de Macklemore & Ryan Lewis joueront le 8 mars à la Rockhal. Le trompettiste star du jazz Ibrahim Maalouf viendra, lui, dans la capitale luxembourgeoise le 31 mars à l'Atelier. 

    Au niveau rock indépendant, on note les venues des New Yorkais de DIIV (le 9 avril à l'Atelier) et des Anglais de Bloc Party (le 17 avril à l'Atelier). 

    Plus grand public, Birdy (le 29 avril à l'Atelier) et le jeune Britannique James Bay (le 27 juin à la Rockhal) seront aussi au rendez-vous. 

    A signaler, le changement de date pour les Anglais de Wolf Alice. Ils ne joueront pas le 20 février mais bien le 30 août. 

    3342091311.42.jpegRockhal

    A la Rockhal, on note certains artistes francophones comme Feu Chatterton (le 10 mars), l'artiste de l'année des dernières Victoires de la musique Vianney (le 7 avril) ou Coeur de Pirate (le 12 avril). 

    Matt Simons, l'auteur du tube "Catch & Release", sera, lui, de passage le 19 avril, avant que Korn ne soit de retour le 31 mai. 

    Last but note least, Ben Harper jouera également au Luxembourg le 21 octobre du côté de la Rockhal. 

    logo-kulturfabrik-ti-u73lpn.jpgKulturfabrik

    Enfin, la salle eschoise de la Kulturfabrik a, elle, annoncé la venue de l'artiste électro français Rone le 4 mars. 

  • Paul McCartney et Macklemore & Ryan Lewis à Rock Werchter

    00_1450308885.jpgCes dernières heures, le festival de Rock Werchter a ajouté deux noms prestigieux à son édition 2016. A commencer par Paul McCartney qui sera présent dans le Brabant flamand le jeudi 30 juin, où il interprétera sans doute quelques morceaux des Beatles. Un must absolu pour tous les fans de musique. 

    Les rappeurs Macklemore & Ryan Lewis seront, eux, au rendez-vous le dimanche 3 juillet. 

  • Mustii: un monstre est né à la Rotonde

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    L’histoire de Mustii, c’est celle de l’ascension fulgurante d’un gamin bourré de talent(s) et de ressources. Thomas Mustin, puisque c’est de lui dont il s’agit, s’est d’abord fait un nom sur le petit écran. Diplômé en première master d’art dramatique à l’IAD en 2012, il a débuté dans des webséries, des pubs et des courts-métrages. On le retrouvera d'ailleurs bientôt à l’affiche de « La Trêve » sur la RTBF, ainsi que dans trois longs-métrages en 2016.

    Mais son histoire, c’est aussi celle d’une rencontre déterminante. En 2014, il signe sur le label Black Gizah Records de Kid Noize, l'homme à la tête de singe. Il fait quelques scènes à ses côtés, notamment aux Francofolies de Spa en juillet dernier. Mais il décide vite de voler de ses propres ailes. « The Golden Age », imparable single aux paroles bien sombres, le fait passer dans une autre dimension. Ses premières apparitions sur scène sont certes encore hésitantes, mais on discerne directement l’énorme potentiel. Un deuxième single « Feed Me », sorti quelques semaines plus tard, ne fait que confirmer cette impression. Avant même d’avoir un album à proposer, il est parvenu à remplir la Rotonde du Botanique. La demande était telle, que le Bota lui a dans la foulée proposé non pas l'Orangerie, mais carrément le Cirque Royal. Ce sera pour le 21 octobre.

    Jeudi à la Rotonde, pour le lancement de son EP, il a dépassé toutes les attentes. Les spectateurs n’auront vu que le résultat final. Mais le travail en amont était impressionnant. Pendant six jours, il s’est enfermé à la Madeleine, avec Michaël Larivière (MLCD, Hollywood Porn Stars) comme coach personnel. En une petite semaine, le gamin est devenu une bête de scène. Sous le regard attentif de personnalités du milieu comme Kid Noize (sans le masque, on vous rassure), Michaël Larivière ou encore Marka, Thomas a chauffé à blanc une Rotonde désormais déjà bien trop petite pour lui. Doté d’une voix sensationnelle, il se permet même de reprendre le "Heroes" de David Bowie à sa sauce. On pense inévitablement au phénomène Nicola Testa, vu les références années 80 parsemées tout au long du set. Mais c’est surtout à une évolution à la Oscar and the Wolf à laquelle il semble promis. Prochain élément de réponse en octobre au Cirque…

    > Christophe Van Impe

  • Mathias Malzieu (Dionysos): "Je vis désormais au plus-que-présent"

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    Mathias Malzieu est d'ailleurs. On l'a connu avec l'âme d'un Jedi, il a eu une horloge greffée à la place du coeur, et il a fini en cascadeur raté. Mais, en pleine promo de l'adaptation cinématographique de "Jack et la Mécanique du Coeur", le retour à la réalité est brutal. Il apprend qu'il souffre d'une aplasie médullaire, qui nécessite une greffe de moelle. Cloitré à l'hôpital, il entame la rédaction de son journal. Aujourd'hui, ce grand enfant d'1m66 (un peu plus qu'et demi) se raconte dans "Journal d'un vampire en pyjama". Un livre et un album poignants à découvrir au plus vite...

    Mathias, par le passé, tu t'es toujours caché derrière des personnages. Cela n'a-t-il pas été trop difficile d'être cette fois aussi personnel dans l'écriture?

    "C'était un choix intuitif. D’habitude, je ne choisis pas de me cacher. C’est que je suis plus juste en jouant un personnage. C’est le principe de la Comedia Del Arte. Là, je me voyais mal parler d’une maladie rare chez une femme qui accouche à Düsseldorf en 1999. Je me suis mis à écrire un journal. Si j’avais attendu, je n’aurais pas eu les mêmes principes de réalité et de vérité. Quand j’ai commencé à aller mieux, j’ai fait un vrai travail littéraire. J’ai juste enlevé les jours que je trouvais redondants. Ce travail a été fait il y a un an. Je n’ai plus eu de transfusions à partir de Noël. Ils m’ont enlevé le cathéter le 24 décembre. J’ai bossé sur une vraie V1 du livre jusque mars. Il Dionysos6.jpgfallait que je monte mon bâtiment avec des échafaudages, des photos, des illustrations. Il y a trois ans, je n’aurais pas vu l’intérêt d'un livre autobiographique. J’aurai pu faire un livre sur l’architecture des hôpitaux parisiens, mais je n’en aurais pas eu envie de le lire. Cette épreuve, ça a été mon plus gros concert."

    Le groupe a-t-il directement souhaité mettre en musique ton journal?

    "Je leur ai posé la question, et ils ont directement été partants. Au début, il y a le choc aussi. Il y a tout qui explose. Même le groupe devient dérisoire. Tout part dans un tourbillon."

    Et le ton de l'album est, forcément, moins rock n' roll...

    "Je ne suis pas d’accord. Techniquement, oui. Comme c’est un journal, il y a moins d’imagination. Mais faire une chanson comme "Hospital Blues" dans une chambre stérile, en voix de tête à 6h du matin parce que je ne veux pas réveiller les autres, je trouve ça rock n’ roll. J’ai toujours trouvé Léonard Cohen plus rock que Metallica. Cela ne m’empêche pas d'adorer Iggy Pop, les Pixies et Nirvana. Je ne le renie pas. Et quand je monte sur scène, le démon d’adrénaline revient. Au-delà de ces problèmes de santé, je commençais à en avoir marre de me faire mal. Je vieillis. Je me suis fait des claquages aux deux mollets. Je faisais une heure de kiné avant et après. J’avais des straps sur les mollets pendant les trois quarts de la tournée. Socialement, je vivais moins avec le groupe. Peut-être que j’aurai envie de faire un disque de punk rock dans trois ans, je n’en sais rien. Le plus important, c’était d’être dans le plus-que-présent. J’ai baissé le tempo spontanément. J’ai des chansons très intimes. Je n’avais pas envie de le faire avec d’autres. J’étais même prêt à ce qu’on n’appelle pas ça Dionysos. Mais ça devait sortir maintenant. J’ai enregistré 8 chansons , qu’ils ont réarrangées pendant que j’étais en greffe de moelle. Pour moi, c’est le disque le plus Dionysos de tous.  Notre ADN, il est plus large que celui d’un simple groupe rock."

    Pourquoi avoir repris "I Follow Rivers" de Lykke Li?

    "C’est une histoire assez jolie. C’est issu d'une discussion avec une infirmière, qui aimait bien cette chanson. J’ai pris ma guitare et je la lui ai jouée. Après, c’est devenu un code. Quand elle passait dans le couloir, elle tapait dans Dionysos5.jpgles mains et je la jouais. Il y avait un côté chasse au trésor, bouteille à la mer. En plus, sur le disque, ça donne un côté interlude. J’aime beaucoup la dualité entre deux faces sur un vinyle."

    Quel regard rétrospectif portes-tu sur l'expérience "La Mécanique du Coeur"?

    "C'était fabuleux. C’est dix ans de ma vie. Cela m’a appris énormément de choses, en termes de se mettre dans les conditions d’avoir des surprises. Tout est parti d'une petite flamme, et ça s'est terminé en film. La petit flamme, il fallait la garder en vie malgré les courants d'air, et l'ouvrir. L’histoire, elle se résume en deux trucs et elle a fait dix ans de ma vie. Dans la même journée, tu finis par enregistrer Eric Cantona, Jean Rochefort, Rossy De Palma, le tout avec des sons d'horloges captées dans le Berry avec un petit micro. Puis tu te retrouves à faire ton premier live au Grand Journal. Et là je mets la fille avec qui j’étais à ce moment-là sur la tête de Denisot. Et à la pub, tu as Besson qui se dit intéressé par ton idée de film. Tout ça était extraordinaire."

    Quelle fut l'importance de Luc Besson?

    "Il a eu un rôle starter complet. C’est lui qui a décidé qu’il voulait produire le film. C’est un vrai coach. Il a l’intelligence de savoir se mettre dans l’univers de quelqu’un. On m’avait mis en garde. Il m’a fait bosser. Il n’a pas essayé d’en faire un Disney. Pendant la tournée de "La Mécanique du Coeur", je venais bosser avec lui tous les lundis. Des petits beurres, des pâtes, il allait coucher ses gamins et puis on bossait. J’arrivais avec le script et il me posait des questions. Cela se passait super bien. Je suis venu un jour, fatigué et en ayant moins bossé. On a bu un café, on a discuté de tout et de rien, il m'a dit de rentrer chez moi. Je peux te dire que la semaine suivante, j’étais en place. C’est avant tout un passionné d’histoire et de cinéma. On ne retient que le côté industriel, mais il a défendu de très beaux films. Et tout ça, comme il réussit, on n’en parle jamais. Je ne me fie jamais à l’image. Ne m’intéressent que les gens qui sont créatifs. Je ne vais pas commencer à moins aimer Björk parce qu’elle a vendu plein de disques ou à trouver Chaplin nul parce qu’il est connu. J’aime les choses parce qu’elles me plaisent. J’écoute aussi des choses lo-fi enregistrées sur un quatre pistes, parce que les chansons sont Dionysos2.jpgbelles. J’adore Magnetic Field, même quand ils enregistrent avec un banjo désaccordé. Le bon exemple, ce sont les White Stripes. Je les avais vus avec Steve Albini dans un bar à Toulouse, devant 60 personnes. C’était génial. Six mois plus tard, ils faisaient le Zenith de Paris. Mes amis n’avaient pas trouvé ça bien. Mais, c’était le même concert, sauf qu’il y avait plus de monde et que les gens connaissaient les paroles! Je trouve ça d’un snobisme absolu."

    La tournée sera-t-elle également différente?

    "On ne jouera que dans des salles assises. On veut installer un rapport à l’écoute différent. Ce que tu perds en performance sportive et en énergie brute, tu le gagnes en qualité d’écoute et en convivialité. Tu as moins l’impact, mais tu peux être plus subtil. Ce sont des choses vers lesquelles je vais spontanément. De toute façon, j’ai un démon en moi. Je peux donner autant sans me faire mal à chaque concert. Je ne regrette pas le passé, car c’était sincère. Mais je donnais plus que j’avais. Maintenant, je veux le donner émotionnellement. C’est pas grave si je n’ai pas fait trois sauts à chaque coup de cymbale. Je ne dois pas non plus me brider. Cela fait des années que mon ostéo me dit de me calmer. Je me déglinguais d’emblée. Les gens qui me fascinent, ce sont des gens qui ont su évoluer. Des Nick Cave, des Tom Waits ou des Björk, ne font pas la même chose qu’il y a dix ans. Iggy Pop, lui, j’ai toujours l’impression de voir ce qu’il fait il y a 20 ans. Mais je l’aime toujours autant. Ah s’il pouvait débarquer plus calmement comme il l’a fait à un moment... Avec sa voix, on aurait dit Lee Hazlewood."

    Quel regard portes-tu sur l'enfance, qui est omniprésente dans tes oeuvres?

    "Le rapport à l’enfance, c’est l’instinct, l’intuition et la spontanéité. Ce n’est pas forcément régressif.  Les meilleurs professeurs et les artistes que je préfère, ils ont gardé une part d’enfance. Ce qui ne veut pas dire qu’ils se prennent pour des enfants. Je ne me prends pas pour Peter Pan, je ne veux pas avoir encore 11 ans. Par contre, je veux me rappeler de la spontanéité et du côté non filtré des sentiments. On retrouve ça chez Charlie Chaplin, Bjork, Tom Waits ou Jacques Brel. J’aime ma vie d’adulte, au-delà des problèmes de santé. Je n’ai pas envie d’être coupé du monde et d’être tout le temps dans le rêve ou l’enfance. Mais je veux y avoir accès, et c’est la passerelle entre les deux qui m’intéresse, ce petit no mans land. Le passeur , ça peut être un personnage, un livre, une chanson, une rencontre,… C’est Cocteau quoi!"

    D'où te vient cette fascination pour le skateboard?

    "C’est un truc de copains. Quand j'étais gamin, je descendais dans le lotissement. Et puis, j’ai totalement coupé avec le skate. Quand je suis arrivé en ville, c’était devenu un truc très sérieux. Il fallait être habillé selon un certain code, il fallait faire des figures. Or, ce que j’aimais, c’était juste glisser. Même m’asseoir dessus comme un con. Du coup, je me suis désintéressé du skate comme je me suis un moment désintéressé de la guitare pour les mêmes raisons. Puis, il y a eu un concert en Suisse, au Paleo. Là, je vois des mecs avec des très longues planches, comme dans les années 60. J’ai essayé, et j’ai adoré. Depuis, je n’ai jamais arrêté. Tous les jours, je vais à mes rendez-vous comme ça. J’ai fini par avoir une collection, avec beaucoup de skates old-school. Il y a un côté surf de bitume. En plus, j’ai beaucoup d’idées qui me viennent en skate. La chanson « Skateboarding sous morphine », ça fait partie d’un carnet que je tiens. J’ai appelé ça les « Skateboarding Poetry ». Je prends l’air, et je me lâche. J’ai écris cette chanson en rentrant en skate de l’hôpital. Par rapport à mes problèmes de santé, ça m’a permis de rester connecté à ce que je suis. L’identité est importante, car l’ego est complètement déchiré. Et c’est dangereux pour le désir. J’ai été très sérieux. J’ai pris mes médicaments et j’ai suivi les recommandations. Le seul truc où je n’ai pas fait ce qu’on m’a dit, c’est le skate. C’était interdit par principe, car je ne pouvais surtout pas tomber. Mais c’était une façon de rester moi-même sans pour autant prendre des risques."

     > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Les Innocents (à la Madeleine, le 31 mars): "L'industrie de la musique va vers le luxe"

    Les Innocents seront en concert à la salle de la Madeleine le 31 mars afin de promouvoir "Mandarine". Ce sera déjà leur quatrième passage en Belgique depuis leur reformation. Pour eux, tout a recommencé lors d'un soir un peu fou dans le Magic Mirrors du BSF...

    Il y a un an et demi au BSF, vous aviez dû improviser un deuxième concert pour faire face à la demande. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience?

    Jipé : "C’était fantastique. Nous avions pris cette décision avec notre manager, alors que nous étions en train de dîner. Bon, Jean-Chri ne le ferait pas tous les jours. Mais moi, je suis un boulimique. Quand je sors de scène, il y a toujours Les Innocents photo 3 Credit Richard Dumas.jpgcomme un goût de trop peu. Le deuxième concert était plus fou. C’était comme l’after du premier. Il s’est toujours passé des trucs dingues en Belgique. Beaucoup de choses ont démarré ici. Le rapport à la musique est un peu plus passionnel chez vous. En France, mon investissement fait que je passe souvent pour un vilain petit canard. En Belgique, tu peux allumer la radio et entendre Elvis Costello. Chez nous, ce serait un miracle. Notre premier concert à l’Ancienne Belgique, ça avait été fabuleux. On a presque tout fait sauf Forest National. J’adore la Rotonde. Tout artiste rêve d'une telle salle."

    Jean-Chri : « Ce soir-là, on vivait au présent. On n’avait encore aucune certitude. Pour nous, c’était aussi important que l’album. On a senti que la porte était restée ouverte. »

    Avez-vous ressenti un manque de la part du public?

    Jipé : "En toute humilité, oui. Cela me semble toujours bizarre car, quand un artiste que j’aime ne sort pas de disque, bin j’en achète un autre. Mais les gens nous réclamaient. Alors que pour nous, il y avait évidemment un manque mais nous étions occupés."

    Jean-Chri : "Il y avait en tout cas le manque de jouer ces chansons. Les jouer séparément, ça n'aurait pas eu de sens. C’est une joie de prendre l’émotion des gens."

    Jipé : "Comme nous sommes prévoyants, nous avons tout fait pour que ce ne soit pas banal. On a quand même des tubes à jouer, ce qui est une manière d’entrer en collision avec le public. Mais on a aussi des morceaux un peu plus cultes, qui plaisent aux vrais fans. Et puis, il y a les morceaux du quatrième album, que nous n’avions jamais joués. C’était un réel plaisir de les faire vivre sur scène. A chaque fois qu’on part pour jouer deux heures, on voyage beaucoup. »

    Revenir rien qu'à deux, c'était une évidence?

    Jipé : "Oui, car tout part de là. Le carburant d’une chanson, c’est la combinaison de nos deux voix et de nos deux guitares. On a fait ces erreurs de jeunesse au moment où la technologie est arrivée en 1989. Le morceau « Un homme extraordinaire » a par exemple été composé tout à fait à l’envers. Deux ans plus Les Innocents photo 1 Credit Richard Dumas.jpgtard, on l’a joué à deux guitares et il a pris son sens. Là, on est complètement là-dedans. La production vient après. On a travaillé pendant un an, avec un téléphone comme bloc-notes."

    Jean-Chri : "Nous étions restés sur une période où chacun était dans sa chanson. On avait besoin de retrouver une gymnastique, de se faire plaisir, de se surprendre et de mélanger nos voix."

    Jipé : "Refaire des chansons ensemble, ça a scellé nos retrouvailles. Le différend qu’il y avait eu, avec le départ de Jean-Chri, c’était notre séparation à nous. Ce n’est pas pour minimiser le rôle des autres, mais le reste n'était qu'un groupe. Sans eux, on peut se débrouiller. On est bien tous les deux. Au-delà de ça, il y a un choix esthétique. En jouant ces chansons à l’état de squelette, on abolit la distance."

    Jean-Chri : "On n’a jamais vraiment eu un son de groupe. On a eu des sons de groupes. On a fait de la pop, du folk,… Finalement, la force d’être à quatre ou cinq n’était pas notre meilleur outil."

    Les reformations étant rarement un succès, n'avez-vous pas eu peur de l'échec?

    Jean-Chri : "Même la nôtre n’est pas toujours un succès. Les choses changent, et on doit se battre. Mais c’est en tout cas un succès d’un point de vue personnel et de l'accueil du public. On prend la chaleur et l’enthousiasme des fans. Aujourd’hui, on parvient à en profiter. A l’époque, on ne faisait pas gaffe aux retours. Et on se sent mieux, ça vaut bien une séance de psychanalyse."

    Jipé : "Je suis un grand fan de musique, et les reformations sont souvent scabreuses. Quand CrowdedLES INNOCENTS Mandarine.jpg House s’est reformé, je n’ai écouté l’album que deux fois."

    Jean-Chri : "Pour nous, être à deux, c’est aussi quelque chose de nouveau. Comme, je crois, chacun de nos albums a été une expérience. Bon, on ne vous cache pas que le nom aide…"

    Jipé : "On n’aurait en tout cas pas pu revenir sous un autre nom."

    Pendant la longue pause du groupe, il y a eu l'arrivée d'Internet...

    Jean-Chri : "Et nous ne sommes pas encore les plus doués. On a eu quelques réprimandes de notre producteur. Sur toute la tournée, j'ai dû faire un post sur Instagram! Aujourd’hui, il faut être plus que jamais la locomotive du projet."

    Jipé : "Pour moi, c’est un effort un peu surhumain de vivre l’histoire et de la raconter en même temps. Cela m’enlève une énergie motrice. Qu’il y ait un troisième média là-dedans, ça me pompe de l’énergie. Moi, le seul moment où j’écris, c’est quand je fais des chansons."

    Comment faire face à la mutation de l'industrie musicale?

    Jean-Chri : "Les disques se vendent de moins en moins, et c’est frustrant. Mais ça doit être encore plus dur pour un artiste qui débute aujourd’hui. A notre époque, les concerts restaient une réalité économique. Franchement, je ne sais pas comment ils font… "

    Jipé : "On est dans l’œil du cyclone. Tout est en mutation, on doit se réinventer. Les Innocents, c’est très classique. Mais dans notre autres expériences, on est déjà un peu dans le maquis, avec des Les Innocents photo 2 Credit Richard Dumas.jpgconcerts en appartements par exemple…"

    Jean-Chri : "La musique qu’on fait a tendance à disparaître des radios. C’est ce qui me fait le plus mal. Or, c’était notre récompense. Même si nous sommes encore privilégiés par rapport à d’autres."

    Jipé : "Une partie de l’industrie de la musique va aller vers le luxe."

    Jean-Chri : "Il y a aussi une économie qui a changé dans le concert. Il y a plus d’endroits pour jouer, mais ça reste la galère pour monter une tournée. Quand tu sors un disque, tu n’as plus l’assurance d’avoir 50 dates. Souvent, la prise de risque est trop grande pour les salles. Franchement, nous on a encore de la chance!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Richard Dumas

  • "De Nieuwe Lichting 2016" est...

    de nieuwe lichting,studio brussel,equal idiots,clear seasons,wanthanee... Wanthanee, Clear Season et Equal Idiots! Le concours de jeunes talents organisé par Studio Brussel depuis 2012 a connu son apothéose ce soir à l'Ancienne Belgique.

    Un jury professionnel (composé cette année entre autres d'Isolde Lasoen et de Jan Paternoster) a sélectionné huit candidats parmi plus de 800 inscriptions. Durant toute cette semaine, les auditeurs ont pu voter pour un trio gagnant.

    Et voici donc les lauréats annoncés lors de la soirée de cloture organisée à l'AB ce soir, dans l'ordre où ils ont été appelés sur scène. Leurs prestations ci-dessous dans les locaux de la radio sont précédées et suivies de quelques mots...

     

    Wanthanee

    Originaire de La Panne, elle est considérée comme la "London Grammar" du plat pays par Stubru... On vous laisse apprécier son univers délicat.

     

    Clear Season

    Les amoureux de Coldplay "première époque" ne resteront pas insensibles aux compositions des Courtraisiens, et à la voix de Matthias Desmet en particulier.

     

    Equal Idiots

    On sentait que les deux foufous d'Equal Idiots parviendraient à bien vendre un rock sautillant, bien à leur image...! 

     

     >Philippe Sadre

     

     

  • Sept nouveaux noms (dont Ellie Goulding, Years & Years, Daughter et Låpsley) à Rock Werchter

    00_1450308885.jpgComme chaque vendredi, Rock Werchter a ajouté des artistes à sa programmation 2016. Avec une grosse tête d'affiche (Ellie Goulding) et quelques trucs qu'on a vraiment envie de voir (Daughter dont le dernier album est un petit bijou, Låpsley et Guy Garvey le chanteur d'Elbow). Years & YearsOh Wonder et Two Door Cinema Club seront également de la fête.