• Belles (re)découvertes luxos à l'AB!

    Le Club de l'AB servait de cadre mardi à "Luxembourg sounds like...", une soirée qui permettait de mieux faire connaître la scène musicale luxembourgeoise. Organisé par l'asbl Music : Lx et la Rockhal, cet évènement initialement prévu en novembre et annulé suite aux menaces terroristes a donc pu être reprogrammé. Pas à une date idéale mais qu'importe, les troupes étaient plutôt motivées pour l'occasion.

    munity on the bounty,fox,say yes dog,ab,ancienne belgique,rockhalLe public, arrivé au compte-goutte, se plaçait en un arc de cercle poli pour Fox, le premier groupe de la soirée. Très à l'aise, les membres demandaient finalement aux gens de se rapprocher de la scène. Leurs chansons rock sont propres et bien fignolées. Trop? Peut-être, mais bon...

     

    Les six gars sont bien en place et enchainent les morceaux de qualité. Du joli travail pour un premier album éponyme sorti récemment. "Amusez-vous et buvez plein!" lance le percussionniste Aloyse. A noter qu'il s'agissait de leur premier concert hors Grand-Duché. 


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    Un passage au bar et au merchandising et pan!, sans crier gare; la Mutiny on the Bounty a commencé. "North Korea" du deuxième album met les choses au point: ça gesticule dans tous les sens aux riffs ravageurs de ce math-rock nourri aux pilules énergétiques. Le premier rang emboîte le pas, ça donne une belle petite bamboula.

    Fondé en 2004, le groupe a de la bouteille, c'est clair comme de l'eau de Beckerich. En témoignent de longues tournées qui le fait souvent s'arrêter en Angleterre," avec ses salles un peu pourries", entend-on dire le guitariste Nicolas Przeor en souriant. Et sans aucun morceau chanté donc, à l'instar de "Digital Tropics", leur troisième album sorti fin 2015. Les grands ducs de la soirée! A voir notamment au PaCRocK le 23 avril prochain.

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    Pas facile du coup pour Say Yes Dog de faire cesser les chuchotements, malgré les cette question existentielle dès la première chanson: "Would you be my girlfriend?". Mission rapidement remplie cependant grâce à une électro-pop terriblement dansante accompagnée par une voix assez intrigante. Le quotidien anglais "The Guardian" les a déjà comparé à Hot Chip (écouter "A Friend" notamment), on ne peut pas leur donner tort. Moins "intello", mais pas moins intéressant. Et certainement tout aussi sautillant.

    Le trio. se trouve actuellement en France avant de prendre la route de l'Allemagne et de l'Autriche en avril. Son premier album "Plastic Love" est sorti il y a quelques mois. A noter également qu'il est composé de deux Berlinois (où le groupe est actuellement basé) et d'un Luxembourgeois... On est bon!

    Comme toute cette soirée découverte d'ailleurs... Et pourquoi pas remettre ça chaque année?

    >Philippe Sadre 

  • Sharko: "Aujourd'hui, le décalage il est à l'intérieur"

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    Sept ans après "Dance to the Beast", et après une parenthèse solo aussi salvatrice que réussie, David Bartholomé est enfin de retour avec Sharko. L'attente a été interminable et douloureuse, mais elle en valait la peine. Car "You don't have to worry" est un putain d'excellent album. Il sortira le 8 avril et le groupe, qui a retrouvé le feu sacré, sera en concert à la Rotonde le lendemain. Nous avons rencontré David, autour d'un thé à la rose, quelques heures seulement après les attentats de Bruxelles.

    David, j'imagine que c'est un peu compliqué de parler musique, vu les événements...

    "La première chose qui me vient à l'esprit, c'est qu'il faut continuer à vivre. Quand il y a eu les attaquants au Bataclan, j'ai été heurté de plein fouet. On touchait au secteur du jeune qui va aux concerts. Je connaissais des gens qui étaient dans la salle, notamment Guillaume B. Derchef, qui écrivait pour les Inrocks. J'ai souvent joué au Bataclan. C'est une superbe salle. Le soir du 13 novembre, je suis allé coucher très tôt. Je ne l'ai appris que le lendemain matin. J'avais 15 messages sur mon portable. Il y avait de fortes probabilités que je connaisse des gens sur place. Mais je n'ai pas voulu céder à la dramaturgie et commencer à envoyer des textos à tout le monde. Il faut laisser aux gens le temps de regagner la surface. Le samedi à 15 heures, un copain à tenté de joindre Guillaume via son épouse. Elle lui a répondu qu'il était dans les victimes."

    As-tu eu des appréhensions avant de remonter sur scène après les attentats de Paris?

    "Non. Je ne dis pas qu'on n'y pense pas, mais pas au point d'avoir une appréhension ou d'être timoré. Le week-end qui a suivi, les gens n'avaient pas envie de sortir. La décence et la dignité faisaient que les gens avaient plus besoin d'être accrochés aux nouvelles. Mais après, la vie doit continuer. Le boulanger doit continuer à faire son pain. Ce que j'ai trouvé très beau et audacieux, c'est que le championnat de Belgique de football ne s'est par exemple pas arrêté. J'ai trouvé que c'était un beau signal. Il fallait continuer de divertir. Aujourd'hui, ça touche Bruxelles. Mais, c'était tellement prévisible. Il ne fallait pas être un grand tacticien de la politique ou du terrorisme pour s'en douter."

    On va quand même parler musique... Il y a deux ans, pendant la Coupe du Monde, je t'avais croisé. Et tu avais été très mystérieux autour d'un éventuel retour de Sharko. Y avait-il vraiment encore un doute?

    "Oui, le doute était présent. Nous avions répété et enregistré beaucoup de choses pendant huit mois, jusqu'à juillet 2013. J'étais hyper découragé car j'ai osé admettre qu'il n'y avait rien de bien là-dedans. J'ai eu un vrai coup de massue. Tous les morceaux sont partis à la poubelle. J'ai mis du temps à m'en remettre. J'étais décontenancé, sans ressource, sans revenu, sans idée. J'étais vraiment dans la merde. En juillet 2013, on m'a proposé de jouer de la basse dans un groupe français. J'ai accepté, et ça m'a fait du bien. C'était un travail d'humilité, je pensais à autre chose. Je me suis un peu laissé aller. Pendant la Coupe du Monde, j'avais deux ou trois chansons et on reprenait les répétitions après un an. C'était un peu tôt pour dire que nous étions sur la bonne voie, car je n'avais rien en mains..."

    En quoi était-ce si mauvais que ça?

    "J'étais hyper exigeant. J'étais mal à l'aise avec tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une posture. Avec le recul, j'avais raison. Sur le morceau "You don't have to worry", il y avait à la base un beat très dance. Dans ma façon de chanter, c'était horrible, je braillais."

    As-tu pensé tout laisser tomber?

    "On ne se le dit pas aussi brut de décoffrage. Mais je me suis demandé si j'étais encore aguerri, si je n'étais pas trop vieux. Le déclic, ça a été d'accepter un boulot de merde à Roubaix. J'étais tellement malheureux que je me suis dit qu'il y avait certainement moyen de faire mieux. C'était impossible que je ne m'en sorte pas. Je me suis ditSharko2.jpg que ça allait aller... you don't have to worry! J'ai vraiment été convaincu de l'idée de relancer Sharko en avril 2015. J'avais envie d'être aspiré pour m'en sortir. Il y a eu la rencontre avec Christophe Waeytens, qui m'a poussé avec ses mots. On a enregistré des guitares, et je me suis rendu compte que ça sonnait très bien. Nous sommes allés dans un studio à Bruxelles, c'était un rêve de gosse. Après le troisième jour de mix, j'étais convaincu."

    Qu'as-tu retiré de ton expérience en solo?

    "J'ai été déstabilisé par l'échec de l'album "Dance on the Beast". Je trouvais que j'avais été à côté de la plaque. Je m'en voulais. Si je voulais être artiste, c'était pour avoir des antennes et capter des trucs. Je devais me remettre en scène et en confiance. Plutôt que de tout de suite monter sur un cheval, vaut mieux d'abord monter sur un âne ou un poney. Le côté champêtre, sans pression, jouer des petites chansons en étant plus bucolique et sans se prendre la tête sur la production et le son, tout ça m'a fait un bien fou. Je ne savais pas que Sharko allait reprendre par après, mais je savais que je soignais un truc qui avait été dérouté. C'était une parenthèse essentielle."

    Pourquoi avoir mixé l'album à New York?

    "Il fallait que je me fasse aider par un vrai professionnel ayant le bagage et la connaissance technique qui me manquaient. J'avais des noeuds dans les chansons. C'était de la chirurgie. On m'a alors parlé de Mark Plati. Quand tu fais de la musique pop rock en anglais, c'est important de te baigner à un moment donné dans un univers anglophone. Il te faut un Américain qui te reprend sur la grammaire du texte ou sur ton accent. Quand il ne te dit rien, c'est rassurant. A force de côtoyer des Américains, tu as une sensibilité plus exacerbée à certains endroits."

    En plus, les conditions climatiques étaient assez particulières!

    "A fond, ouais. Mais c'était tellement bien vécu localement! Ici, les gens s'inquiétaient pour nous. Alors que là-bas, les Américains se prenaient en selfie dans la neige, faisaient de la luge dans Central Park, on a même vu un gars faire du ski de fond sur la 5e Avenue. Quand je suis revenu, j'avais la banane. J'ai compris que c'était bon."

    Dans tes influences, tu as souvent cité la musique classique. Est-ce encore le cas?

    "J'aime bien Wagner pour le côté tonitruant, pour les grandes explosions. Je n'aime pas tout hein, car ça me gave. J'écoute de tout. Je peux aller de Ravel première époque, jusqu'à Eric Satie."

    Mais le pop rock, tu évites?

    "Dans la mesure du possible, car ça risque de perturber ton travail, de te donner de fausses bonnes idées. Du coup, je prends une bulle d'air en écoutant d'autres choses. J'aime bien écouter du jazz,, car je ne comprends rien et ça m'aère la tête. Quand je veux vraiment rire un coup, j'écoute du jazz fusion des années 70 comme Weather Report. Je tiens 15 minutes, mais je sais que ça me fait du bien."

    Sharko est sur le devant de la scène depuis 1999. En quinze ans, es-tu satisfait de l'évolution de la scène belge?

    "Il y a eu une extraordinaire vague belge, mais je me dis qu'on aurait pu aller encore plus loin. Aujourd'hui, il y a un dynamisme dans les groupes qui surgissent, malgré la difficulté et la tristesse du secteur. Ce sont des artistes qui ont une vision et qui la défendent tant bien que mal. J'aime beaucoup Great Mountain Fire. Nicolas Michaux a son sillon aussi. Et comment ne pas penser à Alice on the Roof au moment où tout le monde en parle en France?"

    Comment arrive-t-on encore à se motiver vu l'évolution du secteur?

    "C'est un idéal de création. On a une vision et on essaie de la défendre. Tu ne dois pas le faire en te disant que tu vas être endetté pour trois ans. Tu ne le fais même pas pour la gloriole, mais juste pour la satisfaction."

    Parviens-tu encore à être un "artiste décalé"?

    "Par le passé, le décalage était plus excentrique. Désormais, je me contente d'un décalage à l'intérieur. Avant, j'aurais été jusqu'à faire un strip tease et à faire chanter ma chaussure. Aujourd'hui, sur un morceau comme "Woody", tout le surréalisme est à l'intérieur du texte. Et ça, ça me convient. Je crois être devenu plus réservé. C'est l'âge..."

    Tu es un grand fan de football, même si tu prétends le contraire...

    "Je ne comprends plus rien au football belge. J'ai du mal à adhérer à cette histoire de playoffs. Je ne suis pas capable de te citer trois joueurs évoluant en Belgique. Je sais juste que Preud'homme entraîne à Bruges. Techniquement, la Belgique c'est quand même pas top. Quand tu compares avec un match de Leicester, il y a un monde de différence. Mais j'adore le football français, et je suis la Ligue 1 car il y a le PSG. J'aime beaucoup cette énergie. J'avais fait un travail de fin d'année sur Socrates. J'avais eu zéro! Pourtant, j'avais bien bossé sur la tactique du Brésil entre 1982 et 1986. Les neuf membres du jury ont cru que je me foutais de la gueule de la philosophie. Il y avait de l'esprit, mais ce n'était pas du foutage de gueule."

    Vois-tu des connections entre le football et la musique?

    "Je vois des connections dans le déclenchement et la provocation d'idées. Quand tu vois Verratti ou Rabiot prendre le ballon, se diriger vers la droite, creuser, et puis ouvrir à gauche,... ce déclenchement d'idées, tu le retrouves dans la musique. Dans le foot, il y a aussi une question de lignes, de verticalité et d'horizontalité. Tu peux comparer la base rythmique en musique à l'assise défensive d'une équipe. Tu sais qu'une bonne phrase, ce sera un peu comme un but de Giroud!"

    Par contre, c'est compliqué d'écrire un bon morceau sur le football...

    "Oui, même si je pense que c'est possible. "Excellent", dans ma tête, c'était en partie pour le foot."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Herbinia

     

  • Evening Call, le bulldozer liégeois

    Une fois n'est pas coutume, nous avions envie d'un peu parler metal sur Sudpop. La faute à ces talentueux gamins liégeois d'Evening Call, qui ont sorti l'automne dernier l'excellent EP "Restore". Par rapport au premier disque, qui ne date pourtant que de 2014, le groupe a acquis EveningCall.jpgénormément de maturité et de professionnalisme. Les compositions restent bien ancrées dans le mouvement hardcore US, mais ont pris énormément d'ampleur. Lionel Bolain, chanteur de Wolves Scream, vient même poser sa voix sur "Light the Fuse". L'EP ne compte que quatre morceaux, mais on a l'impression d'être passé sous un char d'assaut après une seule écoute. Vu leur rythme de production, on risque de très vite entendre parler d'eux à nouveau. Un groupe à certainement à voir en live. Et ça tombe bien puisqu'ils seront en concert le 5 avril à Namur (Petit Bitu), le 15 avril à Flemalle (Rock Village) et le 7 mai à Bruxelles (Garcia Lorca).

    > Ch.V.I.


  • Mauvais, ils en ont fumé de la bonne

    Messieurs du showbiz spécialistes des cérémonies en tous genres, créez sur le champ un prix récompensant la pochette et le titre d'un album, et décernez le les yeux fermés à Mauvais! A qui? Ne vous fiez pas à leur bio, car vous risquez de vous y égarer. Les Liégeois s'y présentent comme étant une mauvaise version de ce que la Mauvais.jpgchanson française peut nous offrir de meilleur. Cela ne vous donne pas envie d'écouter? Vous avez tort! Pourtant, si vous êtes fan du grand Gégé, vous risquez également d'être quelque peu refroidis. Sur la pochette de "Pour toi je peux devenir Gérard Depardieu", le plus belgo-russe des acteurs français pose en robe qu'on croirait tout droit sortie de "La petite maison dans la prairie". Bref, les gars de Mauvais, ils ont dû en fumer de la bonne. Comme quand l'idée leur a traversé l'esprit de vouloir reprendre, en français, l'infâme "Words" de F.R. David. Et le pire, c'est que ça donne bien.

    Mauvais est né de la fusion entre Calogero Marotta (ex-Showstar notamment) et Christophe Enclin (ex-Hank Harry). La légende veut que ce projet soit sorti de l'oeuf à l'issue d'une... soirée de playbacks. Patrick Schouters est ensuite venu avec ses baguettes se greffer au duo, tandis que Marc Van Den Broeck joue de la gratte sur scène. La seule vérité dans leur bio, ce sont les nombreuses références assumées. Comme sur "Johnny", qui parle de qui vous vous doutez. Il n'y a rien à jeter dans cet album. Il brasse à merveille le panorama de la chanson française, de Serge Gainsbourg à Alain Bashung en passant par bien d'autres. On vous en donne un avant-goût avec "Trop vite et sans pitié" qui rappelle l'univers de Florent Marchet et d'Arnaud Fleurent-Didier, mais en pas trop mauvais...

    > Christophe Van Impe


     

  • L'Ancienne Belgique devient luxembourgeoise le temps d'un soir

    Annulée en novembre dernier suite aux menaces terroristes, la soirée "Luxembourg sounds like" à l'Ancienne Belgique a été re-programmée il y a plusieurs semaines déjà. Malgré les évènements dramatiques récents, le rendez-vous du mardi 29 mars au Club de l'AB devrait être maintenu. De quoi découvrir, gratuitement en plus, ce que nos voisins ont dans le ventre! 

     

    ancienne belgique,rockhal,fox,say yes dog,mutiny on the bountySi certains noms de salles (l'Atelier et la Rockhal par exemple) sont devenus familiers, il n'en est pas encore de même pour les artistes grand-ducaux. C'est d'ailleurs la Rockhal d'Esch-sur-Alzette et l'asbl Music:Lx qui organisent cette soirée à l'AB, prévue initialement dans le cadre de la présidence luxembourgeoise de l'Union Européenne. 

    A l'affiche: trois groupes dont les styles se croisent mais possédant chacun leur son propre. La soirée débutera  avec la musique intemporelle de Fox. Six musiciens qui forment un ensemble entremêlant les différentes décennies rock et pop.

    Ensuite, ce sera au tour du "mix of math-rock and post-core, whatever that means..." - voir clip ci-dessous-) de Mutiny on The Bounty, d'investir le très sympathique grenier de l'AB.

    Ils laisseront la place à Say Yes Dog, dont l'electropop a déjà été comparée à Hot Chip entre autres. Leur premier album "Plastic Love" est sorti en septembre dernier, ils devraient bien en avoir toujours quelques-uns de dispos ce mardi!  >Philippe Sadre

     

    Fox

     

    Mutiny On The Bounty

     

     

    Say Yes Dog

     

  • (run) SOFA: "On fait du rock de Manchester-sur-Sambre"

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    Charleroi est progressivement en train de se débarrasser de son image de ville post-industrielle noire et repoussante. Le Rockerill n'a jamais été aussi bouillonnant, le Vecteur devient une plateforme culturelle incontournable, Kid Noize redore l'image carolo depuis derrière ses platines. Et puis il y a le petit dernier. (run) SOFA, groupe rock absolument inclassable, devrait très vite devenir incontournable. Le premier EP, "Shenaningans", sort ce vendredi. Et c'est de la bombe made in "Manchester-sur-Sambre"...

    Comment est né le projet (run) SOFA?

    "Le projet existe depuis environ deux ans, mais s'appelait d'abord "Zero Tolerance for Silence". On avait sorti un premier EP, mais on était plus dans l'expérimentation. C'était un autre trip, i n'y avait pas vraiment de ligne directrice. Notre bassiste est parti vivre en Suisse, et on a décidé de sortir un deuxième EP beaucoup plus structuré, en changeant de nom et d'image. Le nom vient du morceau "Run So Far" de George Harrison. On travaille encore Run.jpgavec Wilson Rose, qui est notre graphiste et qui joue sur un morceau. On a changé de nom car le précédent était un peu revendicatif, on voulait quelque chose de plus léger. Ce groupe, qu'on évoquait depuis longtemps et qui est enfin là, regroupe toutes nos influences. L'EP nous représente bien en termes de couleurs. C'est comme si c'était un nouveau groupe. Au niveau du chant, les références sont vastes. On pourrait t'en citer plein, comme Thom Yorke, Bjork, David Byrne ou Shaun Ryder, même si ça ne se ressent pas dans le chant."

    Comment qualifieriez-vous votre musique?

    "C'est difficile de mettre une étiquette précise. On a envie de faire une musique qui est dansante, mais qui reste brute et rock. Et dans laquelle il y a une couleur. La base de tout, c'est le live. C'est du rock de Manchester-sur-Sambre. Plus on s'ouvre, plus on est créatifs. Des artistes comme Radiohead ou David Bowie, ils ne sortent jamais deux fois le même disque. On ne veut surtout pas se répéter, tout en gardant notre identité forte."

    Vos origines carolos se ressentent-elles dans votre musique?

    "Oui, dans notre manière d'aborder et d'interpréter la musique. On a un show énergique, tout en ayant des subtilités. On a surtout envie que notre musique touche toutes les classes sociales. On ne veut pas faire un truc élitiste. Charleroi, la ville post-industrielle et tout ce que ça représente, c'est nous quoi. Il y a une part de vérité dans cette image que véhicule la ville, mais elle a souvent été très mal exploitée. Charleroi, c'est avant tout des gens très chaleureux. Cela change petit à petit. On a vraiment envie de représenter ce changement. Les gens en veulent Run4.jpgde plus en plus. Il y a eu tellement peu de choses à Charleroi ces 10 dernières années que tout est à faire, et c'est hyper excitant. Quand nous étions adolescents, il n'y avait plus rien à Charleroi après 19h. Or, les gens sont chauds et demandeurs. J'espère que l'image va changer. C'est une ville post-industrielle comme Manchester, qui est parvenue à se reconstruire. Il y a le Vecteur, il y a le Rockerill, il y a Kid Noize, il y a Pays Noir,... ça commence vraiment à bouger à Charleroi."

    Le visuel, c'est important?

    "Oui, très. Le lien entre le son et l'image est très fort. On a un fort rapport avec le cinéma, on a tout le temps des images en tête. On adore Jim Jarmusch, David Lynch, David Cronenberg,... Voir leurs films, ça a changé notre vie. On aime bien l'idée de voyage. Quand tu regardes un film de Jarmusch, tu as l'impression d'avoir fumé un joint. Parvenir un jour à faire une BO, ce serait terrible. C'est un des trucs qu'on aimerait faire dans notre vie."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


     

     

     

  • The Sore Losers passe la troisième et cela va faire du bruit

    89595-the-sore-losers-announce-skydogs-release-on-march-18th-1110384.jpgA l’heure où l’on ne peut plus sortir de chez soi sans se farcir Adele, Ellie Goulding ou - pire - Louane dans les oreilles, qu’il est bon de s’enfermer à double tour dans son salon, par un week-end pluvieux, casque sur les oreilles, avec la nouvelle galette de The Sore Losers à fond dans les écouteurs ! Ce nouvel album (déjà le 3e après un premier LP éponyme en 2010 suivi de l’enthousiasmant Roselyn quatre ans plus tard), qui est paru ce vendredi 18 mars, devrait finir par imposer durablement les quatre flamands sur l’échiquier du rock garage. Car ce Skydogs, plus brut et immédiat que ses prédécesseurs, envoie du lourd, pied au plancher, 32 minutes durant. C’est court mais c’est bon. Et ça décrasse les oreilles.

    Porté par le single « Cherry Cherry », brûlot punk que n’auraient pas renié Iggy Pop et ses Stooges, « Skydogs » compile une dizaine de mini-tubes qui renvoient aux meilleures heures du MC5. On songe aussi beaucoup à Jon Spencer sur « Dirty Little Pretty Things » ou aux Black Keys sur « Got It Bad » ou « All I Am ». Produit par le natif de Nashville Dave Cobb (Rival Sons, Chris Cornell) dans un studio à Berlin, l’album a été enregistré dans les conditions du live. « L’écriture, l’enregistrement, le mixage : tout s’est passé super vite. Pas de place pour le doute. C’est ce que voulait Cobb : qu’on ne garde que l’énergie et la magie des toutes premières prises. Ce qui fait de Skydogs notre album le plus dangereux à ce jour, mais aussi le meilleur », crâne le leader Jan Straetemans. On ne peut que lui donner raison.

    > Romain Goffinet

  • GiedRé: "L'indignation sélective, ça ne marche pas avec moi"

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    Elle est drôle, belle, insolente, lituanienne et talentueuse. Bref, elle est parfaite. Sortie de son petit bistro par Raphaël Mezrahi et Laurent Baffie, GiedRé n'a aucune limite. Après quatre soirs sold out à la Maison des Musiques, elle sera de retour le 1er octobre à la Madeleine. Ne loupez surtout pas ça...

    GiedRé, il paraît que ton premier rapport à la musique c'était... un CD de Céline Dion, alors que tu n'avais pas de lecteur!

    "Ouh là oui, c'est une légende à moitié inventée par les gens qui la déforment. Quand je suis arrivée en France, j'avais 7 ans, et des amis de ma mère m'avaient offert ce CD comme cadeau de bienvenue. Je ne pouvais pas l'écouter, donc je lisais juste les paroles. Et puis un jour, j'ai écouté la musique, et je me suis dit "ah ouais.." Je ne sais pas ce qui était le pire entre les paroles et la musique, ça devait sans doute être le savant mélange des deux. Cela m'a en tout cas beaucoup servi à vouloir faire autre chose par la suite!"

    Tu as commencé comme comédienne. Comment as-tu fait le switch vers la musique?

    "A la base, ce n'était pas du tout censé être un switch. Je ne vivais pas toujours hyper bien d'être dans cette grande dépendance du désir des autres. J'ai juste eu envie de me créer un petit espace de liberté totale, où je pouvais de temps en temps faire ce que je voulais, comme je le voulais et quand je le voulais. Du coup, je venais jouer mes petites chansons dans un bistro, et c'était censé en rester là. Je n'avais aucune ambition."Giedre4.jpg

    Tu viens de jouer quatre soirs de suite sold out à Bruxelles. Le public belge est-il si particulier?

    "Mais, je vous dois tellement, c'est terrible! Vous allez me faire un procès pour vol de propriété intellectuelle! C'est marrant, car c'est le cas depuis le tout début. A l'époque, je venais dans des petits lieux, des endroits très confidentiels. La première fois, c'était en 2011 au Café Belga. J'ai aussi joué au Salon de Silly. C'était toujours complet. Quand je suis venu pour la première fois en festival, je m'attendais pourtant à ce qu'on me mette entre la poubelle et le recyclage du verre. Avec le public belge, on a la même simplicité."

    Tu avais commencé très fort en sortant un album... sans CD!

    "Oui, c'était drôle. C'est l'avantage d'être en auto-production. Je peux faire ce que je veux. Cela s'appelait "Mon premier album, genre Panini". L'objet album, pour moi il n'est pas important. Une chanson, c'est bizarre. Ce n'est pas comme un tableau ou une statue, elle n'existe pas. C'est immatériel. Mais, j'avais quand même envie de mettre mes chansons dans une petite maison. J'avais fait tout un concept. C'était comme un album Panini. Il fallait gratter, et puis tu avais un code pour télécharger le morceau sur mon site."

    Quand tu écris, te mets-tu des limites?

    "Oui, quand j'arrive en bas de la page. Elle est là la limite."

    Mais pas dans les thèmes donc?

    "Non, ce serait tellement triste. Il y a déjà tant de gens dont c'est le métier d'imposer des limites."

    As-tu déjà eu des réactions négatives de personnes que tu évoques dans tes morceaux?

    "Au contraire. On me disait de me préparer, que j'allais avoir les associations d'handicapés à dos. En fait, il s'est passé exactement le contraire. Au lieu d'avoir été mise en demeure, j'ai été invitée à être la marraine d'un festival qui s'appelle "Ma sexualité n'est pas un handicap". J'ai rencontré des handicapés qui avaient envie de prendre du Giedre3.jpegplaisir, et qui m'ont remercié pour "La bande à Jacky". Je pense qu'il faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Certains sont bien plus intelligents que tout ce qu'on leur dit toute la journée. Après, tu as toujours des réactions du genre: "Ouais, ta chanson sur le suicide, c'est abusé. Car moi, mon cousin il s'est suicidé et ça m'a rendu trop triste". Mais l'indignation sélective, ça ne marche pas avec moi. N'être révolté que par ce qui te touche personnellement, je trouve ça un peu petit. Soit tu t'indignes de tout, soit tu ne t'indignes de rien. Ma chanson sur le suicide, ça ne va pas. Mais les enfants morts et tout le reste, ça passe car ça ne te concerne pas? Les réactions pareilles, je ne les entends pas trop."

    Quel rôle Raphaël Mezrahi et Laurent Baffie ont-ils eu dans ta carrière?

    "Ce sont les premières personnes qui m'ont dit de le faire en vrai. Je jouais dans mon bistro. Un jour, une copine me conseille de rencontrer un mec qui faisait des chansons rigolotes. Je le fais. Et, face à moi, il reçoit un appel de Raphaël Mezrahi sur son portable et devient tout blanc. Il devait assurer sa première partie à La Cigale pendant une demi-heure le soir-même, mais n'avait que de quoi tenir 20 minutes. Il me demande alors de venir dépanner en jouant deux morceaux. Je m'en fichais vu que j'avais zéro envie de faire ça en vrai. Au pire, tout le monde détestait. Mezrahi m'a ensuite présenté Laurent Baffie, qui m'a invité à Europe 1. Ils m'ont pris par la main, et m'ont poussée. Au fil du temps, je me suis un peu éloignée du milieu humour 100%, car je ne m'y reconnaissais pas vraiment. J'ai fait mon petit chemin, mais je suis un peu comme leur petite nièce."

    Tu t'es même exportée au Japon...

    "C'est une histoire marrante. J'y étais allée une première fois pour faire des petits concerts mais dans un cadre francophone. Un Japonais est alors venu me trouver. Il avait un label qui sortait tous des trucs français du style Juliette Greco. Il voulait sortir mon album. Je lui ai dit: "Mais, il ne faut surtout pas faire ça, monsieur! Car vous allez perdre tout votre argent et je ne dormirai plus de la nuit de vous savoir sous un pont si loin de moi et à cause de moi". Pendant longtemps, je lui ai dit non, mais il insistait. Du coup, j'ai sorti un album là-bas. J'ai fait la totale. Sur la pochette, je vole sur un sushi dans le ciel! Je suis allée là-bas faire dix jours de promo et des petits concerts. Dans le public, il n'y avait que des Japonais. Ils étaient déstabilisés car je parlais justement de tout ce dont il ne faut pas parler au Japon. Le rôle de la femme y est également particulier. Ils sont très studieux. Ils suivaient les paroles dans un petit livret, comme à la messe."

    Retournes-tu souvent en Lituanie?

    "Oh oui. Quand j'ai le temps, j'y vais tous les trois ou quatre mois. J'ai gardé la nationalité lituanienne. En plus, je suis blanche, on ne me laisse donc pas à la frontière derrière des barbelés."

    Tu accordes beaucoup d'importance aux réseaux sociaux...

    "Oui, car c'est le moyen le plus direct. Je ne vais quand même pas attendre que Jean-Pierre Pernaud m'invite à son 13h pour m'adresser aux gens."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

     

  • Gavin James: "Jouer à Werchter reste le plus grand souvenir de ma carrière"

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    Gavin James, 22 ans et une bonne tête de rouquin qui ne laisse aucun doute sur ses origines, est déjà une star en Irlande. Adoubé par Ed Sheeran, et comparé à Damien Rice, il vient de sortir son premier album "Bitter Pill" et s'était produit sur la scène de Rock Werchter l'été dernier. Nous l'avons rencontré lors d'un passage furtif en Belgique, entre la Norvège et la Suisse. Il sera en concert au Botanique le 8 avril. A ne surtout pas manquer...

    Gavin, tu seras en concert au Botanique le 8 avril. Quelle image as-tu de la Belgique?

    "Je suis venu quelques fois. Malheureusement, quand je passe, je n'ai pas trop le temps de voir autre chose que les salles de concerts et les hôtels. Mais je garde notamment un souvenir incroyable de mon passage l'an dernier à Rock Werchter. C'est jusqu'à présent le meilleur souvenir de ma carrière. J'y avais joué le lendemain du Pinkpop. Je ne m'étais jamais retrouvé dans un endroit aussi énorme, même si j'avais déjà joué devant de grandes assistances. Je suis monté sur scène et je me suis dit "oh fuck..." Je ne m'attendais franchement pas à ça. J'avais joué sous la tente, j'adore ça. Car, même si c'est en festival, tu parviens à jouer devant un public attentif. J'ai également fait quelques festivals en Irlande, comme "Electric Picnic" l'an dernier."

    Connais-tu certains artistes belges?

    "Stromae est de chez vous, non? Il est épique. Je l'ai découvert avec la vidéo de "Alors on danse". Mais c'est "Formidable" que je préfère. Chez nous, la vidéo passe avec la traduction des paroles, ce qui nous permet de comprendre ses textes. Car mon français est très sommaire..."

    La musique, tu as baigné dedans dès le plus jeune âge...

    "Absolument, à la maison il y avait tout le temps de la musique. Mes grands-parents étaient tous les deux chanteurs d'opéra. Ma soeur, qui a 8 ans de plus que moi, est également chanteuse soul. Elle chante du gospel, comme dans "Sister Act". Mon père adorait la musique. J'ai grandit avec Bob Dylan, Jimmy Hendrix, Cat Stevens, Van Halen dans les oreilles... mais j'ai aussi beaucoup écouté Slipknot et Metallica. Au départ, j'aimais le rock bien lourd. J'apprécie énormément de genres. J'ai appris à jouer de la guitare très jeune, car c'est plus simple. Je jouais du Dylan et du Beatles. C'est en voulant jouer du Led Zep que je suis passé à la guitare électrique. Je voulais devenir Jimmy Page! J'avais également un très bon prof de piano."Gavin1.JPG

    Que peux-tu nous dire de ton album?

    "C'est une collection de morceaux composés depuis deux ans. C'est une espèce d'adaptation de tout ce qui s'est passé dans ma vie. Il n'y a pas tellement de chansons d'amour."

    Les paroles sont très personnelles, notamment sur "22"...

    "Oui, ça parle du harcèlement à l'école. J'ai connu une période terrible à l'école primaire. J'en ai souffert jusqu'à l'âge de 14 ans. C'était vraiment merdique... C'est une chance de pouvoir exprimer ses sentiments."

    Quel rôle Ed Sheeran a-t-il eu dans ta carrière?

    "Il m'a un jour invité sur scène lors d'un concert à Croke Park. J’étais nerveux comme à chaque fois que je monte sur scène. Il m’a proposé ça avec le groupe Kodaline alors que nous étions ivres à 5 heures du mat'. C'était dingue, il y avait 8000 personnes. Ed a joué un rôle primordial dans ma carrière. Il m'a énormément aidé."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

     


     

  • La comète "Nuits Botanique" se rapproche de Bruxelles

    banner-300x240-nuits16_0.jpgComme chaque année à la même époque, le Botanique donne rendez-vous à la presse pour une présentation des traditionnelles Nuits à venir. En  revenant brièvement sur l'année 2015.

    Et sur deux évènements marquants pour la directrice générale Anne Valentini: la fin en juin 2017 de la concession du Cirque Royal accordée au Botanique ("nous en parlerons toutefois aux journalistes ultérieurement") et évidemment les attentats à Paris, qui ont "changé les mentalités du public et des organisateurs de concerts".

    Place au contenu d'un festival que le responsable Paul-Henri Wauters qualifie de "comète", puisqu'il y aura également de nombreuses soirées avant et après les dates officielles (du 12 au 22 mai) de l'évènement.


    les nuits botanique,botaniquePour parler de la fort sympathique Nuit Belge (le 16 avec Baloji, Soldier's Heart, Robbing Millions, Le Colisée), Marc et DeeJ de La Muerte évoquent notamment Mauro Pawlowski, qui ne pourra pas être présent et Vive La Fête qui, eux, devraient bien être présents... Ca promet! 

    Le lendemain, on notera la projection au Cirque Royal du film "Les premiers, les derniers" de Bouli Lanners. Avec dans la salle un orchestre dirigé par Pascal Humbert, auteur de la bande-son. 

    Les artistes belges gardent évidemment une place de choix mais la richesse de l'affiche mérite le coup d'oeil! 

    Infos sur http://botanique.be/fr/project/les-nuits-fr/2016

    >Philippe Sadre