• Nicolas Michaux, à la nuit à la mort

     

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    On se souvient vaguement d'avoir vu Eté 67 en première partie de Mickey 3D au Cirque Royal. Et franchement, à l'époque, on n'avait pas plus accroché que ça. Une question d'âge sans doute, ou alors de formule. Dix ans plus tard, c'est en solo que Nicolas Michaux s'apprête à jouer pour la troisième fois consécutive aux Nuits, et on a (mais vous l'avez sans doute déjà compris) complètement changé d'avis sur le garçon. Il fera cette fois l'ouverture de Feu!Chatterton, et ça risque d'être une des plus belles soirées du festival le plus enthousiasmant de Bruxelles. Car l'album, qu'on attendait depuis deux ans, est enfin là. Et personne n'y résiste. La presse française, du Nico7.jpgMonde à Libé en passant par les Inrocks, est sous le charme. Bon, pour nous, c'était gagné d'avance, vu que ça fait deux ans qu'on connaît les morceaux par coeur. L'Atelier 210, le Cirque, le Propulse, l'AB Bota, Parade, l'anniversaire de Bruxelles Ma Belle, la Rotonde,... c'est dire si l'évolution du projet, on l'a suivie de près.

    De retour du Printemps de Bourges, Nico et sa bande se sont fait plaisir ce week-end à Bruxelles. La première fois que nous l'avions vu en solo, il n'était encore accompagné que d'un seul musicien. Aujourd'hui, entouré de Clément Nourry, Morgan Vigilante et Ted Clarck, il a trouvé le line up idéal. Entre vendredi soir et samedi en début d'après-midi, ils ont joué... trois fois. Pour la release Nico3.jpgparty, la Rotonde affichait sold out. Nico a déjà joué bon nombre de fois sur cette merveilleuse scène, mais quelque chose nous dit qu'elle deviendra désormais trop petite pour lui. La symbolique est forte quand il débute le concert par "Nouveau départ". Il n'a gardé que dix morceaux pour l'album, mais il en a encore beaucoup dans ses tiroirs. Comme ce superbe "A tiger has escaped from the zoo", joué en milieu de set. Comme l'an dernier lors de sa création au Musée pour les Nuits, il termine par une reprise du Velvet Underground. "I'll be your mirror" a cette fois fait place à "What goes on". Message politique discrètement posé sur sa guitare, il nous annonce que le capitalisme est en train de mourir de sa belle mort, le concert est terminé. Mais pour certains, la nuit ne fait que commencer.

    Il est 22h30, soit l'heure initialement annoncée pour le début de l'after au Chaff, mais tout le monde est encore au Bota. La soirée risque de se prolonger, longtemps, très longtemps. Il est largement passé minuit quand le van du groupe se stationne Place du Jeu de Balle. On retrouve les mêmes têtes qu'au Bota, mais en plus petit comité. Quelques chopines aidant, ils sont encore plus chauds qu'en début de soirée. Le set est plus court mais plus intense. Rodriguez Vangama, le musicien congolais rencontré à Kinshasa, aurait dû être de la partie sur "Part of no part". Mais il est porté disparu, et ne donnera signe Nico2.jpgde vie que... quelques heures après la fin du concert. Peu importe, le morceau passe à la trappe, mais ça ne gâche en rien la nuit. Une nuit qui se prolonge jusqu'aux petites heures.

    Samedi, ils ont forcément des tout petits yeux au moment de débarquer dans les locaux de Pias pour le Record Store Day. Il est 13h15 quand ils prennent le relais de Dan San dans la superbe salle du sous-sol. Sept morceaux seront joués, dont à nouveau la reprise du Velvet et l'inédit "Parrots". Le set est Nico8.jpgévidemment plus posé que celui du Chaff. On voit même quelques enfants se trémousser aux pieds de leurs parents qui, eux, se remettent tout doucement de la veille. Tous les exemplaires du vinyl trouvent acquéreurs. Quelques heures de sommeil réparateur et Nico et Clément, son guitariste, prennent déjà la route de Paris, pour assurer la première partie de Puggy à la Maroquinerie. Après un tel marathon, il faudra faire mine d'être en forme, mais ils semblent plutôt doués pour ça...

    > Texte de Christophe Van Impe et photos de Lara Herbinia

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  • In Lakesh, une belle surprise à voir à Molenbeek ce vendredi

    Ils ont des jolies barbes, sont multi-instrumentistes, ont trouvé leur nom dans la langue maya, sont franco-belges, et nous viennent du Brabant Wallon. De Rixensart, plus exactement. In Lakesh, qui vient de sortir l'EP "Coma", qui succède à "Albatros", est déjà une des toutes bonnes surprises de 2016. On sait qu'il existe une espèce de génération spontanée des groupes rock en Belgique, mais celui-ci ne sort pas de nulle part. Ces inlakeshcoma.jpgderniers temps, ils ont en effet écumé bon nombre de scènes renommées comme les Beautés Soniques, Esperanzah, Propusle ou l'Inc'Rock. Mais surtout le Verdur Rock, dont ils ont remporté le tremplin en 2015. C'est dire si ce groupe a déjà des planches. Alors leur musique, c'est de l'indie-folk, qui nous fait parfois penser à Girls in Hawaii (la pochette n'est d'ailleurs pas bien éloignée de celle de "Everest"), voire à Fleet Foxes. Ils seront en concert à Bruxelles, ce vendredi au collectif AuQuai à Molenbeek. Vous savez ce qu'il vous reste à faire...

    18h30 : Ouverture des portes
    Expositions, dégustations et performances

    20h-20h30 : Concert de StevN

    21h-21h30 : Concert de Midnight Stubble

    22h : Concert de In Lakesh

    INFOS PRATIQUES ///

    - Prix d'entrée libre et conscient :)
    - Collectif AuQuai: Quai du Hainant 23 à Molenbeek
    - Accès : Métro 1 et 5 : Comte de Flandre


  • Recorders (au BSF le 10 août): "Avec ce line up, on n'a plus aucune limite dans la composition"

    Un peu plus d’un an après “Above The Tide”, les Recorders ont bien changé. Le line up d'origine n'a pas survécu au concert acoustique durant les Nuits du Bota 2015. Le batteur et le claviériste se sont fait la malle et ont été remplacés par le pianiste de jazz Ben Broux et le multi-percussionniste Michael-John Joosen. Cela fait de "Coast to Coast" un album sublime encore bien plus abouti. Après un concert flamboyant à la Madeleine il y a quelques semaines, le groupe sera de retour au BSF le 10 août, toujours dans la même salle.

    En quoi les changements de line up ont-ils donné un nouvel élan au groupe?

    Gordon Delacroix: "Après le premier album, nous nous sommes séparés de notre claviériste et de notre batteur. C'était une chouette aventure, mais nos chemins se sont séparés car deux membres du groupe se dirigeaient plus vers d'autres styles de musique. Cela ne se passait plus de manière naturelle et organique. Nous n'étions plus compatibles. On a fait pas mal de recherches, d'annonces et d'auditions. On a trouvé deux personnes qui ont Recorders5.jpgapporté énormément. Ben est pianiste et prof de jazz. C'est son premier projet pop-rock. Bien que ce soit un musicien accompli, il a une vision totalement nouvelle. Il joue tellement bien que ça nous donne une liberté totale au niveau des compositions. Pour les claviers, on n'a aucune limitation. On peut partir dans des arpèges et des trucs beaucoup plus complexes. De l'autre côté, on a Michael-John, qui s'est mit derrière les futs. C'est plus qu'un batteur. C'est un multi-percussionniste. Il apporte des sacs entiers avec des coquillages, des cloches, des shakers,... Il vient avec 12 shakers différents! En plus de ça, il est fort ouvert à l'idée de mélanger les sons acoustiques et électroniques."

    Le premier album avait mis un an et demi avant de sortir. Cela n'avait-il pas engendré de la frustration?

    "Oui, car il était sorti un an après le quatrième single. C'était indépendant de notre volonté. C'était un problème de label, des conneries administratives. On ne va pas citer de noms, mais certains te bloquent. Le cliché des requins dans les labels, il existe, même si la plupart ne sont pas comme ça. On a donc voulu enchaîner assez vite. Pendant un an et demi, on ne s'est pas tourné les pouces. On ne s'est d'ailleurs jamais reposé, ce qui est fatigant par moments. J'écris et je compose tout le temps. Ce n'est pas volontaire ou conscient, mais les idées me viennent spontanément. Je peux être dans la rue, chez un pote, dans un avion ou au restaurant et j'ai une idée qui me vient en tête. J'enregistre en mémo sur mon téléphone, car j'ai toujours peur que ce soit la bonne. J'ai des centaines de mémos très gênants, que je garde bien pour moi. Quand j'ai du temps et un environnement propice, souvent la nuit, je me replonge dans l'inspiration que j'avais."

    As-tu ressenti le premier album comme un échec?

    "Non, mais c'était frustrant, car beaucoup de choses n'étaient pas liées à la qualité de la musique. On était chez EMI, qui a été racheté par Warner. Ils ont mis du temps à vouloir nous laisser partir, et on a mis un an avant de pouvoir Recorders6.jpgsigner chez Caroline. On n'a pas eu de bol. Au final, ce n'est pas du tout un échec. Avant cet album, on n'était nulle part. Cela nous a permis de rencontrer énormément de gens. On est toujours chez Caroline, un label américain qui s'occupe notamment de Tame Impala. Ce premier album fut la première pierre à l'édifice."

    Le concert acoustique aux Nuits du Bota a-t-il fait office de déclic pour tous ces changements?

    "Oui, carrément. Le Bota nous avait invités un mois avant les Nuits. Ils avaient vu une vidéo, où on jouait "Purple and Gold" en acoustique sur des barques dans le Bois de la Cambre. Ils voulaient qu'on fasse un set acoustique. Trois membres du groupe étaient partants. Mais les deux autres étaient totalement opposés au projet, ils étaient sur la défensive. On a voulu le faire avec d'autres musiciens, et du coup ils ont quand même voulu le faire. Au final, on a eu un concert hybride. La moitié du groupe jouait d'une manière différente des autres. Cela ne s'est pas bien passé, et je pense que le public l'a ressenti. J'ai en tout cas du mal à ne pas montrer ma frustration sur scène. J'aimerais bien le refaire, qu'on nous laisse une deuxième chance."

    Au Bota justement, vous aviez repris un morceau de The National. Est-ce une influence qui t'a marqué pour ce deuxième album?

    "The National a toujours été une influence. Ma voix plus grave, c'est une manière naturelle pour moi de chanter. Sur le premier album, j'avais une choix plus éthérée par choix. Mais on va vraiment se diriger vers ça. Sur le single "Lost at sea", on peut effectivement retrouver du The National dans la voix. Sur d'autres, il y a un peu de Woodkid aussi. Ce sont des mélanges d'influences."

    Alors qu'auparavant, tout le monde ne citait que Foals...

    "Tous les groupes sont influencés par d'autres. Tu en as qui sont hyper proches de leurs influences, mais elles ne sont pas très connues, et personne n'en parle. Parfois, c'est frustrant de n'entendre parler que de ça mais je pense que ça fait partie de la nature humaine de vouloir retrouver quelque chose qu'on connaît. Nous sommes Recorders3.jpgévidemment ravis d'être comparés à nos idoles. Mais si on écoute attentivement l'album, on retrouve aussi notre identité. Tout dépend sur quoi tu te concentres."

    Que peux-tu nous dire de ton autre projet, avec Barry des Fratellis?

    "Je l'avais invité au premier concert au Bota et il avait fait deux morceaux à la basse et un à la batterie. Il y a quelques années, j'organisais des soirées rock comme on en a dans des clubs à Berlin ou à Londres. Je trouve que ça manquait à Bruxelles. On a eu les Libertines, Kaiser Chiefs, Futureheads, les membres de Tame Impala. Barry, c'est vraiment le gars avec qui je suis resté en contact. Il a écouté ce qu'on faisait et nous a invités pour trois concerts avec eux à Londres, Birmingham et Manchester. Depuis deux ans, on a commencé un projet musical ensemble, qui s'appelle Cyans. L'année passée, il m'a invité dans son chalet au Pays de Galles, où on a composé. Là, je vais dans le sud de la France, où on a trouvé un ancien monastère. Le but est de finir un EP et de sortir ça dans les semaines qui viennent. Des membres de Spiritualized devraient également participer au projet. On part plus dans un mélange de musique de films et de postrock."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Gasparotto


     

     

  • Ca y est, on a vu Weezer...!

    Le groupe américain vient de terminer une visite de courtoisie en Europe pour promouvoir son petit dernier "White Album". Nous étions au Heineken Music Hall d'Amsterdam vendredi soir pour mettre fin à ces longues années d'attente sans le voir en "live".

    Manchester, Londres et Amsterdam. Pas une date de plus pour cette parenthèse sur le Vieux Continent. Si les deux dates anglaises étaient "sold out" en quelques jours, il restait des tickets disponible pour la dernière.

    IMG_1031.JPGUn groupe qui ne semble d'ailleurs pas faire une grande histoire de son retour en Europe cinq ans après une courte tournée en Grande-Bretagne: aucune interview n'est prévue avec la presse. La fin de prestation très carrée (et finie une minute avant l'horaire officiel) des Anglais de Dinosaur Pile-Up  annonce d'ailleurs une soirée sans énormément de surprises.

    Et si la "surprise" n'était pas finalement simplement de voir sur scène Weezer, un groupe prolixe qui a marqué le tournant du siècle avec ses chansons immédiates et ses clips mémorables. Le nouveau "California Kids" est accueilli par de nombreux cris, suivi par "My Name Is Jonas", balancé en deuxième position avec un son limite. On a un peu une impression de désintérêt de la part du groupe, couplée à des problèmes techniques... Il faudra attendre le sixième morceau "El Scorcho" et surtout quelques pitreries pendant "Pork And Beans" pour voir les quatre se libérer.

    IMG_1038.JPGLe concert gagne alors en qualité, avec des belles pointes comme "Say It Ain't So" et "The Good Life", qui rappelle à certains que "Pinkerton" est un foutu bon album également. Les nouveaux morceaux passent pas mal et on sent qu'ils gardent des gros succès pour la fin: "Island In The Sun" reste charmant sans les nounours et les singes mais "Undone - The Sweater Song" perd quelque peu son côté ado-dépressif.

    Après la pause, un détour à Beverly Hills puis la phrase du concert revient à  à l'ami Rivers et à son "Tot de volgende keer/See you next time!". On devine un sourire espiègle... avant de débuter sans état d'âme "Buddy Holly". La salle s'amuse une dernière fois et applaudit ses héros intemporels.

    Fin de la séquence "nostalgique" après At The Drive-In la semaine précédente (http://sudpop.blogs.sudinfo.be/archive/2016/04/02/at-the-drive-in-184320.html). Et encore, on a fait l'impasse sur Nada Surf entre les deux, sinon on se serait vraiment fait traiter de nostalgique... >Philippe Sadre

     

  • Nicolas Michaux: "La musique, comme passeport pour le monde"

    On pourrait déjà qualifier «A la vie, à la mort» d’album belge de l’année. Mais ce serait bien trop réducteur... Rencontre intime avec un orfèvre, qui sera en concert au Botanique ce vendredi 15 avril.

    Un nouvel album, c’est souvent le début d’une nouvelle aventure. Or, ici elle était déjà bien entamée. Soulagé que l’album sorte enfin?

    "J’étais plus angoissé par l’idée de ne jamais terminer cet album que par la sortie en elle-même. L’album est fini depuis janvier et, depuis, j’ai une nouvelle vie."

    As-tu vraiment eu peur de ne pas le terminer?

    "Au début, il y a notamment eu des raisons de santé. J’ai cru que j’allais être sourd de l’oreille droite. J’ai trouvé une solution médicamenteuse et je suis guéri. Et puis, au niveau de la production, je m’étais lancé dans quelque chose d’enthousiasmant mais de difficile à monter, notamment en termes financiers. Une fois que j’ai eu les 20 DSC_5698.jpgmorceaux, j’ai eu beaucoup de mal à choisir les 10 que je voulais garder. Ensuite, le label français est arrivé, et ça a aidé. L’aventure ne faisait que continuer, mais avec plus de temps et de budget. Je suis très content car je n’ai fait aucun compromis et c’est l’album que je voulais. Il y a eu de longues pauses. Je ne pensais qu’à ça, mais je n’étais plus actif."

    Le label français, c’était une évidence?

    "On a envoyé le projet à des labels belges et français. «Tôt ou tard» proposait un meilleur contrat, plus de budget et une exposition plus large que ce qu’on aurait eu en Belgique. La question ne se posait pas vraiment. En plus, ils ne voulaient pas de modifications. Certains voulaient même qu’on réenregistre avec le mec qui a fait M…"

    Pour l’accueil, tu n’avais par contre aucune crainte à avoir, vu que les gens connaissaient déjà les morceaux…

    "Les critiques ont toujours été positives. Mais, vu l’attente, j’avais un peu peur qu’il n’y ait plus l’effet de surprise. On ne devait surtout rien laisser au hasard. On a un peu procrastiné, mais on s’est posé des questions et on a été longtemps dans la recherche. Au final, le résultat est meilleur que si on l’avait sorti il y a un an ou deux."

    Qu’as-tu retiré de tes voyages à l’étranger?

    "Je suis parti une année scolaire à Aarhus (Danemark), en bord de mer, où ma copine terminait ses études. J’étais seul, tranquille. Après trois mois de lectures et de balades, j’ai eu à nouveau envie de faire de la musique dans une démarche enfantine. J’étais seul dans mon petit atelier. J’ai vécu de magnifiques moments de découvertes. Le projet est né là-bas. La philosophie aussi. Je n’étais pas là pour faire un blockbuster, mais un travail d’artisan. Au Congo, je ne suis resté que 12 jours dans le cadre d’un concert, mais ça a changé ma vie.<UN>J’y ai eu un accès privilégié à la vie sur place. Je suis resté dans les quartiers avec mon appareil photo. Je suis rentré et j’ai été recontacté par le guitariste qui jouait dans le backing band et dont j’avais cerné le génie. Il est venu à Bruxelles. On a travaillé quelques morceaux. «Part of no part» date de ce moment-là."

    Et là, tu reviens d’une tournée en Chine…

    "C’était très intense. C’était dans le cadre d’un appel à projets pour un festival d’artistes francophones. On a joué 6 fois, parfois dans des lieux universitaires, avec des étudiants qui apprennent le français, mais aussi dans des clubs normaux. Nous n’étions que deux. C’était parfois un peu frustrant, mais aussi très créatif. Au final, les problèmes DSC_5712.jpgauxquels les gens sont confrontés en Chine sont les mêmes qu’ici… le prix des loyers qui augmente, un pouvoir politique injuste et qui intervient dans le mauvais sens. L’idée avec ce projet, c’est de continuer à utiliser la musique comme visa pour le monde. J’aimerais jouer en Amérique du Sud, en Allemagne ou en Angleterre. J’aimerais aussi retourner à Kinshasa."

    Tu as des idées bien arrêtées sur l’évolution de la société. Cela se ressent dans ta musique, mais ce n’est jamais flagrant...

    "Si c’était flagrant, trop revendiqué, trop direct, ça n’aurait plus d’intérêt de le faire en musique. Cela ressemblerait à des discours. La société devient tellement violente et les problèmes que nous rencontrons tellement aigus que j’ai l’impression qu’il va peut-être falloir faire de la musique un peu plus terrestre et dans une prise de position politique. Pour le moment, de mon côté, c’est par petites touches. J’espère que le disque donnera des idées aux gens. Grâce au chômage, après la fin d’Eté 67, j’ai pris mon temps et je me suis donné la chance. J’aurais pourtant tout aussi bien pu chercher un boulot et mettre tout ça de côté. Tout le monde a un potentiel créatif en soi. «Croire en sa chance», c’est peut-être ça le message le plus fort de l’album. Dans d’autres morceaux, j’ai une certaine nostalgie de la nature, et de tout ce qu’on a détruit. On va devoir reconstruire sur des bunkers."

    Te sens-tu en total décalage avec la société qui t’entoure?

    "Je n’ai pas la télévision, mais si j’écoute le fil des actualités, je me dis que les politiciens ne vivent pas dans le même monde que nous. Je suis convaincu qu’on est dans un système agonisant, et qu’il va falloir passer à autre chose parce que la planète nous l’oblige. Mais j’ai l’impression que, depuis 2008, tout le monde est plus politisé. Je suis assez confiant, car il y a des choses hyper intéressantes sur la table pour le moment. Comme le disait Bob Dylan, les vainqueurs seront les perdants et les vieux sont dépassés. Une nouvelle génération arrive."

    Il y a quelques semaines, tu es passé dans l’émission «Ce soir (ou jamais)» sur France2.

    "C’est une émission que je suis capable de regarder en replay, car j’y trouve des gens qui ont des réflexions. Je n’irais pas dans n’importe quelle émission, et pas dans n’importe quelles conditions. Je ne fais pas de playback, etDSC_5702.jpg je ne fais pas de charity-business. Je dois aussi trouver un juste milieu. Ne parler qu’à mon cercle d’amis, aux gens d’Ixelles et de Saint-Gilles ou à ceux qui viennent à l’Atelier 210, ça n’aurait pas beaucoup de sens. Mais pas à n’importe quel prix…"

    Que retires-tu finalement de l’expérience Eté 67?

    "C’était une école de la vie, et une école de la musique. Je suis content qu’on ait arrêté au bon moment, avant que ça ne devienne pénible. Aujourd’hui, je redémarre en ayant plus de recul. Si Rudy Léonet n’a pas envie de passer un de mes morceaux, bin ce n’est pas grave."

    > Christophe Van Impe

    > Photos de Lare Herbinia

  • Bring Me the Horizon : le boys band du hardcore a posé ses valises à l'AB

    Annulé pour cause de lockdown en novembre dernier, le concert de Bring Me The Horizon à l'Ancienne Belgique a finalement bien eu lieu ce mardi. L'occasion pour les coreux british de nous présenter « That's The Spirit », leur dernier bébé en date.

     Alors j'entends déjà les fans de la première heure et les « puristes du hardcore » crier à l'arnaque en évoquant Bring Me The Horizon (que l'on appelera BMTH pour des raisons de temps gagné). C'est sûr, la musique du groupe a bien changé. Du deathcore dégueulasse de leurs débuts, les tatoués anglais sont passés à un metal bien plus lisse et empreint d'influences électros. Cela se ressent particulièrement dans leur dernier album.BMTH.jpg

     Mais même si Oli Sykes ne beugle plus comme un coyote à l'agonie, le groupe n'en a pas moins perdu sa qualité. Il a osé se renouveler, chose que l'on aime guère dans un milieu aussi fermé que le hardcore, et proposer d'autres influences. Avec succès vu sa popularité grandissante.

     C'est d'ailleurs avec le morceau d'ouverture de « That's The Spirirt » que BMTH commencera le concert. La suite, c'est 1h15 de montée en puissance. Alors que « Doomed » entame bien le show mais ne met pas encore le feu aux poudres, « Happy Song », le second single de l'album, s'en charge très bien. Le groupe alterne ensuite chansons du nouveau CD ainsi que de « Sempiternal ». Si les «True Friends», « Follow You » et surtout « Throne » font mouche, on ne peut nier la puissance des chansons de « Sempiternal ». Le public se ravit d'ailleurs d'entendre « Go To Hell For Heavens Sake », « House of Wolves », « Shadow Moses », « Sleepwalking » ou encore « Anti-Vist » et « Can You Feel My Heart ». Mais ce qui devait être la cerise sur le gâteau déçoit quelque peu. Trahi par sa voix, Oli Sykes n'arrivera pas à donner à « Chelsea Smile » sa puissance d'origine. Le chanteur montrera d'ailleurs des signes de faiblesse vocale tout au long du concert. Dommage mais cela ne suffira pas à gâcher le spectacle.

     Finalement, le groupe reviendra pour un petit rappel sur « Blessed With A Curse », seul morceau de « There Is A Hell Believe Me I've Seen it », et enfin « Drown ».

     Alors oui, une grande partie, voire la majorité, de la fan-base de BMTH est composée d'adolescentes aux cris suraigus. Ce qui en fait par là même le boys band du hardcore. Mais à la poubelle les préjugés, le groupe a réussi à nous faire passer un bon moment. Sans pour autant égaler la fougue et la folie de ses concerts d'antan, il nous a prouvé qu'il avait bien atteint une certaine maturité. Et cela, il faut le respecter.

    > Olivier Eggermont

  • Sudpop a rencontré ALA.NI

    A Arlon, vous jouerez dans une église. C’est la première fois ?

    Non, à vrai dire, j’adore jouer dans les églises. L’acoustique est incroyable, le public est attentif… Si j’ai accepté de venir à Arlon, c’est d’ailleurs parce qu’on m’a proposé de jouer dans une église. Et puis cela convient bien à la formule de mes concerts, assez dépouillée et sobre.

    Vous habitez toujours Paris ? Vous parlez français ?

    Oui, mais je ne parle pas français… just a tiny little bit ! (rires) Mais j’adore Juliette Greco, je vais peut-être chanter une chanson d’elle en français (elle se met à chanter « Parlez-moi d’amour » au téléphone…)

    ALAni.jpgVotre musique est très cinématographique. On dirait la bande originale d’un vieux film en noir et blanc des années 50… vous êtes d’accord avec ça ?

    Oui, pourquoi pas. C’est vrai que l’on me dit souvent cela. Le cinéma m’intéresse énormément. Mais je ne veux pas faire de la musique de niche, une sorte de pastiche des vieilles musiques de films. Je fais juste une musique qui me ressemble. Je voulais une production très simple, mais j’avais une idée pourtant précise de comment cela devait sonner.

    Qu’est-ce qui vous inspire ?

    Absolument tout : les conversations avec des amis, mes expériences personnelles, une exposition que je vais voir, une peinture, un poème, une histoire… C’est un processus continu, cela ne s’arrête jamais. Tout peut venir nourrir ma créativité et ma musique.

    On vous qualifie souvent de chanteuse jazz. Or, ce n’est pas votre façon de voir les choses…

    Tout dépend de ce qu’on met derrière l’étiquette « jazz ». Si le jazz signifie la liberté, alors oui je m’y retrouve. Après, c’est aussi une étiquette qui est un peu impressionnante, qui peut effrayer… et mettre une certaine pression !

    Parlez-nous de votre travail avec Blur et Damon Albarn. Il vous a aidé à produire votre album, correct ?

    Disons que Damon est un ami, il m’a beaucoup encouragée à faire de la musique, à oser produire mes propres chansons. Il a toujours cru en moi, m’a donné confiance. Il m’a beaucoup supporté, avec bienveillance.

    Vous chantez sur les albums de Blur ?

    Non, seulement en concert. (ALA.NI a également été choriste pour Mary J. Blige et Rita Ora, ndlr.)

    Je vous pose la question parce que les médias parlent beaucoup de cela. Ça fait quoi d’être l’objet d’attention de tous les médias ? Tout le monde dit de vous que vous êtes la mégastar de demain…

    Je ne passe pas mes journées à m’occuper de cela. Vous savez, je fais mon management moi-même, je passe le plus clair de mon temps à ne m’occuper de me musique. Le reste… Bien sûr, ça me fait plaisir que je vois un article qui parle de moi dans la presse, mais je passe vite à autre chose. Je suis quelqu’un de très simple. Je me contente de faire de mon mieux. Être payée pour faire des concerts, c’est un rêve. Même si pour l’heure, je suis toujours fauchée ! (rires)

    Votre album a fuité sur le net. Ça vous énerve ?

    C’est frustrant. D’autant que si les gens écoutent mes chansons sur un iphone merdique… enfin bon ! Mais je fais partie de cette culture là aussi… Moi aussi je regarde la musique sur YouTube. Aujourd’hui, on regarde la musique… ça ne veut rien dire, c’est complètement dingue, non ? 

    Une interview de Romain Goffinet

  • Bertier, participez à l'envol de l'oiseau lyre

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    Vendredi soir, alors que tous les fans de rock s'étaient donnés rendez-vous à l'Ancienne Belgique pour le très attendu retour d'At The Drive In, nous avons pris la direction du cadre plus feutré du centre culturel Jacques Franck. Car un concert de Bertier, c'est rarissime et ça ne se rate pas. La première fois, c'était à l'Atelier 210 dans le cadre du festival Francofaune, en ouverture de Dalton Telegramme. Mais ce vendredi, c'était bien Bertier le roi de la soirée. Si le collectif se fait aussi rare sur scène, c'est parce qu'il n'entend pas jouer sans la présence de Yan Péchin. Et l'ancien guitariste BertierJF3.jpgd'Alain Bashung a une nouvelle fois illuminé la soirée. Arrivé à Bruxelles mardi soir, il s'est investi corps et âme dans la projet pendant deux jours de résidence. Et il regagnait Paris dès samedi pour y livrer un autre concert à la Maroquinerie!

    Par rapport au concert du 210, Bertier a encore gagné en professionnalisme. On croirait voir une machine huilée par les tournées à répétition, alors qu'on en est très loin. On atteint des sommets en termes de qualité musicale. Les musiciens sont prodigieux, les textes sont ciselés, Lara Herbinia est parfaite aux choeurs et à l'image et Pierre Dungen a une présence BertierJF2.jpgscénique hors du commun. Et surtout, il y a un degré d'exigence très élevé. Rien n'est laissé au hasard. Le moindre couac, même s'il reste invisible au commun des mortels, est ressenti comme un échec retentissant.

    Qui plus est, ils ne se sont pas contentés d'interpréter magistralement leur album "Dandy". En fin de set, on a en effet eu droit à "L'oiseau lyre", premier extrait du disque à suivre. Un album qui sera enregistré dans le magnifique cadre du château d'Ostin. Les compos sont déjà prêtes, mais le collectif a besoin de votre coup de main pour lancer la machine. C'est pourquoi une opération de crowdfunding a été lancée. Foncez, en plus il y a de belles contreparties...

    http://www.kisskissbankbank.com/nouvel-album-de-bertier


  • At The Drive-In l'emporte sans forcer

    Lâché par son guitariste Jim Ward juste avant le début de sa tournée le mois dernier, At the Drive-In passait par l'Ancienne Belgique vendredi soir. Un concert nostalgique centré sur "Relationship of Command", leur 3e album, qui a marqué le début des années 2000 et qui a gardé toute son aura.

    at the drive-in,le butcherettes,ancienne belgiqueOn pénètre juste dans la salle quand Le Butcherettes débute son set. Le groupe formé à Guadalajara (Mexico 86, souvenirs également...) est entièrement dédié à la chanteuse et centre d'attraction Terri Gender Bender. Une sorte de PJ Harvey croisée à Karen O reprenant des gimmicks grandiloquents, mais son punk garage est plutôt efficace. A peine l'attention baissait-elle légèrement qu'elle décide de faire un petit tour dans le public en traînant derrière elle une barrière de sécurité tranquillou...

    Aaaah, "Relationship Of Command". Un album qui nous a marqué et qu'on a tellement écouté... Alors oui, quand on a vu qu'At The Drive-In venait à Bruxelles, on s'est dit qu'on ne pouvait pas rater ça. Un peu comme si on était en voyage à Barcelone et qu'on va au Camp Nou voir Messi en vrai après tant d'années passées à l'admirer devant sa télé, même si on ne connaît pas tous les noms de ses coéquipiers. "Un peu", on a dit... On avait déjà vu l'équipe satellite The Mars Volta aux Ardentes en 2008, mais ce n'était pas la même chose.

    at the drive-in,le butcherettes,ancienne belgiqueLes étincelles d'"Arcarsenal" (tiens, le récent adversaire du Barça en  Champions League...) et de "Pattern Against User" en enfilade semblent être le début idéal. Pourtant, il y a un petit quelque chose qui ne colle pas, niveau du son et de la voix... Et ce premier plongeon du chanteur Cedric Bixler-Zavala ressemble même à une belle simulation.

    Progressivement, le concert prend quand même de la consistance et une belle attaque menée par le plus ancien "Lopsided" et l'éternel "Invalid Litter Dept", précédé par quelques mots sur les attaques terroristes (la chanson évoquant quant à elle meurtres et viols de jeunes femmes du côté mexicain de la frontière avec le Texas), font hurler le public: goal juste après le deuxième "Dancing on the corpses' ashes" du milieu, le tout sous des lumières... rouges et bleues.

    "Enfilade" justement et ses petits beats maintient le niveau général, mais il faudra quand même attendre Quarantined et Catacombs pour entendre du lourd. Si bien qu'après un nouveau petit laïus sur l'importance de la tolérance et de s'aimer les uns les autres, ils mettent tout à l'attaque pour inscrire un deuxième but sur un "One Armed Scissor" terminé à fond. Le match s'arrête à la 80e minute sur une victoire tranquille, sous l'oeil d'un public qui s'est quand même bien donné... >Philippe Sadre

  • La belle déclaration d'amour à Bruxelles des Innocents

    "Bruxelles, ma belle" avait été gâtée lors du retour des Innocents après quinze ans d'absence. Face à l'énorme demande un soir de BSF, et pour satisfaire (presque) tout le monde, ils avaient même accepté de jouer deux fois de suite dans le Magic Mirrors. Par la suite, ils étaient encore passés par l'Orangerie du Botanique afin d'y présenter "Mandarine". C'était début novembre, tout le monde baignait encore dans un minimum d'insouciance. Le troisième passage en peu de temps par notre capitale aurait dû être à nouveau synonyme de fête. Comme quand tu retrouves Innocents.jpgdes vieux potes perdus de vue depuis des années. C'était pour eux l'occasion d'une nouvelle fois jouer les morceaux du quatrième album, qui étaient restés jusqu'à aujourd'hui au fond d'un tiroir. Mais voilà, les attaques terroristes ont jeté une chape de plomb sur Bruxelles. On a senti Jipé et Jean-Chri très affectés par les événements. En début de set, ils se félicitent d'être plus à l'abri à l'intérieur de la salle qu'en rue. Quoique... Car on aurait désormais presque l'impression qu'aller à un concert relève de l'acte héroïque, de l'acte citoyen. Avec beaucoup de pudeur et d'amour pour Bruxelles, ils feront à plusieurs reprises allusion aux attentats. Et, après près de deux heures d'un concert resplendissant de retenue, c'est sur un "Un homme extraordinaire" lourd de sens qu'ils s'en vont. Un morceau qu'ils en ont marre de devoir dédier à certaines personnes depuis un funeste soir de novembre.

    "On se souviendra de ceux qui commettent un crime un jour...
    De tous ces chasseurs de primes...
    Et puis d'oublier la vie d'un homme extraordinaire..."

    > Christophe Van Impe