Lylac (jeudi, 18h, en showcase au BSF): "Lylac, c'est un amour doux et amer"

Le BSF, ce n'est pas seulement la place des Palais, le Mont des Arts et la salle de La Madeleine. Cette année, quelques concerts plus intimistes auront lieu dans le cadre du BIP, situé sur le coin de la place Royale. Jeudi (18h), c'est Lylac qui investira les lieux. Entre quatre yeux, Amaury Massion (également chanteur de My TVis Dead) évoque avec nous ses voyages en Asie Sud-Est, ses sources d'inspirations allant de David Bowie à Nina Simone en passant par Jeff Buckey, ainsi que le rôle de Nicolas Michaux au moment de la confection du premier album. Le tout avant de décoller, au lendemain du concert, pour trois mois dans l'ouest américain.Lylac1.jpg

Amaury, comment fais-tu pour jongler aussi facilement entre tes deux projets?

"On s'arrange toujours pour ne pas sortir les albums en même temps. Ce sont deux styles tellement différents qu'il n'y a pas de confusion possible. J'aime assez bien, je ne sais pas si c'est mon côté schizophrène. Je n'arrête presque jamais de composer, même si ce n'est pas le même style d'écriture. Lylac a toujours été axé sur la sobriété, car c'est un projet issu de mes voyages, avec ma guitare sur le dos. J'ai toujours voulu garder un côté épuré, sans artifice. Quand tu chantes auprès de villageois au Cambodge, ils n'en ont rien à foute du star-system. C'est juste du partage pur. J'essaie de garder cette sensibilité à fleur de peau, de manière très intrinsèque. Je parle des mes voyages, de mes amours, de mes peines. Après le violoncelle et le sitar se sont rajoutés. Chaque artiste a plusieurs facettes. Le fait de pouvoir me déconnecter d'un des deux projets pour me concentrer sur l'autre, ça m'apporte un vent de fraîcheur. Cela me permet de ne pas faire tout le temps la même chose, ce qui est le grand challenge d'un musicien. Un mec comme David Bowie est le meilleur exemple. Il s'est constamment remis en question, a fait évoluer son truc et a travaillé avec des gens différents."

A la Rotonde, pour le concert de lancement de l'album, tu avais repris "Space Oddity". C'était spontané?

"Je ne l'avais jamais joué sur scène, ça s'est vraiment fait en dernière minute. Le concert avait lieu le 12 janvier, et il était décédé le 10. J'ai donc décidé ça la veille. Quand j'ai appris la nouvelle, ça m'a fort ému. C'est un peu comme si tu perdais quelqu'un de ta famille. Il avait une simplicité incroyable. C'est la patte des grands. Quand tu es en phase avec ta musique, tu n'as plus besoin de faire de la fausse démonstration."

C'est lors d'un de tes voyages en Asie que tu as trouvé le nom Lylac...

"C'était à Vang Vieng, au Laos. C'est un village au milieu des rizières. C'est un des pays les plus préservés d'Asie. Les gens sont très cools. Il y a un dicton qui dit que les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l'écoutent. J'avais choisi le nom Lylac au premier réflexe. Je suis allé dans un cybercafé pour bloquer le nom sur internet. Il vient forcément du morceau Lilac Wine, popularisé par Nina Simone mais écrit par James Shelton. Le nom m'évoquait un amour doux et amer. Il représentait bien ma personnalité et mon passé, car c'est empreint de douceur et de nostalgie tout en étant positif."

As-tu découvert le morceau par Nina Simone ou Jeff Buckley?

"Pour être franc, d'abord par Jeff Buckley. C'était en 1997, j'étais à l'école. Un copain vient me trouver et me fait découvrir "Grace". Encore aujourd'hui, je prends un plaisir incroyable à l'écouter. Cet album est hallucinant."

As-tu également voyagé pour composer le deuxième album?

"Non, un peu moins. J'ai fait d'autres sortes de voyages... j'ai eu des enfants. C'est un peu moins reposant que se balader le long du Mékong. J'ai déjà emmené ma fille deux fois en Thaïlande, mais pour des périodes plus courtes. Le voyage ne doit pas nécessairement être physique pour qu'il soit réel. C'est surtout une attitude et une ouverture vers les autres. Quand on essaie de ne pas se mettre au centre du Monde, on peut voyager où on veut."

Le lendemain du concert au BSF, tu pars pour trois mois en famille dans l'ouest américain. Cela pourrait-il t'inspirer?

"Je crois que je vais revenir avec un troisième album de country! Plus sérieusement, je ne manquerai pas de prendre ma guitare avec moi. J'espère revenir avec quelques morceaux empreints de grands espaces."

My TVis Dead avait pas mal percé en Suisse et en France. Est-ce plus compliqué avec un projet aussi intimiste?

"J'essaie de démarcher, avec l'aide de Wallonie-Bruxelles Musique, pour sortir l'album en France. Je pense que ça va se faire, car je suis déjà beaucoup écouté en France. Mais c'est de plus en plus compliqué. Les petits labels se plantent tous les uns après les autres. Pour le deuxième album de My TVis Dead, on a eu deux maisons de disques en France qui ont fait faillite successivement."

Quelle importance a eu Nicolas Michaux dans ton début de carrière avec Lylac?

"Il a été aux prémisses du projet. Au moment de vouloir composer le premier album, on m'avait proposé une espèce de résidence dans un château tous frais payés. Il y avait des coachs, dont Nicolas Michaux. je garde un très bon souvenir de lui. C'était plus un échange d'idées entre musiciens expérimentés. C'est comme ça que, sur le premier album, se sont retrouvés deux morceaux en français. Il est le premier à les avoir entendus. Un album français est-il envisageable? Oui éventuellement, mais Lylac est un projet sans aucune stratégie."

> Un entretien de Christophe Van Impe


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