Kid Noize: "Pour ma stabilité mentale, il était temps que cet album sorte"

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Vous aimeriez savoir qui se cache derrière le masque de Kid Noize ? C'est loupé, car ne comptez pas sur nous pour vous dévoiler le mystère ! C'est de grand matin que nous avons rencontré l’homme singe, qui vient de sortir son premier album ("Dream Culture"), attendu depuis longtemps, et qui remplira l'Ancienne Belgique le 24 février.

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de sortir cet album ?

« Il y avait déjà une ébauche d’album il y a cinq ans. Tout s'est bien passé, ce qui a fait qu’on a pu améliorer les choses. Mais, à un moment, il faut s’arrêter et le sortir. Il y a aussi le fait que j’ai créé le label Black Gizah, et qu’on a notamment bossé sur Mustii et d’autres artistes. »

Il y a eu beaucoup de singles durant tout ce temps. Était-ce une manière de susciter le désir chez les fans ?

« Ce n’était pas voulu, ça s’est fait naturellement. On a un peu sorti l’album de la manière inverse de ce qui se fait dans la pop. Avoir tourné pendant toutes ces années, ça m’a permis de roder les morceaux, mais aussi de me faire un public, qui est hyper fidèle et qui est très large. Ma plus belle réussite, c’est d'ailleurs mon public. Il y a de tout, mais ça matche par exemple à fond avec les gosses. Je trouve ça assez magique. »

A quel moment as-tu eu le déclic ?

« Il n’y a pas eu d’événement particulier, il était juste vraiment temps. Même pour ma stabilité mentale, il fallait qu’il sorte. »

L’importance, c’était la cohérence des morceaux et des invités ?

« Oui. L’album est composé de deux parties. Il y a une partie plus « jour », et une autre plus « nuit ». Une partie radio et gentille, et une autre club et un peu plus méchante. »

N’aurais-tu pas pu sortir un double album, comme Guns n’ Roses avait fait avec « Use your illusion » ?

« C’est marrant que tu dises ça, car ça a été le projet. On avait beaucoup de morceaux, et on aurait pu en effet sortir un double album. Il se fait que, à un moment, j’ai réussi à avoir une cohérence qui faisait qu’on ne pouvait plus en sortir qu’un. J’ai préféré faire ce choix-là, car on ne peut faire qu’un premier album. Les Guns l’ont fait, les Smashing aussi. Quand je les réécoute, ce sont des albums phares. Mais ce n’était pas leur premier… »

La suite, elle pourrait aller plus vite ?

« Oui, ça sera plus rapide. En tout cas, je ne peux pas m’y reprendre de la même façon. Je vais ajuster le tir au maximum et ne pas reprendre autant de temps. »

En cinq ans, certains morceaux ont-ils évolué ?

« Oui, à fond. Ce n’est pas du rock, quoi. C’est une musique qui est faite avec des ordinateurs, et la technique a énormément évolué. Au début du projet, j’étais un peu coincé. J’avais à la fois envie de faire de l’indé et du single. J’ai mis beaucoup de temps pour assumer ce choix. »

Ton projet peut-il toucher un public pop-rock ?

« Pop, certainement. Mais, dans l’énergie, il y a aussi quelque chose qui reste rock. Ces dernières années, il y a plein de projets électro qui se sont callés sur cette énergie rock. »KidNoize2.jpg

Te reconnais-tu dans la musique électro actuelle ?

« Oui, et non. Je me reconnais dans le rétro, et dans certains morceaux actuels. Mais pas dans tout. Ceci dit, je ne me reconnais pas non plus dans tout le rock. Il y a des trucs qui sont fabuleux, mais il faut juste les trouver. »

Qui, par exemple ?

« Il y a Flume, qui déchire. Le mec est juste vraiment bon. »

T’inspires-tu de ce que tu écoutes ?

« Non, pas spécialement. Peut-être que je devrais le faire plus, ce qui me permettrait d’aller plus vite. Mais je ne me calle pas sur de l’EDM ou de la musique électronique contemporaine. Je fais ce que j’ai envie de faire. »

Apprécies-tu les artistes qui mélangent rock et électro, comme Prodigy ?

« Prodigy, oui. Je trouve que le mélange est très fragile, et compliqué à faire avec de la mesure. Il y a beaucoup de trucs ratés pour peu de réussites. Le rock, ça parle de racine. La musique électronique, elle parle de futur. Ce sont deux choses totalement opposées. Le problème, c’est quand tu as des mecs du rock qui prennent un synthé en ne comprenant pas ce qu’il représente. Chez Goose, par exemple, eux ils pigent. »

Kid Noize pourrait-il percer ailleurs qu’en Belgique ?

« C’est plus une question de style de vie. Si je veux aller jouer à l’étranger, je pourrais. Mais, ça prend beaucoup de temps. Pour l’instant, j’ai toujours privilégié le développement de Black Gizah en Wallonie. L’album est sorti en France et aux Pays-Bas, et nous sommes allés jouer au Japon. Mais pour le moment, c’est plus une expérience qu'un projet misé sur la rentabilité. L’étranger oui, mais pas à n’importe quel prix. »

Tu es Bruxellois, mais tu vis à Charleroi. C’était important pour toi de participer à la revalorisation de ta ville d’adoption ?

« C’était naturel. Quand je suis parti là-bas il y a cinq ans, certains faisaient déjà des choses depuis de longues années. Ils n’avaient pas besoin de moi. Kid Noize a explosé à un moment où la ville demandait à exploser. Tout a été cohérent. C’est une ville dans laquelle je me reconnais. La cover a d’ailleurs été shootée là-bas. Comme moi, cette ville est passée par des moments difficiles. »

On t’a déjà vu à plusieurs reprises dans le kop du Sporting de Charleroi, notamment face à Anderlecht…

« En plus, j’ai habité à Anderlecht. J’aime bien le foot, mais je ne suis pas un fan. Si j’y vais, c’est plus pour boire une bière et être avec mes potes. Et puis, c’est une vraie expérience. »

N’as-tu jamais pensé composer un hymne pour le Sporting ?

« On m’en a beaucoup parlé. Après, de nouveau, il faut trouver la cohérence et le temps. Peut-être dans un an, cinq ans, ou jamais. Cela devrait de toute façon se faire naturellement. »

Le voyage au Japon, c’était comment ?

« C’était super cool, j’y suis resté 10 jours. On avait une date dans un club à Tokyo. C’était un bar un peu transgenre, où j’avais parfaitement ma place. On en a profité pour tourner le clip. Ce n’était pas facile, car la culture est différente et tu ne comprends rien. Cela s’était fait via un Français qui habite là-bas. On travaille à la suite. Ils évoquent notamment une tournée en Asie. Ce projet a un vrai potentiel là-bas, car ils sont à fond entre le manga et les comics. »

Ton label Black Gizah a notamment lancé Mustii. Es-tu surpris de sa réussite ?

« Surpris, non. »

Comment l’as-tu découvert ?

« On bossait tous les deux sur une prod’ d’un film, et j’ai reçu une démo par erreur. J’ai demandé ses coordonnées. Au final, ils n’ont fait le film ni avec lui ni avec moi. Grave erreur ! »

Le concert à l’AB, c’est une date importante ?

« Ce sera aussi important que l’album. L’AB Box a été vite complète, donc on a ouvert la grande salle. C’est un endroit mythique, où j’ai vu des concerts mémorables de The Hives, Offspring, Bloody Beetroots, DJ Shadow, The Roots… »

L’histoire du masque, ça vient d’où ?

« A la base, c’était surtout l’envie de montrer quelque chose plutôt que de cacher. Après, l’anonymat fonctionne bien. Et, être reconnu tout le temps c’est fatigant. Cela peut paraître un peu présomptueux, mais c’est vraiment casse-couilles. C’est une question de vie privée et familiale, il y a des limites à ne pas dépasser. »

Le visuel pourrait-il évoluer ou tu comptes rester fixé à cette image de singe ?

« Ca va évoluer, c’est prévu… mais je ne peux pas en dire plus. »


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