Valkø: "Je baignais déjà dans la musique dans le ventre de ma mère"

Vous la connaissiez sous le nom d’Auryn. La voilà de retour en tant que Valkø. En concert au Botanique dimanche dernier, elle vient de sortir un EP qui flirte avec douceur avec Radiohead et la scène islandaise. Nous l’avons rencontrée autour d’un Valko1.jpgcupcake dans le quartier du Châtelain.

Quelle influence tes parents ont-ils eu sur ton éducation musicale ?

« Je baignais déjà dans la musique avant même que je naisse, dans le ventre de ma mère. Mon père est musicien contemporain et ma mère était plutôt mélomane. C’était une ambiance quotidienne. Ma première passion, c’est cependant moi qui l’ai ressentie. C’est en écoutant un morceau à la radio, alors que je devais avoir 7 ans, que j’ai eu un coup de coeur pour le violoncelle. Quatre ans plus tard, je jouais le morceau que j’avais entendu, qui était « Le Cygne » de Camille Saint-Saëns. J’ai donc toujours eu un rapport évident à la musique. C’est comme une histoire d’amour, qui s’est construite avec le temps. Il a d’abord le coup de cœur et la passion, et puis il y a le doute et des éloignements. Mon premier doute, je l’ai eu vers 15 ou 16 ans. J’ai commencé à en avoir marre du violoncelle. J’avais envie d’autre chose, j’ai laissé le côté un peu classique et je me suis mise à composer au piano. Je ne voulais plus lire de partitions, j’avais envie de créer. Ce premier doute m’a amené vers la voie de la création artistique. Je ne voulais même plus savoir ce que je faisais. Au début, c’est très abstrait de composer. Le piano, c’est comme quelqu’un que j’ai découvert de façon empirique et expérimentale. Il reste un partenaire de création, qui doit rester mystérieux. »

Et puis ta sœur est aussi venue élargir ton horizon…

« Elle est foncièrement plus rebelle et plus punk que moi. Elle trainait beaucoup avec des gens qui faisaient de la musique. C’est elle qui a instauré chez moi l’écoute quotidienne. Ca a commencé par les Beatles. Ce sont des chansons simples, courtes et efficaces. Ils m’ont donné l’amour pour le chant en anglais. Puis petit à petit, ça a été les Pixies, Radiohead, le Velvet Underground, Beck, Sigur Ros, Portishead, Goldfrapp,… « Ok Computer » de Radiohead, ça me ramène dans ma chambre d’adolescente. Ces morceaux sont incrustés dans mes cellules. »

Quel était ton premier concert ?

« Oh non, non, non… joker. Allez, mon premier concert, c’était les Backstreet Boys. C’est mon parrain qui me l’avait offert. Sinon, ma première émotion de concert, c’était un live des Stones projetée à l’Imax de Bruxelles. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Je suis devenue complètement émerveillée par ce monde de la scène, par cette liberté d’expression. »

Pourquoi avoir changé de nom ?

« Je pense que j’ai toujours eu un doute latent sur mon nom. Je l’avais choisi quand j’avais 15 ans, ça venait de « L’Histoire sans Fin ». Le choix avait été fait de manière un peu aléatoire. J’ai fait beaucoup de chemin depuis. Le doute était là et, un jour, j’ai remarqué qu’un boys band espagnol s’était présenté à l’Eurovision sous ce nom-là. Du jour au lendemain, j’ai été bouffée. Ils ont directement eu des millions de vues sur Internet. On ne me trouvait plus sur le net, on commençait à nous confondre, ma page Facebook était taguée sur des festivals espagnols. Du coup, ça a appuyé mon choix et j’ai fai table rase. »

N’as-tu pas eu peur de déstabiliser ton public ?

« Non, car je fais confiance à la musique et à l’art. Si le nom devait être plus important que la musique, alors il y aurait un problème. J’ai sans doute perdu des gens en chemin, mais ils n’étaient peut-être accrochés qu’aux singles ou m’avaient entendu à la radio une fois. Je crois que mes vraies fans, qui aiment mon univers, ils sont là. Je m’en fous d’avoir 2000 fans et qu’ils n’y en aient que 30 qui likent mes publications. »

Comment as-tu choisi le nouveau nom ?

« C’est un nom que j’aimais déjà à la sortie de mon premier album. Je suis très connectée aux pays nordiques, même si je ne dis pas que je pourrais vivre là-bas. La scène islandaise, c’est une espèce de monde magique fait d’elfes et de magiciens. On dirait qu’ils ont tous été touchés par la grâce. Valkø, c’est le diminutif du mot « valkoinen », qui veut dire « la couleur blanche » en finnois. Je l’ai fait à ma sauce avec le o barré, car je vais souvent en Norvège. Le blanc, c’est le tout, et c’est aussi le nouveau départ, la page blanche. C’est comme si je pouvais tout recommencer. Le blanc, certains en ont peur, mais moi il m’inspire. »

Quand tu vas en Norvège, en profites-tu pour composer ?

« Oui, j’y vais pour me mettre dans une bulle. L’enfermement, c’est important. Trop de liberté, ça ne mène pas à la créativité. J’ai besoin de me retrouver dans un monde qui m’inspire. Je travaille beaucoup comme comédienne à Bruxelles et, pour faire une vraie pause, je dois partir loin. Alors, je vais souvent à Oslo. Ce qui est formidable, c’est qu’on est très vite près des fjords, de la rivière, des forêts,… J’aime bien être dans un petit confort. J’ai envie de trouver d’autres endroits qui m’inspirent. Je rêve notamment d’aller en Islande. Je suis jeune maman, donc c’est un peu moins facile pour le moment. »

Es-tu également repartie d’une page blanche au niveau musical ?

« Non. Le changement a peut-être juste eu une influence dans le choix des morceaux. Avec cet EP, j’ai plutôt visé un objet artistique que commercial. J’ai plus envie de faire confiance à la qualité de l’artistique, qui peut vivre sur le long terme. Je voulais moins me torturer pour entrer dans des schémas. Je ne suis plus dans l’urgence. Je crée des morceaux que j’aime, et dont je suis fière. C’est à moi que ça doit plaire en premier. »

Comment fais-tu pour concilier les métiers de comédienne et de musicienne ?

« Je dois quand même essayer de faire des plages, mais c’est super enrichissant d’avoir plusieurs métiers. L’un enrichit l’autre. Chacun nourrit l’autre par des petites choses, surtout que je ne travaille quasiment qu’avec ma voix. J’adore ces deux métiers, je trouve qu’ils vont très bien ensemble, et je me considère autant l’un que l’autre. »

> Un entretien de Christophe Van Impe

 

 

 

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