Critiques d'albums - Page 4

  • Ces Canadiens qui vous veulent du bien (mais alors là, beaucoup de bien!)

    Le Canada est un fournisseur de grands talents musicaux. Ce n'est pas vraiment un scoop. On le sait depuis longtemps. Mais trois albums récemment sortis sont assurément une nouvelle preuve du potentiel du "pays des caribous" en matière de musique.

    1. Mac Demarco avec Salad Days Mac_DeMarco_Salad_Days.jpg

    C'est quoi?  Un mélange de pop-psyché et de soft-pop en version lo-fi. Pour vous, c'est du chinois? Alors retenez seulement qu'il s'agit d'un recueil de petites mélodies bricolées, tout en douceur, qui donnent au final l'album de plus cool du moment!

    Le tout réalisé dans ... sa chambre par McBriare Samuel Lanyon "Mac" DeMarco, un des acteurs les plus intéressants de la scène indé montréalaise. Une oeuvre (le deuxième album de "Mac") toute en langueur, qui coule toute seule dans l'oreille. Un régal ! 

    Notre cote? 5 sur 5.

    Ses chances de percer auprès du grand public? Pas très grandes malheureusement. La musique bricolée de l'ami "Mac" ne passera jamais sur les grandes radios commerciales. Et c'est bien dommage. 


    peter_peter_-_une_version_amelioree_de_la_tristesse.jpeg2. Peter Peter avec Une Version Améliorée de la Tristesse

    C'est quoi? Peter Peter – son vrai prénom, qu'il a doublé pour en faire son nom de scène – livre un disque entre pop rythmée, romantisme, dépression et sensualité. Des mélodies et des textes (en français) qui touchent directement au coeur. A l'image des singles "Une Version Améliorée de la Tristesse" et "Carrousel". 

    Notre cote? 4 sur 5. 

    Ses chances de percer auprès du grand public? Elevées! Le charme de ce beau gosse québécois agit très très vite à l'écoute de ce deuxième album. Béatrice Martin, alias Coeur de Pirate, y a déjà cédé puisqu'elle s'est fendue d'un duo avec Peter sur le premier disque de ce dernier.  


    3. Timber Timbre avec Hot Dreamsuntitled.jpg

    C'est quoi? Le cinquième album d'un quintette originaire de Brooklin dans l'Ontario. On les avait découverts voici cinq ans avec leur troisième opus, baptisé sobrement Timber Timbre.

    Hot Dreams est un disque folk à l'ancienne où pointent de temps en temps du psychédélisme et du rock. Un disque riche assez difficile d'accès mais où on découvre quelque chose de nouveau à chaque écoute. Une oeuvre très cinématographique également, voire angoissante par moments. Un univers qui ne nous semble pas si éloigné de celui d'un réalisateur comme David Lynch.   

    Notre cote? 4 sur 5. 

    Ses chances de percer auprès du grand public? Eeeeuuuuh... On va dire infimes. A moins évidemment que David Lynch ne tombe raide dingue de ces Canadiens et ne les prenne pour réaliser la BO d'un de ses films... 


     

    Par Julien Carette

  • Thibet, à l'assaut des sommets

    Il y avait du beau monde au Beursschouwburg, jeudi soir pour le concert de Thibet. De Soldout à Marc De Backer (Mongolito, et ayant eu sa petite notoriété dans les nineties avec les Ricains de Dog Eat Dog), tous s'étaient retrouvés sur le toit de l'établissement très hype de la rue Antoine Dansaert pour la release party de "Vision & Certitude", qui fait suite à un premier EP sorti en février 2013. Sur scène, les têtes ne sont pas inconnues non plus. Gregory VThibet.jpgan Damme, le chanteur, a jadis officié dans Guilty Brothers Experience. Et le claviériste n'est autre qu'un des membres de Montevideo.

    Le concert de jeudi n'a fait que confirmer l'impression laissée au Propulse Festival il y a quelques semaines. Celle d'un groupe aussi fascinant que le pays dont il porte le nom, orthographié à la manière des orientalistes français du 19e siècle. Une musique qui vous prend aux tripes durant les parties plus nerveuses. Mais qui parvient aussi à vous transporter, notamment avec ce sublime et épique "Fountain of Joy", joué pendant plus de dix minutes en clôture de set. On est très loin du canevas d'une scène rock belge grand public souvent trop formatée. Comme Moaning Cities, Thibet décide de prendre la contre-allée. Et ce n'est pas pour nous déplaire...

    > Christophe Van Impe


  • Ithilien, entre Tokyo et Winterfell

    On connaissait l'amour des Japonais pour notre Salvatore Adamo national. Mais, derrière son aspect zen et ses cerisiers en fleurs, le Pays du Soleil Levant a aussi un côté nettement plus obscur. Le metal, sous toutes ses coutures, là-bas ils adorent. Et plus c'est méchant, mieux c'est. Une brèche dans laquelle le groupe belge Ithilien s'enfoncera bientôt, avec une tournée nippone en juin, et des dates à Tokyo, Nagoya et Osaka. Qui ça? Oui, oui, un groupe de Louvain-la-Neuve. Qui connaît déjà son petit succès à l'étranger puisqu'il revient justement de quelques prestations remarquées à Lille et à Paris.ithilien.jpg

    Découvert lors du récent "Loud Tour" au Botanique, bien qu'existant depuis 2005, Ithilien fait du folk-metal. Le genre de musique qu'on imagine plutôt confectionnée dans une cave au fin fond de la Scandinavie. Et pourtant, il s'agit bien d'une production belge, dont l'univers nous rappelle parfois le Manic Movement des débuts. Sans réelle surprise, le nom du groupe est tiré de l'univers de Tolkien. Sur l'album "From Ashes to the Frozen Land," on retrouve des sonorités black et death, mais le tout n'est pas dénué de mélodies. Et notamment des sonorités traditionnelles, notamment grâce à l'utilisation d'une cornemuse flamande.

    Costumes médiévaux et peaux de bêtes, on les croirait tout droit sortis d'un épisode de "Game of Thrones". C'est dire si en live, c'est une expérience hors du commun. Mais rassurez-vous, il ne faudra pas vous taper le Japon pour les voir. Car, de Eernegem à Verviers en passant par Roosdaal et Durbuy, ils sillonneront encore la Belgique d'ici juin...

    > Christophe Van Impe

    - Le 12 avril au Durbuy Rock Festival.

    - Le 18 avril et le 2 mai au B52 d'Eernegem.

    - Le 17 mai au Huggins Awakening Festival de Leffinge.

    - Le 17 mai au Splinter de Roosdaal.

    - Le 23 mai à la MJ Les Recollets de Verviers.

    - Le 21 juin au Folk Fest d'Anthisnes.

     

  • APPLAUSE, l'attente s'annonce interminable

    Le Café Belga, place Flagey, un samedi soir. Le microcosme du rock bruxellois s'y est donné rendez-vous. Dans un coin des membres des Vismets, dans l'autre Dan Miller guitariste de Ann Harbor et même une moitié de Puggy en fin de soirée, de retour d'un concert à l'Eden de Charleroi. Tous sont là pour célébrer le grand retour d'APPLAUSE, sans doute le groupe le plus sous-estimé de la scène belge. Et c'est peu dire qu'ils nous ont manqué depuis "Where It All Began" (2011). applause.jpg

    Ce soir, c'est la sortie de la première partie d'"Acids". Un deuxième album, qui sortira en trois volets. Trois disques pour trois saisons, histoire de marquer le coup en 2014. Et le plus frustrant à l'écoute du premier, c'est qu'on n'a jamais autant eu envie que le printemps pousse un coup sur l'accélérateur et arrête de nous enquiquiner avec ses mièvreries, afin de pouvoir découvrirapplause2.jpg les deux autres. Car les quatre titres qu'APPLAUSE vient de nous sortir sont tous monstrueux. Avec "Wasted Town", "Sorry", "Gonna Take You Long" et "In & out", APPLAUSE a étendu toute sa palette. Celle d'un groupe rock capable de vous faire bouger votre popotin mais aussi de vous émouvoir ou de vous mettre sous haute tension. 

    Samedi soir au Belga, le Français Nicolas Ly et ses acolytes belges n'ont pas été avares. Sur cette scène qui a jadis accueilli Moby, Julien Doré, les Vismets et Jake Bugg, ce sont quinze titres qui ont été balancé gracieusement aux fans. Les nouveaux évidemment, mais aussi le meilleur du précédent comme "Black Sand" ou l'épileptique "Witches". Nicolas Ly, avec sa voix à la Jeff Buckley, a toujours ce charisme hypnotique. Pas étonnant quand on sait que le garçon excelle également dans le milieu du cinéma. Et dire que maintenant il va falloir attendre août pour la suite. L'été sera long...

    > Christophe Van Impe

  • Avec Melingo, la Bota se met aussi au tango

    En un an, ce sont environ 600 artistes de tous horizons qui foulent les planches des différentes salles du Botanique. Parmi ceux-ci, certains plus atypiques forcément. Car, non, il n'y a pas que du rock ou de l'electro au Bota. La preuve avec Daniel Melingo, qui sera de passage le 11 avril, dans le cadre des VW Spring Sessions. En Argentine, Melingo est une star nationale, maître incontesté du tango. ÂgMelingo.jpgé de 57 ans, c'est après avoir quitté l'Argentine pour le Brésil afin de fuir la dictature militaire, qu'il débute sur la scène, au sein du groupe Agua de Milton Nascimento. De retour en Argentine quatre ans plus tard, il deviendra la figure de proue du rock contestataire avec Los Twist et Los Abuelos de la Nada. Dans les années 80, on le découvrira même flirtant avec le punk avec le groupe madrilène Toreros Muertos.

    C'est dire si sa palette est large et si on est très loin du tango classique. Il y ajoute sa touche personnelle, ses influences rock et blues et sa voix à la Tom Waits, et nous propose des poèmes chantés en lunfardo, l'argot de Buenos Aires. C'est le guitariste de Gotan Project qui lui a pour la première fois ouvert les portes de l'Europe. Ecouter un album de Melingo, c'est voyager. D'une chanson à l'autre, dans un style très cinématographique, il nous transporte, tel un Phileas Fogg des temps modernes. Sur "Que Sera De Ti", on a presque l'impression d'entendre une variation latino du "Melody Nelson" de Serge Gainsbourg. "Linyera", son dernier album en date, sent bon l'Amérique du Sud. Mais pas celle des plages de sable fin. Plutôt celles des contrées poussiéreuses et suffocantes. Mélancolique, onirique et surréaliste, "Linyera" devrait enfin asseoir pour de bon la popularité de Melingo sur le Vieux Continent...

    A voir sur scène le 11 avril, à l'Orangerie.

  • Avec son premier album, MIHUMA choisit la langue plutôt que le sabre

    Une ville, la nuit. Paris, Londres, Baïa, La Havane. Un homme, la trentaine, est tapi dans l'ombre, la plume aiguisée, les sens en éveil, observant attentivement les sons de la rue, les sons de la vie. Urbanité et poésie. Sensible au moindre mouvement, il attend, se ressource, puis l'essence de la rue en ébullition. Elle vibre, il la sent, elle est en lui. Il l'aime malgré sa noirceur, son côté sombre. Elle vit, ils peurent, et que reste-t-il lorsque revient le jour? Rien, ou pas grand chose.Mihuma.jpg

    MIHUMA pose un regard sans complaisance sur ses contemporains. Conscient de l'urgence, besoin de secouer les esprits, il ne ménage pas les âmes sensibles, grattant là où ça dérange, là où ça fait mal. Esthétique de la noirceur comme liberté artistique, liberté de ton, une colère à laquelle il laisse libre-cours. Peurs, fantasmes mais aussi beaucoup d'amour, sous toutes ses formes, comme autant de phares qui permettent de ne pas sombrer.

    Amoureux du verbe, poète sans filtre, c'est chez les grands de la chanson française que MIHUMA puise ses références - Gainsbourg pour la liberté artistiques, Mano Solo pour son côté écorché - dans la littérature aussi (Verlaine, Baudelaire,...). Amoureux de la musique, chineur, il vous parlera aussi bien de Bowie que de Janis Joplin, Hendrix ou Portishead. La recherche du bon son: une base rock, des influences soul, des sonorités latines,...

    Pour l'enregistrement de l'album "Les esprits claires voient dans le noir", il s'est entouré de musiciens aguerris: le guitariste Stéphane Goldman, ami fidyle, accompagnateur d'Imany; Noël Assolo (bassiste des Rita Mitsouko) et le batteur Franck Mantégari (rencontré lors du projet Music'All); le tout orchestré par le producteur Mitch Olivier (Alain Bashung, Renaud, Dax Riders, Brigitte Fontaine, Olivia Ruiz,...) qu, séduit par son univers, se lance dans l'aventure.

    De ses virées musicales, il croise aussi un autre amoureux des mots: Francis Lalanne. Rencontre improbable. L'homme aux cuissardes, envoûté par cet esprit, ce parler-vrai, se laisse entraîneur dans la moiteur des "Carnets de Nuits".

    A travers les neuf titres de "Les esprits clairs voient dans le noir", MIHUMA tel un sage a choisi la langue plutôt que le sabre, et tente d'éveiller les consciences: montrer ce qui est, dévoiler ce qui devrait, percevoir ce qui sera. Marquer d'une empreinte invisible sa trace... indélébile, et croire que tout peut encore changer.

     www.mihuma.fr

  • Manon Ache, d'une fraîcheur désarmante

    Si Amélie Poulain avait voulu pousser la chansonnette plutôt que passer son temps à plonger sa main dans un sac de grains ou à faire des ricochets sur le canal Saint-Martin, elle se serait sans doute appelée Manon Ache. Le piano de Yann Tiersen se serait à coup sur malicieusement entrelacé aux parcelles de son univers. Un joli minois, des mélodies fraîches comme un jus d'orange pressé, des paroles légères racontant des scènes de vie quotidienne... et en plus, c'est belge. Schaerbeekois même, plus ManonAche_coul.jpgprécisément. Ca s'écoute délicieusement comme on déguste une friandise. Seule au piano, elle avait assuré la première partie de Rose au Bota en novembre dernier, dans un style qui n'est pas sans évoquer ce que serait une version moderne de Barbara. Et on ne peut que succomber. La voilà qui sort son premier EP, "La douleur embellit l'écrevisse". Un six titres où on retrouve du beau monde. Notamment Matthew Irons (Puggy) à la guitare sur "D'amour et de misère", mais aussi John Janssens, Gil Delogne, Nicholas Yates, Céline Chappuis et Jordan Greenwood.

    Les occasions de la voir en live seront nombreuses, n'hésitez pas...

    - Le 4 avril au Rayon Vert, à Jette.

    - Les 26 et 27 avril au Wallonie Bienvenue 2014 - Avant-première du Festival Les Sentiers de Sart-Risbart.

    - Du 7 au 17 mai aux 20èmes Rencontres d'Astaffort, en France.

    - Le 23 mai en première partie de Samir Barris à la Ferme du Biéreau, à Louvain-La-Neuve.

    - Le 23 août au festival Les Sentiers de Sart-Risbart, à Incourt/Chaumont-Gistoux.

     

    > Christophe Van Impe

  • Sweet Jane, comme dans un gant de velours

    L'attente, même si elle semble parfois interminable, a souvent du bon. Sweet Jane, c'est évidemment un morceau d'anthologie du Velvet Underground et qui collait à la peau du regretté Lou Reed depuis 1970. Mais c'est aussi le groupe de Christel Mignolet, dont on n'avait plus eu de nouvelles depuis 2003 et l'album "Full Moon", qui faisait suite à "Little Bird" (1999). A l'époque, on avait pu la découvrir en première partie de Calexico, Sophia et Echo & the Bunnymen entre autres. L'an dernier, elle avait encore ouvert pour Shannon Wright au Bota. "Time Away", sorti il y a peu et produit en collaboration avec Calo Marotta, Sacha Toorop et Rudy Coclet, la ramène enfin au devant de la scène.Sweet.jpg

    Cet album a été enregistré au mythique Jet Studio, qui a jadis vu passer Edith Piaf, Shirley Bassey ou les Rolling Stones. Il y avait pire que cet endroit, plus ancien studio de Belgique, pour tout mettre en boîte. Et ce troisième opus est une boîte emplie de douze merveilles, qui flirte toujours avec les influences de PJ Harvey et Spain. On y retrouve par ailleurs plusieurs invités prestigieux. On y croise notamment la guitare de Geoffrey Burton (Honk Kong Dong) et les voix de Pieter-Jan De Smet, Sacha Toorop et Amaury Massion (MY TVIs DEAD ,et Lylac). A découvrir sur les planches, le 18 avril, dans le cadre vouté du Witloof Bar du Botanique.


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    < Christophe Van Impe

  • Clare Louise, Girl in Ireland (au Bota ce jeudi)

    C'est un joli moment de douceur et de tendresse qui s'annonce ce jeudi à la Rotonde du Botanique, avec le concert de Clare Louise. Son nom de scène, elle le doit au comté de Clare, en Irlande. Pays où elle a vécu un moment, lors de ses études, afin d'y passer son master à l'Université de Cork. Les interminables plaines verdoyantes d'Irlande, elle en est dingue depuis toujours, elle qui a étudié la littérature celtique et le gaélique. C'est là-bas qu'elle y a pris goût pour les guitares folk et les jolies mélodies, aujourd'hui légèrement matinées d'électronique. Pourtant, c'est de l'autre côté de la Manche qu'elle a vu le jour et a fait ses gammes. A Avranches, près de Rennes, plus précisément.ClareLouise.jpg

    Et puis un beau jour, en 2006, elle a débarqué sans crier gare en Belgique, accompagnée de sa gratte et d'une bande de potes. Et on ne peut que s'en réjouir que son destin se soit lié au nôtre. Désormais belge d'adoption, et après avoir notamment collaboré avec Le Yéti, elle vient de sortir "Balloons" (produit par Géraldine Capart, qui a bossé avec Miossec et Dominique A), suite logique et évolutive à "Castles in the air" et "Bare Tales". Un album aérien et d'une beauté touchante, auquel Boris Gronemberger (Girls in Hawaii, V.O.) a collaboré, et qu'on aurait presque envie d'écouter pensif sur une balançoire. "I don't dream anymore", chante-t-elle à contre-courant alors que, justement, ses jolies ballades invitent au rêve et à l'évasion immobile. Accompagnée de Cédric Van Caillie, Charlotte Danhier et Franck Baya, Clare Louise se produira au Botanique ce jeudi. Et on ne saurait trop vous conseiller d'être de la partie...

    En concert jeudi à la Rotonde, avec Hibou en première partie.

    < Christophe Van Impe

  • Vegas: "Evoluer, c'est prendre des risques"

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    Vegas n'aura sans doute jamais aussi bien porté son nom. Trois ans après "An Hour With", le plus dansant des groupes rocks belges fait scintiller son nom et est de retour avec un album plus lumineux et plus entrainant. Produit par Leo Grandet et Charles De Schutter, qui ont notamment collaboré avec Vismets et M, "Everything You Know is Wrong" marque un tournant dans la carrière de Vegas. Nous les avons rencontrés quelques minutes seulement avant de monter sur les planches de la Rotonde pour un concert bondissant et jouissif. Avec plus de subtilités que par le passé, les blousons noirs sont de retour sur le dancefloor...

    En quoi cet album est-il fort différent des deux précédents?

    Seb (guitare): "Il l'est déjà par sa pochette. Généralement, on bosse toujours avec des couleurs sombres et ici c'est plus lumineux. Quand tu débarques avec une pochette sombre, ça donne directement une connotation plus dark à ta musique. Ce qui aurait donné une mauvaise idée de ce qu'on fait. L'autre différence primordiale, c'est qu'on a bossé les chants à fond. Avant on commençait par les instrus et puis on mettait le chant. Ici, on pose la chanson en fonction du chant. Cela donne un truc plus homogène. Les séquences ont trouvé leur place car tu les utilises comme un instrument au lieu d'un tapis permanent. Et au niveau du mixage, on a fait un mix pop où on a mis la voix d'Alky en avant. Comme les grands..."

    Alky (chant): "Une pochette peut influencer dès le départ. Dans cet album, nos textes sont plus sombres qu'avant. Mais la musique fait ressortir le côté plus dancy. C'est surtout ça qui change. On a voulu aller vers des choses plus positives et ne pas tomber à nouveau dans un truc noir."

    Seb: "On a voulu faire un album rock, mais qui fait danser les gens."

    N'avez-vous pas l'impression d'avoir pris un gros risque?

    Alky: "On se le dit encore maintenant. On en parle souvent. Mais si tu ne fais plus la musique qui te plait, alors il ne faut plus en faire. En tout cas, moi ça me rendrait malheureux."Vegas1.jpg

    Le titre de l'album veut également faire passer un message?

    Seb: "Tout le monde avait peut-être un a priori, une première idée. Là, on fait un peu page blanche et c'est reparti. Maintenant, on ne rejette pas ce qu'on a fait. Nos deux premiers albums sont un héritage. C'est un prolongement, une continuité. On a enfin réussi à poser ce qu'on avait en tête depuis le début. Il a fallu le temps qu'on apprenne. Maintenant, on arrive vraiment à sortir un son personnel et original. On évolue sans perdre notre identité. Récemment, on me demandait ce que ce sera dans dix ans. En fait, tant que ça monte, on bosse."

    Alky: "Le jour où tu stagnes, vaut mieux arrêter."

    Qu'avez-vous écouté récemment et qui vous ait donné envie d'évoluer vers ce nouveau son?

    Alky: "Des trucs comme Swedish House Mafia. Des trucs modernes, mais il faut qu'il y ait du chant et de la mélodie. C'est ça qu'on veut mettre en avant depuis dix ans. Et je pense que sur cet album-ci, on est vraiment arrivé à ce qu'on voulait faire. Avant, on se cherchait. Là, c'est vraiment homogène. On savait où on voulait aller, et c'est ce qu'on a fait de A à Z. C'est ce qu'on avait en tête qui se retrouve sur le CD."

    Seb: "Au niveau guitares, on a écouté des trucs un peu plus modernes genre Kings of Leon ou Biffy Clyro."

    Cet album est-il le plus abouti de votre discographie?

    Seb: "C'est ce qu'on se dit à chaque fois. Ici, on a pondu 30 titres et il y en a 13 sur l'album. Certains sont restés sur dix mesures, d'autres ont été répétés et abandonnés."

    Les morceaux laissés de côté, pourrait les retrouver sur un album ultérieur?

    Seb: "Non. Si on ne ne l'a pas mis aujourd'hui, le morceau ne sera pas meilleur dans deux ans."

    Combien de temps avez-vois bossé sur cet album?

    Alky: "Une petite année."

    Seb: "Un an en off et puis trois mois à partir du moment où tu entres en studio. En amont de l'enregistrement, tu peux compter une centaine d'heure par chansons. On a un studio chez Alky. On enregistre les guitares etc et après, on retourne en studio pour faire les réglages définitifs. Il y a un putain de boulot au niveau de la compo."Vegas2.jpg

    Quel est le morceau qui représente le plus le nouveau son de Vegas?

    Alky: "Raise me up"

    Seb: "Il ouvre l'album. Il donne le ton. Tu sens directement que ce sera énergique, que ce sera rock et dansant."

    A quoi doit-on s'attendre en live?

    Alky: "Ce sera plus dur que sur l'album car on aime envoyer du gros son. Ce sera plus énergique et moins posé."

    Seb: "Quelques morceaux des albums précédents ont été mêlés à la setlist. On présente une heure qui tient la route de A à Z. Tout est réfléchi et enchaîné. Les morceaux joués, ce sont les plus puissants. C'est hyper homogène."

    Il n'y a donc aucune place à l'improvisation?

    Alky: "Pour le moment, non. Mais peut-être plus tard, car on vient d'avoir un nouveau membre dans le groupe. Il gère les séquences et le sampler. Grâce à ça, on pourra peut-être évoluer. Ce ne sera pas de l'impro car on n'aime pas travailler dans le brouillard, mais ce sera plus libre en live."

    Seb: "On aime bien balancer des intros avant les concerts. Avant, c'était une séquence. On arrivait et on jouait dessus. Ici, c'est notre cinquième membre, qui la crée. On n'a jamais deux fois la même intro. Il met des effets. Il y a donc quand même un côté plus aléatoire dans le traitement de nos sons, un côté live. Puis on a aussi la possibilité, si c'est la folie pendant un pont et que les gens commencent à danser, de bouger. La formule est prête à la flexibilité, plutôt qu'à l'improvisation."

    Comment a-t-il rejoint le groupe?

    Alky: "Dim nous a découvert il y a trois ans, lors d'un acoustique à "50° Nord". On jouait tous les soirs un titre. Il est venu nous voir deux ou trois fois, je me suis lié d'amitié avec lui et il est désormais dans le groupe. On avait besoin de quelqu'un. On avait beau chercher, on ne trouvait pas."

    Seb: "Il n'y a pas eu de phase d'adaptation, ça a collé direct. Désormais, les séquences sont vivantes. Le son électronique, qui est censé être figé, ne l'est plus."

    Êtes-vous anxieux par rapport à l'accueil de l'album?

    Alky: "On est plus anxieux pour l'accueil du live. Sur scène, on a une pression."

    Seb: "T'as beau avoir répété 200 fois, c'est différent."

    Alky: "Ce n'est pas comme si tu jouais pour trois potes..."Vegas4.jpg

    Peut-on dire que Vegas, c'est la somme de toutes vos influences?

    Alky: "Non car elles totalement différentes. Vegas, c'est un assemblement de nos quatre personnalités. Mais je ne pense pas que nos influences aient joué, sinon on aurait sorti un album new-wave. Moi, j'écoute IAMX, du hip-hop américain, beaucoup de house."

    Seb: "Alors que moi c'est plus du rock classique, de la new wave. La phase punk et post-punk, ça c'était vraiment ma came. Après, ça dévie avec des groupes comme Nine Inch Nails, Tool. J'ai flashé sur Biffy Clyro aussi. A 15 ans, j'écoutais les Guns, Led Zep,..."

    < Un entretien de Christophe Van Impe