Critiques de concerts - Page 2

  • BSF: Mickey 3D et Feu! Chatterton, délicieux conflit de générations

    Comme vendredi, c'est par la salle de la Madeleine, devenue depuis un an un lieu incontournable du BSF, que nous avons débuté notre parcours dans le centre de Bruxelles. Comme Mustii la veille, Ulysse n'en finit plus de tourner cet été. Et, pour la première fois de sa jeune carrière, le trio bruxellois donnait même deux concerts en quelques heures. En début de journée à Ronquières et donc ensuite au BSF. Si fatigue il y avait de leur côté, elle est en tout cas passée inaperçue, tant leurs morceaux accrocheurs ont fait Ulysse.jpgmouche. En septembre, ils se produiront dans le cadre très particulier du Fly Away Festival, en Corse.

    Ambiance plus hexagonale au Mont des Arts avec Mickey 3D et Feu! Chatterton. On ne va pas se mentir, Mickey 3D a surtout connu le succès au début des années 2000. Avec comme point d'orgue "Tu vas pas mourir de rire", album sorti en 2003 et sur lequel on retrouvait le tube "Respire". Et puis là en 2016, Michaël Furnon désormais entouré de nouveaux musiciens (il ne reste plus que Najah El Mahmoud du line up d'origine, à ses côtés), M3D.jpgdécide de ressortir de nulle part avec "Sebolavy", sept ans après "La Dernière Evasion". La première moitié du concert fera d'ailleurs la part belle au dernier disque. Avec notamment ce superbe "La Rose Blanche", qui fait référence à un groupe de jeunes résistants chrétiens allemands face à la barbarie nazie. Ce morceau terminé, il est temps de se replonger dans le passé forcément plus connu du groupe, pour une série de dix grands classiques. Le ton est plus rock n' roll, les guitares électriques sont de sortie. Sauf sur "Respire", joué à la gratte acoustique. "Johnny Rep", un des rares morceaux liés au football qui soit réussi, met fin au concert de fort belle manière. Mickey 3D est de retour, et ça fait du bien.

    Place ensuite au plat de consistance avec Feu! Chatterton. Jadis découvert en première partie de Fauve, le groupe parisien continue de tout renverser sur son passage, mais n'a pas forcément le même public que Mickey 3D. Plus théâtral que jamais, Arthur électrise ou agace, c'est selon l'état d'esprit. Il n'empêche que "Côte Concorde" est un des plus beaux morceaux de chanson française qu'il nous ait été donné d'entendre depuis bien longtemps. En un album, Feu! Chatterton est déjà entré dans la cour des grands.

    > Christophe Van Impe

  • Mustii au BSF: l'ascension du chevalier noir ne fait que commencer..

    Faire l'unanimité en ayant simplement un EP de cinq morceaux sous le bras n'est pas donné à tout le monde. Beaucoup s'y sont cassés les dents. Pourtant, le Bruxellois Mustii, l'acteur Thomas Mustin (notamment vu dans la série "La Trêve") pour les intimes, y est parvenu en un temps record. Il y a un peu plus d'un an, quand nous l'avions vu au Sablon dans le cadre de la fête nationale, rien ne le prédestinait pourtant à une telle envolée. Il n'avait alors que quelques morceaux à proposer, et le live n'était pas encore totalement maîtrisé. Mais, après avoir notamment travaillé cet aspect avec Redboy (MLCD et Hollywood Pornstars), il s'est métamorphosé.

    Aujourd'hui, il est impossible de passer à côté du phénomène. Ses deux singles "The Golden Age" et "Feed Me" tournent à répétition en radio. Et il Mustii.jpgn'y a que peu de scènes de festival qu'il n'aura pas écumées cet été. Certains le voient même déjà représenter la Belgique à l'Eurovision en 2017. Tout a commencé par un single de Kid Noize où il posait la voix. Et, très rapidement, l'élève a rejoint le maître dans les charts.

    Deux semaines après avoir fait l'unanimité aux Francos de Spa, il était vendredi soir à la Madeleine pour l'ouverture du BSF. Une salle remplie à craquer (1200 personnes), qu'il aura mis dans sa poche dès les premières notes de "The Darkest Knight". Il aurait bien aimé jouer trois heures, mais le temps était malheureusement compté. Ce samedi, il remettait sous le soleil au festival Ronquières. La cerise sur le gâteau, ce sera pour le 21 octobre, avec l'importantissime date au Cirque Royal. Cette fois pour y présenter un premier album très attendu. L'ascension ne fait que commencer...

    > Christophe Van Impe

  • Francos 2016: Papy Polnareff fait de la résistance

    Il est passé 1h du matin, et la limousine de Michel Polnareff s'engouffre dans les bois sombres entourant Spa, en direction de l'aéroport de Bierset. A 72 ans, loin du los Angeles où il s'est installé il y a bien longtemps, il a encore une fois repris sa vie de rock star. Pourtant, les signes de vieillesse sont inévitablement là. Comme quand il se fait aider d'u prompteur quand il s'installe, à deux reprises, au piano pendant son concert. Mais sans doute qu'il refuse de voir la vérité en face, et que c'est d'ailleurs ce qui le pousse encore à tourner. L'an dernier, il s'était enfermé pendant de très longues semaines aux studios ICP à Ixelles. Pour quel résultat? Un morceau sorti à Noël, plus que dispensable. Le reste est enfermé dans un placard pour le moment. L'album, attendu depuis 1990, finira-t-il par sortir un jour? PersonneMichelPolnareff.jpg n'est en mesure de le dire. Perfectionniste, il attendra que ce soit à son goût. Peut-être éternellement. Mais il persiste à croire qu'il a encore cette magie créatrice qui avait jadis fait de lui le plus passionnant des artistes de la scène française.

    De toute façon, on ne va pas voir Polnareff pour découvrir de nouvelles choses. On est d'ailleurs bien content que, mardi soir à Spa, il ait fait l'impasse sur cet "Homme en rouge" qui sent quand même bien la naphtaline. Ses grands classiques, par contre, n'ont pas pris une ride. Même si on aurait aimé avoir "Âme câline" ou "Tous les bateaux, tous les oiseaux" plutôt que "Y a qu'un cheveu", tout y est passé. C'est sur "La poupée qui fait non", morceau sur lequel Jimmy Page jouait à l'origine, qu'il débarque sur scène pour directement enchaîner par "Je suis un homme" et "L'amour avec toi". Il a eu le bon goût de s'entourer de musiciens virtuoses qui, pour la plupart, on la moitié de son âge. Au milieu de "Je t'aime", il rend hommage à Prince en interprétant "Purple Rain", tandis que le logo du Love Symbol s'élève en fond de scène. Après 2 heures de concert, il s'en va sur "On ira tous au paradis" en version karaoké. Ces Francos 2016 ne pouvait mieux débuter...

    > Christophe Van Impe

  • Un samedi aux Ardentes: le rock psyché l'emporte par KO

    Mieux vaut tard que jamais, il aura fallu attendre le dixième anniversaire pour que nous mettions les pieds aux Ardentes. D'emblée, l'agencement du site surprend avec cette longue allée le long de la Meuse ressemblant plus à une fête foraine qu'à un festival. Pas question ici d'une large plaine, comme on en voit un peu partout en Flandres. Ulysse.jpgL'accueil est également bien plus sympathique. L'ambiance débute dès la navette, avec un chauffeur de bus ayant certainement appris les rudiments de son métier au Club Med plutôt qu'à la TEC.

    Une fois sur place, il faut donc bien marcher dix minutes pour trouver traces d'un concert. Deux salles sont nichées dans le hall des foires des Coronmeuse: le HFO et l'Aquarium. On est samedi, le temps et est au beau fixe, et on a tout sauf envie d'aller s'enfermer dans ces hangars. D'autant que Moaning Cities, qui sortira en janvier son deuxième album avec son nouveau line-up, termine son set. On avait adoré leur premier disque, qui naviguait entre les Doors et BRMC, et il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même pour le suivant.

    Caballero & JeanJass n'auront droit à nos faveurs que pendant un morceau, car il est tout doucement temps de voir à quoi ressemble cette scène principale. C'est à ce moment que Broken Back débute. Un concert qui ne nous émoustillera point. Une soupe FM qui ressemble à 1000 autres artistes déjà entendus sur les ondes, à commencer par Milky Chance. Comme Broken_Back.jpgavec les Allemands, on a l'impression à chaque début de morceau d'entendre les premières notes du single. Bin non, ce sera pour le rappel. Quant au story telling du gars qui fait de la musique après s'être cassé le dos, ça ne fonctionnera que le temps d'un album.

    Les Ardentes, elles valent surtout par la qualité de leur programmation hip-hop. Vince Staples nous fait en effet vibrer pour la première fois de la journée. L'Américain, issu de l'école Odd Future comme Tyler the Creator (à l'affiche le lendemain) est venu avec un light-show impressionnant. Malheureusement pour lui, il n'est pas aidé par la configuration du HFO. La salle est bien trop lumineuse et, surtout, le son est très limite. Au point que l'ingénieur n'ose pas le pousser trop haut. Dommage.

    Notre coup de cœur de la journée, c'est sur la scène principale qu'il a eu lieu avec Goat. On ne comprend pas trop comment ce groupe se soit retrouvé à jouer là. Les gamins qui attendent Bigflo & Oli encore moins. Masqués et fringués comme des Incas, les Suédois proposent une espèce de messe psyché du meilleur goût. Les guitares se font enfin entendre à Liège. Selon la légende, un sorcier aurait jadis jeté une malédiction sur Korpilombolo, le village dont Goat.jpgest originaire le groupe. On a envie d'y croire. Le concert terminé, c'est en cachant leur visage qu'ils montent dans leur navette. Mystérieux, jusqu'au bout.

    Changement de registre radical avec Bigflo & Oli. Les deux Toulousains se produisaient pour la troisième fois en quatre ans aux Ardentes. Ce sont les régionaux de l'étape. Olivio touche à la corde sensible en débarquant vêtu d'un maillot des Diables rouges floqué à son nom. La mise en scène vaut le coup, c'est drôle et jamais putassier. Du hip-hop pour les enfants certes, mais de qualité. Avec une Big_Flo&Oli.jpgmention particulière pour l'intervention du champion de France et d'Europe de beatbox, impressionnant de maîtrise.

    Son Lux, dans un Aquarium légèrement plus digeste que le HFO, sera notre dernière satisfaction de la journée. La suite, ce seront des prestations en roue libre d'Alice on the Roof et de Pharrell Williams. Même bien trop cool pour ce dernier qui, désintéressé, n'a pas justifié une seule seconde son statut de tête d'affiche...

    > Christophe Van Impe

    > Photos de Nicolas Folichon

  • Alhambra, le 13 juin : entre révélation et confirmation

    Pierre Lizée: Pour son "premier concert devant autant de gens" comme il l'a dit, Pierre Lizée n'a pas hésité à nous mettre une claque dans la figure. Seul avec sa guitare, s'excusant presque d'être là, il a déclenché un tsunami d'émotions grâce à sa voix tant puissante que profonde. Vous vous en doutez dès lors : la conquête du public ne fût pas longue. Encore timide, il nous a cependant présenté trois de ses compositions personnelles derrière lesquelles on imagine un travail minutieux et perfectionniste. Il a également repris Lisztomania de IMG_3099retret.jpgPhoenix, Too Many Friends de Placebo et Somewhere Only We Know de son groupe préféré Keane. Son plaisir d'être à nouveau sur scène (après The Voice et le Belzik Café) était communicatif et nous ne voulions pas qu'il retourne dans les coulisses (alors qu'il laissait sa place à celle que nous attendions tous). Sa voix (héritée de Brian Molko) à la réverbération naturelle, son talent de guitariste, ces désormais célèbres chemises ... bref ce personnage fera encore parler de lui pendant longtemps pour notre plus grand plaisir ! Si vous allez envie d'aller le (re)découvrir, Pierre Lizée sera au Polygon Festival le 23 juillet, au Welcome in the Park le 24 juillet, au festival Les Granges le 27 août, aux Fêtes de Wallonie à Seraing le 2 septembre et à l'Openstream Festival le 10 septembre.

    Alice on the Roof: Un an après son premier passage sur la scène de l'Alhambra, Alice est revenue en tant qu'artiste confirmée pour un try-out intimiste afin de peaufiner le show qu'elle nous offrira lors des festivals. Et le IMG_3245retret.jpgmoins que l'on puisse écrire est qu'elle nous a encore régalé.  Plus sûre d'elle, on peut s'apercevoir qu'elle s'épanouit de plus en plus et ce, pour nous plus grand bonheur ! Sa voix cristalline, son émotion, son sourire nous emmène à chaque fois vers un monde magique (mais fragile).

    > Nicolas Folichon

     

  • Nuits du Bota: Katerine et Suuns ont touché au sublime

    On a vécu de bien belles Nuits qui, sur la fin, ont carrément flirté avec le sublime. On en veut pour preuve ce concert absolument époustouflant de Philippe (comment tu t'appelles?) Katerine au Cirque Royal samedi. Une soirée qui avait débuté pour nous dans une Rotonde, désormais garnie d'un squelette d'on ne sait quel dinosaure sous sa coupole. S'y déroulait une soirée presque exclusivement italienne, organisée en collaboration avec le festival Arezzo Wave. Entre les excellents Wrongtoyou (délicat à la Bon Iver) et Joycut (on n'a pas vu, mais on nous a dit le plus grand bien de leur postrock), nos compatriotes d'Italian Boyfriend se sont tapés l'incruste. En live, l'arrivée de Tim (même s'il jouait avec une jambe dans le plâtre) à la batterie apporte un plus incontestable. On a donc désormais la moitié de BRNS dans le groupe, mais ça n'a pourtant strictement rien à voir. C'est délicieusement nonchalant et maladroit. Pour coller au thème de la soirée, ils se sont même permis une reprise de Rafaella Carra, chantée par Sarah. Et César, une fois sorti de Katerine1.jpgscène, de sortir son copion griffonné en italien "Google translate" pour tenter de convaincre les autres de faire jouer son groupe en Italie.

    Entretemps, nous avions pris en quatrième vitesse la direction du Cirque Royal, où Blondy Brownie et Alex Beaupain venaient de finir leur set. Nous voilà tip top sur place pour les premières notes de "La Reine d'Angleterre". On le craignait un peu ce concert "intimiste" de Katerine dans ce grand Cirque. Comment allait-il tenir le coup sans pouvoir faire le guignol, en slip, avec ses danseuses? Mais les craintes ont été très vite dissipées, et pas un peu. Nous avons carrément assisté au meilleur concert de ces Nuits. Katerine n'a fait que confirmer, grandeur nature, l'excellente impression qu'il avait laissée il y a quelques semaines lors de son showcase dans les bureaux de Pias. Accompagné de sa pianiste classique et habillé comme un Peter Pan sous LSD, il a tout simplement été sublime. Pendant 1h30, on a navigué entre le concert émouvant (comme quand il rend hommage à son père, récemment décédé) et le standup hilarant. On a évidemment eu une bonne partie du dernier album, mais aussi des classiques revisités comme "Louxor" ou "La Banane". Du très grand art.

    Dimanche, cerise sur le gâteau, nous nous Suuns.jpgsommes réconciliés avec Suuns. Lors de leur dernier passage aux Nuits, au Cirque Royal, les Canadiens nous avaient franchement ennuyés. Cette fois, ils ont été hypnotiques, massifs, puissants et prenants. Comme sur ce "2020" joué de main de maître pendant le premier tiers du concert. Un bien joli bouquet final pour de bien belles Nuits. Le canard laqué en terrasse, les transats Ricard et le slalom sur les marches du Bota, tout ça c'est déjà fini. On attend déjà la prochaine édition avec impatience, snif...

    > Ch.V.I.

  • La Muerte: "On fait fantasmer les trentenaires"

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    La claque rock n' roll de cette semaine aux Nuits, elle a eu lieu lundi soir sous le chapiteau. La Muerte, par la qualité et la puissance de son set, nous a presque fait oublier la ribambelle d'autres concerts qui animaient cette Nuit belge. Les jardins du Bota, peuplés une fois n'est pas coutume de gars en blousons noirs, se souviendront longtemps des collaborations éphémères avec Front 242 (sur "Headhunter") et Vive La Fête (sur "Je suis le destructeur"). Après plus de vingt ans de cave, La Muerte est plus rugissante que jamais. A revoir au Graspop fin juin...

    La réussite de la reformation dépasse-t-elle toutes vos espérances?

    Marc (chant): "C'est surtout une surprise. De fait, tout s'est quand même emballé en un an. D'abord, ça a commencé à l'Ancienne Belgique. Puis la sortie du double vinyl live très vite. Et alors cette tournée qui a été mise sur pieds pour le début de l'année. On est en train de terminer les dates belges. Le gros truc, c'était évidemment le Roadburn aux Pays-Bas. Nous sommes également partis en Suisse avec At The Drive In. Tout ça c'est inespéré. J'ai l'impression qu'on a même plus de succès maintenant qu'avant. J'ai difficile à l'expliquer. Il y a certainement le côté culte du groupe. On fait fantasmer les trentenaires. Ce sont eux les jeunes du public, ce ne sont pas des teenagers de 18 ans. Il y a une certaine curiosité."Muerte2.jpg

    Tino (basse): "J'entends souvent des gens dire: "putain, enfin, du bon et du vrai rock n' roll". Je ne dénigre pas toute la scène rock hein. Mais une frappe dans la gueule comme La Muerte, ça ne se voit pas tous les jours. Il y a aussi eu un bon bouche à oreille. Les gens que je connais autour de moi et qui n'avaient jamais vu, c'est ce qu'ils me disent."

    L'idée de base, c'était de simplement faire l'AB?

    Marc: "L'idée de base, ce  n'était en effet que l'AB mais en laissant forcément des portes ouvertes. C'était difficile de faire un plan de route sans label. Avant l'AB, on avait juste fait un échauffement dans un petit club à Gand. Pour la suite, reprendre la route et refaire des disques, ça s'est fait tout naturellement. Quand on te propose dix dates en Belgique, tu ne peux pas refuser. Quand tout s'enchaîne, c'est plutôt simple et facile à accepter. On s'entend bien, on se marre entre nous. Il n'y a pas un plan de combat. Ce sont juste les choses qui s'alignent."

    Tino, était-tu fan de La Muerte dans ta jeunesse?

    Tino: "J'aimais beaucoup, oui. Etant plus jeune qu'eux, ils m'impressionnaient. C'était quelque chose de jamais vu et entendu. Il y avait ce côté pur. Je ne pense cependant pas que ça m'ait influencé pour Channel Zero, car le style est tout à fait différent. Mais c'est toujours resté dans un coin de mon cerveau."

    La Muerte a été un groupe précurseur dans de nombreux sous-genres musicaux. T'en rendais-tu compte?

    Marc: "Aujourd'hui, j'en suis conscient. On a quand même eu des difficultés à l'époque. Tout ça, tu ne t'en rends compte que avec le temps. Au moment même, tu n'as pas ce sentiment. Puis dix ans après, tu vois en effet Muerte3.jpgapparaître la mouvance blues-punk, puis le stoner. J'ai retrouvé des réminiscences de ce que nous avions fait chez pas mal d'artistes. Cela va de John Spencer Blues Explosion, à certains riffs de White Zombie en passant par quelques morceaux de Kyuss. Les riffs de White Zombie, qui mélangent le groove et le metal, on les a amenés avant eux. Mais, ils le font évidemment très bien."

    Le line up actuel, c'était une évidence?

    Marc: "Oui. Je suis passé par Kirby, que j'avais rencontré plusieurs fois dans des soirées. A force de le croiser, j'ai foncé directement chez lui quand j'ai décidé de reformer le groupe. Il en a parlé avec Tino, avec qui il était pote. C'était juste parfait, car ils apportent une nouvelle jeunesse aux anciens morceaux."

    Tino:" Accepter la proposition, ça a été la décision la plus rapide de ma vie."

    Au Bota, vous avez invité Vive La Fête et Front 242 sur scène. Pourquoi eux?

    Marc: "C'était une idée du Botanique. On devait faire un set un peu exclusif. On avait carte blanche pour les groupes invités, et on devait trouver des invités pour le concert. Au départ, c'était Franz des Young Gods et Mauro Pawloski. Cela ne fonctionnait malheureusement pas avec leur agenda. Richard et Patrick de Front 242 étaient les suivants dans la liste, car ce sont des potes. Vive la Fête, c'est plutôt via Didier Moens, qui les a mixés en live pendant un an ou deux. Sur scène, c'était le remake de "La Belle et la Bête."

    Votre concert au Roadburn, c'était comment?

    Marc: "C'était fabuleux. Avoir joué là-bas va beaucoup nous apporter au niveau de l'impact. Les gens ne connaissaient pas, ils pensaient qu'on était un nouveau groupe. Au niveau de la réception, dans un festival très pointu, c'était la claque. L'organisateur était à genoux. On a également eu un excellent contact avec At The Drive In. Ils ont vu tout le concert, et ils ont adoré. On sent que des portes s'ouvrent. Et tant mieux, car sinon La Muerte serait destinée à Muerte4.jpgmourir. On ne peut plus refaire le tour de Belgique. On doit s'orienter vers des festivals pointus ou des premières parties."

    Pourquoi jouer masqué, avec un sac en toile sur la tête?

    Marc: "L'image a toujours été très importante. Je voulais donner une touche de mystère, un peu comme dans "Twin Peaks". J'avais envie de balancer autre chose. L'univers du cinéma gore ou slasher a toujours influencé La Muerte dès le début. C'était aussi l'occasion de pousser le bouchon un peu plus loin, et de rendre hommage à "Elephant Man", même si ce n'est pas un film trash. Pour la suite on verra, mais pourquoi pas développer ce personnage..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Herbinia

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  • Fùgù Mango: "L'album sera encore beaucoup plus dansant"

    Vendredi soir, leur EP "Mango Chicks" sous le bras, les quatre de Fùgù Mango ont mis le feu sous le chapiteau des Nuits, en ouverture du concert de La Femme. Voilà qui augure de bien belles choses, vu qu'un album verra le jour début 2017. Nous les avons rencontrés sur le marches du Bota.

    Vous en êtes à vos troisièmes Nuits consécutives. Vous faites un concours avec Nicolas Michaux?

    "On sortira un album en janvier ou février, donc c'est en effet tout à fait probable qu'on lui mette un petit record. C'est cool, car c'était chaque fois différent, et Paul-Henri, le programmateur, voit bien comment les groupes évoluent. La première fois, c'était en première partie de Jungle. Et la deuxième, c'était au Musée avec Binti. Cette fois, c'était un peu l'avancée. On était en mi-tête d'affiche juste avant La Femme. C'était un concert important car on a présenté de Fugu1.jpgnouveaux morceaux, on a joué plus longtemps et tous les potes étaient là. C'était un peu comme jouer dans notre jardin."

    Les Nuits, ça représente quoi pour vous?

    "Les escaliers blindés, bien sûr! Une super ambiance. Et alors, le petit bar près du Witlfoof! Il y a deux ans, on y avait fait une méchante after."

    Vous pourriez refaire un projet comme vous aviez fait avec Binti?

    "Alors, il faudrait bosser à nouveau quelque chose plus en profondeur, mais avec peut-être moins de choristes. Car, cela représente beaucoup de contraintes. Pour que la musique ait du sens, cela nécessite beaucoup d'arrangements. Mais pour le moment, on est concentré sur nos compositions et sur l'album. On développe aussi nos chants à trois, voire à quatre avec le batteur parfois. On essaie d'être le plus enveloppant possible."

    Commencez-vous à ressentir la pression de l'album?

    "Tout se met en place tout doucement, mais ça se fait assez bien. On fait ça cool, on prends le temps de le faire. On veut un beau premier album. Il ne devrait y avoir qu'un ou deux anciens morceaux. Le but, c'est d'avancer. En live, on a développé un autre aspect de notre musique, qui est plus électro-house mais joué acoustiquement. On se rend compte qu'il y a quelque chose d'intéressant à pousser. Pour l'album, il y aura toutes ces facettes, plus que le côté afro-pop. Il y aura des choses beaucoup plus dansantes, plus dans le beat. En tournant, on a vu beaucoup de DJ's, on a découvert plein de choses."

    Comment en êtes-vous passé du rock avec les Bikinians à cette musique dansante?

    "On avait envie de danser et de faire danser. Chaque membre du groupe mixe de son côté dans des soirées. Cela nous a poussés à le faire en jouant. On avait emmagasiné plein de choses dans nos caves. On écoute de la musique  minimale aussi, mais on vient tous du rock. Et ça, c'est intéressant en live, au niveau de l'énergie. Tout est réinjecté dans des mélodies pop, avec une énergie rock. On essaie de faire un mix de tout, comme le ferait un DJ. Tout s'est fait très naturellement. On a commencé à répéter à trois, et le son tropical est venu tout seul. On avait envie de se dépayser, de voyager, de Fugu2.jpgcréer une autre atmosphère. On a inversé tous les codes de la rythmique. Il y a beaucoup de choses qui sont spontanées, mais tout est retravaillé. Entre les premiers jets et les versions finales, il y a finalement une grande différence."

    Le 24 mai, vous participerez à la Sonic Lassus Session à la cathédrale Saint-Gudule. Pouvez-vous nous en dire plus?

    "C'est un projet ambitieux, qui consiste à reprendre des morceaux d'un compositeur de la Renaissance. Il s'agit en fait du premier compositeur pop de l'histoire. Il a fait environ 200 morceaux. Nous, on réadapte ces mélodies qui sentent quand même bien le fromage. On les tropicalise. A Mons, le public avait très bien réagi. Daan, Saule, Laétitia Sheriff,... seront là. Et même la petite-petite fillote de Lassus! Des projets comme ça, ça nourrit notre musique."

    > Un entretien de Christophe Van Impe




  • Nuits 2016: le carnet intime de Yann Tiersen

    Les Nuits avant les Nuits, c'est désormais devenu une habitude au Bota. Déjà l'an dernier, You Will Know us by the Trail of Death avait joué au Cirque Royal une semaine avant tout le monde. Jeudi soir, c'était Yann Tiersen qui avait l'honneur de lancer les festivités une semaine avant l'heure. Il y a quelques mois, il était déjà passé par l'Ancienne Belgique dans le cadre de la tournée "Infinity". Mais cette fois, il est de retour à ses vieilles amours, la prestation en piano solo. Neuf dates sold out pour présenter "Eusa", son album qui ne sortira qu'à la rentrée. Un disque qui, en dix morceaux très personnels, raconte l'île d'Ouessant (Eusa en breton). Son île, celle où il vit. Une partie de lui-même.Yann.jpg

    La mise en scène est logiquement dépouillée, pour ne pas dire inexistante. La première partie du concert se fera dans la pénombre. Seul face à son piano, avec uniquement quelques lumières d'appoint et deux bandes qui tournent en fond de scène, il interprète tout en sobriété ses nouveaux morceaux. L'ambiance est contemplative. Le Breton est comme s'il était dans son salon, et balance juste quelques "mercis" polis. Après une heure, changement d'ambiance. Une lumière tamisée fait enfin timidement son apparition, et l'artiste passe d'un instrument à l'autre (violon, pianos enfantins, medolica). Il ne puisera qu'à deux reprises dans la BO du "Fabuleux Destin d'Amélie Poulain", qui avait fait sa renommée, avec "La Valse des Monstres" et "La Dispute". Ce n'est pas l'objet du concert de ce soir. Il n'oublie pas "Sur le fil", avant de s'en aller. Comme il était arrivé, sur fond de bruits animaliers et d'une voix féminine récitant un texte en breton. Ces Nuits ne pouvaient mieux débuter...

    Prochain rendez-vous, dimanche. Toujours au Cirque mais avec Carnival Youth, Dan San et Andrew Bird.

    > Christophe Van Impe

  • Nicolas Michaux, à la nuit à la mort

     

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    On se souvient vaguement d'avoir vu Eté 67 en première partie de Mickey 3D au Cirque Royal. Et franchement, à l'époque, on n'avait pas plus accroché que ça. Une question d'âge sans doute, ou alors de formule. Dix ans plus tard, c'est en solo que Nicolas Michaux s'apprête à jouer pour la troisième fois consécutive aux Nuits, et on a (mais vous l'avez sans doute déjà compris) complètement changé d'avis sur le garçon. Il fera cette fois l'ouverture de Feu!Chatterton, et ça risque d'être une des plus belles soirées du festival le plus enthousiasmant de Bruxelles. Car l'album, qu'on attendait depuis deux ans, est enfin là. Et personne n'y résiste. La presse française, du Nico7.jpgMonde à Libé en passant par les Inrocks, est sous le charme. Bon, pour nous, c'était gagné d'avance, vu que ça fait deux ans qu'on connaît les morceaux par coeur. L'Atelier 210, le Cirque, le Propulse, l'AB Bota, Parade, l'anniversaire de Bruxelles Ma Belle, la Rotonde,... c'est dire si l'évolution du projet, on l'a suivie de près.

    De retour du Printemps de Bourges, Nico et sa bande se sont fait plaisir ce week-end à Bruxelles. La première fois que nous l'avions vu en solo, il n'était encore accompagné que d'un seul musicien. Aujourd'hui, entouré de Clément Nourry, Morgan Vigilante et Ted Clarck, il a trouvé le line up idéal. Entre vendredi soir et samedi en début d'après-midi, ils ont joué... trois fois. Pour la release Nico3.jpgparty, la Rotonde affichait sold out. Nico a déjà joué bon nombre de fois sur cette merveilleuse scène, mais quelque chose nous dit qu'elle deviendra désormais trop petite pour lui. La symbolique est forte quand il débute le concert par "Nouveau départ". Il n'a gardé que dix morceaux pour l'album, mais il en a encore beaucoup dans ses tiroirs. Comme ce superbe "A tiger has escaped from the zoo", joué en milieu de set. Comme l'an dernier lors de sa création au Musée pour les Nuits, il termine par une reprise du Velvet Underground. "I'll be your mirror" a cette fois fait place à "What goes on". Message politique discrètement posé sur sa guitare, il nous annonce que le capitalisme est en train de mourir de sa belle mort, le concert est terminé. Mais pour certains, la nuit ne fait que commencer.

    Il est 22h30, soit l'heure initialement annoncée pour le début de l'after au Chaff, mais tout le monde est encore au Bota. La soirée risque de se prolonger, longtemps, très longtemps. Il est largement passé minuit quand le van du groupe se stationne Place du Jeu de Balle. On retrouve les mêmes têtes qu'au Bota, mais en plus petit comité. Quelques chopines aidant, ils sont encore plus chauds qu'en début de soirée. Le set est plus court mais plus intense. Rodriguez Vangama, le musicien congolais rencontré à Kinshasa, aurait dû être de la partie sur "Part of no part". Mais il est porté disparu, et ne donnera signe Nico2.jpgde vie que... quelques heures après la fin du concert. Peu importe, le morceau passe à la trappe, mais ça ne gâche en rien la nuit. Une nuit qui se prolonge jusqu'aux petites heures.

    Samedi, ils ont forcément des tout petits yeux au moment de débarquer dans les locaux de Pias pour le Record Store Day. Il est 13h15 quand ils prennent le relais de Dan San dans la superbe salle du sous-sol. Sept morceaux seront joués, dont à nouveau la reprise du Velvet et l'inédit "Parrots". Le set est Nico8.jpgévidemment plus posé que celui du Chaff. On voit même quelques enfants se trémousser aux pieds de leurs parents qui, eux, se remettent tout doucement de la veille. Tous les exemplaires du vinyl trouvent acquéreurs. Quelques heures de sommeil réparateur et Nico et Clément, son guitariste, prennent déjà la route de Paris, pour assurer la première partie de Puggy à la Maroquinerie. Après un tel marathon, il faudra faire mine d'être en forme, mais ils semblent plutôt doués pour ça...

    > Texte de Christophe Van Impe et photos de Lara Herbinia

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