Critiques de concerts - Page 4

  • L'heure de la rédemption a sonné pour Marilyn Manson

    Le VK, le 6 décembre 1996. Dans un décor d'église délabrée, Marilyn Manson y donne son premier concert en Belgique. Brian Warner a déjà depuis un moment abandonné son patronyme, a laissé tomber les Spooky Kids, a quitté sa Floride natale et s'est acoquiné avec Trent Reznor, leader de Nine Inch Nails et Pape de l'indus. "Antichrist Superstar", pierre angulaire du rock des années 90, vient de sortir. Sur scène, il n'est vêtu que de haillons, il invite les spectateurs à lui cracher dessus et il passe le concert à se taillader le torse. Les associations catholiques sont terrifiées. C'est "The Walking Dead" avant l'heure.Manson1.jpg

    19 ans plus tard, il faut bien avouer que Marilyn Manson ne fait plus peur à grand monde. Si l'excellent "Mechanical Animals" l'avait poussé au firmament et propulsé dans les grandes salles, son inspiration n'a cessé de décliner au fil d'albums de plus en plus dispensables. Sans Trent Reznor aux manettes, il a vite montré ses limites. Sa maison de disques, Posthuman Records (sur laquelle il avait signé Godhead) s'était même cassé la gueule. Au point qu'il avait fini par laisser indifférents les fans les plus difficiles. On se souvient d'ailleurs, après un concert à la Lotto Arena, s'être dit: "plus jamais". Et puis, il y a eu "The Pale Emperor", cet album qu'on n'attendait plus vraiment. Inspiré, rappelant par moments "Mechanical Manson2.jpgAnimals" et puisant ses racines dans le blues, il a directement fait l'unanimité.

    A 46 ans, Manson doit presque repartir de zéro. Alors qu'il y a 15 ans, il aurait rempli le Palais 12 avec un show burlesque et grandiloquent, le voilà à l'AB. Une salle, qu'il avait jadis zappée pour passer directement du VK au Flanders Expo, mais qui a tout de même affiché sold out en quelques heures seulement. Et ce malgré un concert au Graspop qui avait divisé le public en juin dernier. Jouant en fermeture aux petites heures de la nuit, et juste après le grand cirque de Kiss, on ne lui avait pas facilité la tâche sur la plaine de Dessel.

    La date parisienne (Zenith) ayant été annulée suite aux attentats, de nombreux fans français avaient fait le déplacement jusque Bruxelles. Maquillés comme leur idole, ils attendaient avec des couvertures chauffantes sur le trottoir du boulevard Anspach dès le matin. Manson n'aura finalement pas eu un seul mot concernant les événements parisiens. Préférant se réserver plutôt que de déraper, il aura juste dit tout le bien qu'il pensait des... gaufres belges et même repris avec ironie le début de "You Give Love a Bad Name" de Bon Jovi.

    Avec quelques minutes de retard, c'est une intro longue mais tendue et puissante qui accueille le "Révérend". Veste en cuir sur les épaules, il apparaît dans le brouillard pour entamer un "Deep Six" surpuissant. Il ne puisera ensuite plus qu'une seule fois dans son dernier album, et c'est bien dommage. Un choix qui s'explique sans doute par le fait que Tyler Bates, guitariste et compositeur de tous les morceaux de "The Pale Emperor" s'est déjà fait la malle. Quand on est le chanteur du groupe ayant sans doute consommé le plus de musiciens de toute Manson3.jpgl'histoire, ça rend forcément la cohérence plus compliquée. Twiggy Ramirez, emblématique membre fondateur, est par contre de retour à la basse. Et ça a incité Manson à articuler son set autour des morceaux d'"Antichrist Superstar" ("Angel with the Scabbed Wings", "Tourniquet", "Irresponsible Hate Anthem", "Antichrist Superstar" et "Beautiful People"). On n'en demandait pas tant!

    Par rapport à ce qu'on a connu par le passé, le show est fort dépouillé. Sur les rares mises en scène, il utilise des artifices déjà connus comme les échasses ou le pupitre de dictateur (fortement inspiré de "The Wall" de Pink Floyd). En début de concert, on a juste eu droit à une toute petite scarification de rien du tout, avec quelques gouttelettes de sang. La Bible est par contre toujours martyrisée. Pendant "Antichrist Superstar", il chante alors qu'elle se consume dans sa main droite. Après 1h20 de concert, Manson Manson4.jpgrevient sous sa capuche, entouré de bouquets de fleurs et sous des flocons de neige. Il termine par le glacial "Coma White" qu'il avait malheureusement envoyé valser au Graspop. On n'y croyait plus, mais oui il est bien de retour...

    > Christophe Van Impe

    > La setlist: 1. "Deep Six", 2. "Disposable Teens", 3. "mOBSCENE", 4. "No Reflection", 5. "Third Day of a Seven Day Binge", 6. "Sweet Dreams" (Eurythmics cover), 7. "Angel With the Scabbed Wings", 8. "Tourniquet", 9. "Irresponsible Hate Anthem", 10. "The Dope Show", 11. "Antichrist Superstar", 12. "The Beautiful People", 13. "Coma White".

     

     

  • Slayer à l'AB: Heaven can wait...

    Voilà, on n'aura pas tardé à reprendre goût au vice, à la perversité et à la "musique du Diable". Quatre jours après l'attentat du Bataclan, on a déjà repris le chemin de l'Ancienne Belgique. Car il faut continuer, et ne surtout pas céder à la terreur. Et pourtant, Dieu (on vous rassure, c'est fait exprès) sait que les discours tenus par Slayer sont bien plus subversifs que les blagues potaches d'Eagles of Death Metal. Si vous ne connaissez pas trop, on vous conseille deSlayer4.jpg jeter un coup d'oeil aux paroles de Angel of Death ou Jihad. Les titres sont déjà un rien évocateurs. La religion, sous toutes ses formes et ses couleurs, ce n'est pas trop leur truc.

    Comme prévu, la sécurité a été renforcée à l'AB. Les metalleux sont fouillés à l'entrée, depuis la pointe de leurs boots jusqu'au dernier clou, et la présence policière est visible tant devant que dans la salle. Des contrôles qui ne provoquent finalement pas trop de files. On arrive juste à temps pour directement sombrer dans la luxure en chopant la première bière de la soirée.

    On attaque par un peu de "poésie" norvégienne avec Kvelertak, dès 18h30. Erlend Hjelvik débute son set avec un... hibou empaillé sur la tête et "chante" dans sa langue natale. On ne sait évidemment pas trop ce qu'il raconte mais, vu le ton utilisé, il ne doit sans doute pas conter fleurette. On peut juste vous dire que le nom du groupe signifie "étranglement" en norvégien. Voilà qui donne le ton pour la suite de la soirée même si, en-dehors du chant, la musique de Klevertak reste finalement assez soft.

    Slayer2.jpgJusque-là, on a pas mal de place autour de nous. Sur les réseaux sociaux, pas mal de tickets ont été remis en vente en dernière minute. Mais, au moment de l'arrivée d'Anthrax, les rangs commencent à se resserrer. Si Scott Ian a la même boule à zéro que Kerry King (mais sans les tatouages), Joey Belladonna arbore lui toujours une permanente du plus bel effet. Ne lâchant pas son pied de micro, il donne l'impression de bien s'amuser, surtout quand la salle entière reprend "Antisocial". Anthrax n'ayant prévu un nouvel album que pour 2016, on a eu droit à un best of et à un nouveau morceau tout de même ("Evil Twin"). Et tant mieux car ce n'est pas vraiment le genre de groupe qu'on vient voir pour ses derniers méfaits.

    Le concert terminé, un énorme drap blanc se dresse devant la scène, le temps d'installer le matériel pour Slayer. Un drap qui prend les couleurs Slayer1.jpgdu drapeau français pendant l'attente. Ce sera une des seules allusions au Bataclan de toute la soirée, l'autre étant le light-show utilisé par moments. Ce qui est bien avec Slayer, c'est qu'ils ne font pas dans le détail, même s'ils n'ont cette fois pu utiliser leurs effets pyrotechniques. D'autant qu'ils avaient une dette envers le public puisque leur dernier concert à l'AB avait été annulé, Tom Araya ayant eu des problèmes de santé à l'époque. L'intro de "Delusions of Saviour" terminée, c'est parti pour... 21 morceaux. On a rarement vu une fosse aussi agitée à l'AB, ça bastonne dans tous les sens. Le final ("South of Heaven", "Raining Blood" et "Angel of Death") nous aura mis sur les rotules pour de bon. Amen!

    > Christophe Van Impe

    > La setlist de Kvelertak: 1. "Apenbaring", 2. "Nekroskop", 3. "Mjod", 4. "Ulvetid", 5. "Offernatt", 6. "Ny Sang", 7. "Fossegrim", 8. Evig Vandrar", 9. Blodtorst", 10. "Undertro", 11. Nekrokosmos", 12. "Bruane Brenn", 13. "Kvelertak".

    > La setlist d'Anthrax: 1. "The Mob Rules" (Black Sabbath song), 2. "Caught in a Mosh", 3. "Got the Time" (Joe Jackson cover), 4. "Madhouse", 5. "Antisocial" (Trust cover), 6. "Evil Twin", 7. "Fight 'Em "Til You Can't", 8. "Indians", 9. "Hymn 1", 10. "In the End", 11. "Among the Living", 12. "Long Live Rock n' Roll" (Rainbow song).

    > La setlist de Slayer: 1. "Delusions of Saviour", 2. "Repentless", 3. "Postmortem", 4. "Hate Worldwide", 5. "Disciple", 6. "God Send Death", 7. "War Ensemble", 8. "Whent the Stillness Comes", 9. "Vices", 10. "Mandatory Suicide", 11. "Chemical Warfare", 12. "Die by the Sword", 13. "Black Magic", 14. "Implode", 15. "Seasons in the Abyss", 16. "Hell Awaits", 17. "Dead Skin Mask", 18. "World Painted Blood", 19. "South of Heaven", 20. "Raining Blood" et 21. "Angel of Death".

     

  • Un bon coup de pied au cul, merci Sleaford Mods

    On les imaginerait bien sur l'estrade d'un vieux pub crado, mais c'est à l'Ancienne Belgique que Sleaford Mods a donné mardi un nouveau concert en Belgique. Une expérience nous menant droit dans les rues moroses quelque part en Angleterre.

    Elle était bien jolie l'AB Box, avec ses lampes au plafond et toutes ces loupiotes blanches sur les rideaux rouges tirés. La scène semblait aussi bien grande avec comme décor une quinzaine de spots lumineux et comme seul instrument un laptop (recouvert de grands stickers "Fuck You" ou représentant des feuilles de cannabis) déposé sur trois casiers de Belle-Vue. 

    sleaford mods,ancienne belgique

    C'est pourtant un autre breuvage (de la Bulmers?) qu'Andrew Fearn, arborant un superbe t-shirt "Make Tea Not War", siphonnait tout au long de l'heure de concert. Et la confirmation d'avoir en face de nous un phénomène. Il appuie sur une touche de l'ordi, recule d'un mètre ou deux, met sa main droite dans la poche, tient sa bière de l'autre, et se dandine en prononçant de temps en temps les paroles. Punt aan de lijn.

    Pendant ce temps, son pote Jason Williamson n'est pas en reste: il vocifère en se passant énergiquement les doigts sur le crâne ou en exécutant toujours le même pas de danse. Lui était à l'eau, mais c'est du feu qui sort de sa bouche, là où les beats ne sont qu'un (solide) point d'appui. 

    sleaford mods,ancienne belgiqueLes rêves d'adolescent, ça fait longtemps qu'il les a oubliés. Maintenant, il a quarante ans et des, et nous parle de la vie à coup de "fuck" et de "cunt". Ce pourrait n'être qu'un long monologue répétitif, où on ne comprend d'ailleurs pas grand chose (à part des titres, comme "No One's Bothered" ou "Jolly Fucker"), mais on a l'impression d'être d'accord avec chaque parole où on devine un sarcasme certain. Y'a rien à faire, ça nous parle et on est entraîné par l'énergie et le style. Ils quittent la scène avec un petit doigt d'honneur, avant de réapparaître rapidement pour le rappel. 

    Après "Tarantula Deadly Cargo", Jason Williamson nous demande de l'inviter encore à Bruxelles, encourageant un pogo naissant et fêté avec un déluge de gobelets en sa direction, sans faire sourciller notre bonhomme. Eat that Royal Blood! Même quand deux-trois personnes montent sur scène... avant que ce ne soit Andrew lui-même qui file un coup de pied au derrière de l'un d'eux pour le faire (gentiment) tomber. Tranquillou et finalement logique pour un concert qui a donné un vrai "kick" aux spectateurs.  >Philippe Sadre 

    >Photos de Denoual Coatleven

     

  • Son Lux, toujours aussi captivant

    Les Américains de Son Lux, en charmante compagnie, ont brillamment donné vie à leurs chansons ce soir dans une Ancienne Belgique n'affichant pas complet. Et c'est dommage!

    "Je suis monté d'un étage sans m'en rendre compte?" se demande-t-on en voyant les sièges commencer de manière très avancée. Finalement non, on n'est pas encore bourré de la veille, mais la salle est bien en configuration Flex. 

    ancienne belgique,son lux,bones

    Bref, passé cette frayeur, on se concentre sur le set d'Olga Bell. Née en Russie et élevée en Alaska, la blonde s'est maintenant installée à Brooklyn. L'EP "Incitiation", son troisième effort studio, est sorti vendredi dernier, quelle belle occasion de le présenter sur scène. L'omniprésence de beats très bigarrés et les efforts déployés pour les mettre (et parfois pas) en marche ont un peu déteint sur un ensemble pas mal. Elle reviendra...

    ancienne belgique,son lux,bones

    Le temps de voir les premiers rangs se resserrer légèrement, Ryan Lotte et ses deux nouveaux et désormais officiellement membres du groupe montent sur scène. On était tombé sous le charme de Son Lux aux Nuits du Botanique en 2014, on attendait avec impatience de revoir les Américains, de passage ne Europe avec leur dernier album "Bones".

    Une intro et c'est d'ailleurs "Your Day Will Come" du dernier-né qui ouvrait un concert de haute qualité. Le chanteur semble particulièrement motivé, lâchant un petit "Wooo!" de contentement pendant "Change Is Everything". Suit "Undone", démarrant en douceur puis ressemblant à un petit cousin mélancolique et destroy de "15 step" de Radiohead. En fondu, "Easy" vient s'installer confortablement dans nos oreilles pendant de longues minutes, à tel point qu'on est surpris de rétendre le mot "Easy" à la fin... Amusant également de voir ce clavier incliné vers l'avant à 60 degrés!

    ancienne belgique,son lux,bones

    Son Lux parvient à donner beaucoup de vie et d'épaisseur à ses chansons sur scène, captivant le public du début à la fin. "Now I Want" en est un bel exemple, avant le retour d'Olga ("Une fille, ça va changer!" s'exclame Ryan, qui semble particulièrement apprécier notre pays) pour deux chansons: une prestation tout en sourires pendant "This Time" et "You Don't Know Me".

    Elle sera également revenue après le rappel pour le final "Lost It To Trying", qui vaut bien mieux qu'un spot publicitaire de plus pour une voiture. Frissons au début, avant une deuxième partie de chanson placée sous le signe de la fête et de la danse pour un public heureux.>Philippe Sadre

     

  • Feu! Chatterton poursuit son ascension et s'offre le Cirque Royal (19 mai)!

    En voyant par exemple la scène bordelaise qui ne cesse de nous servir la même soupe depuis des années, on en avait presque fini par désespérer du rock français. Mais, depuis peu, l'enthousiasme est enfin de retour. L'espoir est d'abord revenu avec Lescop, La Femme ou Aline qui, en puisant dans le passé, parvenaient enfin à proposer quelque chose se démarquant du reste de la production. Et puis il y eu Fauve, dont l'impact n'a eu d'égal que la fugacité. Les Parisiens, avant de prendre une pause Feu.jpg(définitive?), on emmené dans leur sillage Grand Blanc et Feu! Chatterton. Deux groupes que nous avons adoré avant même la sortie de leur premier album. Tous deux étaient d'ailleurs présents aux Nuits du Bota, dans le cadre de la Rotonde, le printemps dernier. Nous avions loupé le concert de Feu! Chatterton mais, selon toutes les personnes présentes ce soir-là, ce fut un des tous grands moments du festival.

    Six mois plus tard, ils étaient de retour à l'Orangerie cette fois. Et effectivement, ce fut la toute grosse claque. Musicalement, c'est déjà largement au-dessus de la mêlée, et nous avions déjà pu nous rendre compte en écoutant l'album "Ici le jour (tout a été enseveli)" sorti quelques heures avant le concert. Mais sur scène, ça prend encore une ampleur bien plus considérable. Arthur, dans son rôle de noble possédé par le démon, captive. Il y avait bien longtemps qu'on n'avait plus vu quelqu'un avec une telle présence scénique. Avec Bertrand Belin, Feu! Chatterton risque de bientôt se disputer le prix de l'originalité et de la qualité des textes ("Côte Concorde" est un véritable bijou).

    Par rapport à la Rotonde, on n'aura juste pas eu droit à la reprise de "Je t'ai toujours aimé" en ouverture, mais aucun morceau n'a été oublié. Juste avant d'en finir avec "La Malinche" (qui sonne déjà comme un classique) et "Harlem" Arthur est heureux d'annoncer que le groupe sera de retour le 19 mai au Cirque Royal pour les Nuits. La Rotonde, l'Orangerie et le Cirque en un an montre en main... le dernier groupe à l'avoir fait? Fauve, bien sûr!

    > Christophe Van Impe

  • Beautiful Badness: on a trouvé "The Voice", la vraie

    A force, les membres de Beautiful Badness connaissent bien tous les recoins du Botanique. On les y avait déjà vus notamment au Propulse Festival et en première partie de BirdPen, le projet parallèle de Dave Pen (Archive). Mais, c'était à chaque fois à l'Orangerie. Cette fois, jeudi, ils étaient les rois de la soirée. A l'occasion de la sortie de leur deuxième EP, "Many Years", c'est carrément une Rotonde bondée qui les attendait.

    Ce disque aurait pu sortir plus tôt, mais il a fallu le peaufiner. Et tant mieux, car on sent que le groupe a pris de la bouteille, de l'assurance et a encore gagné en qualité. On adore toujours leurs morceaux à tiroirs, capables de nous emmener d'un univers à un autre en une fraction de seconde. Les BB.jpgréférences sont toujours là, et elles sont assumées. Car Beautiful Badness a la don de piocher les rares choses qu'on aime bien chez des groupes qu'on n'aime pas ou plus. On se surprend ainsi à trouver des similitudes avec la rythmique de "Yellow" de Coldplay ou à se dire que certains morceaux sonnent un peu comme le Muse des débuts.

    Mais surtout, avec ce deuxième EP, Beautiful Badness s'est offert une réelle identité. Une spécificité qui est évidemment liée à la voix, absolument incroyable, de Gabriel Sesboué. On n'y connaît pas grand-chose en la matière, mais celui-là il devrait certainement être capable de chanter de l'opéra. C'est bon, arrêtez tous vos concours télévisuels à la noix, nous on l'a trouvée "The Voice"...

    > Christophe Van Impe

  • Mais oui Chilly, tu es bien un génie!

    Y a plus évident que critiquer un concert de Chilly Gonzales. Qui suis-je en effet pour pinailler à propos d'un artiste qui connaît mieux la signification du mot musique que quiconque? Il y a quelques mois, quelques jours avant la sortie de "Chambers", j'avais eu l'honneur de pouvoir taper la discut' avec lui. On avait notamment débattu (enfin, je l'avais surtout laissé parler) sur la notion de "génie musical". Ce qu'il prétend être, sans y croire vraiment. Et pourtant, au vu des concerts donnés à Flagey vendredi et samedi, force est de constater qu'il en est bien Chilly.jpgun. Aller voir du piano pendant deux heures, en étant assis, sans pouvoir circuler et boire un godet, et en devant couper son GSM, ça peut paraître chiant de prime abord. Alors, c'est que vous n'avez jamais vu la bête. Car bien des groupes qui se prétendent "rock n' roll" pourraient en prendre de la graine!

    Accompagné d'un quatuor de cordes (le Kaizer Quartett) et d'un batteur (fort peu présent), il a une nouvelle fois proposé une performance éblouissante. Car Chilly, qui a récemment bossé avec Drake ou Daft Punk, a aussi le don d'être ludique. Il vous explique ainsi ce qu'est un arpège, en démontrant que LVB (avec le prononciation anglaise svp, pour... Ludwig Von Beethoven), Glenn Miller et Daft Punk n'ont pas une démarche très éloignée les uns des autres. Il se permet une petite pause dans un canapé, pendant que ses musiciens jouent le morceau composé par Giorgio Moroder pour "Midnight Express". Il joue dans le noir le plus complet. Il se moque allègrement de la chanson française, et attribue volontairement "Eleanor Rigby" aux Rolling Stones. Et pour finir, il invite des gens du public à venir jouer à sa place pendant qu'il se balade en peignoir partout dans la salle. Après le quatrième (!) rappel, il s'en va pour de bon.

    Il paraît que, ne supportant pas de faire deux fois la même chose, il entend faire une pause à l'issue de cette tournée. Non allez déconne pas, Chilly Gonzales, je t'en prie reviens. Pardonnez moi pour ce jeu de mots à la con. Mais c'est un fait qu'après une telle soirée, tu sors de là et tu te dis que les prochains concerts auxquels tu assisteras risquent d'être bien minables qualitativement parlant...

    > Christophe Van Impe

  • Pour Palma Violets, ça sent (déjà) le sapin

    A l'époque, le Botanique avait tout fait pour avoir Palma Violets entre ses murs. Mais pas moyen, même pas dans le cadre des Nuits. La hype était déjà telle, et bien alimentée par les Inrocks qui en faisaient des tonnes, que les Anglais passaient directement par le case Ancienne Belgique. Et à raison car "108", leur premier album, était assez excellent dans son genre. On avait alors eu droit à un concert aussi incendiaire que court. Après 50 minutes, ils remballaient déjà le matériel, mais ça nous avait plu. Un an et demi, et un (mauvais) album plus tard, le soufflé semble déjà bien Palma.jpgretombé. Cette fois, ils n'ont même pas réussi à remplir une Orangerie en configuration restreinte. Ok, ils ont désormais tenu plus d'une heure. Mais le concert ne sera parvenu à vaguement nous captiver que durant les singles du premier album ("Best Friends" et "We Found Love"). Pour le reste, grande était la tentation d'aller se désaltérer au bar ou de contempler le ballet de poissons rouges dans les couloirs du Bota plutôt que d'assister à une enfilade de morceaux anecdotiques rappelant vaguement les Clash ou les Libertines. Sur la fin, c'était même carrément tiré en longueur avec une reprise mollassonne du "Dead is not the end " de Bob Dylan pour couronner le tout. On a déjà peur pour le troisième album, s'il y en a un...

    Heureusement, nos compatriotes de Black Mirrors, propulsés en dernière minute en première partie, auront sauvé notre soirée. Prenez le stoner de Queens of the Stone Age, un son très seventiees et ajoutez-y une chanteuse habitée par l'esprit de Janis Joplin, et ça vous donnera une idée de l'univers du groupe, qui se produisait pour la première fois à l'Orangerie. Avec un tout nouveau batteur Blackmirrors.jpgpour l'occasion, Black Mirrors est parvenu à séduire. Pourtant, devant un public qui n'était pas acquis à leur cause, c'était pas gagné. C'était beaucoup moins décousu, et à la limite quasiment plus pro, que Palma Violets. A revoir au Café Central à Bruxelles le 13 octobre aux côtés de The Glücks. Un premier EP est sorti fin 2014.

    > La setlist: 1. "Make the same old day", 2. "The Mess", 3. "Till the land wind blows", 4. "Mind Shape", 5. "Canard vengeur masqué", 6. "Funky Queens" et 7. "Burning Warriors".

    . > Ch.V.I.

  • Francofaune 2015: les fantaisies littéraires de Bertier

    C'est un groupe peu conventionnel qui s'est produit dimanche soir à l'Atelier 210, dans le cadre du festival Francofaune, en ouverture de Dalton Telegramme. D'ailleurs, nous devrions plutôt parler de collectif que de groupe. Chez Bertier, ils sont sept sur scène, et encore beaucoup plus en studio. Qui dit grande première Bertier2.jpgdit souvent bricolage. Mais pas chez Bertier. Avec classe, élégance et professionnalisme, ce premier concert (qui, on l'espère, en appellera d'autres) a été assuré comme si le groupe avait des années de scène derrière lui. Derrière cette prestation, il y a des mois de préparation, de résidence et d'attente(s).

    De morceau en morceau, ou plutôt d'histoire en histoire, les musiciens intervertissent leurs instruments avec une facilité déconcertante. A l'avant, habité, Monsieur chante, un verre de vin rouge posé sur un tabouret à proximité. Et à ses Bertier.jpgcôtés, Madame rêve et chante elle-aussi, parfois même en russe, langue de ses ancêtres. Le chef d'orchestre, c'est Quentin Steffen. Directeur artistique, c'est lui qui dirige cette petite entreprise, passant allègrement des claviers à la trompette. Et puis dans l'ombre, il est là, chemise ouverte, avec sa gratte et sa tignasse reconnaissable entre toutes. Lui, c'est Yan Péchin, le légendaire guitariste d'Alain Bashung (et de bien d'autres légendes comme Thiéfaine, Higelin ou d'autres). Transporté par le projet, il a accepté d'être de la partie. Et arrivé la veille, il n'a qu'une seule répétition dans les dents. Pourtant, ça ne se ressent jamais.

    Pendant quarante minutes, par une prestation envoutante, Bertier nous transporte et nous raconte l'histoire de ce dandy et de sa sirène. On se laisse avoir, on finit par y croire et, quand les lumières se rallument, on regrette que ça se termine déjà. Chez Bertier, tout nous ramène à l'univers de Bashung, mais aussi à celui d'autres grands maîtres comme Gainsbourg ou Christophe. Et Bertier de nous offrir une alternative belge à ce qui se trame en France avec des groupes comme Feu! Chatterton ou Grand Blanc. Dans le fond de la salle, se dessine la silhouette de Jacques Duvall. Il s'est délecté, et retrouve ensuite son ami Yan Péchin. On n'ose imaginer ce que pourrait donner une collaboration. Un jour? Pourquoi pas? La suite est en tout cas déjà en marche, et on trépigne d'impatience... > Christophe Van Impe


  • The Vaccines porte bien son nom

    Le quatuor anglais a satisfait ses fans belges avec un bon mix entre ses chansons connues et ses nouvelles compositions. De quoi oublier la morosité d'un temps pluvieux et d'un début de semaine.

    the vaccines,ancienne belgique

    On n'avait pour une fois pas pris le temps de checker qui assurait la première partie. On est donc étonné de voir la salle déjà fort bien remplie et d'entendre une chanson qui nous dit quelques chose: "Make You Mine" des Américains de Family Of The Year. Un "hit radiophonique" comme on dit, mais rien en comparaison avec "Hero", avec une très classe invitée, qui a fait chanter toute l'AB. Une prestation un peu "américaine" dans l'attitude mais en version sobre et finalement fort réussie.

    Des hits radiophoniques, The Vaccines en a quelques-uns en poche. Des habitués des podiums belges qui ont sorti en mai dernier "English Graffiti", leur troisième album. C'est d'ailleurs "Handsome" qui ouvrait le set. D'une manière générale, ces nouveaux morceaux ne semblaient pas aussi catchy que leurs prédécesseurs, même si le public était chaud d'entrée. Les plus mielleux "Dream Lover" et "Give Me A Sign" par exemple passaient nettement moins bien.

    the vaccines,ancienne belgique

    "Wetsuit" est lui du genre plus "fédérateur" et il a parfaitement rempli son rôle. Un peu plus tard, le duo "Post Break-Up Sex" et le terrrrriblement charmant "Melody Calling" ont donné ont donné des petits frissons de bonheur. "Teenage Icon", "20/20" et surtout "I Always Knew" ont quant à eux fait remonter la température.

    Après la pause, le chanteur Justin Hayward-Young entonne en acoustique "No Hope" après avoir expliqué en rigolant que "oui, je sais que j'avais déjà un t-shirt du groupe la dernière fois à Bruxelles; et non, je ne suis pas un panneau publicitaire sur pattes". "Norgaard", traitant de leur sujet favori, les filles, termine un rappel sympa. >Philippe Sadre