Festival - Page 3

  • Lylac (jeudi, 18h, en showcase au BSF): "Lylac, c'est un amour doux et amer"

    Le BSF, ce n'est pas seulement la place des Palais, le Mont des Arts et la salle de La Madeleine. Cette année, quelques concerts plus intimistes auront lieu dans le cadre du BIP, situé sur le coin de la place Royale. Jeudi (18h), c'est Lylac qui investira les lieux. Entre quatre yeux, Amaury Massion (également chanteur de My TVis Dead) évoque avec nous ses voyages en Asie Sud-Est, ses sources d'inspirations allant de David Bowie à Nina Simone en passant par Jeff Buckey, ainsi que le rôle de Nicolas Michaux au moment de la confection du premier album. Le tout avant de décoller, au lendemain du concert, pour trois mois dans l'ouest américain.Lylac1.jpg

    Amaury, comment fais-tu pour jongler aussi facilement entre tes deux projets?

    "On s'arrange toujours pour ne pas sortir les albums en même temps. Ce sont deux styles tellement différents qu'il n'y a pas de confusion possible. J'aime assez bien, je ne sais pas si c'est mon côté schizophrène. Je n'arrête presque jamais de composer, même si ce n'est pas le même style d'écriture. Lylac a toujours été axé sur la sobriété, car c'est un projet issu de mes voyages, avec ma guitare sur le dos. J'ai toujours voulu garder un côté épuré, sans artifice. Quand tu chantes auprès de villageois au Cambodge, ils n'en ont rien à foute du star-system. C'est juste du partage pur. J'essaie de garder cette sensibilité à fleur de peau, de manière très intrinsèque. Je parle des mes voyages, de mes amours, de mes peines. Après le violoncelle et le sitar se sont rajoutés. Chaque artiste a plusieurs facettes. Le fait de pouvoir me déconnecter d'un des deux projets pour me concentrer sur l'autre, ça m'apporte un vent de fraîcheur. Cela me permet de ne pas faire tout le temps la même chose, ce qui est le grand challenge d'un musicien. Un mec comme David Bowie est le meilleur exemple. Il s'est constamment remis en question, a fait évoluer son truc et a travaillé avec des gens différents."

    A la Rotonde, pour le concert de lancement de l'album, tu avais repris "Space Oddity". C'était spontané?

    "Je ne l'avais jamais joué sur scène, ça s'est vraiment fait en dernière minute. Le concert avait lieu le 12 janvier, et il était décédé le 10. J'ai donc décidé ça la veille. Quand j'ai appris la nouvelle, ça m'a fort ému. C'est un peu comme si tu perdais quelqu'un de ta famille. Il avait une simplicité incroyable. C'est la patte des grands. Quand tu es en phase avec ta musique, tu n'as plus besoin de faire de la fausse démonstration."

    C'est lors d'un de tes voyages en Asie que tu as trouvé le nom Lylac...

    "C'était à Vang Vieng, au Laos. C'est un village au milieu des rizières. C'est un des pays les plus préservés d'Asie. Les gens sont très cools. Il y a un dicton qui dit que les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l'écoutent. J'avais choisi le nom Lylac au premier réflexe. Je suis allé dans un cybercafé pour bloquer le nom sur internet. Il vient forcément du morceau Lilac Wine, popularisé par Nina Simone mais écrit par James Shelton. Le nom m'évoquait un amour doux et amer. Il représentait bien ma personnalité et mon passé, car c'est empreint de douceur et de nostalgie tout en étant positif."

    As-tu découvert le morceau par Nina Simone ou Jeff Buckley?

    "Pour être franc, d'abord par Jeff Buckley. C'était en 1997, j'étais à l'école. Un copain vient me trouver et me fait découvrir "Grace". Encore aujourd'hui, je prends un plaisir incroyable à l'écouter. Cet album est hallucinant."

    As-tu également voyagé pour composer le deuxième album?

    "Non, un peu moins. J'ai fait d'autres sortes de voyages... j'ai eu des enfants. C'est un peu moins reposant que se balader le long du Mékong. J'ai déjà emmené ma fille deux fois en Thaïlande, mais pour des périodes plus courtes. Le voyage ne doit pas nécessairement être physique pour qu'il soit réel. C'est surtout une attitude et une ouverture vers les autres. Quand on essaie de ne pas se mettre au centre du Monde, on peut voyager où on veut."

    Le lendemain du concert au BSF, tu pars pour trois mois en famille dans l'ouest américain. Cela pourrait-il t'inspirer?

    "Je crois que je vais revenir avec un troisième album de country! Plus sérieusement, je ne manquerai pas de prendre ma guitare avec moi. J'espère revenir avec quelques morceaux empreints de grands espaces."

    My TVis Dead avait pas mal percé en Suisse et en France. Est-ce plus compliqué avec un projet aussi intimiste?

    "J'essaie de démarcher, avec l'aide de Wallonie-Bruxelles Musique, pour sortir l'album en France. Je pense que ça va se faire, car je suis déjà beaucoup écouté en France. Mais c'est de plus en plus compliqué. Les petits labels se plantent tous les uns après les autres. Pour le deuxième album de My TVis Dead, on a eu deux maisons de disques en France qui ont fait faillite successivement."

    Quelle importance a eu Nicolas Michaux dans ton début de carrière avec Lylac?

    "Il a été aux prémisses du projet. Au moment de vouloir composer le premier album, on m'avait proposé une espèce de résidence dans un château tous frais payés. Il y avait des coachs, dont Nicolas Michaux. je garde un très bon souvenir de lui. C'était plus un échange d'idées entre musiciens expérimentés. C'est comme ça que, sur le premier album, se sont retrouvés deux morceaux en français. Il est le premier à les avoir entendus. Un album français est-il envisageable? Oui éventuellement, mais Lylac est un projet sans aucune stratégie."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Francos 2016: Papy Polnareff fait de la résistance

    Il est passé 1h du matin, et la limousine de Michel Polnareff s'engouffre dans les bois sombres entourant Spa, en direction de l'aéroport de Bierset. A 72 ans, loin du los Angeles où il s'est installé il y a bien longtemps, il a encore une fois repris sa vie de rock star. Pourtant, les signes de vieillesse sont inévitablement là. Comme quand il se fait aider d'u prompteur quand il s'installe, à deux reprises, au piano pendant son concert. Mais sans doute qu'il refuse de voir la vérité en face, et que c'est d'ailleurs ce qui le pousse encore à tourner. L'an dernier, il s'était enfermé pendant de très longues semaines aux studios ICP à Ixelles. Pour quel résultat? Un morceau sorti à Noël, plus que dispensable. Le reste est enfermé dans un placard pour le moment. L'album, attendu depuis 1990, finira-t-il par sortir un jour? PersonneMichelPolnareff.jpg n'est en mesure de le dire. Perfectionniste, il attendra que ce soit à son goût. Peut-être éternellement. Mais il persiste à croire qu'il a encore cette magie créatrice qui avait jadis fait de lui le plus passionnant des artistes de la scène française.

    De toute façon, on ne va pas voir Polnareff pour découvrir de nouvelles choses. On est d'ailleurs bien content que, mardi soir à Spa, il ait fait l'impasse sur cet "Homme en rouge" qui sent quand même bien la naphtaline. Ses grands classiques, par contre, n'ont pas pris une ride. Même si on aurait aimé avoir "Âme câline" ou "Tous les bateaux, tous les oiseaux" plutôt que "Y a qu'un cheveu", tout y est passé. C'est sur "La poupée qui fait non", morceau sur lequel Jimmy Page jouait à l'origine, qu'il débarque sur scène pour directement enchaîner par "Je suis un homme" et "L'amour avec toi". Il a eu le bon goût de s'entourer de musiciens virtuoses qui, pour la plupart, on la moitié de son âge. Au milieu de "Je t'aime", il rend hommage à Prince en interprétant "Purple Rain", tandis que le logo du Love Symbol s'élève en fond de scène. Après 2 heures de concert, il s'en va sur "On ira tous au paradis" en version karaoké. Ces Francos 2016 ne pouvait mieux débuter...

    > Christophe Van Impe

  • Les Nuits Secrètes, un festival fascinant à deux pas de la frontière belge

    les-nuits-secretes-2016.jpg

    Bien loin des habituels supermarchés du rock, le festival des Nuits Secrètes est un des plus fascinants qui soit. Et ça tombe bien puisqu'il a lieu à quelques kilomètres seulement de la frontière belge, à Aulnoye-Aymeries, près de Maubeuge (les 29, 30 et 31 juillet). Depuis sa création en 2002, il n'a cessé de s'accroître avec plus de 60.000 spectateurs l'an dernier. Pour en arriver à son format actuel, étalé sur trois jours. L'affiche est parfaitement balancée entre la programmation grand public et le pointu. Cette année, il y en aura pour tous les goûts puisqu'on y retrouvera notamment Alain Souchon et Laurent Voulzy, Soulwax, 2 Many DJ's, Selah Sue, Alice on the Roof, Mickey 3D, Lilly Wood and The Prick, Vitalic, General Elektriks, The Shoes, Feu! Chatterton , Ludwig von 88, Odezenne, Gogol Bordello, Deluxe, Flavien Berger , O, The Hacker,...

    http://www.lesnuitssecretes.com/
     

     

  • Un samedi aux Ardentes: le rock psyché l'emporte par KO

    Mieux vaut tard que jamais, il aura fallu attendre le dixième anniversaire pour que nous mettions les pieds aux Ardentes. D'emblée, l'agencement du site surprend avec cette longue allée le long de la Meuse ressemblant plus à une fête foraine qu'à un festival. Pas question ici d'une large plaine, comme on en voit un peu partout en Flandres. Ulysse.jpgL'accueil est également bien plus sympathique. L'ambiance débute dès la navette, avec un chauffeur de bus ayant certainement appris les rudiments de son métier au Club Med plutôt qu'à la TEC.

    Une fois sur place, il faut donc bien marcher dix minutes pour trouver traces d'un concert. Deux salles sont nichées dans le hall des foires des Coronmeuse: le HFO et l'Aquarium. On est samedi, le temps et est au beau fixe, et on a tout sauf envie d'aller s'enfermer dans ces hangars. D'autant que Moaning Cities, qui sortira en janvier son deuxième album avec son nouveau line-up, termine son set. On avait adoré leur premier disque, qui naviguait entre les Doors et BRMC, et il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même pour le suivant.

    Caballero & JeanJass n'auront droit à nos faveurs que pendant un morceau, car il est tout doucement temps de voir à quoi ressemble cette scène principale. C'est à ce moment que Broken Back débute. Un concert qui ne nous émoustillera point. Une soupe FM qui ressemble à 1000 autres artistes déjà entendus sur les ondes, à commencer par Milky Chance. Comme Broken_Back.jpgavec les Allemands, on a l'impression à chaque début de morceau d'entendre les premières notes du single. Bin non, ce sera pour le rappel. Quant au story telling du gars qui fait de la musique après s'être cassé le dos, ça ne fonctionnera que le temps d'un album.

    Les Ardentes, elles valent surtout par la qualité de leur programmation hip-hop. Vince Staples nous fait en effet vibrer pour la première fois de la journée. L'Américain, issu de l'école Odd Future comme Tyler the Creator (à l'affiche le lendemain) est venu avec un light-show impressionnant. Malheureusement pour lui, il n'est pas aidé par la configuration du HFO. La salle est bien trop lumineuse et, surtout, le son est très limite. Au point que l'ingénieur n'ose pas le pousser trop haut. Dommage.

    Notre coup de cœur de la journée, c'est sur la scène principale qu'il a eu lieu avec Goat. On ne comprend pas trop comment ce groupe se soit retrouvé à jouer là. Les gamins qui attendent Bigflo & Oli encore moins. Masqués et fringués comme des Incas, les Suédois proposent une espèce de messe psyché du meilleur goût. Les guitares se font enfin entendre à Liège. Selon la légende, un sorcier aurait jadis jeté une malédiction sur Korpilombolo, le village dont Goat.jpgest originaire le groupe. On a envie d'y croire. Le concert terminé, c'est en cachant leur visage qu'ils montent dans leur navette. Mystérieux, jusqu'au bout.

    Changement de registre radical avec Bigflo & Oli. Les deux Toulousains se produisaient pour la troisième fois en quatre ans aux Ardentes. Ce sont les régionaux de l'étape. Olivio touche à la corde sensible en débarquant vêtu d'un maillot des Diables rouges floqué à son nom. La mise en scène vaut le coup, c'est drôle et jamais putassier. Du hip-hop pour les enfants certes, mais de qualité. Avec une Big_Flo&Oli.jpgmention particulière pour l'intervention du champion de France et d'Europe de beatbox, impressionnant de maîtrise.

    Son Lux, dans un Aquarium légèrement plus digeste que le HFO, sera notre dernière satisfaction de la journée. La suite, ce seront des prestations en roue libre d'Alice on the Roof et de Pharrell Williams. Même bien trop cool pour ce dernier qui, désintéressé, n'a pas justifié une seule seconde son statut de tête d'affiche...

    > Christophe Van Impe

    > Photos de Nicolas Folichon

  • Nicola Testa ou l'incarnation de la lumière

    Á l'occasion de la Fête de la Musique à Huy, Nicola Testa nous a encore régalé (même la pluie s'est arrêtée) avec un show haut en couleurs. Une ambiance atmosphérique et planante, une voix cristalline mais puissante, des musiciens énergiques ... il n'en fallait pas moins pour que la Place Verte soit couverte d'applaudissements nourris et de cris perçants de certain(e)s fans. Et le chanteur bruxellois n'a pas failli à sa réputation ! Pendant un peu plus de soixante minutes, il n'a pas arrêté de danser, de sauter, de partager avec le public  tout en souriant. On ne pouvait pas ne pas se dandiner en le voyant heureux d'être là. Ses chansons ont résonné dans toute la ville, reprises en chœur par les admirateurs de la première heure. Il a enchaîné ses titres, meilleurs les uns que les autres, convaincant les plus IMG_3347ret.jpgsceptiques qu'il était bien une des figures montantes de la scène musicale belge (il sera d'ailleurs présent au Mons Summer Festival et aux Francofolies de Spa cet été). Il fallait malheureusement que le concert se termine et Nicola s'en est allé sur les notes percutantes de son titre-phare "We Are Rainbows".

    Mais nous l'avons vite retrouvé après ce show ! En effet, il a accordé de son temps au public et s'est prêté au jeu des selfies et des dédicaces. Voilà la parfaite définition d'un artiste talentueux et généreux qui garde les pieds sur terre.

     Vous avez fait appel à la générosité afin de financer le développement de votre premier album. Qu'avez-vous éprouvé lors de la mobilisation de fans pour participer à la réalisation de cet opus ?

    "C'est très agréable déjà d'avoir une réceptivité de la part d'un public. Ça permet aussi de pouvoir rencontrer un petit peu et de tester pour voir qui est son public, comment il réagit, par quoi il est intéressé, ce qu'il a envie d'avoir ou de ne pas avoir. C'est une sorte de petit test. Ça met aussi un peu de pression parce qu'on sait pour le coup qu'il y a tous ces gens qui ont déjà acheté le disque, qui ont envie de l'avoir et donc forcément c'est très agréable d'avoir déjà ce contact-là avec le public avant même que le disque ne soit fait."

     On vous compare souvent à Dave Gahan (chanteur de Depeche Mode) et Christine and The Queens. Qu'est-ce que cela vous fait ?

    "Il y a pire (rires). Ça ne me dérange pas parce que je trouve que c'est flatteur. Ce ne sont pas des gens que je n'aime pas, ce sont plutôt des gens que j'aime bien. Après, c'est vrai que ce qui est aussi agréable c'est quand on vous compare juste à vous-même. C'est encore mieux mais je pense qu'on a tous besoin d'avoir des références, de IMG_3467ret.jpgsavoir "lui me fait un peu penser à un tel". J'avais ça aussi avant quand j'écoutais de la musique et maintenant je me rends compte de ça encore plus depuis que je fais de la musique !"

    Avez-vous été surpris par l'emballement populaire par rapport à votre musique généreuse et lumineuse ? Vous attendiez-vous à un tel retour après la sortie de votre album ?

    "On ne sait jamais ... Je ne m'attendais à rien. J'avais envie que le disque soit bien accueilli car c'est quand même un gros travail, ça a été une longue partie de ma vie, ça m'a demandé beaucoup d'énergie, de temps et de travail. Donc, j'avais envie qu'on comprenne le disque. C'était surtout ça qui m'intéressait : qu'on comprenne le disque comme j'avais voulu le faire. Et je pense que dans la plupart des cas, ça a été réussi. J'étais vraiment content ! Après, on aime ou on n'aime pas mais je suis quand même content de la réception qu'il a eu parce que j'ai l'impression qu'on a vu ce que j'avais voulu faire et compris ce que je voulais raconter et je pense que c'est quand même le principal !"

    Pourquoi avoir choisi de chanter en anglais et non en français ou en italien ?

    "Souvent, je dis pourquoi pas parce que c'est comme pourquoi est-ce qu'on choisit de faire de l'aquarelle plutôt que de la gouache ou de la guitare plutôt que du piano ... Ce sont juste des instruments et on les prend pour jouer. Et l'anglais, c'est une langue avec laquelle j'aime bien jouer, que je connais bien et que j'ai l'habitude de travailler. Donc, j'avais envie de continuer de travailler avec cette langue-là. Après, peut-être que je vais écrire en français ou en italien ou dans une autre langue. Ce n'est pas interdit en tout cas !"

    A l'heure de la dématérialisation des supports, quelle est pour vous la valeur d'un CD ?

    "J'aime bien le CD, le disque et le vinyle et le format. C'est très pratique le MP3 mais c'est plus difficile d'avoir une vue d'ensemble du disque. Ce que j'aime bien avec la pochette, qu'elle soit vinyle ou CD, c'est qu'elle amène aussi IMG_3461ret.jpgune lecture supplémentaire au disque comme les clips et tout le reste. Il y a plusieurs niveaux de lecture et c'est ça que je trouve intéressant. Et puis, le CD est un chouette objet aussi."

    Êtes-vous déçu de n'avoir pas été récompensé aux D6BELS Music Awards malgré votre nomination dans plusieurs catégories dont le meilleur concert et album ?

    "(rires) J'étais quand même content d'être nominé autant de fois surtout que je pense que j'étais un des seuls artistes indépendants. Après, c'est vrai que j'étais un peu déçu de ne rien avoir ... Mais j'avais quand même en face de moi, soumis aux votes du public, des artistes comme Alice On The Roof qui ont vraiment une très grosse fanbase et qui ont aussi plus de moyens que moi. Mais je ne suis pas déçu, je suis content d'avoir participé. Je n'ai vraiment pas de regrets."

    On sait que vous êtes fort attaché au visuel, notamment lors de vos concerts, mais êtes-vous à la base de ce show à part entière ?

    "Oui, c'est moi qui décide de ce que je fais. Après, je travaille avec d'autres gens que ce soit sur les pochettes, dans les clips ou sur scène pour les costumes. J'ai travaillé avec Jean-Paul Lespagnard, qui est un créateur belge, et on s'est vu, on a discuté, je lui ai donné mes envies et il m'a donné les siennes. Après, je lui ai fait confiance et il faut quand on choisit de travailler avec des gens sinon ça ne sert à rien ... Si c'est pour dire "Tu fais ça, tu fais ça", alors je le fais moi-même et je prends une couturière qui va me coudre les vêtements que j'ai dessiné. Ce que j'aime bien justement, c'est collaboré avec les gens pour le dialogue et la richesse que ça peut apporter. Et puis, j'aime bien aussi avoir les points de vue d'autres artistes sur moi, sur ma musique... avoir un échange quoi !"

    Travaillez-vous déjà sur votre prochain album ? Allez-vous explorer d'autres horizons musicaux ?

    "Oui, je travaille déjà sur mon prochain album. Je ne sais pas encore parce que c'est difficile à dire puisque je suis IMG_3401ret.jpgau début du travail. J'écris beaucoup de mélodies au piano mais pas beaucoup d'arrangements. Je pense qu'il y aura forcément une différence parce que je ne suis plus le même maintenant : je grandis, j'évolue, je travaille avec d'autres personnes, j'ai d'autres influences et de nouvelles choses à raconter aussi. Donc forcément, ça ne va pas être la même chose mais je ne crois pas non plus que ça va être très différent. Je vais essayer que ça reste moi-même, je ne vais pas faire complètement autre chose. Après, moi-même peut être beaucoup de choses aussi donc on verra !"

    > Un entretien de Nicolas Folichon

  • Nuits du Bota: Katerine et Suuns ont touché au sublime

    On a vécu de bien belles Nuits qui, sur la fin, ont carrément flirté avec le sublime. On en veut pour preuve ce concert absolument époustouflant de Philippe (comment tu t'appelles?) Katerine au Cirque Royal samedi. Une soirée qui avait débuté pour nous dans une Rotonde, désormais garnie d'un squelette d'on ne sait quel dinosaure sous sa coupole. S'y déroulait une soirée presque exclusivement italienne, organisée en collaboration avec le festival Arezzo Wave. Entre les excellents Wrongtoyou (délicat à la Bon Iver) et Joycut (on n'a pas vu, mais on nous a dit le plus grand bien de leur postrock), nos compatriotes d'Italian Boyfriend se sont tapés l'incruste. En live, l'arrivée de Tim (même s'il jouait avec une jambe dans le plâtre) à la batterie apporte un plus incontestable. On a donc désormais la moitié de BRNS dans le groupe, mais ça n'a pourtant strictement rien à voir. C'est délicieusement nonchalant et maladroit. Pour coller au thème de la soirée, ils se sont même permis une reprise de Rafaella Carra, chantée par Sarah. Et César, une fois sorti de Katerine1.jpgscène, de sortir son copion griffonné en italien "Google translate" pour tenter de convaincre les autres de faire jouer son groupe en Italie.

    Entretemps, nous avions pris en quatrième vitesse la direction du Cirque Royal, où Blondy Brownie et Alex Beaupain venaient de finir leur set. Nous voilà tip top sur place pour les premières notes de "La Reine d'Angleterre". On le craignait un peu ce concert "intimiste" de Katerine dans ce grand Cirque. Comment allait-il tenir le coup sans pouvoir faire le guignol, en slip, avec ses danseuses? Mais les craintes ont été très vite dissipées, et pas un peu. Nous avons carrément assisté au meilleur concert de ces Nuits. Katerine n'a fait que confirmer, grandeur nature, l'excellente impression qu'il avait laissée il y a quelques semaines lors de son showcase dans les bureaux de Pias. Accompagné de sa pianiste classique et habillé comme un Peter Pan sous LSD, il a tout simplement été sublime. Pendant 1h30, on a navigué entre le concert émouvant (comme quand il rend hommage à son père, récemment décédé) et le standup hilarant. On a évidemment eu une bonne partie du dernier album, mais aussi des classiques revisités comme "Louxor" ou "La Banane". Du très grand art.

    Dimanche, cerise sur le gâteau, nous nous Suuns.jpgsommes réconciliés avec Suuns. Lors de leur dernier passage aux Nuits, au Cirque Royal, les Canadiens nous avaient franchement ennuyés. Cette fois, ils ont été hypnotiques, massifs, puissants et prenants. Comme sur ce "2020" joué de main de maître pendant le premier tiers du concert. Un bien joli bouquet final pour de bien belles Nuits. Le canard laqué en terrasse, les transats Ricard et le slalom sur les marches du Bota, tout ça c'est déjà fini. On attend déjà la prochaine édition avec impatience, snif...

    > Ch.V.I.

  • Italian Boyfriend (ce samedi au Bota): "On entretient le côté fragile de notre musique"

    D'italien, César Laloux n'a finalement rien d'autre que le drapeau en autocollant sur l'arrière de sa bagnole. Cela n'empêche pas Italian Boyfriend, le groupe qu'il a formé avec Sarah Riguelle et Marc Pirard, d'être à l'affiche de la soirée ritale des Nuits du Bota de ce samedi. Ils viennent de sortir leur premier album ("Facing the Waves"), une petite merveille pop. Montez sur votre Vespa, c'est parti pour la première interview de César en dehors de BRNS...ITALIANBOYFRIEND -® Manou Milon.jpg

    Comment se retrouve-t-on à l'affiche d'une soirée italienne en ayant d'italien que le nom?

    "Les circonstances ont fait qu'on a eu l'occasion de jouer trois fois d'affilée aux Nuits du Bota. La première fois, c'était en première partie de BRNS, à la sortie de l'EP. L'année passée, c'était quasi notre seul concert de l'année pour les 20 ans de 62TV. Là, comme on sort l'album, on est en effet à l'affiche d'une... soirée italienne, coprogrammée avec le festival Arezzo Wave. On va quand même faire une reprise en italien pour coller au thème. Notre choix s'est porté sur "A far l'amore comincia tu" de Raffaella Carrà. Je connais un peu Joycut, qui sera aussi à l'affiche. Ils nous avait accueillis à Bologne avec BRNS. On aimerait bien jouer un jour en Italie, car 'est un pays qu'on adore. Deux amplis, et c'est parti."

    Qui a trouvé le nom du groupe?

    "C'est moi. Sans doute en marchant dans la rue, ou dans ma cuisine. Je n'ai jamais été très doué pour trouver de noms de groupes. Comme la musique était assez estivale et passive, je trouve que ça s'y prêtait bien. Je m'imagine bien tranquille sur ma Vespa..."

    La sortie de l'album, ça a été un soulagement?

    Italian Boyfriend2 -® Manou Milon.jpg"Oui, car ça faisait quand même longtemps que le processus était lancé. Avec BRNS, j'étais tout le temps parti en tournée. On avait tous un agenda assez chargé, et ça a pris un an pour enregistrer l'album. Je suis soulagé, et je pense que je ne vais pas tarder à passer à autre chose. Maintenant, on va attendre de voir ce que ça dit à l'étranger."

    Il y a quelques semaines, vous avez fait la release party à l'Atelier 210, mais les conditions étaient particulières...

    "C'était un moment un peu stressant. C'est la première fois qu'on faisait une date payante à notre nom. Les conditions étaient vraiment exécrables. On a eu plein de problèmes de son, mais je crois que les gens ont quand même apprécié et ne retiennent que le positif. C'était important de faire une fête pour fédérer tout ceux qui ont participé. Des vidéos de cette soirée vont d'ailleurs bientôt sortir. On avait demandé à jouer dans le bar plutôt que la salle car je voulais éviter de booker une jauge un peu trop grande et d'être stressé parce que ça ne se remplit pas."

    Tu avais besoin d'avoir un projet plus léger à côté de BRNS?

    "C'est vrai que ce n'est pas du tout la même chose. En même temps, avoir deux projets similaires, ce ne serait pas intéressant. J'ai toujours ça eu dans un coin de ma tête. J'écris mes petits morceaux et mes démos depuis 5 ou 6 ans, même avant d'être dans BRNS. C'est ça qui m'épanouit. Même quand on part en tournée, j'ai besoin de composer tout seul dans mon coin. Dans BRNS, je suis celui qui apporte justement les gimmicks pop. L'un dans l'autre, ça va. Je ne vais pas devenir schizophrène. Ce que je fais dans les deux groupes est assez proche, même si c'est musicalement différent. Avec BRNS, on termine l'enregistrement du prochain album, qui devrait sortir début 2017."

    Mais tu prétends ne pas savoir chanter...

    "C'est juste que je ne suis pas chanteur. J'ai toujours fais des morceaux en pensant que je ne les chanterais pas. Italian Boyfriend -®Manou Milon.jpgComme ça c'est mal passé avec une fille et qu'on a essayé avec un mec qui est parti tout de suite, j'ai décidé de franchir le cap. C'est parfois un peu approximatif. Mais c'est justement ce côté un peu fragile qui me plaît. Je sais bien que ce genre de projet a ses limites, ça ne deviendra jamais un truc mainstream."

    Le line up actuel est-il définitif?

    "On a d'abord eu le départ du bassiste. Moi, je jouais de la batterie et je chantais en même temps, ce qui ne me permettait pas de profiter pleinement des concerts. Depuis, on a pris Tim de BRNS et Jérémy de Paon. Jérémy va partir en Australie et Tim aura peut-être un truc ou l'autre. Il y aura donc sans doute de temps en temps des remplacements."

    Pour l'enregistrement de l'album, vous avez fait appel à Aurélien Auchain de Mountain Bike.

    "Comme Mountain Bike, on va droit au but. Aurélien, c'est un ami. Il avait déjà enregistré l'EP, qu'on n'avait pas sorti, avec le groupe précédent. En studio, c'est un mec super patient. C'est une crème."

    Il n'a jamais été question qu'il intègre le groupe?

    "Si, au tout début. On a essayé avec lui, mais il n'avait pas assez de temps avec Mountain Bike."

    Quelles sont vos influences?

    Italian boyfriend 3 -®Manou Milon.jpg"Il y en a beaucoup dans les groupes pop américains, anglais, australiens voire français. Dans les reviews, on cite souvent Papas Fritas. C'est vrai que je comprends le côté super pop avec une voix de fille et une voix de garçon. J'aime bien tout ce qui est direct avec de belles mélodies."

    Sarah, ta copine, a ouvert il y a quelques mois le café littéraire "Parade" (rue de Savoie, 59, à Saint-Gilles). C'était important de garder quelque chose à côté de la musique?

    "Absolument, ça nous garde dans la vie concrète. C'est important pour nous de rester les pieds sur terre, en servant des cafés et en lavant la salade. En plus, on organise des concerts bien sympas."

     > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Manou Milon


     

     

  • Georgio: "Mon rap est revendicatif de l'humain"

    En Belgique, on le connaissait jusqu'à présent surtout pour sa collaboration avec Fauve sur "Voyou". Lui, c'est Georgio, et il vient de sortir son premier album "Bleu Noir", grâce à une campagne de financement participatif au-delà de toutes les attentes. Nous l'avons rencontré juste avant son concert à l'Orangerie dans le cadre des Nuits. Il nous parle forcément de Fauve et de Nekfeu, mais aussi de la scène belge. La relève du rap hexagonal est quoi qu'il en soit assurée...

    Connaissais-tu les Nuits du Botanique avant d'apprendre que tu y jouerais en tête d'affiche?

    "Non, honnêtement, je n'avais jamais entendu parler ni des Nuits ni du Botanique. Même en France, je ne connais pas trop les festivals. Tout ça est encore très neuf pour moi. Je ne fais que découvrir le milieu. Mais je garde un excellent souvenir de mes passages en Belgique, notamment à Couleur Café et aux Ardentes."GEORGIO_PhotoPresse002_Romain_Rigal.jpg

    Pourquoi avoir eu recours au financement participatif plutôt que de passer par un label?

    "J'ai rencontré plein de maisons de disques et de gros labels, mais j'avais l'impression qu'ils ne comprenaient pas mon projet. Ils prenaient énormément de temps à répondre. Lors d'un passage en radio, j'ai rencontré un mec qui s'occupe du crowdfunding. C'était finalement tellement plus fort de le faire avec les miens, avec ceux qui me supportent. C'est une nouvelle façon de faire, qui prend de plus en plus d'ampleur. On attendait 35.000 euros, ce qui est déjà beaucoup. Au final, j'en ai eu 52.000. Je ne m'attendais pas du tout à ça. Cela m'a permis de peaufiner l'album. Et puis, ça a aussi servi pour les clips et la promo."

    Pourquoi avoir attendu quelques années avant de sortir ce premier album?

    "J'avais besoin préparer le terrain, ne serait-ce que musicalement, en sortant des EP. Je ne me sentais pas encore assez mature artistiquement pour faire un premier album. Le premier, c'est sacré. Je voulais ne jamais le regretter. J'ai donc préféré prendre mon temps, et je ne me suis lancé que quand j'étais prêt. Avant ça, je lançais des morceaux, mais je n'étais pas aussi fort que ce que je voulais. Les retours sont excellents, ce qui me fait vachement plaisir, mais j'ai travaillé pour. Si je ne l'avais pas estimé bon, je ne l'aurais pas sorti. Après oui, ça me touche beaucoup d'avoir autant de retours et de faire autant de concerts."

    As-tu encore des morceaux en stock?

    GEORGIO_PhotoPresse003_NKruma.jpg"Je jette énormément de textes, mais je n'ai pas énormément de morceaux. J'écris beaucoup et, au bout d'un couplet, je jette à la poubelle. Du coup, ce qu'on entend, c'est le peu de morceaux que je termine."

    Quelle influence ton entourage familial a-t-il eu sur ton apprentissage de la musique?

    "Mon père était dans la musique, et j'ai toujours baigné là-dedans. Mais c'est quand je suis arrivé au collège que je suis tombé dans le rap. Je me suis dit que, putain, moi aussi j'avais des choses à dire. C'était naïf, mais c'est parti comme ça."

    Quels sont les artistes qui t'ont inspiré?

    "J'ai été influencé par plein de trucs. J'aimais Hugo du TSR Crew, Flynt, Nessbeal, et bien d'autres... Mais aujourd'hui, j'écoute tellement de musique que mes influences sont beaucoup plus variées."

    Et notamment Miossec...

    "Ouais, parce que c'est un autre vocabulaire. J'adore des artistes comme Miossec, Benjamin Biolay, Pete Doherty, Laura Marling,... Dans leurs chansons, les phrases sont plus courtes, il y a moins de mots pour faire passer tout autant d'idées, il faut être plus précis."

    Tu es du 18e arrondissement. Ton rap a-t-il été influencé par ton environnement?

    "J'ai grandi avec tous les milieux sociaux. Au lycée, j'étais dans le 10e, près de la gare de l'Est. Il y avait GEORGIO_PhotoPresse005_Kevin_Jordan.jpgtoutes les classes sociales, même des mecs un peu aisés. Mais, mon rap n'est pas trop porté sur ça. Il est plus porté sur des émotions, des sensations, des histoires vécues. Du coup, il est revendicatif de l'humain, mais il ne s'adresse pas à une classe sociale particulière. Côtoyer plein de classes sociales différentes, ça m'a construit en tant que garçon. Mais ma musique n'a pas besoin de connaître un milieu social mieux qu'un autre."

    Ta collaboration avec Fauve sur "Voyou" a-t-elle boosté ta carrière?

    "Oui carrément, ça m'a fait découvrir plein de personnes car ils avaient une grosse exposition. J'ai eu la chance de faire plein de premières parties sur leur tournée des Zéniths, et énormément de Bataclans. Cela m'a permis de progresser en live. Ils cherchaient une première partie rap pour leurs Nuits Fauves, à l'occasion de la sortie de l'EP "Blizzard". On avait un ami commun, et on s'est directement bien entendu. Ils ont donc pensé à moi pour "Voyou"."

    Quand tu vois à quelle point la carrière de Fauve a été furtive, ça ne te fait pas peur?

    "Si, j'avoue qu ça me fait un peu flipper. Je n'ai pas envie que ça s'arrête aussi vite pour moi. Mais eux, ils l'ont décidé et ils ont leurs raisons. Ils auraient pu encore continuer, mais tout a été très vite pour eux."

    Beaucoup te citent, au même titre que Nekfeu, comme la relève du rap français...

    GEORGIO_PhotoPresse006_Romain_Rigal.jpg"Je les remercie de croire en moi, mais il ne faut pas me mettre trop de pression. Maintenant, Nekfeu, c'est bien branlé, bien produit, et très bien écrit. C'est assez grand public. Mais dans le côté noble à être populaire, pas dans le côté putassier. C'est facile d'accès tout en étant bien fait. C'est vachement fort."

    Connais-tu un peu la scène hip-hop belge?

    "Oui. J'aime beaucoup Romeo Elvis, le projet de Caballero et JeanJass et La Smala."

    Les prochaines dates de concert en Belgique:

    07 JUILLET : LIEGE / ARDENTES FESTIVAL 

    07 AOÛT : BRUXELLES / BSF

    27 AOUT : NAMUR / SOLIDARITES

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • La Muerte: "On fait fantasmer les trentenaires"

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    La claque rock n' roll de cette semaine aux Nuits, elle a eu lieu lundi soir sous le chapiteau. La Muerte, par la qualité et la puissance de son set, nous a presque fait oublier la ribambelle d'autres concerts qui animaient cette Nuit belge. Les jardins du Bota, peuplés une fois n'est pas coutume de gars en blousons noirs, se souviendront longtemps des collaborations éphémères avec Front 242 (sur "Headhunter") et Vive La Fête (sur "Je suis le destructeur"). Après plus de vingt ans de cave, La Muerte est plus rugissante que jamais. A revoir au Graspop fin juin...

    La réussite de la reformation dépasse-t-elle toutes vos espérances?

    Marc (chant): "C'est surtout une surprise. De fait, tout s'est quand même emballé en un an. D'abord, ça a commencé à l'Ancienne Belgique. Puis la sortie du double vinyl live très vite. Et alors cette tournée qui a été mise sur pieds pour le début de l'année. On est en train de terminer les dates belges. Le gros truc, c'était évidemment le Roadburn aux Pays-Bas. Nous sommes également partis en Suisse avec At The Drive In. Tout ça c'est inespéré. J'ai l'impression qu'on a même plus de succès maintenant qu'avant. J'ai difficile à l'expliquer. Il y a certainement le côté culte du groupe. On fait fantasmer les trentenaires. Ce sont eux les jeunes du public, ce ne sont pas des teenagers de 18 ans. Il y a une certaine curiosité."Muerte2.jpg

    Tino (basse): "J'entends souvent des gens dire: "putain, enfin, du bon et du vrai rock n' roll". Je ne dénigre pas toute la scène rock hein. Mais une frappe dans la gueule comme La Muerte, ça ne se voit pas tous les jours. Il y a aussi eu un bon bouche à oreille. Les gens que je connais autour de moi et qui n'avaient jamais vu, c'est ce qu'ils me disent."

    L'idée de base, c'était de simplement faire l'AB?

    Marc: "L'idée de base, ce  n'était en effet que l'AB mais en laissant forcément des portes ouvertes. C'était difficile de faire un plan de route sans label. Avant l'AB, on avait juste fait un échauffement dans un petit club à Gand. Pour la suite, reprendre la route et refaire des disques, ça s'est fait tout naturellement. Quand on te propose dix dates en Belgique, tu ne peux pas refuser. Quand tout s'enchaîne, c'est plutôt simple et facile à accepter. On s'entend bien, on se marre entre nous. Il n'y a pas un plan de combat. Ce sont juste les choses qui s'alignent."

    Tino, était-tu fan de La Muerte dans ta jeunesse?

    Tino: "J'aimais beaucoup, oui. Etant plus jeune qu'eux, ils m'impressionnaient. C'était quelque chose de jamais vu et entendu. Il y avait ce côté pur. Je ne pense cependant pas que ça m'ait influencé pour Channel Zero, car le style est tout à fait différent. Mais c'est toujours resté dans un coin de mon cerveau."

    La Muerte a été un groupe précurseur dans de nombreux sous-genres musicaux. T'en rendais-tu compte?

    Marc: "Aujourd'hui, j'en suis conscient. On a quand même eu des difficultés à l'époque. Tout ça, tu ne t'en rends compte que avec le temps. Au moment même, tu n'as pas ce sentiment. Puis dix ans après, tu vois en effet Muerte3.jpgapparaître la mouvance blues-punk, puis le stoner. J'ai retrouvé des réminiscences de ce que nous avions fait chez pas mal d'artistes. Cela va de John Spencer Blues Explosion, à certains riffs de White Zombie en passant par quelques morceaux de Kyuss. Les riffs de White Zombie, qui mélangent le groove et le metal, on les a amenés avant eux. Mais, ils le font évidemment très bien."

    Le line up actuel, c'était une évidence?

    Marc: "Oui. Je suis passé par Kirby, que j'avais rencontré plusieurs fois dans des soirées. A force de le croiser, j'ai foncé directement chez lui quand j'ai décidé de reformer le groupe. Il en a parlé avec Tino, avec qui il était pote. C'était juste parfait, car ils apportent une nouvelle jeunesse aux anciens morceaux."

    Tino:" Accepter la proposition, ça a été la décision la plus rapide de ma vie."

    Au Bota, vous avez invité Vive La Fête et Front 242 sur scène. Pourquoi eux?

    Marc: "C'était une idée du Botanique. On devait faire un set un peu exclusif. On avait carte blanche pour les groupes invités, et on devait trouver des invités pour le concert. Au départ, c'était Franz des Young Gods et Mauro Pawloski. Cela ne fonctionnait malheureusement pas avec leur agenda. Richard et Patrick de Front 242 étaient les suivants dans la liste, car ce sont des potes. Vive la Fête, c'est plutôt via Didier Moens, qui les a mixés en live pendant un an ou deux. Sur scène, c'était le remake de "La Belle et la Bête."

    Votre concert au Roadburn, c'était comment?

    Marc: "C'était fabuleux. Avoir joué là-bas va beaucoup nous apporter au niveau de l'impact. Les gens ne connaissaient pas, ils pensaient qu'on était un nouveau groupe. Au niveau de la réception, dans un festival très pointu, c'était la claque. L'organisateur était à genoux. On a également eu un excellent contact avec At The Drive In. Ils ont vu tout le concert, et ils ont adoré. On sent que des portes s'ouvrent. Et tant mieux, car sinon La Muerte serait destinée à Muerte4.jpgmourir. On ne peut plus refaire le tour de Belgique. On doit s'orienter vers des festivals pointus ou des premières parties."

    Pourquoi jouer masqué, avec un sac en toile sur la tête?

    Marc: "L'image a toujours été très importante. Je voulais donner une touche de mystère, un peu comme dans "Twin Peaks". J'avais envie de balancer autre chose. L'univers du cinéma gore ou slasher a toujours influencé La Muerte dès le début. C'était aussi l'occasion de pousser le bouchon un peu plus loin, et de rendre hommage à "Elephant Man", même si ce n'est pas un film trash. Pour la suite on verra, mais pourquoi pas développer ce personnage..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Herbinia

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  • Nuits du Bota 2016: O et LUH, beautés contrastées

    Temps frisquet et, du coup, un peu moins de monde pour cette troisième soirée sur les marches du Bota, mais la qualité était encore une fois au rendez-vous. Notre soirée a débuté à la Rotonde avec O. Olivier Marguerit, qu'on a notamment connu comme guitariste de génie chez Syd Matters et Mina Tindle et dont le talent d'auteur-compositeur n'est plus à démontrer, a mis du temps avant de se décider à occuper l'avant de la scène. Mais l'attente en valait la peine. Devant une salle malheureusement clairsemée, il a présenté "Un torrent, la boue", son premier album. Un moment de grâce, qui aurait toutefois mérité un peu plus d'attention. Mais les connaisseurs, eux, étaient là. Dans l'assistance, on a ainsi pu croiser des membres Olivier.jpgde Girls in Hawaii (avec qui il a jadis partagé la scène avec Syd Matters) ou de BRNS.

    A l'Orangerie, le ton était nettement moins posé. Alors qu'on ne sait pas trop si Vanessa Carlton a joué " A Thousand Miles" sous le chapiteau (on ne sait d'ailleurs pas trop non plus ce qu'elle faisait à l'affiche des Nuits), The Scrap Dealers faisait monter le volume. Un groupe belge qu'on avait déjà pu voir au Stellar Swamp, le festival psyché organisé depuis deux ans par Moaning Cities à l'Atelier 210 et au Magasin 4.

    Place ensuite à LUH, la tête d'affiche de la soirée. LUH, pour Lost Under Heaven, c'est le nouveau projet d'Ellery James Roberts, l'ancien leader de WU LYF (World Unite Lucifer Youth Foundation). Ayant rencontré Ebony Hoorn à Amsterdam et ayant quelques difficultés à gérer le succès, il LUH.jpgavait décidé à notre plus grand regret de dissoudre son groupe après un seul album. Cet album, "Go tell fire to the mountain", sorti en 2011, nous avait profondément marqués. Ah, cet incroyable morceau "Dirt", on se le repasse encore aujourd'hui sans aucune lassitude. De WU LYF, il ne reste aujourd'hui plus que la voix déglinguée et l'énergie rageuse. Mais, alors qu'on le voyait jadis plutôt monter sur les barricades un cocktail molotov à la main et un foulard sur le visage, Ellery chante désormais l'amour avec sa dulcinée. Mais un amour sauvage, gueulard et prenant. Sur la fin du concert, LUH fait d'ailleurs péter les décibels. Certains se bouchent les oreilles, d'autres sont en transe. Les deux tourtereaux dédicacent ensuite des vinyls au stand de merchandising. Paraît que la version originale de l'album de WU LYF s'arrache désormais à 150 euros. On ne sait jamais, ça pourrait être un bon investissement...

    > Ch.V.I.