Interview - Page 2

  • Bastian Baker: "Avant j'écrivais les histoires d'amour de mes potes, cette fois c'est la mienne"

    L'été pointait le bout de son nez lorsque nous avons rencontré Bastian Baker à Bruxelles. Alors que l'Europe entière se passionnait pour le Championnat d'Europe de football, le Suisse n'avait d'yeux que pour la Stanley Cup, finale du championnat nord-américain de hockey sur glace, sport qu'il à pratiqué à un certain niveau. Mais le chanteur, passé par le jury de The Voice Belgique, a embrassé la carrière de chanteur et nous présente son nouvel album, plus intime que jamais.

    Bastian, depuis quelques années le succès est au rendez-vous. Est-ce que cela n'a pas été un peu vite?

    Bastian1.jpgBastian Baker: "Je dois dire que je le vis bien (rires), je suis dans une bonne période, une période d'hyper-créativité. C'est mon troisième album, je suis tout le temps en train d'écrire et je cherche des nouvelles musiques, des nouvelles collaborations. C'est frais, c'est cool. C'est pourtant une reprise (Hallelujah de Jeff Buckley) qui m'a fait connaître en France quand on y pense, mais cette chanson a une histoire magnifique."

    Voici donc ton cinquième album, Facing Canyon. Un titre un peu énigmatique?

    B.B.: "J'aime quand les gens se posent des questions à propos des titres des chansons ou des albums. Pour le coup, je suis parti avec des potes dans un van, dans l'ouest américain. J'avais pris des démos avec, qui allaient très bien avec les longues routes américaines, et mes potes ont été très critiques avec mon travail. Puis au bout, il y a eu ces grandes falaises, présentes depuis des milliers d'années, qui te font prendre conscience de l'immensité du truc. Ca fait réfléchir."

    Certains titres de l'album font réfléchir aussi...

    B.B.: "Tu veux certainement parler de "Charly from Sydney". C'est ma première chansons qui traite de l'actualité. Je me souviens parfaitement des deux évènements, où j'étais. Lors de l'attaque de Charly Hebdo j'étais à Las Vegas, et lors de la prise d'otages de Sydney j'étais en Islande, là où il ne se passe jamais rien. Il y a un côté "random" dans ces attentats, être à la mauvaise place au mauvais moment. C'est le thème de mon texte, cette part de hasard qui fait que tu es en vie ou pas. Ce qui est touchant, c'est que lorsque je chante cette chanson en concert, tout le monde se tait."

    Lorsqu'on est chanteur, on pense forcément à l'attaque du Bataclan?

    B.B.: "C'est clair que oui. Tu sais depuis cette date, dès que j'arrive dans une salle de concert, je regarde les sorties de secours. C'est le climat de terreur qui s'est installé. Et je connais le terrorisme, je l'ai étudié à l'école, le comment du pourquoi de ces actes. Cela me touche donc un peu plus, car je connais un peu l'envers du décor."

    Dans cet album, on peut lire dans ta vie comme dans un livre ouvert

    B.B.: "Clairement. D'ailleurs depuis quelques temps les gens me croisent dans la rue et me disent: "Tracasse pas, ça va aller", ils ont de la peine pour moi. Dans l'esprit du public, je suis un peu l'éternel célibataire. Mais j'ai pourtant rencontré une superbe femme, actrice, polyglotte, intéressante, belle à en mourir. Nous n'avons pas rompu, mais simplement on a regardé nos agendas et on a bien vu qu'on ne se verrait pas avant Noël. C'est la vie. Avant j'écrivais les histoires d'amour de mes potes, cette fois c'est la mienne."

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    Et dans ces chansons, tu laisses ressortir ta tristesse?

    B.B.: "Oui mais pas que. Dans "I Want You", je me moque ouvertement de ma tronche et de cette situation qui est à l'inverse de ce que je peux connaître. J'étais là, à courir après elle, à lui servir à boire, à lui faire une omelette. J'étais le guignol de service."

    Le titre "Tattoo On My Brain", c'est tout de même un crève coeur?

    B.B.: "Oui, c'est la pire, la plus triste et celle qui exprime le mieux ce que je peux ressentir. Il y a "White Room" aussi, où je parle des rêves que je fais d'elle. Si je lui ai fait écouter les chansons avant de les mettre dans l'album? Oui, bien sûr, il y en a même que j'ai pu écrire à côté d'elle, à la fashion week. Elle m'a même dit: "Ce sera un tube ça baby". Je me suis quand même demandé si je devais sortir ces chansons, si je devais ouvrir les vannes."

    Enfin, il y a ce duo avec B.J. Scott

    B.B.: "Oui, ma meilleure amie sur The Voice. Nous n'avions rien planifié. Après les primes, à la place de dormir, on jouait jusqu'à pas d'heure dans le lobby de l'hôtel. On a aussi refait le monde, parlé de la condition humaine, et puis nous avons écrit ce morceau. Il a fallut trois jours pour faire l'arrangement et c'était dans la poche."

    Sinon, tu es toujours aussi heureux de revenir en Belgique?

    Ho que oui. C'est dans votre pays que j'ai bu ma première bière. C'est sympa, mais la Suisse fait le meilleur chocolat (rires).

    Dès le 30 septembre, retrouvez dans les bacs le nouvel album de Bastian Baker, Facing Canyon.

    Interview réalisée par Florian Holsbeek

     

  • Moaning Cities: "La pression est différente d'il y a trois ans"

    Trois ans après l'impeccable "Pathways through the sail", Moaning Cities est de retour avecx "D. Klein". Avec un autre line up, mais toujours avec la même inventivité et la même énergie. Cet album, ils le joueront ce vendredi soir au Botanique. Et c'est ni plus ni moins que la claque de cette rentrée.

    Comment se prépare le concert au Bota?

    MoaningCities-D.Klein-FRONTcover.jpgTim: "On a pu faire une résidence de trois jours la semaine dernière à Enghien, chez les parents de Mel. On a tout mis en place. Jeudi, on était à Liège, au Koko Studio, là où on a enregistré l'album. Laurent Roux fait des concert filmés, des captations très privées. Ce n'était pas annoncé, c'était juste pour rejouer l'album. C'était super excitant, et c'était un très bon exercice de mettre ce nouveau set en place. Mercredi et jeudi, on sera aussi en résidence au Botanique."

    Valérian: "Il y a quelques morceaux qu'on joue déjà depuis plusieurs mois et qui sont rodés. C'est à la fois excitant et flippant. C'est quand même toujours un travail d'interprétation, car il y a pas mal de choses qui sont fignolées en studio et qu'on a du mal à refaire en live simultanément."

    Tim: "C'est une pression différente, car peut-être que les gens nous attendent."

    Valérian: "La release de février, on revenait de concerts à l'étranger et on était morts. On arrivait au Bota sans vraiment réaliser les enjeux. En exagérant à peine, on essayait de se concentrer pour tenir debout. 

    Comment le changement de line up s’est-il opéré ?

    Valérian : "Nous étions arrivés à un stade où le groupe était dans le flou. Certains pensaient pouvoir évoluer, mais d’autres étaient plus dans une optique amateure. Les ambitions étaient les mêmes, mais pas l’état d’esprit. Je trouve que cette histoire reste une bonne aventure humaine. Une rupture, c’est toujours compliqué. Mais, quand on a décidé d’en parler, ça a fait du bien. La preuve, c’est qu’on est aujourd’hui sur le label de Greg. La décision s’est prise dans une tente après un concert aux Bucoliques."

    Comment en êtes-vous venus à créer le festival Stellar Swamp ?

    Valérian : "Nous avons été inspirés par ce que nous avons vu sur la route. Il y avait cette envie de cristalliser ça à Bruxelles. On a proposé le projet à Julie de l’Atelier 210, et puis Denis a fait le lien avec le Magasin 4, où il est administrateur. Malheureusement, ça ne pourra peut-être pas se refaire au Magasin 4. C’était aussi une manière de rester présent entre deux albums, de s’ouvrir vers autre chose."

    MoaningCities-bandpicSmall-©MehdiBenkler.jpg

    Comment expliquez-vous votre réussite en Suisse ?


    Mel : "En Suisse, on a un très bon booker."

    Tim : "C’est un pays très curieux musicalement. Ils viennent vraiment écouter de la musique, et ils reviennent. Ils font des bornes pour vous voir."

    Valérian : "A Bruxelles, il y a aussi une telle concentration, qu’il est impossible de tout voir. En Suisse, tu as par contre des lieux bien identifiés, comme par exemple le Bad Bone à Fribourg."

    Le sitar est-il toujours aussi incontournable dans le groupe ?

    Tim : "Non, c’est vraiment des périodes. Ici, il y en a moins car je c’était une période où j’arrivais mieux à m’exprimer avec ma guitare. Je suis néanmoins retourné en Inde il y a deux ans, ça commence à faire long. Cela me travaille ces derniers temps. J’ai trois optiques : faire le chemin de Bruxelles jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle en trois mois à pieds, aller faire un tour dans le désert et rencontrer les Touaregs, et enfin retourner en Inde. J’aimerais bien retourner mon premier maître. Mais, je suis un peu maso. Je ne m’autorise pas à y aller avant d’avoir atteint un certain niveau de travail et de résultat. Je crois que je n’irai pas avant d’avoir 50 ans, car je suis très dur avec moi-même. "

     

    Un entretien de Christophe Van Impe

  • Robbing Millions (le 31 octobre à l'AB Club): "On aime la sauvagerie du live"

    On ne sait plus trop bien si ce sont leurs deux EP (encensés par la critique en 2013 et 2014) ou leurs prestations scéniques sauvages et hypnotiques qui avaient rapidement fait de Robbing Millions un groupe qui compte et à part. Sans doute un peu des deux. Deux ans après leur dernier disque, mais sans jamais avoir cessé de tourner, les voilà de retour avec un premier album éponyme. Si vous ne savez pas quoi faire le 31 robbing.jpgoctobre, sortez votre plus beau déguisement d'Halloween et prenez la direction de l'AB Club. Car c'est sur scène que ce projet fascinant prend tout son essence. Sudpop est allé à la rencontre de Lucien Fraipont (la tête pensant du groupe, le compositeur) et Gaspard Ryelandt (la sauvagerie du groupe, le chanteur).

    Cet album, le considérez-vous comment un aboutissement après les deux EP?

    Lucien: "C'est plus une suite qu'un aboutissement. On continue à faire ce qu'on fait depuis toujours, sauf que là on avait assez de morceaux pour faire un album pertinent. Tout ça s'est fait spontanément. Là, maintenant je réfléchis déjà au deuxième album."

    Avez-vous plus de pression avec la sortie de cet album?

    Lucien: "Il y a une pression supplémentaire, oui. On a mis plus de temps à le fignoler. Le nom Robbing Millions est déjà bien installé, et il y a eu deux EP qui ont relativement bien marché. J'espère qu'on gagne un public à chaque sortie."

    Gaspard: "On a choisi la date de manière stratégique, afin de faire en sorte qu'il y ait de la place pour nous. Les gens attendent que ça ne soit pas la débandade complète. Le truc, c'est de désormais s'étendre. Car, en Belgique, on ne profite plus de l'effet de fraîcheur."

    Lucien: "Le plus important, c'est que ça nous plaise à nous. Mais je suis bien conscient que nous ne sommes pas un groupe consensuel, et que ça ne va pas plaire à tout le monde. Ce n'est de toute façon pas le but. L'ensemble a un son différent, mais on garde une cohérence."

    On ne compte plus les concerts mémorables de Robbing Millions, surtout quand c'est à l'arrache. Est-ce sur scène que le projet prend toute son essence?

    Lucien: "On fait un autre effet en live. C'est là que tout le groupe Robbing Millions s'exprime le plus. Les morceaux partent de moi tout seul dans ma chambre, mais en concert ça prend une dimension supplémentaire."

    Gaspard: "C'est là que c'est le plus excitant, et que le groupe prend vie. C'est la surprise, le show, l'intensité d'un moment. Il y a un truc de sauvagerie que j'aime bien retrouver en live. J'adore quand ça part en vrille."

    As-tu le souvenir d'un concert particulièrement sauvage?

    Gaspard: "J'ai une très mauvaise mémoire. Il y a peu, au Booty Rave Festival à Kasterlee, j'ai fait mon premier crowdsurfing. Le principe de ce festival, c'est que les gens boivent tant qu'ils veulent, tant qu'il paient 30 euros pour l'entrée. Ils étaient très chauds et bourrés, et ce n'était pas évident de maintenir leur attention. Il y avait un truc un peu sale dans l'ambiance. On a fait un concert très sauvage à New York aussi. Nous étions en retard et, du coup, il n'y avait personne. Je me suis roulé par terre devant mon manager. A Londres aussi, on avait fait deux concerts le même jour, en venant directement de Bruxelles. On débarquait tout juste du van. La fatigue, les concerts à l'arrache, ça passe ou ça casse. Et quand ça passe, c'est vraiment grand."

    Vous avez récemment joué au Pukkelpop. C'était comment d'être de la fête en tant que groupe francophone?

    Gaspard: "C'est chouette de voir qu'il y a des Flamands qui nous connaissent et nous estiment. Car il y a peut-être cette imagerie de groupe francophone, un peu dépassée. Du coup, on a l'impression d'avoir un truc qui tient la route. Mais le cliché est en train de disparaître, car il y a quelque chose qui se passe à Bruxelles. A Liège aussi, avec Cocaine Piss notamment. Le Wallon is cool, à nouveau."

    Il y a deux ans, vous aviez joué lors d'une soirée 100% belge au festival Europavox à Clermont-Ferrand. Les Français sont-ils toujours aussi friands de rock belge?

    Lucien: "L'étiquette, elle joue un rôle en France. Il y a une petite hype. On avait aussi joué dans une telle soirée à la Maroquinerie à Paris. Par contre, quand tu vas en Angleterre, c'est différent. C'est un marché très saturé, et les conditions y sont autrement plus sauvages. "

    Pourquoi êtes-vous allé faire le mix de l'album à New York?

    Lucien: "On avait envie de bosser avec un Français qui a notamment produit Deerhunter, Animal Collective et Moodoïd. On en a profité pour participer au festival CMJ, qui est un festival showcase comme l'Eurosonic. Il y a 15/20 groupes qui jouent dans plein de bars. On y a fait huit concerts en cinq jours. On en a fait trois en quelques heures, notamment dans le métro à Brooklyn et à Manhattan."

    Que nous préparez-vous pour le concert à l'AB?

    Gaspard: "Ca tombe le soir d'Halloween, donc on va essayer de surfer sur cette thématique. Il y aura aussi une after à l'Epicerie Moderne. Le lendemain, c'est congé, donc venez..."

    Vous considérez-vous comme un groupe "psyché"?

    Lucien: "J'ai du mal à le dire. Cet aspect psychédélique, il vient plutôt du côté bigarré de la musique. Il y a plein d'éléments, qui ne sont pas trop censés cohabiter normalement. Il y a aussi des effets sur les voix et les guitares, mais on n'est pas trop dans un esprit musique indienne quoi. Psychédélique, ça veut tout et rien dire. Chez nous, c'est plutôt pour le côté bordélique. Ce que j'aime en psyché, c'est de la pop comme Love, les Zombies ou les Beatles. "

    > Un entretien de Christophe Van Impe



  • Therapy? (23/11 au Bota): "Mon grand-père est mort pendant la guerre 40-45 et est enterré à Gand"

    Aucun groupe étranger ne connaît sans doute mieux la Belgique que Therapy? Après être passé par le Nirwana Tuinfeest et le Boerenrock il y a quelques jours, les Nord-Irlandais seront de retour au Botanique le 23 novembre,Andy1.jpg pour un set acoustique. Dingue du ballon rond et abonné à Chelsea, Andy Cairns est tombé encore plus amoureux de la Belgique depuis que les Blues ont pris une forte coloration belge. Et, surtout, il a un lien émotionnel très fort avec notre pays...

    Andy, comment pouvez-vous expliquer ce lien si fort qui vous unit à la Belgique?

    "La Belgique a toujours été un pays essentiel pour Therapy?, et il y a plusieurs explications. Il y a quelques jours, nous étions d'ailleurs encore chez vous pour deux festivals. Avec le temps, je pense qu'il n'y a pas un endroit où nous n'ayons pas joué dans votre pays. ce serait tout simplement inimaginable de faire l'impasse. Je suis déjà impatient de revenir. Il faudra attendre jusqu'au 23 novembre, ce sera long. C'est notamment en Belgique que nous avons commencé à avoir du succès. Nous y avions mis les pieds dès 1992, dans un petit club, lors d'une tournée qui ne passait que par l'Irlande, l'Angleterre, l'Allemagne et la Belgique. De 1994 à 1996, nous avons connu une période fantastique avec trois prestations d'affilée à Werchter. C'était un record! Le premier reste un très grand moment. A l'époque, "Troublegum" cartonnait. Et puis, j'ai aussi un lien affectif avec la Belgique. Mon grand-père est décédé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, et il est enterré à Gand. Mon père m'a un jour emmené sur place. C'était impressionnant, il n'y avait que des tombes blanches en enfilade. Je n'ai jamais compris ceux qui disent que la guerre est nécessaire."

    Pourquoi avoir décidé d'opter pour un set acoustique?

    "J'étais déjà venu pour ce genre de concert il y a deux ans au Botanique, mais en solo. Je l'avais simplement fait Andy4.jpgparce que les autres membres du groupe ont une femme et des enfants, et qu'il faut bien leur laisser du temps. Mais moi, je ne peux pas rester inactif. C'est une expérience qui m'a beaucoup apporté, et je souhaitais la reproduire avec le groupe. Ce n'est pas du tout une nouvelle orientation, mais c'est une manière de captiver encore davantage le public, en insistant sur les paroles et les mélodies."

    Quel impact "Troublegum" a-t-il eu sur l'existence du groupe?

    "Cet album a tout simplement changé notre vie à tous. Nous sommes passés de l'anonymat à la lumière. Il nous a permis de partir en tournée quasiment sans interruption pendant presque deux ans. C'était fabuleux. Beaucoup de fans, et pas seulement, considèrent cet album comme une pierre angulaire de leur discographie. Je pense que "Disquiet" est dans sa lignée. Il y a en tout cas des liens évidents entre les deux."

    "Vulgar Display of Powder" est-il une référence à Pantera?

    "Dans le titre, évidemment. Mais c'est surtout un hommage à ces années 90, qui nous ont permis de faire le tour du Monde et d'explorer des pays où nous n'aurions jamais mis les pieds en temps normal."

    Vous avez par contre eu plus de mal avec "Infernal Love", sorti exactement il y a 20 ans, et qui avait pourtant également connu un bel accueil...

    "C'est exact. L'année 1996 était une période très difficile pour le groupe. Nous étions en plein troubles, Andy3.jpgnotamment communicationnels. Nous avions beaucoup de pression, car on nous demandait de faire encore mieux que "Troublegum", qui s'était déjà vendu à 650.000 exemplaires. Le délai entre les deux albums était très court, et nous n'avions quasiment pas eu de break. On a mis très longtemps à s'en remettre. Cet album, je ne l'ai réellement accepté que récemment. Il sonne différemment des autres mais, quand je le réécoute aujourd'hui, il y a quand même quelques très bons morceaux."

    > Interview de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Herbinia (BSF 2015)


     

  • Lylac (jeudi, 18h, en showcase au BSF): "Lylac, c'est un amour doux et amer"

    Le BSF, ce n'est pas seulement la place des Palais, le Mont des Arts et la salle de La Madeleine. Cette année, quelques concerts plus intimistes auront lieu dans le cadre du BIP, situé sur le coin de la place Royale. Jeudi (18h), c'est Lylac qui investira les lieux. Entre quatre yeux, Amaury Massion (également chanteur de My TVis Dead) évoque avec nous ses voyages en Asie Sud-Est, ses sources d'inspirations allant de David Bowie à Nina Simone en passant par Jeff Buckey, ainsi que le rôle de Nicolas Michaux au moment de la confection du premier album. Le tout avant de décoller, au lendemain du concert, pour trois mois dans l'ouest américain.Lylac1.jpg

    Amaury, comment fais-tu pour jongler aussi facilement entre tes deux projets?

    "On s'arrange toujours pour ne pas sortir les albums en même temps. Ce sont deux styles tellement différents qu'il n'y a pas de confusion possible. J'aime assez bien, je ne sais pas si c'est mon côté schizophrène. Je n'arrête presque jamais de composer, même si ce n'est pas le même style d'écriture. Lylac a toujours été axé sur la sobriété, car c'est un projet issu de mes voyages, avec ma guitare sur le dos. J'ai toujours voulu garder un côté épuré, sans artifice. Quand tu chantes auprès de villageois au Cambodge, ils n'en ont rien à foute du star-system. C'est juste du partage pur. J'essaie de garder cette sensibilité à fleur de peau, de manière très intrinsèque. Je parle des mes voyages, de mes amours, de mes peines. Après le violoncelle et le sitar se sont rajoutés. Chaque artiste a plusieurs facettes. Le fait de pouvoir me déconnecter d'un des deux projets pour me concentrer sur l'autre, ça m'apporte un vent de fraîcheur. Cela me permet de ne pas faire tout le temps la même chose, ce qui est le grand challenge d'un musicien. Un mec comme David Bowie est le meilleur exemple. Il s'est constamment remis en question, a fait évoluer son truc et a travaillé avec des gens différents."

    A la Rotonde, pour le concert de lancement de l'album, tu avais repris "Space Oddity". C'était spontané?

    "Je ne l'avais jamais joué sur scène, ça s'est vraiment fait en dernière minute. Le concert avait lieu le 12 janvier, et il était décédé le 10. J'ai donc décidé ça la veille. Quand j'ai appris la nouvelle, ça m'a fort ému. C'est un peu comme si tu perdais quelqu'un de ta famille. Il avait une simplicité incroyable. C'est la patte des grands. Quand tu es en phase avec ta musique, tu n'as plus besoin de faire de la fausse démonstration."

    C'est lors d'un de tes voyages en Asie que tu as trouvé le nom Lylac...

    "C'était à Vang Vieng, au Laos. C'est un village au milieu des rizières. C'est un des pays les plus préservés d'Asie. Les gens sont très cools. Il y a un dicton qui dit que les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l'écoutent. J'avais choisi le nom Lylac au premier réflexe. Je suis allé dans un cybercafé pour bloquer le nom sur internet. Il vient forcément du morceau Lilac Wine, popularisé par Nina Simone mais écrit par James Shelton. Le nom m'évoquait un amour doux et amer. Il représentait bien ma personnalité et mon passé, car c'est empreint de douceur et de nostalgie tout en étant positif."

    As-tu découvert le morceau par Nina Simone ou Jeff Buckley?

    "Pour être franc, d'abord par Jeff Buckley. C'était en 1997, j'étais à l'école. Un copain vient me trouver et me fait découvrir "Grace". Encore aujourd'hui, je prends un plaisir incroyable à l'écouter. Cet album est hallucinant."

    As-tu également voyagé pour composer le deuxième album?

    "Non, un peu moins. J'ai fait d'autres sortes de voyages... j'ai eu des enfants. C'est un peu moins reposant que se balader le long du Mékong. J'ai déjà emmené ma fille deux fois en Thaïlande, mais pour des périodes plus courtes. Le voyage ne doit pas nécessairement être physique pour qu'il soit réel. C'est surtout une attitude et une ouverture vers les autres. Quand on essaie de ne pas se mettre au centre du Monde, on peut voyager où on veut."

    Le lendemain du concert au BSF, tu pars pour trois mois en famille dans l'ouest américain. Cela pourrait-il t'inspirer?

    "Je crois que je vais revenir avec un troisième album de country! Plus sérieusement, je ne manquerai pas de prendre ma guitare avec moi. J'espère revenir avec quelques morceaux empreints de grands espaces."

    My TVis Dead avait pas mal percé en Suisse et en France. Est-ce plus compliqué avec un projet aussi intimiste?

    "J'essaie de démarcher, avec l'aide de Wallonie-Bruxelles Musique, pour sortir l'album en France. Je pense que ça va se faire, car je suis déjà beaucoup écouté en France. Mais c'est de plus en plus compliqué. Les petits labels se plantent tous les uns après les autres. Pour le deuxième album de My TVis Dead, on a eu deux maisons de disques en France qui ont fait faillite successivement."

    Quelle importance a eu Nicolas Michaux dans ton début de carrière avec Lylac?

    "Il a été aux prémisses du projet. Au moment de vouloir composer le premier album, on m'avait proposé une espèce de résidence dans un château tous frais payés. Il y avait des coachs, dont Nicolas Michaux. je garde un très bon souvenir de lui. C'était plus un échange d'idées entre musiciens expérimentés. C'est comme ça que, sur le premier album, se sont retrouvés deux morceaux en français. Il est le premier à les avoir entendus. Un album français est-il envisageable? Oui éventuellement, mais Lylac est un projet sans aucune stratégie."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Nicola Testa ou l'incarnation de la lumière

    Á l'occasion de la Fête de la Musique à Huy, Nicola Testa nous a encore régalé (même la pluie s'est arrêtée) avec un show haut en couleurs. Une ambiance atmosphérique et planante, une voix cristalline mais puissante, des musiciens énergiques ... il n'en fallait pas moins pour que la Place Verte soit couverte d'applaudissements nourris et de cris perçants de certain(e)s fans. Et le chanteur bruxellois n'a pas failli à sa réputation ! Pendant un peu plus de soixante minutes, il n'a pas arrêté de danser, de sauter, de partager avec le public  tout en souriant. On ne pouvait pas ne pas se dandiner en le voyant heureux d'être là. Ses chansons ont résonné dans toute la ville, reprises en chœur par les admirateurs de la première heure. Il a enchaîné ses titres, meilleurs les uns que les autres, convaincant les plus IMG_3347ret.jpgsceptiques qu'il était bien une des figures montantes de la scène musicale belge (il sera d'ailleurs présent au Mons Summer Festival et aux Francofolies de Spa cet été). Il fallait malheureusement que le concert se termine et Nicola s'en est allé sur les notes percutantes de son titre-phare "We Are Rainbows".

    Mais nous l'avons vite retrouvé après ce show ! En effet, il a accordé de son temps au public et s'est prêté au jeu des selfies et des dédicaces. Voilà la parfaite définition d'un artiste talentueux et généreux qui garde les pieds sur terre.

     Vous avez fait appel à la générosité afin de financer le développement de votre premier album. Qu'avez-vous éprouvé lors de la mobilisation de fans pour participer à la réalisation de cet opus ?

    "C'est très agréable déjà d'avoir une réceptivité de la part d'un public. Ça permet aussi de pouvoir rencontrer un petit peu et de tester pour voir qui est son public, comment il réagit, par quoi il est intéressé, ce qu'il a envie d'avoir ou de ne pas avoir. C'est une sorte de petit test. Ça met aussi un peu de pression parce qu'on sait pour le coup qu'il y a tous ces gens qui ont déjà acheté le disque, qui ont envie de l'avoir et donc forcément c'est très agréable d'avoir déjà ce contact-là avec le public avant même que le disque ne soit fait."

     On vous compare souvent à Dave Gahan (chanteur de Depeche Mode) et Christine and The Queens. Qu'est-ce que cela vous fait ?

    "Il y a pire (rires). Ça ne me dérange pas parce que je trouve que c'est flatteur. Ce ne sont pas des gens que je n'aime pas, ce sont plutôt des gens que j'aime bien. Après, c'est vrai que ce qui est aussi agréable c'est quand on vous compare juste à vous-même. C'est encore mieux mais je pense qu'on a tous besoin d'avoir des références, de IMG_3467ret.jpgsavoir "lui me fait un peu penser à un tel". J'avais ça aussi avant quand j'écoutais de la musique et maintenant je me rends compte de ça encore plus depuis que je fais de la musique !"

    Avez-vous été surpris par l'emballement populaire par rapport à votre musique généreuse et lumineuse ? Vous attendiez-vous à un tel retour après la sortie de votre album ?

    "On ne sait jamais ... Je ne m'attendais à rien. J'avais envie que le disque soit bien accueilli car c'est quand même un gros travail, ça a été une longue partie de ma vie, ça m'a demandé beaucoup d'énergie, de temps et de travail. Donc, j'avais envie qu'on comprenne le disque. C'était surtout ça qui m'intéressait : qu'on comprenne le disque comme j'avais voulu le faire. Et je pense que dans la plupart des cas, ça a été réussi. J'étais vraiment content ! Après, on aime ou on n'aime pas mais je suis quand même content de la réception qu'il a eu parce que j'ai l'impression qu'on a vu ce que j'avais voulu faire et compris ce que je voulais raconter et je pense que c'est quand même le principal !"

    Pourquoi avoir choisi de chanter en anglais et non en français ou en italien ?

    "Souvent, je dis pourquoi pas parce que c'est comme pourquoi est-ce qu'on choisit de faire de l'aquarelle plutôt que de la gouache ou de la guitare plutôt que du piano ... Ce sont juste des instruments et on les prend pour jouer. Et l'anglais, c'est une langue avec laquelle j'aime bien jouer, que je connais bien et que j'ai l'habitude de travailler. Donc, j'avais envie de continuer de travailler avec cette langue-là. Après, peut-être que je vais écrire en français ou en italien ou dans une autre langue. Ce n'est pas interdit en tout cas !"

    A l'heure de la dématérialisation des supports, quelle est pour vous la valeur d'un CD ?

    "J'aime bien le CD, le disque et le vinyle et le format. C'est très pratique le MP3 mais c'est plus difficile d'avoir une vue d'ensemble du disque. Ce que j'aime bien avec la pochette, qu'elle soit vinyle ou CD, c'est qu'elle amène aussi IMG_3461ret.jpgune lecture supplémentaire au disque comme les clips et tout le reste. Il y a plusieurs niveaux de lecture et c'est ça que je trouve intéressant. Et puis, le CD est un chouette objet aussi."

    Êtes-vous déçu de n'avoir pas été récompensé aux D6BELS Music Awards malgré votre nomination dans plusieurs catégories dont le meilleur concert et album ?

    "(rires) J'étais quand même content d'être nominé autant de fois surtout que je pense que j'étais un des seuls artistes indépendants. Après, c'est vrai que j'étais un peu déçu de ne rien avoir ... Mais j'avais quand même en face de moi, soumis aux votes du public, des artistes comme Alice On The Roof qui ont vraiment une très grosse fanbase et qui ont aussi plus de moyens que moi. Mais je ne suis pas déçu, je suis content d'avoir participé. Je n'ai vraiment pas de regrets."

    On sait que vous êtes fort attaché au visuel, notamment lors de vos concerts, mais êtes-vous à la base de ce show à part entière ?

    "Oui, c'est moi qui décide de ce que je fais. Après, je travaille avec d'autres gens que ce soit sur les pochettes, dans les clips ou sur scène pour les costumes. J'ai travaillé avec Jean-Paul Lespagnard, qui est un créateur belge, et on s'est vu, on a discuté, je lui ai donné mes envies et il m'a donné les siennes. Après, je lui ai fait confiance et il faut quand on choisit de travailler avec des gens sinon ça ne sert à rien ... Si c'est pour dire "Tu fais ça, tu fais ça", alors je le fais moi-même et je prends une couturière qui va me coudre les vêtements que j'ai dessiné. Ce que j'aime bien justement, c'est collaboré avec les gens pour le dialogue et la richesse que ça peut apporter. Et puis, j'aime bien aussi avoir les points de vue d'autres artistes sur moi, sur ma musique... avoir un échange quoi !"

    Travaillez-vous déjà sur votre prochain album ? Allez-vous explorer d'autres horizons musicaux ?

    "Oui, je travaille déjà sur mon prochain album. Je ne sais pas encore parce que c'est difficile à dire puisque je suis IMG_3401ret.jpgau début du travail. J'écris beaucoup de mélodies au piano mais pas beaucoup d'arrangements. Je pense qu'il y aura forcément une différence parce que je ne suis plus le même maintenant : je grandis, j'évolue, je travaille avec d'autres personnes, j'ai d'autres influences et de nouvelles choses à raconter aussi. Donc forcément, ça ne va pas être la même chose mais je ne crois pas non plus que ça va être très différent. Je vais essayer que ça reste moi-même, je ne vais pas faire complètement autre chose. Après, moi-même peut être beaucoup de choses aussi donc on verra !"

    > Un entretien de Nicolas Folichon

  • Kennedy's Bridge: "Nous ne sommes plus dans l'urgence"

    Le nom du groupe, ils l'ont trouvé en traversant le Pont Kennedy à Liège alors qu'ils n'étaient encore que des ados. Kennedy's Bridge, qui vient de sortir un EP plus sombre et plus mature ("Contact") et qui était aux Nuits du Bota, sillonnera les festivals d'été. Avec en point d'orgue le Fly Way, en septembre en Corse. Amateurs d'Arctic Monkeys, c'est pour vous...

    Êtes-vous satisfaits de votre concert aux Nuits du Bota et de l'accueil du public bruxellois?

    "On appréhendait un petit peu, car ce n'était que notre deuxième concert après plusieurs mois. Jusque-là, nous n'avions joué qu'au Reflektor. Mais, au final, oui ça s'est très bien passé. C'était une date importante, car c'était la première en-dehors de Liège. Le public était donc un peu moins conquis d'avance. Maintenant, place à la suite. On fait plusieurs Fêtes de la Musique, à Nivelles et à Mons. On a les Ardentes, les Francos, la Nuit du Soir, les Fêtes de Wallonie à Namur. Et puis le Fly Away en Corse aussi. Cette dernière date sera particulière. C'est un tout KB2.jpgnouveau concept, et assez spécial. Je pense qu'il y aura une très bonne ambiance, avec essentiellement des groupes belges."

    Pourquoi avoir sorti un deuxième EP plutôt qu'un album?

    "Le format EP nous convient mieux pour le moment, vu qu'on travaille tous à côté. Il y en a deux à Bruxelles et trois à Liège, ce n'est donc pas facile de se voir. On répète tous les week-ends à Liège. Il y avait aussi l'envie de revenir sur scène très rapidement. On aurait pu faire un album, mais ça aurait tout décalé de plusieurs mois. On a mis un an pour faire six titres, et le résultat nous satisfait. On ne fait cependant pas une croix sur un album pour la suite. Si on fait quelque chose à l'avenir, on prendra plus de temps. Nous sommes arrivés à un stade, où on peut se permettre de prendre notre temps pour faire de la qualité."

    Le fait d'avoir bossé à la campagne, ça a changé le ton de votre musique?

    "On a créé les chansons à la campagne, au Studio Koko à Sprimont, et on les a ensuite enregistrées au Studio 5 à Liège. C'était un environnement sympa, avec des vaches autour de nous. Tout ça nous a permis de nous ressourcer. Paradoxalement, le calme a quelque chose de créateur en musique. C'est vraiment une bonne méthode. Sur le premier EP, on faisait un peu de la pop urgente. Désormais, c'est plus posé et plus apaisé. C'est plus réfléchi, les thèmes sont plus sombres, et on a plus soigné la production. C'était un besoin de calmer les choses. Sur l'album, il pourrait encore y avoir une évolution musicale."

    Quelles sont vos principales influences?

    "A la base, ce sont les scènes anglaises et américaine des années 2000. Arctic Monkeys, les Strokes, les Libertines, Franz Ferdinand, Babyshambles,... On essaie tout de même que ce ne soit pas du pompage. En Belgique, on aime aussi beaucoup Ghinzu, Girls in Hawaii et Balthazar."

    Parvenez-vous à vous faire un nom en Flandre?

    "La frontière est malheureusement assez tenace. C'est difficile de passer de l'autre côté. Le public flamand est KB1.jpgassez exigeant, et est très pointilleux sur la langue anglaise et l'accent. On n'a pas encore joué en Flandre, mais on y a eu une interview dans un magazine. C'est plus facile pour nous d'aller jouer en France, et c'est dommage."

    Une tournée à l'étranger, ça semble pour le moment compliqué avec vos obligations professionnelles...

    "La musique est un milieu dont il est très difficile de vivre. On se voit difficilement mettre notre boulot de côté pour passer dans la cour de récré suivante. Cela nous freine sans doute, mais nous en sommes conscients. On investit beaucoup d'énergie, mais on garde les pieds sur terre..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


     

  • Italian Boyfriend (ce samedi au Bota): "On entretient le côté fragile de notre musique"

    D'italien, César Laloux n'a finalement rien d'autre que le drapeau en autocollant sur l'arrière de sa bagnole. Cela n'empêche pas Italian Boyfriend, le groupe qu'il a formé avec Sarah Riguelle et Marc Pirard, d'être à l'affiche de la soirée ritale des Nuits du Bota de ce samedi. Ils viennent de sortir leur premier album ("Facing the Waves"), une petite merveille pop. Montez sur votre Vespa, c'est parti pour la première interview de César en dehors de BRNS...ITALIANBOYFRIEND -® Manou Milon.jpg

    Comment se retrouve-t-on à l'affiche d'une soirée italienne en ayant d'italien que le nom?

    "Les circonstances ont fait qu'on a eu l'occasion de jouer trois fois d'affilée aux Nuits du Bota. La première fois, c'était en première partie de BRNS, à la sortie de l'EP. L'année passée, c'était quasi notre seul concert de l'année pour les 20 ans de 62TV. Là, comme on sort l'album, on est en effet à l'affiche d'une... soirée italienne, coprogrammée avec le festival Arezzo Wave. On va quand même faire une reprise en italien pour coller au thème. Notre choix s'est porté sur "A far l'amore comincia tu" de Raffaella Carrà. Je connais un peu Joycut, qui sera aussi à l'affiche. Ils nous avait accueillis à Bologne avec BRNS. On aimerait bien jouer un jour en Italie, car 'est un pays qu'on adore. Deux amplis, et c'est parti."

    Qui a trouvé le nom du groupe?

    "C'est moi. Sans doute en marchant dans la rue, ou dans ma cuisine. Je n'ai jamais été très doué pour trouver de noms de groupes. Comme la musique était assez estivale et passive, je trouve que ça s'y prêtait bien. Je m'imagine bien tranquille sur ma Vespa..."

    La sortie de l'album, ça a été un soulagement?

    Italian Boyfriend2 -® Manou Milon.jpg"Oui, car ça faisait quand même longtemps que le processus était lancé. Avec BRNS, j'étais tout le temps parti en tournée. On avait tous un agenda assez chargé, et ça a pris un an pour enregistrer l'album. Je suis soulagé, et je pense que je ne vais pas tarder à passer à autre chose. Maintenant, on va attendre de voir ce que ça dit à l'étranger."

    Il y a quelques semaines, vous avez fait la release party à l'Atelier 210, mais les conditions étaient particulières...

    "C'était un moment un peu stressant. C'est la première fois qu'on faisait une date payante à notre nom. Les conditions étaient vraiment exécrables. On a eu plein de problèmes de son, mais je crois que les gens ont quand même apprécié et ne retiennent que le positif. C'était important de faire une fête pour fédérer tout ceux qui ont participé. Des vidéos de cette soirée vont d'ailleurs bientôt sortir. On avait demandé à jouer dans le bar plutôt que la salle car je voulais éviter de booker une jauge un peu trop grande et d'être stressé parce que ça ne se remplit pas."

    Tu avais besoin d'avoir un projet plus léger à côté de BRNS?

    "C'est vrai que ce n'est pas du tout la même chose. En même temps, avoir deux projets similaires, ce ne serait pas intéressant. J'ai toujours ça eu dans un coin de ma tête. J'écris mes petits morceaux et mes démos depuis 5 ou 6 ans, même avant d'être dans BRNS. C'est ça qui m'épanouit. Même quand on part en tournée, j'ai besoin de composer tout seul dans mon coin. Dans BRNS, je suis celui qui apporte justement les gimmicks pop. L'un dans l'autre, ça va. Je ne vais pas devenir schizophrène. Ce que je fais dans les deux groupes est assez proche, même si c'est musicalement différent. Avec BRNS, on termine l'enregistrement du prochain album, qui devrait sortir début 2017."

    Mais tu prétends ne pas savoir chanter...

    "C'est juste que je ne suis pas chanteur. J'ai toujours fais des morceaux en pensant que je ne les chanterais pas. Italian Boyfriend -®Manou Milon.jpgComme ça c'est mal passé avec une fille et qu'on a essayé avec un mec qui est parti tout de suite, j'ai décidé de franchir le cap. C'est parfois un peu approximatif. Mais c'est justement ce côté un peu fragile qui me plaît. Je sais bien que ce genre de projet a ses limites, ça ne deviendra jamais un truc mainstream."

    Le line up actuel est-il définitif?

    "On a d'abord eu le départ du bassiste. Moi, je jouais de la batterie et je chantais en même temps, ce qui ne me permettait pas de profiter pleinement des concerts. Depuis, on a pris Tim de BRNS et Jérémy de Paon. Jérémy va partir en Australie et Tim aura peut-être un truc ou l'autre. Il y aura donc sans doute de temps en temps des remplacements."

    Pour l'enregistrement de l'album, vous avez fait appel à Aurélien Auchain de Mountain Bike.

    "Comme Mountain Bike, on va droit au but. Aurélien, c'est un ami. Il avait déjà enregistré l'EP, qu'on n'avait pas sorti, avec le groupe précédent. En studio, c'est un mec super patient. C'est une crème."

    Il n'a jamais été question qu'il intègre le groupe?

    "Si, au tout début. On a essayé avec lui, mais il n'avait pas assez de temps avec Mountain Bike."

    Quelles sont vos influences?

    Italian boyfriend 3 -®Manou Milon.jpg"Il y en a beaucoup dans les groupes pop américains, anglais, australiens voire français. Dans les reviews, on cite souvent Papas Fritas. C'est vrai que je comprends le côté super pop avec une voix de fille et une voix de garçon. J'aime bien tout ce qui est direct avec de belles mélodies."

    Sarah, ta copine, a ouvert il y a quelques mois le café littéraire "Parade" (rue de Savoie, 59, à Saint-Gilles). C'était important de garder quelque chose à côté de la musique?

    "Absolument, ça nous garde dans la vie concrète. C'est important pour nous de rester les pieds sur terre, en servant des cafés et en lavant la salade. En plus, on organise des concerts bien sympas."

     > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Manou Milon


     

     

  • Georgio: "Mon rap est revendicatif de l'humain"

    En Belgique, on le connaissait jusqu'à présent surtout pour sa collaboration avec Fauve sur "Voyou". Lui, c'est Georgio, et il vient de sortir son premier album "Bleu Noir", grâce à une campagne de financement participatif au-delà de toutes les attentes. Nous l'avons rencontré juste avant son concert à l'Orangerie dans le cadre des Nuits. Il nous parle forcément de Fauve et de Nekfeu, mais aussi de la scène belge. La relève du rap hexagonal est quoi qu'il en soit assurée...

    Connaissais-tu les Nuits du Botanique avant d'apprendre que tu y jouerais en tête d'affiche?

    "Non, honnêtement, je n'avais jamais entendu parler ni des Nuits ni du Botanique. Même en France, je ne connais pas trop les festivals. Tout ça est encore très neuf pour moi. Je ne fais que découvrir le milieu. Mais je garde un excellent souvenir de mes passages en Belgique, notamment à Couleur Café et aux Ardentes."GEORGIO_PhotoPresse002_Romain_Rigal.jpg

    Pourquoi avoir eu recours au financement participatif plutôt que de passer par un label?

    "J'ai rencontré plein de maisons de disques et de gros labels, mais j'avais l'impression qu'ils ne comprenaient pas mon projet. Ils prenaient énormément de temps à répondre. Lors d'un passage en radio, j'ai rencontré un mec qui s'occupe du crowdfunding. C'était finalement tellement plus fort de le faire avec les miens, avec ceux qui me supportent. C'est une nouvelle façon de faire, qui prend de plus en plus d'ampleur. On attendait 35.000 euros, ce qui est déjà beaucoup. Au final, j'en ai eu 52.000. Je ne m'attendais pas du tout à ça. Cela m'a permis de peaufiner l'album. Et puis, ça a aussi servi pour les clips et la promo."

    Pourquoi avoir attendu quelques années avant de sortir ce premier album?

    "J'avais besoin préparer le terrain, ne serait-ce que musicalement, en sortant des EP. Je ne me sentais pas encore assez mature artistiquement pour faire un premier album. Le premier, c'est sacré. Je voulais ne jamais le regretter. J'ai donc préféré prendre mon temps, et je ne me suis lancé que quand j'étais prêt. Avant ça, je lançais des morceaux, mais je n'étais pas aussi fort que ce que je voulais. Les retours sont excellents, ce qui me fait vachement plaisir, mais j'ai travaillé pour. Si je ne l'avais pas estimé bon, je ne l'aurais pas sorti. Après oui, ça me touche beaucoup d'avoir autant de retours et de faire autant de concerts."

    As-tu encore des morceaux en stock?

    GEORGIO_PhotoPresse003_NKruma.jpg"Je jette énormément de textes, mais je n'ai pas énormément de morceaux. J'écris beaucoup et, au bout d'un couplet, je jette à la poubelle. Du coup, ce qu'on entend, c'est le peu de morceaux que je termine."

    Quelle influence ton entourage familial a-t-il eu sur ton apprentissage de la musique?

    "Mon père était dans la musique, et j'ai toujours baigné là-dedans. Mais c'est quand je suis arrivé au collège que je suis tombé dans le rap. Je me suis dit que, putain, moi aussi j'avais des choses à dire. C'était naïf, mais c'est parti comme ça."

    Quels sont les artistes qui t'ont inspiré?

    "J'ai été influencé par plein de trucs. J'aimais Hugo du TSR Crew, Flynt, Nessbeal, et bien d'autres... Mais aujourd'hui, j'écoute tellement de musique que mes influences sont beaucoup plus variées."

    Et notamment Miossec...

    "Ouais, parce que c'est un autre vocabulaire. J'adore des artistes comme Miossec, Benjamin Biolay, Pete Doherty, Laura Marling,... Dans leurs chansons, les phrases sont plus courtes, il y a moins de mots pour faire passer tout autant d'idées, il faut être plus précis."

    Tu es du 18e arrondissement. Ton rap a-t-il été influencé par ton environnement?

    "J'ai grandi avec tous les milieux sociaux. Au lycée, j'étais dans le 10e, près de la gare de l'Est. Il y avait GEORGIO_PhotoPresse005_Kevin_Jordan.jpgtoutes les classes sociales, même des mecs un peu aisés. Mais, mon rap n'est pas trop porté sur ça. Il est plus porté sur des émotions, des sensations, des histoires vécues. Du coup, il est revendicatif de l'humain, mais il ne s'adresse pas à une classe sociale particulière. Côtoyer plein de classes sociales différentes, ça m'a construit en tant que garçon. Mais ma musique n'a pas besoin de connaître un milieu social mieux qu'un autre."

    Ta collaboration avec Fauve sur "Voyou" a-t-elle boosté ta carrière?

    "Oui carrément, ça m'a fait découvrir plein de personnes car ils avaient une grosse exposition. J'ai eu la chance de faire plein de premières parties sur leur tournée des Zéniths, et énormément de Bataclans. Cela m'a permis de progresser en live. Ils cherchaient une première partie rap pour leurs Nuits Fauves, à l'occasion de la sortie de l'EP "Blizzard". On avait un ami commun, et on s'est directement bien entendu. Ils ont donc pensé à moi pour "Voyou"."

    Quand tu vois à quelle point la carrière de Fauve a été furtive, ça ne te fait pas peur?

    "Si, j'avoue qu ça me fait un peu flipper. Je n'ai pas envie que ça s'arrête aussi vite pour moi. Mais eux, ils l'ont décidé et ils ont leurs raisons. Ils auraient pu encore continuer, mais tout a été très vite pour eux."

    Beaucoup te citent, au même titre que Nekfeu, comme la relève du rap français...

    GEORGIO_PhotoPresse006_Romain_Rigal.jpg"Je les remercie de croire en moi, mais il ne faut pas me mettre trop de pression. Maintenant, Nekfeu, c'est bien branlé, bien produit, et très bien écrit. C'est assez grand public. Mais dans le côté noble à être populaire, pas dans le côté putassier. C'est facile d'accès tout en étant bien fait. C'est vachement fort."

    Connais-tu un peu la scène hip-hop belge?

    "Oui. J'aime beaucoup Romeo Elvis, le projet de Caballero et JeanJass et La Smala."

    Les prochaines dates de concert en Belgique:

    07 JUILLET : LIEGE / ARDENTES FESTIVAL 

    07 AOÛT : BRUXELLES / BSF

    27 AOUT : NAMUR / SOLIDARITES

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Fùgù Mango: "L'album sera encore beaucoup plus dansant"

    Vendredi soir, leur EP "Mango Chicks" sous le bras, les quatre de Fùgù Mango ont mis le feu sous le chapiteau des Nuits, en ouverture du concert de La Femme. Voilà qui augure de bien belles choses, vu qu'un album verra le jour début 2017. Nous les avons rencontrés sur le marches du Bota.

    Vous en êtes à vos troisièmes Nuits consécutives. Vous faites un concours avec Nicolas Michaux?

    "On sortira un album en janvier ou février, donc c'est en effet tout à fait probable qu'on lui mette un petit record. C'est cool, car c'était chaque fois différent, et Paul-Henri, le programmateur, voit bien comment les groupes évoluent. La première fois, c'était en première partie de Jungle. Et la deuxième, c'était au Musée avec Binti. Cette fois, c'était un peu l'avancée. On était en mi-tête d'affiche juste avant La Femme. C'était un concert important car on a présenté de Fugu1.jpgnouveaux morceaux, on a joué plus longtemps et tous les potes étaient là. C'était un peu comme jouer dans notre jardin."

    Les Nuits, ça représente quoi pour vous?

    "Les escaliers blindés, bien sûr! Une super ambiance. Et alors, le petit bar près du Witlfoof! Il y a deux ans, on y avait fait une méchante after."

    Vous pourriez refaire un projet comme vous aviez fait avec Binti?

    "Alors, il faudrait bosser à nouveau quelque chose plus en profondeur, mais avec peut-être moins de choristes. Car, cela représente beaucoup de contraintes. Pour que la musique ait du sens, cela nécessite beaucoup d'arrangements. Mais pour le moment, on est concentré sur nos compositions et sur l'album. On développe aussi nos chants à trois, voire à quatre avec le batteur parfois. On essaie d'être le plus enveloppant possible."

    Commencez-vous à ressentir la pression de l'album?

    "Tout se met en place tout doucement, mais ça se fait assez bien. On fait ça cool, on prends le temps de le faire. On veut un beau premier album. Il ne devrait y avoir qu'un ou deux anciens morceaux. Le but, c'est d'avancer. En live, on a développé un autre aspect de notre musique, qui est plus électro-house mais joué acoustiquement. On se rend compte qu'il y a quelque chose d'intéressant à pousser. Pour l'album, il y aura toutes ces facettes, plus que le côté afro-pop. Il y aura des choses beaucoup plus dansantes, plus dans le beat. En tournant, on a vu beaucoup de DJ's, on a découvert plein de choses."

    Comment en êtes-vous passé du rock avec les Bikinians à cette musique dansante?

    "On avait envie de danser et de faire danser. Chaque membre du groupe mixe de son côté dans des soirées. Cela nous a poussés à le faire en jouant. On avait emmagasiné plein de choses dans nos caves. On écoute de la musique  minimale aussi, mais on vient tous du rock. Et ça, c'est intéressant en live, au niveau de l'énergie. Tout est réinjecté dans des mélodies pop, avec une énergie rock. On essaie de faire un mix de tout, comme le ferait un DJ. Tout s'est fait très naturellement. On a commencé à répéter à trois, et le son tropical est venu tout seul. On avait envie de se dépayser, de voyager, de Fugu2.jpgcréer une autre atmosphère. On a inversé tous les codes de la rythmique. Il y a beaucoup de choses qui sont spontanées, mais tout est retravaillé. Entre les premiers jets et les versions finales, il y a finalement une grande différence."

    Le 24 mai, vous participerez à la Sonic Lassus Session à la cathédrale Saint-Gudule. Pouvez-vous nous en dire plus?

    "C'est un projet ambitieux, qui consiste à reprendre des morceaux d'un compositeur de la Renaissance. Il s'agit en fait du premier compositeur pop de l'histoire. Il a fait environ 200 morceaux. Nous, on réadapte ces mélodies qui sentent quand même bien le fromage. On les tropicalise. A Mons, le public avait très bien réagi. Daan, Saule, Laétitia Sheriff,... seront là. Et même la petite-petite fillote de Lassus! Des projets comme ça, ça nourrit notre musique."

    > Un entretien de Christophe Van Impe