Interview - Page 4

  • Josef Salvat: "Diamonds a tué une partie de ma carrière"

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    Vous connaissez certainement déjà par coeur "Open Season" et son refrain en français. Repéré grâce à sa reprise de "Diamonds", l'Australien Josef Salvat sort enfin son premier album ("NightSwim") en Belgique. Un disque mélancolique et positif qui montre qu'il est bien davantage qu'un simple artiste de reprises ou une copie carbone de Gotye. "J'ai débuté la musique grâce à ma grand-mère, qui était chanteuse. C'est elle qui m'a donné goût à JOSEF_SML_15- Credit- EskenaziEncursiva-76818653.jpgl'harmonie. Elle est décédée dans un accident de voiture, et c'est pour elle que j'ai écrit ma première chanson."

    Alors Josef, content de revenir en Belgique?

    "J'adorerais découvrir Anvers. Mais j'aime aussi beaucoup Bruxelles. C'est un peu dark, un peu dangereux. Je suis venu trois ou quatre fois, mais je n'y ai jamais passé plus de deux jours. J'aimerais parcourir la ville. J'ai joué au Botanique, à l'Orangerie et à la Rotonde. C'était un peu étrange de jouer à la Rotonde, car le public est à tes pieds et la scène est énorme pour un endroit aussi intimiste. Elle fait quasiment la moitié de la salle. C'était assez déstabilisant. Le meilleur concert de ma carrière, c'était au Trianon à Paris. Je préfère jouer devant mon propre public, en intérieur. J'apprends encore à vraiment performer en festivals. Ce n'est pas toujours évident de jouer à 16 heures, en plein soleil, devant un public qui ne te connaît pas."

    Connais-tu certains artistes belges?

    "Jacques Brel et Stromae, qui figurent parmi artistes francophones préférés, sont belges. J'adore aussi Selah Sue. Quand je suis en festival en Europe, je flashe toujours sur des groupes belges. Et puis, Gotye est aussi un peu de chez vous. Il est même carrément né en Belgique!"

    Pourquoi as-tu choisi de chanter par moments en français?

    "Tout simplement car j'en suis capable. J'ai appris le français à l'école, et j'ai grandi en écoutant Jacques Brel, Serge Gainsbourg et Yves Montand. Ce sont tous des gars qui racontaient des histoires. Je suis tombé amoureux de la chanson française. Je trouvais ça sexy. C'est quelque chose que je voulais toujours faire. Je pense que je pourrais chanter encore bien mieux en français. Il y a déjà "Une autre saison" et "Paradise". A l'avenir, j'aimerais avoir une chanson entièrement en français, qui ne serait pas d'abord écrite en français. Il faut savoir que pour "Paradise", la JOSEF_HI_16  crop2-96872481.jpgversion française est venue en premier."

    Tu as même repris "Week-end à Rome" d'Etienne Daho...

    "C'est une chanson quasiment parlée, exactement comme Gainsbourg. C'est une conversation, c'est mélodique. On retrouve ça aussi dans ma chanson "Hustler". Inconsciemment, je crois qu'on peut retrouver cette influence dans ma musique."

    Pourquoi avoir repris "Diamonds" de Rihanna?

    "Juste, parce que c'est une chanson brillante. Si tu parles avec des journalistes paresseux, ils pensent que j'ai été signé grâce à cette reprise. Bullshit! C'est faux car ce morceau était sur mon premier EP, mais j'ai été signé un an auparavant. Dans un sens, "Diamonds" a tué une partie de ma carrière. Je n'étais pas un artiste commercial avant ça. Cela m'a mis de la pression. On m'a ensuite considéré comme un artiste commercial, comme un gars faisant des reprises,... et ça m'a emmerdé. Ce n'est pas ce que je suis. Je ne suis pas un snob, j'aime énormément de choses différentes en musique."

    Tu as choisi de vivre à Londres. Est-ce plus simple de s'y imposer qu'en Australie?Josef 348-L8-Shot_01-66603613.jpg

    "Non, c'est plus simple en Australie, car c'est un marché plus petit. On a des artistes fantastiques chez nous. Mes albums préférés de 2015 étaient ceux de Chet Faker et de Tame Impala. Putain, leur album est terrible. Courtney Barnett est également incroyable."

    Es-tu agacé qu'on te compare à Gotye et Lana Del Rey?

    "Non, c'est très flatteur. Ces comparaisons remontent à il y a trois ans, à cause de deux chansons, et ça me poursuit. Gotye est brillant. Sa musique est éclectique, c'est typiquement australien. Il est la preuve qu'on peut faire ce qu'on a envie de faire. Cela m'a donné confiance. Chez Lana Del Rey, j'adore sa mélancolie. La différence entre elle et moi, c'est qu'elle construit sa réalité. Ma musique est plus personnelle. Et puis, elle vend aussi quelques millions d'albums en plus!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Mathias Malzieu (Dionysos): "Je vis désormais au plus-que-présent"

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    Mathias Malzieu est d'ailleurs. On l'a connu avec l'âme d'un Jedi, il a eu une horloge greffée à la place du coeur, et il a fini en cascadeur raté. Mais, en pleine promo de l'adaptation cinématographique de "Jack et la Mécanique du Coeur", le retour à la réalité est brutal. Il apprend qu'il souffre d'une aplasie médullaire, qui nécessite une greffe de moelle. Cloitré à l'hôpital, il entame la rédaction de son journal. Aujourd'hui, ce grand enfant d'1m66 (un peu plus qu'et demi) se raconte dans "Journal d'un vampire en pyjama". Un livre et un album poignants à découvrir au plus vite...

    Mathias, par le passé, tu t'es toujours caché derrière des personnages. Cela n'a-t-il pas été trop difficile d'être cette fois aussi personnel dans l'écriture?

    "C'était un choix intuitif. D’habitude, je ne choisis pas de me cacher. C’est que je suis plus juste en jouant un personnage. C’est le principe de la Comedia Del Arte. Là, je me voyais mal parler d’une maladie rare chez une femme qui accouche à Düsseldorf en 1999. Je me suis mis à écrire un journal. Si j’avais attendu, je n’aurais pas eu les mêmes principes de réalité et de vérité. Quand j’ai commencé à aller mieux, j’ai fait un vrai travail littéraire. J’ai juste enlevé les jours que je trouvais redondants. Ce travail a été fait il y a un an. Je n’ai plus eu de transfusions à partir de Noël. Ils m’ont enlevé le cathéter le 24 décembre. J’ai bossé sur une vraie V1 du livre jusque mars. Il Dionysos6.jpgfallait que je monte mon bâtiment avec des échafaudages, des photos, des illustrations. Il y a trois ans, je n’aurais pas vu l’intérêt d'un livre autobiographique. J’aurai pu faire un livre sur l’architecture des hôpitaux parisiens, mais je n’en aurais pas eu envie de le lire. Cette épreuve, ça a été mon plus gros concert."

    Le groupe a-t-il directement souhaité mettre en musique ton journal?

    "Je leur ai posé la question, et ils ont directement été partants. Au début, il y a le choc aussi. Il y a tout qui explose. Même le groupe devient dérisoire. Tout part dans un tourbillon."

    Et le ton de l'album est, forcément, moins rock n' roll...

    "Je ne suis pas d’accord. Techniquement, oui. Comme c’est un journal, il y a moins d’imagination. Mais faire une chanson comme "Hospital Blues" dans une chambre stérile, en voix de tête à 6h du matin parce que je ne veux pas réveiller les autres, je trouve ça rock n’ roll. J’ai toujours trouvé Léonard Cohen plus rock que Metallica. Cela ne m’empêche pas d'adorer Iggy Pop, les Pixies et Nirvana. Je ne le renie pas. Et quand je monte sur scène, le démon d’adrénaline revient. Au-delà de ces problèmes de santé, je commençais à en avoir marre de me faire mal. Je vieillis. Je me suis fait des claquages aux deux mollets. Je faisais une heure de kiné avant et après. J’avais des straps sur les mollets pendant les trois quarts de la tournée. Socialement, je vivais moins avec le groupe. Peut-être que j’aurai envie de faire un disque de punk rock dans trois ans, je n’en sais rien. Le plus important, c’était d’être dans le plus-que-présent. J’ai baissé le tempo spontanément. J’ai des chansons très intimes. Je n’avais pas envie de le faire avec d’autres. J’étais même prêt à ce qu’on n’appelle pas ça Dionysos. Mais ça devait sortir maintenant. J’ai enregistré 8 chansons , qu’ils ont réarrangées pendant que j’étais en greffe de moelle. Pour moi, c’est le disque le plus Dionysos de tous.  Notre ADN, il est plus large que celui d’un simple groupe rock."

    Pourquoi avoir repris "I Follow Rivers" de Lykke Li?

    "C’est une histoire assez jolie. C’est issu d'une discussion avec une infirmière, qui aimait bien cette chanson. J’ai pris ma guitare et je la lui ai jouée. Après, c’est devenu un code. Quand elle passait dans le couloir, elle tapait dans Dionysos5.jpgles mains et je la jouais. Il y avait un côté chasse au trésor, bouteille à la mer. En plus, sur le disque, ça donne un côté interlude. J’aime beaucoup la dualité entre deux faces sur un vinyle."

    Quel regard rétrospectif portes-tu sur l'expérience "La Mécanique du Coeur"?

    "C'était fabuleux. C’est dix ans de ma vie. Cela m’a appris énormément de choses, en termes de se mettre dans les conditions d’avoir des surprises. Tout est parti d'une petite flamme, et ça s'est terminé en film. La petit flamme, il fallait la garder en vie malgré les courants d'air, et l'ouvrir. L’histoire, elle se résume en deux trucs et elle a fait dix ans de ma vie. Dans la même journée, tu finis par enregistrer Eric Cantona, Jean Rochefort, Rossy De Palma, le tout avec des sons d'horloges captées dans le Berry avec un petit micro. Puis tu te retrouves à faire ton premier live au Grand Journal. Et là je mets la fille avec qui j’étais à ce moment-là sur la tête de Denisot. Et à la pub, tu as Besson qui se dit intéressé par ton idée de film. Tout ça était extraordinaire."

    Quelle fut l'importance de Luc Besson?

    "Il a eu un rôle starter complet. C’est lui qui a décidé qu’il voulait produire le film. C’est un vrai coach. Il a l’intelligence de savoir se mettre dans l’univers de quelqu’un. On m’avait mis en garde. Il m’a fait bosser. Il n’a pas essayé d’en faire un Disney. Pendant la tournée de "La Mécanique du Coeur", je venais bosser avec lui tous les lundis. Des petits beurres, des pâtes, il allait coucher ses gamins et puis on bossait. J’arrivais avec le script et il me posait des questions. Cela se passait super bien. Je suis venu un jour, fatigué et en ayant moins bossé. On a bu un café, on a discuté de tout et de rien, il m'a dit de rentrer chez moi. Je peux te dire que la semaine suivante, j’étais en place. C’est avant tout un passionné d’histoire et de cinéma. On ne retient que le côté industriel, mais il a défendu de très beaux films. Et tout ça, comme il réussit, on n’en parle jamais. Je ne me fie jamais à l’image. Ne m’intéressent que les gens qui sont créatifs. Je ne vais pas commencer à moins aimer Björk parce qu’elle a vendu plein de disques ou à trouver Chaplin nul parce qu’il est connu. J’aime les choses parce qu’elles me plaisent. J’écoute aussi des choses lo-fi enregistrées sur un quatre pistes, parce que les chansons sont Dionysos2.jpgbelles. J’adore Magnetic Field, même quand ils enregistrent avec un banjo désaccordé. Le bon exemple, ce sont les White Stripes. Je les avais vus avec Steve Albini dans un bar à Toulouse, devant 60 personnes. C’était génial. Six mois plus tard, ils faisaient le Zenith de Paris. Mes amis n’avaient pas trouvé ça bien. Mais, c’était le même concert, sauf qu’il y avait plus de monde et que les gens connaissaient les paroles! Je trouve ça d’un snobisme absolu."

    La tournée sera-t-elle également différente?

    "On ne jouera que dans des salles assises. On veut installer un rapport à l’écoute différent. Ce que tu perds en performance sportive et en énergie brute, tu le gagnes en qualité d’écoute et en convivialité. Tu as moins l’impact, mais tu peux être plus subtil. Ce sont des choses vers lesquelles je vais spontanément. De toute façon, j’ai un démon en moi. Je peux donner autant sans me faire mal à chaque concert. Je ne regrette pas le passé, car c’était sincère. Mais je donnais plus que j’avais. Maintenant, je veux le donner émotionnellement. C’est pas grave si je n’ai pas fait trois sauts à chaque coup de cymbale. Je ne dois pas non plus me brider. Cela fait des années que mon ostéo me dit de me calmer. Je me déglinguais d’emblée. Les gens qui me fascinent, ce sont des gens qui ont su évoluer. Des Nick Cave, des Tom Waits ou des Björk, ne font pas la même chose qu’il y a dix ans. Iggy Pop, lui, j’ai toujours l’impression de voir ce qu’il fait il y a 20 ans. Mais je l’aime toujours autant. Ah s’il pouvait débarquer plus calmement comme il l’a fait à un moment... Avec sa voix, on aurait dit Lee Hazlewood."

    Quel regard portes-tu sur l'enfance, qui est omniprésente dans tes oeuvres?

    "Le rapport à l’enfance, c’est l’instinct, l’intuition et la spontanéité. Ce n’est pas forcément régressif.  Les meilleurs professeurs et les artistes que je préfère, ils ont gardé une part d’enfance. Ce qui ne veut pas dire qu’ils se prennent pour des enfants. Je ne me prends pas pour Peter Pan, je ne veux pas avoir encore 11 ans. Par contre, je veux me rappeler de la spontanéité et du côté non filtré des sentiments. On retrouve ça chez Charlie Chaplin, Bjork, Tom Waits ou Jacques Brel. J’aime ma vie d’adulte, au-delà des problèmes de santé. Je n’ai pas envie d’être coupé du monde et d’être tout le temps dans le rêve ou l’enfance. Mais je veux y avoir accès, et c’est la passerelle entre les deux qui m’intéresse, ce petit no mans land. Le passeur , ça peut être un personnage, un livre, une chanson, une rencontre,… C’est Cocteau quoi!"

    D'où te vient cette fascination pour le skateboard?

    "C’est un truc de copains. Quand j'étais gamin, je descendais dans le lotissement. Et puis, j’ai totalement coupé avec le skate. Quand je suis arrivé en ville, c’était devenu un truc très sérieux. Il fallait être habillé selon un certain code, il fallait faire des figures. Or, ce que j’aimais, c’était juste glisser. Même m’asseoir dessus comme un con. Du coup, je me suis désintéressé du skate comme je me suis un moment désintéressé de la guitare pour les mêmes raisons. Puis, il y a eu un concert en Suisse, au Paleo. Là, je vois des mecs avec des très longues planches, comme dans les années 60. J’ai essayé, et j’ai adoré. Depuis, je n’ai jamais arrêté. Tous les jours, je vais à mes rendez-vous comme ça. J’ai fini par avoir une collection, avec beaucoup de skates old-school. Il y a un côté surf de bitume. En plus, j’ai beaucoup d’idées qui me viennent en skate. La chanson « Skateboarding sous morphine », ça fait partie d’un carnet que je tiens. J’ai appelé ça les « Skateboarding Poetry ». Je prends l’air, et je me lâche. J’ai écris cette chanson en rentrant en skate de l’hôpital. Par rapport à mes problèmes de santé, ça m’a permis de rester connecté à ce que je suis. L’identité est importante, car l’ego est complètement déchiré. Et c’est dangereux pour le désir. J’ai été très sérieux. J’ai pris mes médicaments et j’ai suivi les recommandations. Le seul truc où je n’ai pas fait ce qu’on m’a dit, c’est le skate. C’était interdit par principe, car je ne pouvais surtout pas tomber. Mais c’était une façon de rester moi-même sans pour autant prendre des risques."

     > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Les Innocents (à la Madeleine, le 31 mars): "L'industrie de la musique va vers le luxe"

    Les Innocents seront en concert à la salle de la Madeleine le 31 mars afin de promouvoir "Mandarine". Ce sera déjà leur quatrième passage en Belgique depuis leur reformation. Pour eux, tout a recommencé lors d'un soir un peu fou dans le Magic Mirrors du BSF...

    Il y a un an et demi au BSF, vous aviez dû improviser un deuxième concert pour faire face à la demande. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience?

    Jipé : "C’était fantastique. Nous avions pris cette décision avec notre manager, alors que nous étions en train de dîner. Bon, Jean-Chri ne le ferait pas tous les jours. Mais moi, je suis un boulimique. Quand je sors de scène, il y a toujours Les Innocents photo 3 Credit Richard Dumas.jpgcomme un goût de trop peu. Le deuxième concert était plus fou. C’était comme l’after du premier. Il s’est toujours passé des trucs dingues en Belgique. Beaucoup de choses ont démarré ici. Le rapport à la musique est un peu plus passionnel chez vous. En France, mon investissement fait que je passe souvent pour un vilain petit canard. En Belgique, tu peux allumer la radio et entendre Elvis Costello. Chez nous, ce serait un miracle. Notre premier concert à l’Ancienne Belgique, ça avait été fabuleux. On a presque tout fait sauf Forest National. J’adore la Rotonde. Tout artiste rêve d'une telle salle."

    Jean-Chri : « Ce soir-là, on vivait au présent. On n’avait encore aucune certitude. Pour nous, c’était aussi important que l’album. On a senti que la porte était restée ouverte. »

    Avez-vous ressenti un manque de la part du public?

    Jipé : "En toute humilité, oui. Cela me semble toujours bizarre car, quand un artiste que j’aime ne sort pas de disque, bin j’en achète un autre. Mais les gens nous réclamaient. Alors que pour nous, il y avait évidemment un manque mais nous étions occupés."

    Jean-Chri : "Il y avait en tout cas le manque de jouer ces chansons. Les jouer séparément, ça n'aurait pas eu de sens. C’est une joie de prendre l’émotion des gens."

    Jipé : "Comme nous sommes prévoyants, nous avons tout fait pour que ce ne soit pas banal. On a quand même des tubes à jouer, ce qui est une manière d’entrer en collision avec le public. Mais on a aussi des morceaux un peu plus cultes, qui plaisent aux vrais fans. Et puis, il y a les morceaux du quatrième album, que nous n’avions jamais joués. C’était un réel plaisir de les faire vivre sur scène. A chaque fois qu’on part pour jouer deux heures, on voyage beaucoup. »

    Revenir rien qu'à deux, c'était une évidence?

    Jipé : "Oui, car tout part de là. Le carburant d’une chanson, c’est la combinaison de nos deux voix et de nos deux guitares. On a fait ces erreurs de jeunesse au moment où la technologie est arrivée en 1989. Le morceau « Un homme extraordinaire » a par exemple été composé tout à fait à l’envers. Deux ans plus Les Innocents photo 1 Credit Richard Dumas.jpgtard, on l’a joué à deux guitares et il a pris son sens. Là, on est complètement là-dedans. La production vient après. On a travaillé pendant un an, avec un téléphone comme bloc-notes."

    Jean-Chri : "Nous étions restés sur une période où chacun était dans sa chanson. On avait besoin de retrouver une gymnastique, de se faire plaisir, de se surprendre et de mélanger nos voix."

    Jipé : "Refaire des chansons ensemble, ça a scellé nos retrouvailles. Le différend qu’il y avait eu, avec le départ de Jean-Chri, c’était notre séparation à nous. Ce n’est pas pour minimiser le rôle des autres, mais le reste n'était qu'un groupe. Sans eux, on peut se débrouiller. On est bien tous les deux. Au-delà de ça, il y a un choix esthétique. En jouant ces chansons à l’état de squelette, on abolit la distance."

    Jean-Chri : "On n’a jamais vraiment eu un son de groupe. On a eu des sons de groupes. On a fait de la pop, du folk,… Finalement, la force d’être à quatre ou cinq n’était pas notre meilleur outil."

    Les reformations étant rarement un succès, n'avez-vous pas eu peur de l'échec?

    Jean-Chri : "Même la nôtre n’est pas toujours un succès. Les choses changent, et on doit se battre. Mais c’est en tout cas un succès d’un point de vue personnel et de l'accueil du public. On prend la chaleur et l’enthousiasme des fans. Aujourd’hui, on parvient à en profiter. A l’époque, on ne faisait pas gaffe aux retours. Et on se sent mieux, ça vaut bien une séance de psychanalyse."

    Jipé : "Je suis un grand fan de musique, et les reformations sont souvent scabreuses. Quand CrowdedLES INNOCENTS Mandarine.jpg House s’est reformé, je n’ai écouté l’album que deux fois."

    Jean-Chri : "Pour nous, être à deux, c’est aussi quelque chose de nouveau. Comme, je crois, chacun de nos albums a été une expérience. Bon, on ne vous cache pas que le nom aide…"

    Jipé : "On n’aurait en tout cas pas pu revenir sous un autre nom."

    Pendant la longue pause du groupe, il y a eu l'arrivée d'Internet...

    Jean-Chri : "Et nous ne sommes pas encore les plus doués. On a eu quelques réprimandes de notre producteur. Sur toute la tournée, j'ai dû faire un post sur Instagram! Aujourd’hui, il faut être plus que jamais la locomotive du projet."

    Jipé : "Pour moi, c’est un effort un peu surhumain de vivre l’histoire et de la raconter en même temps. Cela m’enlève une énergie motrice. Qu’il y ait un troisième média là-dedans, ça me pompe de l’énergie. Moi, le seul moment où j’écris, c’est quand je fais des chansons."

    Comment faire face à la mutation de l'industrie musicale?

    Jean-Chri : "Les disques se vendent de moins en moins, et c’est frustrant. Mais ça doit être encore plus dur pour un artiste qui débute aujourd’hui. A notre époque, les concerts restaient une réalité économique. Franchement, je ne sais pas comment ils font… "

    Jipé : "On est dans l’œil du cyclone. Tout est en mutation, on doit se réinventer. Les Innocents, c’est très classique. Mais dans notre autres expériences, on est déjà un peu dans le maquis, avec des Les Innocents photo 2 Credit Richard Dumas.jpgconcerts en appartements par exemple…"

    Jean-Chri : "La musique qu’on fait a tendance à disparaître des radios. C’est ce qui me fait le plus mal. Or, c’était notre récompense. Même si nous sommes encore privilégiés par rapport à d’autres."

    Jipé : "Une partie de l’industrie de la musique va aller vers le luxe."

    Jean-Chri : "Il y a aussi une économie qui a changé dans le concert. Il y a plus d’endroits pour jouer, mais ça reste la galère pour monter une tournée. Quand tu sors un disque, tu n’as plus l’assurance d’avoir 50 dates. Souvent, la prise de risque est trop grande pour les salles. Franchement, nous on a encore de la chance!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Richard Dumas

  • Julien Sagot: " A Bruxelles, tu as de la place pour penser et respirer"

    Julien Sagot, on l'avait connu avec Karkwa. Son groupe rangé aux oubliettes, il revient en solo avec "Valse 333", un album aussi beau qu'inclassable. Il débarquera de Montréal pour un concert à la Rotonde du Botanique le 3 mars. Fou amoureux de Bruxelles, il s'impatiente déjà...

    Alors Julien, ça te fait quoi de bientôt revenir à Bruxelles?

    "Je piaffe d'impatience. Quand j'étais petit, je venais en vacances à Ostende. Je suis venu également venu aux Francofolies de Spa et deux fois à Rotonde. Elle est absolument magnifique cette salle.Je trouve Bruxelles plus belle que Paris, car elle reste humaine. Paris, ça devient noir et agressif. Ici, tu as de la place pour penser et respirer. Au départ, je ne pensais même pas venir défendre mon album en Europe. Avec Karkwa, ça avait été difficile. J'ai une vie assez simple, ma femme est artiste aussi, et j'ai deux enfants. Je ne peux pas faire de folies."Sagot_2014_001_HR©SandraLarochelle.jpg

    Pourquoi cette réticence à faire de la promo en-dehors de Montréal?

    "On nous boude un petit peu, surtout la France. La Belgique a plus de sensibilité. En France, on prétexte directement qu'on ne comprend pas ce qu'on dit, et ils ferment la porte. Ils sont un peu étriqués, parce qu'ils ont tout ce qu'il faut chez eux. Je trouve ça dommage. Finalement, nous sommes tous francophones. Leurs musées, c'est bien beau, mais ça reste un musée. La langue elle change, elle évolue. Il y a aussi de la culture intéressante au Canada, en Afrique francophone, en Belgique,... En France, je n'ai pratiquement rien eu en interview. Et là, j'arrive à Bruxelles, à une heure de train, et je n'arrête pas. J'ai joué à France Inter. J'y ai fait deux morceaux, mais je n'ai pas eu d'interview. En Belgique, il y a une très grande culture. Et qui, sensiblement, ressemble plus à celle de Montréal. C'est stimulant, et enrichissant culturellement."

    Au Canada, est-ce facile pour un artiste chantant en français de s'imposer auprès de la population anglophone?

    "De plus en plus, mais il y a quand même un travail à faire. Surtout sur le plan politique. On doit comprendre que les anglophones qui restent à Montréal sont sensibles à la langue française. Ce ne sont pas les mêmes qu'à Toronto. Sinon, ils déménageraient. Non, ils restent là car ils veulent garder ce mélange. C'est juste une vision politique à changer. Le Québec se construit avec les francophones, les anglophones mais aussi les Italiens et d'autres. C'est pour ça que j'ai notamment travaillé avec Patrick Watson. Des musiciens francophones jouent aussi avec Timber Timbre. Mais pour moi, de toute façon, la musique passe bien au-delà de la langue. Moi, je suis plus dans le son que le sens. Je suis attaché à l'esthétisme sonore. C'est un jeu pour moi. Et puis il y a un défi de le faire en français. Je place les mots sur la musique."Sagot_2014_004_HR©SandraLarochelle.jpg

    Es-tu issu d'une famille de musiciens?

    "Absolument pas. Mon père est pâtissier. J'ai couru pour me sauver du pétrin. Mais ils étaient attentifs. Ma mère aimait la musique classique, et mon père le rock. Il y avait quand même des disques avec de la matière à la maison. Il y avait beaucoup de Beatles. Et notamment le "Ram" de Paul McCartney, qui m'a ouvert les portes sur l'imaginaire. C'est un disque époustouflant dans sa composition, dans sa construction mélodique. C'est même un précurseur de la musique hip-hop. Cela ne sert à rien d'avoir 50.000 oeuvres chez toi. Si tu en as deux bonnes, c'est gagné. Et tu dois faire écouter ça à tes enfants. Les miens, je les éduque à la musique. Ma fille fait du piano. Mais je leur laisse de la liberté, il faut que ça vienne d'eux. Le pipeau et la flûte, c'est bon... En 2016, on pourrait tout de même commencer à faire entrer des pianos à l'école. Je me suis un peu fait moi-même. Je n'avais pas de repère, et j'étais autodidacte. Après, avec le groupe, j'ai commencé à étudier les percussions latines. Encore aujourd'hui, j'aime trop de choses et je n'arrive pas à ma canaliser."

    Quels sont les artistes contemporains qui t'inspirent?

    "J'adore Connan Mockasin. Pour moi, ça a été renversant. Timber Timbre évidemment aussi. J'écoute beaucoup de musique classique. Il n'y a pas plus ouvert que moi. J'ai le coeur percé. En cinéma, j'ai vu un film qui s'appelle "Cemetery of Splendour". Il n'y a quasiment pas de musique. Mais la dernière scène, c'est du spoken word en Sagot_2014_008_HR©SandraLarochelle.jpgthaïlandais. Et j'ai trouvé ça d'une beauté incroyable. Je me suis promis que sur le prochain album, j'aurai des featurings thaïlandais."

    Avais-tu cette volonté de faire quelque chose de très différent de ce que tu faisais avec Karkwa?

    "Je n'aurais pas pu copier ce que je faisais avec Karkwa. Quand mon groupe s'est séparé, j'ai tout de suite pris une guitare et un piano, et j'ai composé assez rapidement. J'avais vraiment envie de passer à quelque chose de plus lo-fi, de plus déconstruit, de plus réfléchi. L'important, c'est de rester créatif et de trouver des façons de le faire. Je suis passionné. Il y a tellement de possibilités. C'est tout le temps du bonbon. Le premier jet, c'est essentiel. Il faut garder les erreurs et les accidents, et ne rien jeter. Je le vois en regardant ma femme peindre. Je ne me vois pas faire deux fois la même chose. Pour le prochain album, je donnerai un coup de volant. J'ai envie d'explorer. L'argent, qu'est-ce que j'en ai à foutre? Je n'ai envie de plaire à personne. J'en faisais un peu avec Karkwa à la fin, et ça s'est arrêté. Basta. Les trophées et les prix, je m'en fous."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


     

     

  • Jeanne Added: "J'aime ce que ce disque raconte de moi"

    L'année qui s'achève aura été sensationnelle pour Jeanne Added. Délaissant pour de bon le jazz, elle a sorti avec "Be Sensational" un des meilleurs albums de 2015. Un disque introspectif, tendu et intense, qui lui ressemble beaucoup. Nous l'avons rencontrée juste avant son concert au Bota vendredi. Une salle où elle sera de retour le 22 mai dans le cadre des Nuits.IMG_5829 (c) element-s  Marikel Lahana.jpg

    Quel bilan tires-tu de cette année 2015?

    "C'était une très grosse année pour moi, très intense. Pendant des mois, ça a été beaucoup de travail, mais aussi beaucoup de joie. Et puis énormément de découvertes. J'ai fait connaissance avec les festivals, avec l'intensité des tournées... Toutes des choses que je ne connaissais pas auparavant."

    Comment passe-t-on du classique et du jazz à ce que tu fais aujourd'hui?

    "La passerelle, c'est tout simplement moi. Pour que j'en arrive là, ça m'a pris des années. J'ai fait de la musique classique quand j'étais enfant, le jazz c'était quand j'étais ado et jeune adulte. Et maintenant que je suis "vieille", je passe encore à autre chose. S'il serait possible de revenir en arrière? C'est difficile à dire, il ne faut jamais dire jamais. Mais bon, je ne pense pas... Je ne renie cependant pas mon passé, et j'en retire encore certaines choses, même si ce n'est pas concret. Mais mon passé fait partie de moi. Je fais de la musique depuis que j'ai cinq ans. C'est dans ma chair, c'est ma vie. La plus grande différence, c'est sur la scène que je la ressens. IMG_5797_OK2 (c) element-s  Marikel Lahana.JPGC'est d'ailleurs ce qui m'a motivé à bifurquer. J'avais besoin d'un côté physique sur scène, d'un public plus vivant, de gens qui bougent."

    Quel est l'artiste qui t'inspire le plus?

    "Peaches! Je l'ai vue hier à Paris, et c'était incroyable. Ce soir, après mon concert, j'irai sans doute à nouveau jeter un coup d'oeil. C'est quelqu'un de libérateur, notamment au niveau de l'écriture. L'écriture est devenue importante pour moi, car c'est quelque chose que je ne connaissais pas. J'ai dû me forcer, car ça ne vient pas naturellement. C'est dur, il faut se faire mal. Comme me disait Vincent Courtois, avec qui j'ai bossé auparavant: "Le plus dur, c'est de sortir le violoncelle de la boîte." Souvent, je m'installe et je tourne autour de ma chaise, parfois pendant des jours. Quand tu as le nez dedans, la peur de se planter elle disparaît."

    Par le passé, tu as beaucoup interprété des textes de poésie. T'inspires-tu encore de l'écriture?

    "Oui, je trouve parfois des ellipses, des manières d'exprimer quelque chose dans des poèmes. En ce moment, je lis Tolstoï, même si ça n'a rien à voir. Je lis malheureusement assez pey. Comme beaucoup, j'ai trop souvent mes yeux rivés sur mon écran."

    En sortant ton album, t'attendais-tu à une critique aussi positive?

    "Je ne m'attendais à rien en fait. Tout ça est très flou, ça n'a pas de sens. Ce que j'adore, c'est faire des concerts. IMG_5976_OK1 (c) element-s  Marikel Lahana.JPGLe premier, c'était aux Transmusicales de Rennes et c'était... horrible. J'étais très déconnectée dans ma tête, et j'ai passé un très mauvais moment. Quand j'ai arrêté la promo, j'ai enfin pu me remettre dans la musique, et ça a commencé à aller mieux. La promo, je ne connaissais pas. J'ai eu du mal à entrer dedans."

    Ton album, qui parle beaucoup de la peur, te ressemble-t-il?

    "Le centre de mon disque, c'est ça. La peur de quoi? Franchement, je ne sais pas... Ce disque me ressemble énormément. La musique, les textes, son intensité, la douceur par moments,... J'aime bien ce qu'il raconte de moi. Je pense que la suite pourrait à nouveau être différente, car j'espère continuer à bouger dans ma vie."

    Le 22 mai, tu seras aux Nuits du Bota. Un festival dont tu gardes un souvenir particulier...

    "L'année dernière, on avait galéré pour revenir de Brighton. On devait jouer à 21 heures, et ça avait été déplacé à minuit. Heureusement, plein de gens étaient restés. J'espère pouvoir cette fois faire un vrai concert, tranquille."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Marikel Lahana


  • Marka: "Une tournée de quatre dates pour les SDF"

    Marka2.jpg

    Une fois de plus, Marka se réinvente pour une cause noble. Tout a commencé par le clip de "What's going wrong?", tourné avec des SDF. Ensuite, en octobre, il remplissait le Théâtre 140 pour un concert solidaire. Et il ne compte pas en rester là...

    Comment t'est venue cette idée de faire un geste envers les SDF ?

    "J'ai un copain qui m'a demandé, il y a trois ans, de venir chanter pour un repas solidaire, qu'il organisait au profit des SDF. J'ai fait ça deux fois, et puis je me suis dit qu'il y avait peut-être moyen d'aller plus loin. Ce jour-là, j'ai rencontré deux SDF polonais qui vivent sous un pont à Anderlecht. J'ai proposé de faire un clip, car j'avais une chanson qui parlait des gens qui sont dans la précarité. J'ai ensuite eu l'idée d'y ajouter des noms d'associations qui s'occupent de SDF pour que ça serve à quelque chose. On a eu des réactions positives, et j'ai décidé de faire un Marka3.jpgconcert pour aller encore plus loin. Ce fut une réussite, car on a parlé des associations et elles ont reçu de l'argent. La nouvelle que je peux annoncer, c'est que je vais faire une tournée de quatre dates en Belgique au printemps. Cela voudra dire que j'aurai été actif sur ce front pendant un an. Avec ma femme, on a également travaillé à ce repas solidaire et on a servi des plats."

    D'autres artistes pourraient-ils participer au projet?

    "Personne ne s'est manifesté pour le moment, mais j'ai l'intention d'envoyer des invitations et de faire à chaque fois participer un régional de l'étape."

    Est-ce ton projet le plus enrichissant humainement?

    "Ce qui est enrichissant, c'est de voir qu'il y a des gens qui sont capables de se mobiliser, de se lancer dans un élan solidaire et de faire bouger des montagnes. C'est notamment le cas de DoucheFLUX. Ce qui est par contre étonnant, c'est que les associations se tirent parfois dans les pattes. Mais ça me rappelle quand j'étais parti en Sierra Leone avec l'Unicef. Certaines associations sont pauvres. Et quand tu es pauvre et que tu dois t'occuper des pauvres, c'est difficile. Je sais que j'ai participé au rapprochement entre DoucheFLUX et d'autres personnes. Je dois être un peu diplomate..."

    Pourquoi avoir demandé à Bernard Pierre, qui est justement diplomate, d'écrire l'album "Days of Wine & Roses?

    "Je l'ai rencontré en Chine. Il a joué un peu d'harmonica pour moi, je lui ai proposé d'écrire des morceaux pour moi en anglais et ça a directement collé. Il n'y a pas une idée derrière de devenir une star internationale."

    C'était comment cette tournée en Asie?

    "J'avais un beau-frère, qui m'avait trouvé des dates au Japon et au Vietnam. Je ne vais pas dire que je suis connu là-bas, ce serait un mensonge. Mais, à chaque fois, il y a du monde qui vient me voir. La dernière fois, ils m'ont dit Marka1.jpg"De tous, tu es le meilleur!". J'ai eu la chance de beaucoup voyager, et je pars du principe que toutes les opportunités sont bonnes à prendre."

    C'est un album avec des sonorités très rock...

    "C'était une volonté de me faire plaisir, car j'ai fait toutes les guitares moi-même. Il y a juste une chanson, où j'ai fait appel à Nicolas Fizman. J'ai pris du plaisir à jouer des choses que j'aime bien entendre. Il y a un côté Chris Isaak, Black Keys, The Clash,..."

    Tu as eu énormément de projets très différents. Est-ce facile de rendre ça cohérent en concert?

    "Pour moi oui car j'ai un esprit très ouvert, pour d'autres sans doute que non. Mais je fais ce que j'ai envie, je n'en ai rien à caler des autres. Je suis mon propre producteur, mon propre réalisateur de projets. Je n'ai jamais été branché. Je ne suis pas les modes, je ne sais pas faire ça."

    Parlons un peu football... comment vis-tu la renaissance du RWDM?

    "C'est magique! Je ne suis pas allé à tous les matches, mais j'ai pris mon abonnement. Comment veux-tu passer côté de ça? C'est un club mythique! Le projet est là, et il faut maintenant qu'ils gagnent des matches et qu'ils s'en sortent. Je n'y croyais plus en cette renaissance! C'est beau. C'est un peu comme au FC Liège ou au Beerschot. Les gens ont besoin de pouvoir s'accrocher à quelque chose. Aller au foot tous les 15 jours, c'est un acte social."

    Tu t'étais retrouvé dans le projet du FC Brussels?

    "Je me suis un peu fait avoir. Johan Vermeersch, je l'ai connu quand il était joueur au Daring. A Molenbeek, nous sommes habitués à disparaître! Dès lors, quand il est revenu avec ça, j'y ai cru. Il n'y avait pas le nom, mais ça ne me dérangeait pas. Tu imagines que Sting a appelé son groupe "The Police"? Mais l'identité molenbeekoise, elle était là."

    Quel regard portes-tu sur la cohabitation difficile avec le White Star?

    "Je trouve ça lamentable. Tu as un mec qui cherche le conflit, qui aimerait se faire casser la gueule. Mais on a compris ça, et on le laisse faire. Il est juste ridicule. Il faut le laisser prendre le mur tout seul."

    Tu n'as jamais eu envie de composer un morceau pour le club?

    "Je l'ai fait avec le Brussels. Ici, je ne te cache pas que Thierry Dailly me l'a demandé. Il voulait que je reprenne le "RWD de Molenbeek". Mais je trouve que c'est une mauvaise idée. La chanson, elle est terrible, il faut la laisser comme ça. Je ne vois pas comment la réarranger. Je pourrais venir avec autre chose. J'ai fait une chanson qui parle de mon amour du foot. Je vais l'envoyer à tous les clubs de D1 pour qu'on la passe, car c'est une ode au football positif."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • St Germain: "J'ai oublié un disque d'or sur un trottoir"

    stgermainpochette.jpgAvant son concert ce vendredi à la Rockhal à Esch-sur-Alzette, nous avons eu la chance de converser avec Ludovic Navarre alias St Germain. Histoire de parler notamment de son nouvel album Real Blues

    Il y a quinze ans, vous cartonnez avec "Rose Rouge", "So Flute", etc., puis plus de nouvelles du tout. C’est étrange de « partir » en pleine gloire, non ? Manque d’inspiration ?

    De 2000 à 2002, j'ai fait plus de 250 concerts dans le monde. Après j'ai eu besoin de faire un break musical. J'ai produit en 2004 l'album de mon trompettiste SOEL sur le label Warner Jazz. Un dernier concert en Chine en 2005. En 2006, j'ai commencé la préparation de mon nouvel album avec les mêmes musiciens. J'ai tout effacé, ne voulant pas me répéter... J'ai commencé alors mes recherches vers la musique africaine.


    Avez-vous passé du temps en Afrique, vu que l’album fait référence aux musiques du Mali, etc. ?

    Je ne suis pas allé en Afrique. Il y a une importante communauté malienne à Paris avec des musiciens qui jouent des instruments traditionnels. La musique malienne est celle qui m’a semblé la plus proche du blues. Je suis arrivé au Mali aussi sur internet, en découvrant les Chasseurs de ce pays, des prêcheurs qui font une musique de voix et boucles hypnotiques. Je cherchais un son "roots". Des gens qui font les cérémonies, baptêmes et autres hommages aux familles. Des griots. Des chasseurs-guérisseurs du Mali. Un des chanteurs présents sur l’album (sur le titre "Family Tree"), Adama Coulibaly, est un de ces hommes-là…

    MG_4824.jpgQu’est-ce qui vous a donné envie de revenir sur le devant de la scène, avec disque et une tournée ?

    La découverte des instruments traditionnels. Je m'intéressais à la musique africaine depuis longtemps, aux voix également. Sur le titre "Sit-in Hère", la chanteuse Nahawa Doumbia, une diva au Mali, a accepté d'interpréter un de mes titres traduit en Bambara dans un studio à Bamako. J'aimerais l'inviter à me rejoindre sur scène très vite…

    Vous êtes plutôt du genre discret, voire timide. Le live, pour vous, c’est une expérience que vous appréciez ? D’ailleurs, à quoi ressemble un live de St-Germain pour ceux qui ne vous ont jamais vu en concert ?

    Je suis très heureux de faire découvrir ce nouvel album. Nous sommes huit sur scène avec des instruments traditionnels comme la fora, la guitar n'Goni mais aussi des claviers, une batterie, une guitare basse, du saxophone, de la flute, etc. Mon rôle est celui de chef d'orchestre, je dirige les musiciens, je balance les effets et les voix samples.

    Vous avez déjà joué en Belgique et au Luxembourg ? Des souvenirs particuliers ?

    Oui, en Belgique, c’était aux Halles de Schaerbeek. Puis deux fois à Forest National, Werchter, le Pukelpop et le Cactus festival. Je me suis également produit à L’Atelier au Luxembourg. Récemment, j’ai joué  à l'Ancienne Belgique (NDLR: le 11 novembre 2015). Le public était formidable et fidèle.

    Une anecdote ?

    J'ai oublié le disque d'or belge de Tourist (NDLR: son album de 2000) sur un trottoir ! J'étais confus, il a été récupéré, heureusement, par quelqu'un de la maison de disque qui me l'a fait parvenir…

    Comment envisagez-vous la suite de St Germain ? Allez-vous à nouveau disparaitre dans la nature durant 15 ans ou êtes-vous de retour pour de bon ?

    J'ai déjà une idée mais c'est un secret!

    >Romain Goffinet

  • La Muerte: "On a accouché d'un monstre"

    LaMuerte_6x6_1CDannyWillems.jpg

    En mars 2015, après près de 20 ans d’absence, La Muerte fait un retour fracassant sur la scène de l’AB, avec un nouveau line-up. L’intégralité de ce come-back, unanimement acclamé, est enfin disponible chez Mottow Soundz, dans un luxueux gatefold, sur double vinyl clair fumé 180 gr, avec digital download inclus. Mixé par Dee-J., produit par La Muerte et masterisé à New-York par Alan Douches (Motörhead, Dillinger Escape Plan, Sepultura…). Le groupe jouera encore une fois cet hiver au Pandafest le 19/12. En 2016, La Muerte jouera aux Docks de Lausanne dans le cadre de l’Impetus Festival et sera à l’affiche du Roadburn avec Paradise Lost et Neurosis ainsi qu’au Graspop Cover face digital 2400x2400px.jpgMetal Meeting. Une tournée des clubs est annoncée pour février/mars 2016!

    Comment décide-t-on de faire renaître La Muerte après près de vingt ans d'absence?

    Didier Moens (guitare): "Je n'ai rien décidé. Marc (chant), qui était et est toujours en train de tourner un film, m'a un peu mis devant le fait accompli. Une actrice, Delfine Bafort, ouvrait une sorte de club dans une salle d'expo multimedia à Gand. Elle voulait qu'on vienne jouer trois morceaux pour l'ouverture. Marc savait que je n'étais pas très chaud, mais il s'était déjà engagé. Je n'avais pas envie de retravailler avec l'ancien groupe. Il m'a proposé de bosser avec d'autres, et j'ai trouvé l'idée assez attirante tout en restant très sceptique. J'ai laissé avancer les choses sans moi. Je suis arrivé un peu plus tard dans les répétitions et, au lieu des trois morceaux prévus, il y en avait déjà huit. On a commencé à jouer, et je me suis directement amusé. Je redécouvrais mes propres compos. Je me suis rendu compte qu'on avait accouché d'un monstre, que ce n'était ni passéiste ni nostalgique. Mais au départ, dans mon chef, il n'y avait pas de manque. Je m'étais lancé dans la production, et j'ai tourné comme mixeur avec Paradise Lost, Anthrax, Overkill et Agent Steel. Comme un footballeur qui devient entraîneur ou vendeur dans un magasin de sports, je considérais que j'étais passé à autre chose. Je passais toujours autant de temps dans les loges, mais je n'étais plus sur scène. J'avais l'impression qu'on avait fait ce qu'on avait à faire, et on avait arrêté pour une raison bien précise."

    Et comment l'idée de l'AB est-elle ensuite venue?

    D.M.: "Live Nation a eu vent de cette date gantoise et a proposé qu'on fasse l'Ancienne Belgique. Ils étaient persuadés qu'on pouvait le faire, sans nouveaux morceau, sans album, sans soutien d'un label... Moi, je ne savais plus très la muerte - ab 2015 - pic by Dave Decat - 1.jpgbien où on se situait. Surtout qu'on n'était pas le groupe le plus populaire en Belgique. On avait un peu tous contre nous. Mais on a accepté. Au final, ça a fonctionné. Il y a pourtant très peu de come-backs réussis. Il y en a un de réussi pour dix de ratés. Killing Joke en a fait un très bon, mais je peux te citer dix autres groupes qui ont mal vieilli. Des gars qui ont pris 40 kilos, qui ne savent plus chanter,... Il y avait ce danger. J'avoue que j'avais un peu peur. En tout cas physiquement, car La Muerte est un groupe très physique. Et revenir faire les mêmes cabrioles 20 ans plus tard... j'ai aussi des années d'excès derrière moi. Après La Muerte, je n'ai pas vraiment eu une vie plus saine. J'ai toujours continué à fonctionner la nuit, et je n'ai pas vingt ans de sport dans les pattes."

    Et au final, c'était comment ce concert?

    D.M.: "Très bien, mais le lendemain était un peu douloureux. Marc a souffert."

    Michel Kirby (guitare): "Il y eu du plaisir pour ceux qui avaient découvert La Muerte dans les années 80, mais aussi pour la génération actuelle. Certains sont venus avec leurs gosses. J'ai une fille de 17 ans. Et une de ses copines est venue parce que son père était un fan de la première heure. On n'était pas là pour simplement faire plaisir aux anciens. Mais contenter les nostalgiques, c'était aussi un challenge, car c'était une célébration avec une nouvelle formule. Rejouer comme à l'époque, c'était hors de question. Et ça, ils devaient l'accepter."

    D.M.: "Il y a même un fan qui nous avait vus... 99 fois, et il a adoré le concert de l'AB! Mais bon, La Muerte sera toujours autant détestée. Si tout le monde commence à nous aimer, alors je présume qu'on aura un problème. Ceci dit, tout le monde a toujours dit qu'on était en avance sur notre temps. On était grunge avant le grunge, on était stoner avant le stoner,... Marc avait cette voix avant que des chanteurs de black-metal se mettent à chanter comme ça. L'idée de danger me plaisait assez bien. On ne voulait pas y aller dans la facilité, et rejouer dans le même ordre l'album live de 1994. On voulait retravailler tous les morceaux à cinq plutôt qu'à quatre, avec de La Muerte_EViL Tour.JPGnouvelles personnes. Il y avait une prise de risques. Le groupe a de toute façon toujours été à géométrie variable. Pour beaucoup, La Muerte c'était Marc et moi et d'autres musiciens qui bougeaient. On a quand même eu dix batteurs en dix ans. En tant que membres fondateurs, on s'est octroyé le droit de faire ce qu'on voulait de La Muerte. Les nouveaux musiciens apportent une nouvelle énergie, une nouvelle dynamique, une nouvelle sonorité. Nos morceaux sonnent désormais 2015. J'ai l'impression que tout le monde fait table rase de ce qu'on a fait avant."

    M.K.: "J'ai découvert La Muerte à Dour en 1997, même si je connaissais le nom. A cette époque, les metalleux étaient d'un côté et eux de l'autre. Je me souviens avoir été impressionné par ce concert. Quand je suis arrivé dans le groupe, il a fallu explorer tout ça."

    D.M.: 'J'ai laissé Marc faire le casting, et j'ai donné mon approbation. C'est ça qui a commencé à éveiller mon intérêt pour le projet. Le taureau était excité par un drap rouge. J'y voyais de l'intérêt, car on ne se retrouvait pas avec trois requins de studio qui allaient jouer ce qu'on voulait jouer."

    Le live sorti, pourrait-on s'attendre à un nouvel album?

    D.M.: "On est occupé avec de nouvelles choses, mais je ne sais pas si ça donnera naissance à un album. Marc et moi, on est assez bien dans l'idée de repartir sur nos vieilles habitudes du début. Je m'attends donc plus à quatre ou cinq morceaux sur un 12 inch. Pourquoi pas un 45 tours? On n'en a jamais fait. La Muerte peut fonctionner sans devoir faire un album. On avance, mais c'est une autre dynamique. Car Tino est notamment occupé avec Channel Zero pendant un mois, et Marc avec son long-métrage. On travaille en comité restreint pour le moment. On n'a aucune pression, mais ça ira assez vite."

    M.K.: "On va jouer au Roadburn. Les gens qui vont à ce festival aiment bien avoir un truc unique pour l'événement. Je crois que c'est aussi ça qui nous draine à amener de nouveaux morceaux."

    Pourquoi ne sortir le live qu'en vinyl?

    D.M.: "C'est un choix délibéré. En 1994, on avait sorti la totale en CD, car plus personne ne s'intéressait au vinyl. Mais je n'ose pas imaginer quel bel objet ça aurait pu être en format 33 tours."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

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  • Odezenne (le 19 au Bota): "On a hésité entre Berlin, Prague et Bruxelles"

    Odezenne est de retour avec "Dolziger Str. 2.", la claque sonore de cet automne. Les Bordelais, qui adorent Bruxelles mais qui se sont exilés à Berlin pour enregistrer, se produiront à l’Orangerie du Botanique ce jeudi 19 novembre.

    Quel est votre état d’esprit alors que l’album vient de sortir?

    "L’impatience était grande, car on a eu la tête dedans pendant presque un an et demi. D’autant qu’on a fait une édition limitée. On a cassé les deux portes de notre studio en 5.000 morceaux. L’album sera vendu sous vide avec un drapeau avec le visuel de l’album, un livret avec les lyrics et surtout… un morceau de porte. Cela nous a pris une semaine, on a fait ça avec une douzaine de fans à Bordeaux. On aime sortir des objets qui ne ressemblent pas à Odezenne ---«Mathieu NIETO-72dpi-002.jpgdes disques. C’est une manière de proposer aux fans une vraie invitation à s’approprier notre musique. Une fois que le disque sorti, notre musique ne nous appartient plus. On peut difficilement aller plus loin que ça. Ce disque, on l’a fait de la première note à la livraison."

    C’était jouissif de démolir les portes?

    "Oui, à fond! Mais ça fait mal, on a encore des ampoules. Par contre, on a fait ça en pleine nuit et… ils ne sont pas encore au courant là-bas."

    Vous avez enregistré l’album à Berlin. Cela vous a apporté quoi?

    "Nous y sommes restés pendant six mois. Du calme, déjà. Le fait de ne pas entendre parler français aussi. Du coup, tes mots résonnent autrement. Il y a également eu une perte de repères, la mise en danger du quotidien, ce qui facilite le renouvellement de l’écriture. Et puis… la vodka. On avait besoin de cet éloignement, car ça devenait difficile de se réinventer dans ces lieux qu’on connaissait par cœur et qu’on avait déjà saccagés. On avait pris tout ce qu’il y avait à y prendre. Finalement, on est un jeune vieux groupe, car on en est déjà à notre quatrième disque. On ne voulait pas s’enfermer dans une recette. On a hésité entre Berlin, Prague et Bruxelles."

    Vous connaissez bien Bruxelles?

    "Oui, Grems est un ami. On connaît bien Veence Hanao aussi. Il était venu nous voir à l’Olympia. Pour le moment, on échange pas mal car il cherche un endroit pour composer, et il va peut-être venir à Bordeaux. On se reconnaît Odezenne ---«Mathieu NIETO-72dpi-004.jpgdans son approche. C’est un mec intègre, qui charbonne. On l’avait découvert au Printemps de Bourges. Il venait de sortir son morceau "Manège". On adore aussi Robbing Millions. On les a d’ailleurs invités à faire notre première partie à l’Olympia. À Berlin et à Bruxelles, les gens ont conscience qu’il faut prendre plus de temps. Il y un microcosme urbain qui est propice à la création."

    En quoi cet album est-il différent des précédents?

    "C’est le premier album qu’on fait qui se laisse écouter de manière agréable. On peut même fredonner certains morceaux, ça demande moins d’efforts du début à la fin. Certains groupes se trouvent très vite. Prends Portishead: il y a une esthétique du premier au dernier album, mais ce n’est jamais ennuyeux. Nous, on fait partie de ceux qui aiment rebattre les cartes à chaque fois."

    Vous estimez faire du rap?

    "Le disque sera dans le bac alternatif. Les Inrocks ont fait une couv’ sur nous. Et ce n’est plus le gars qui gère le rap qui a fait l’interview. C’est la preuve que ça bouge."

    Le 19 novembre vous serez au Bota…

    "Ah c’est Jacques qui doit parler!"

    Pourquoi?

    "Le problème, c’est que je ne connaissais pas la Duvel. J’ai cru que c’était une bière à 5 degrés, et j’ai continué à la même cadence. Puis est arrivé un loufoque avec sa cigarette qui fait rire. J’ai fait le concert… et puis j’ai… vomi dans les pots de fleurs du resto du Bota."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Mathieu Nieto


     

  • "Avec le Sonic Visions, on se sent proche des Transmusicales de Rennes"

    12189170_1006499882741570_3325735147363076532_n.pngSi la Belgique regorge chaque été de festivals, il faut bien avouer que la saison hivernale est bien plus vide à ce niveau-là. Il faut donc se tourner vers les pays limitrophes pour satisfaire ses envies. Côté français, on a droit au festival des Inrocks, au Pitchfork ou aux Transmusicales. Aux Pays-Bas, on retrouve l’Eurosonic. Et au Luxembourg, il y a ... le Sonic Visions à Esch-sur-Alzette, dans les murs de la Rockhal.

    Un festival qui accueillera à partir de ce jeudi AaRON, Death Cab For Cutie, ou encore Alabama Shakes. Un festival qui fait surtout chaque année le plaisir de ceux qui aiment découvrir (si possible avant tout le monde) les espoirs musicaux de demain. L’édition 2015 (la 8e) prendra véritablement son envol ce jeudi avec une soirée … métal.

    Avant les trois coups, on a parlé de tout ça (et bien plus encore) avec Arnaud Velvelovich, un des programmateurs de l’événement eschois.

     

    Le Sonic Visions, c’est quoi ? « C’est avant tout un événement dédié aux fans de musique. Il y a la partie festival où on programme des artistes qui ont marqué l’année écoulée et ceux qui (on l’espère) marqueront celle à venir. Si on compare avec les autres festivals hivernaux, on possède quelques noms en commun avec celui des Inrocks (Algiers, Alabama Shakes, Jack Garratt, Son Lux et Flo Morrissey) mais on se sent plus proche musicalement des Transmusicales de Rennes. On a la même envie de faire découvrir les groupes et les tendances de demain.

    12233367_10206479776207977_1907605976_n.jpgMais à côté, le Sonic Visions, c’est aussi des conférences qui ont lieu en journée. Elles sont sold-out chaque année. On y a une approche plus théorique de la musique. L’industrie musicale n’est pas très développée au Grand-Duché et on essaie d’apporter certains outils aux personnes présentes. On essaie de leur apporter des clés pour essayer de percer. Par le passé, on a eu comme intervenant l’ancien manager de Stevie Wonder, un autre qui s’est occupé de Pink Floyd ou The Clash, un big boss de Youtube, ... Cette fois, on accueillera notamment Jesper Gadeberg, chroniqueur au Huffington Post mais dont le travail est avant tout de placer des musiques dans des publicités. Il a bossé notamment pour le festival de Cannes. Benji Rodgers, le président de Pledgemusic, une société qui fournit aux artistes tous les outils pour atteindre plus facilement leurs fans sur le net, sera également là. Comme beaucoup d'autres acteurs du monde de la musique. »

     

    Un concept qui change (un peu). « L’an passé, nous étions sur trois soirées, dont une réservée à des groupes de la grande région. Cette dernière n’existe aujourd’hui plus. Simplement parce que le projet européen « multipistes » qui était derrière son organisation a cessé. Et comme de notre côté, on avait une grosse envie d’organiser une soirée métal, on a pris cette option. Le métal est très dynamique dans cette région. Il existe une grosse « fan base » qui va aux concerts, achète encore des albums, des magazines, … C’est ainsi que ce jeudi, on accueillera deux belles têtes d’affiche : les Norvégiens de Shining et les Australiens de Caligulas Horse. Ils seront accompagnés par cinq autres groupes luxembourgeois, lorrain et allemand.

    Il y a aussi eu, pour la première fois, un « warm up » vendredi dernier avec notamment l’Australien Josef Salvat, un des jeunes qui montent, et les Américains de Son Lux, un des meilleurs groupes indépendants à voir en live en ce moment (NDLR : on confirme !). Deux artistes qu’on voulait absolument programmer … mais dont les dates de disponibilité ne convenaient pas avec les dates du festival. D’où cette soirée placée juste une semaine avant le festival. 

    Pour le reste, les deux grosses soirées habituelles, vendredi et samedi, ne bougent pas. »

     

     Son Top 5 des découvertes à faire. « Mon Top 5 ? Ouh c’est difficile… Il y a tellement de découvertes à faire ces vendredi et samedi à la Rockhal. C’est la philosophie de l’événement ! Mais je dirais :

    2015ALGIERS_press_220515.hero.jpg- Algiers (USA) : ces rockeurs américains ont sorti un (premier) album incroyable. Et sur scène, ils sont très bons. Ils affichent un gros charisme.

    - Rag N Bone Man (Ang) : un Londonien qui vient du hip-hop mais possède une vraie inspiration soul. Très charismatique, lui aussi. Et puis, il a une voix à vous couper le souffle. Il est déjà dans les charts anglais mais son potentiel est incroyable ! Et il se produira chez nous avec tout son band. Je l’ai déjà vu, ce sera énorme !

    - Alex Vargas (Dan) : il est Danois mais vit en Angleterre. Il s’est révélé l’été dernier au festival américain SXSW, puis à Glastonbury. Son premier album sortira en 2016. Une musique minimale avec une voix incroyable. Celle-ci est suave, tout en pouvant monter très haut et afficher beaucoup de profondeur.

    - 3SomeSisters (Fra) : le groupe qui sert actuellement de « backing band » à Yael Naim en tournée. Ils ne font que deux dates cet automne : le Sonic Visions et les Transmusicales. 2016 risque bien d’être leur année. Ils sont francophones mais proviennent d’un peu partout. Leur musique électro aussi est multiple, polyphonique, voire plutôt transgenre ou inclassable. Un ovni !

    - Haelos (Ang) : c’est le trip-hop de 2015 ou plutôt même de 2016 ! Il y a un côté Jungle mais aussi un petit peu de XX ou de Portishead. Un gros coup de cœur. »

     

    12193385_10153317436582620_8389573833126005549_n.jpgLes têtes d’affiche. « L’ambition n’est pas de programmer de grosses têtes d’affiche comme on peut en voir à la Rockhal ou durant l’été en festival. On cible les groupes qui ont brillé ces derniers mois comme Alabama Shakes ou Fakear et ceux qui vont faire parler d’eux comme AaRON, dont le troisième album vient de sortir et qui possède une vraie histoire avec notre salle. La première fois qu’ils sont venus chez nous, c’était au moment de la sortie de leur premier album. Ils avaient chanté dans notre café devant un public situé à quelques centimètres d’eux…

    Et puis, en tête d’affiche, on a également un groupe comme Death Cab For Cutie, qui est vraiment culte pour les fans de musique indé. Ou bien le Suédois José Gonzalez qui jouera pour la première fois en solo au Luxembourg. Le genre d’artiste qui possède suffisament de fans pour remplir sur son seul nom une Ancienne Belgique. »

    > recueilli par Julien Carette