Interview - Page 5

  • Abd al Malik: "Daniel Darc était un poète maudit, il ne trichait pas"

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    Cinq ans après « Dante », Abd al Malik revient sur le devant de la scène. Et il surprend en s’adjoignant les services de Laurent Garnier, le maitre de l'electro. Ce qui fait de "Scarifications" son album sans doute le plus abouti de tous.

    Comment est née l’initiative de travailler avec Laurent Garnier ?

    « Je l'ai rencontré il y a une dizaine d’années, à un de nos concerts. Il m’a dit qu’il appréciait notre travail. Quelques mois plus tard, il nous a invités sur un titre sur scène au festival de Montreux. Ce fut une merveilleuse rencontre humaine, et on s’est promis de travailler ensemble. On a tenté quelques trucs, mais ça n’avait rien donné de concluant. L’an dernier, alors que je travaillais sur la bande originale de mon film, je me suis dit que je voulais reproduire la sonorité que j’avais aimé dans certains clubs à Strasbourg. Avec Bilal, on a essayé, ce n’était pas satisfaisant. On s’est dit que c’était peut-être le bon moment d’aller trouver Laurent. Il a accepté le projet. Mais, d’entrée, il nous a dit que c’était plus pertinent de séparer le film et un album. Moi, je n’étais pas dans l’idée de faire un album, ça faisait cinq ans que je n’avais plus sorti de disque. Mais cette collaboration était tellement naturelle et fluide… C'était de l’ordre de l’évidence. Laurent, c’est quelqu’un de génial dans tous les sens du terme. J’ai toujours travaillé avec des gens que je connaissais bien. C’est aussi pour ça que je bosse avec des membres de ma famille. C’est un prolongement de moi-même. Je me considère comme un éternel étudiant, j’apprends énormément des autres, et je m’épanouis dans les collaborations. C’est pour ça aussi que j’ai travaillé avec Chilly Gonzales, qui est un homme-orchestre. Cet album, il arrive à un moment particulier de ma vie, et il peut faire office de synthèse de plein de choses. »

    "Mon fantasme? Collaborer avec Quincy Jones"

    Et au final, ça donne une tonalité encore plus intense à ta musique.

    « Il y a quelque chose qui est dur et sombre, mais qui est lié à l’âpreté du monde. J’ai visité mon MALIK PRESSE-10.jpgobscurité intérieure. C’est un tunnel, et il y a la lumière au bout. Ma musique est dure, mais comme le monde l’est. En même temps, il y a cette idée de ne pas se laisser contaminer par le monde. »

    Avec qui rêverais-tu de collaborer ?

    « Tu sais, par contre, j’essaie de ne pas préméditer. J’essaie de faire en sorte que ce soit la vie qui m’amène à des collaborations. Après, évidemment que j’ai des fantasmes. Travailler avec Quincy Jones et toute l’équipe de « Thriller », ce serait fabuleux. Mais en même temps qui sait, car il est encore là. »

    Sur l’album, il y a ce merveilleux morceau qui rend hommage à Daniel Darc. Pourquoi lui ?

    « Avec Daniel, on s’aimait beaucoup. C’est quelqu’un que je considérais comme un frère. Daniel, c’est l’archétype du poète maudit. Ce sont des gens qui sont êtres humains jusqu’au bout, qui ne trichent pas. Même si, au bout du compte, ça leur coûte la vie finalement. Je voulais lui rendre hommage, car c’est quelqu’un que j’ai aimé et que j’aime énormément. Son album « Crève-cœur », il est fabuleux. Je l’ai découvert aux Francofolies de Spa, où j’accompagnais ma femme Wallen. Ils avaient le même régisseur. J’étais en backstage et j’ai assisté à quelque chose de sensationnel. On a fait la « Tournée des Aventuriers » ensemble. Quand j’ai écrit ce morceau, j’ai pensé à une écriture à la Aragon. »

    C’est important pour toi de rendre hommage aux artistes que tu respectes ?

    « Il y a de l’admiration et du respect, mais il y a aussi de l’amour. Et c’est la même chose pour Juliette Greco. Juliette, c’est un hymne à la singularité. C’est un peu ma marraine dans le métier, elle m’a porté. Et Gérard, son mari, c’est mon parrain. Elle a inventé la femme moderne. Elle a donné sa chance à des gens qui étaient des inconnus à l’époque comme Jacques Brel ou Serge Gainsbourg. »

    Penses-tu que des artistes contemporains pourraient encore laisser une telle trace ?

    « En tout cas moi, j’ai cette humble ambition. Il y a cette idée que je travaille une œuvre, et que cette œuvre elle est plus grande que moi. Un disque, ce n’est pas un acte anodin. C’est une projection de son monde intérieur, c’est un don de soi. C’est puissant. Sans prétention aucune, je veux juste laisser une trace. »

    "Les artistes, ils sont là pour dire non"

    Pratiquer le name-dropping, c’est une manière de n’oublier personne ?

    « Oui, parce que ça fait sens avec ce que je raconte. Mais aussi car j’ai envie de montrer que les artistes, c’est une communauté de personnes, qui nous appellent à notre humanité. Nous, on est êtres humains jusqu’à la fin, pour le meilleur et pour le pire. Si un artiste est une crapule, il sera une crapule jusqu’au bout. Tous les artistes sont des gens réels, concrets, entiers, qui ne trichent pas. A partir de ce moment-là, tu peux parler de Britney Spears comme des frères Dardenne. Ils te disent, d’une manière ou d’une autre, de ne pas perdre ton humanité. Or, quand on est dans un train-train quotidien, l’inadmissible on va finir par le trouver admissible, les choses aberrantes deviennent normales. Nous autres artistes, on est là juste pour dire « non », pour ne pas être dans le mouvement général. »

    Venons-en à Jacques Brel…

    « Si tu connais mon histoire, tu sais que Jacques Brel compte énormément. J’ai eu la chance de travailler avec Gérard Jouannest, son pianiste. Brel, c’est un artiste au complet, c’est un modèle, c’est un référent. »

    Que penses-tu de Stromae, qu’on compare justement souvent à Brel ?

    « Je pense qu’il n’y a pas de successeur à Brel. Il nous a tous inspirés, d’autant plus si on est belge. Stromae, c’est un grand artiste quoi qu’il en soit. »

    Quand tu vois qu’il remplit le Madison Square Garden, tu te dis qu’il y a moyen de chanter en français et de s’imposer aux States ?

    « C’est fabuleux ce qui lui arrive. L’ambition n’a pas de limite, et la réussite d’artistes comme ça nous le prouve. Nous, Européens, nous n’avons rien à envier aux Américains. Ce n’est pas tant que ça me laisse rêveur. C’est plus le fait de voir que c’est possible. »

    Le cinéma, c’était une respiration essentielle ?

    « Je ne l’ai pas vécu comme ça. C’est juste que j’avais aussi envie de m’exprimer dans d’autres médiums comme le cinéma ou la littérature. Le cinéma, c’est l’art culturel absolu. Tu n’as pas besoin d’une éducation particulière pour entrer dedans. C’est un miroir d’humanité, qui te touche directement. J’adore le néo-réalisme italien, c’est très inspirant. Le couple Canet-Prévert, le réalisme poétique, aussi. Mais en même temps, je suis aussi un grand admirateur de Christopher Nolan ou de Martin Scorsese. Quand tu vois un film de Kurozawa, ça relève carrément de la dextérité. »

    "Charlie Hebdo? La liberté d'expression ok,

    mais il y a aussi une responsabilité"

    Que ce soit dans la musique ou dans le cinéma, il y a toujours l’engagement et des prises de position très fortes.

    « Dès qu’un artiste s’exprime, il fait passer un message. Et c’est assez courageux de faire ça dans une période assez obscure. Même un chanteur de charme, il s’engage, il dit quelque chose sur le réel et le monde. Donc quand tu me parles d’engagement, c’est un peu un pléonasme, c’est redondant. Pour moi, un artiste est fondamentalement engagé. »

    Tu t’étais exprimé de manière assez virulente sur la responsabilité de Charlie Hebdo. Près d’un an plus tard, gardes-tu cette position par rapport au rôle des médias dans la montée de l’islamophobie ?

    « Je suis résolument et profondément un homme de paix. La liberté d’expression, elle est consubstantielle à l’idée de démocratie. Mais la responsabilité aussi ! Dans tous les métiers, journalisme compris, il est important d’avoir de la déontologie et de faire preuve de recul. Aujourd’hui, avec la notion de buzz, ça amène à des excès dangereux. A cause de ce jusqu’au-boutisme et de cette évolution, on a quand même tué des gens quoi… C’est important de prendre acte de ça, et d’agir en conséquence. On se doit de respecter toute vie, même si on n’est pas d’accord avec quelqu’un. Puis après derrière, il y a eu tous les amalgames. Je suis quelqu’un du juste milieu, un homme d’équilibre. Tout ça, c’est un combat. Car on peut facilement virer dans une forme de violence verbale ou physique. On vit une époque qui est pauvre dans ses élites, mais qui est riche dans le dynamisme de sa jeunesse. Cette jeunesse, elle entend ce qu’on dit nous les artistes. Je suis juste pressé du moment où cette jeunesse va prendre la place de cette élite qui n’est pas du tout agissante positivement. Et l’inquiétude, elle ne s’arrête pas à l’islamophobie. Il y a aujourd’hui aussi la question des réfugiés. On est dans une période particulièrement sombre. Néanmoins, on doit continuer à avoir de l’espoir. Car c’est nous qui changeons le monde, même si plein de gens essaient de nous faire croire qu’on n’a aucune incidence. Nous les artistes, on parle de rêves, d’utopies. C’est de là que part le changement dans le réel. On commence par rêver, puis on actualise dans le réel. C’est important que les gens rêvent. Si on a envie de voir l’état d’un pays ou d’une nation, on commence par regarder comment elle traite l’art. Et ce n’est pas très brillant pour le moment. »

    "Hatem Ben Arfa s'est excusé,

    mais le mal est fait"

    En 2012, dans une interview accordée au journal « L’Equipe », Hatem Ben Arfa t’avait accusé de l’avoir endoctriné dans une secte. Comment cela s’est-il terminé ?

    « Par un coup de téléphone d’Hatem Ben Arfa, qui s’excuse. Il m’a dit qu’il avait fait n’importe quoi. Encore une fois, ça nous montre comment des personnalités peuvent être dans une situation psychologique et mentale fragile, et en viennent à en mettre d’autres dans une situation grave. Il a fait des accusations graves vis-à-vis de quelqu’un qui a une vie de famille. Mais bon, encore une fois, je suis un homme de paix. J’accepte les excuses, mais le mal était fait. Mets-toi à ma place, et tu comprendras les dégâts qu’il a pu faire…En même temps, je suis un grand garçon. Et quand tu es une personnalité publique, tu t’exposes à ce genre de choses. Comme me dit ma mère, il ne faut pas prendre que les bons côtés du métier. Il y a des mauvais côtés, mais ça reste viable. Il y a des gens qui vivent la vraie misère, je ne vais pas me plaindre à cause de deux ou trois scandales basés sur des mensonges. »

    > Un entretien de Christophe Van Impe

  • AaRON: "Le lien avec le public est toujours là"

    aaron,we cut the night,sonic visions,rockhalAprès une première soirée "Warm Up" vendredi dernier (avec Son Lux et Josef Salvat), le Sonic Visions, le festival hivernal de la Rockhal à Esch-sur-Alzette, prendra véritablement son envol jeudi pour trois soirées de haute qualité. Avec notamment au menu le duo français AaRON ce vendredi. Avant ce rendez-vous, nous avons tapé la causette avec Simon Buret, le chanteur du duo hexagonal. Histoire d'évoquer, outre leur venue à Luxembourg, leur troisième album sorti voici quelques jours.  

    Sudpop: Votre 3e album, We cut the night, est plus sombre que les précédents, plus électronique aussi. Comment expliquez-vous cela ?

    Simon Buret: Plus électronique oui, plus sombre je ne sais pas… Vous trouvez ? Il est vrai que le thème de la nuit est bien présent, mais c’est une nuit éclairée alors… C’est marrant, moi je trouvais le disque plutôt lumineux. Comme quoi… Disons que c’est un album plus centré, plus intime. Ce qui fait que vous pouvez peut-être avoir cette impression.

    OK ! Mais on a en tout cas le sentiment que vous repartez à zéro, que vous avez fait table rase du passé…

    Oui, complètement. Je trouve qu’il est important de laisser de la place à la page blanche, pour ne pas faire de redites. Nous, ce qui nous intéresse, ce n’est pas de reproduire les formules du passé, mais d’aller chercher ce qui va se passer ensuite !

    aaron-en-concert-lechonova-en-novembre.jpgQuand on connaît un énorme tube au tout début de sa carrière, je fais allusion à "U-Turn (Lily)", est-ce que cela a un côté paralysant pour la suite ?

    Vous trouvez qu’on a eu l’air paralysés ? (rires) Non, pas du tout. Peut-être que si on avait galéré pendant des années et qu’on avait sorti ce tube, cela aurait pu nous bloquer pour la suite, mais ce ne fut pas le cas. On a eu de la chance, le premier disque s’est très bien vendu, c’était un beau feu d’artifice de départ ! Le deuxième disque s’est très bien passé également. L’angoisse, c’est plutôt : est-ce que j’aurais des choses à dire sur un 3e album? Il fallait être prêt, quitte à prendre du temps. Et nous l’étions.

    Cela fait dix ans que vous avez commencé AaROn, avec le succès que l’on connaît. Quel regard portez-vous sur ces dix dernières années ?

    Avec le succès, le regard des gens a changé, il faut bien le reconnaître. Quand je regarde dans le rétroviseur, je redécouvre tout ce qui s’est passé. Et je constate une chose : la seule constante, ce n’est pas le succès, c’est le mouvement. Tout bouge, tout le temps. Prendre conscience de cela, ça a été libérateur. Moi j’ai longtemps cherché à trouver ma place. C’est d’ailleurs un des thèmes de l’album. Aujourd’hui, je crois que je l’ai trouvée : ma vie est intimement connectée à AaRON, mais aussi à tout ce qui m’entoure. Je suis une vraie éponge ! En somme, durant les dix dernières années, j’ai grandi.

     

    "Je voulais que John Malkovitch préface l’album"

     

    Vous vous êtes offert John Malkovitch pour le clip de "Blouson Noir", sur votre nouvel album. Comment cette collaboration est-elle née ?

    On se connaissait via des amis communs. Je lui ai écrit une lettre sur la genèse de "Blouson Noir", un morceau que je vois comme une carte postale de New-York, où j’ai habité. Je voulais que John préface l’album, comme il le ferait pour un livre, en récitant un poème sur la musique de "Blouson Noir".

    AaRON-We-Cut-The-Night.jpgCela a fait un joli buzz…

    Oui, et un super teaser pour l’album.

    Comment sonnent les nouveaux morceaux sur scène ?

    C’est jouissif ! Le public est complètement dingue. On les a notamment testés en Belgique, où le public est super réceptif, tout en étant très attentif. Tout comme au Luxembourg d’ailleurs. Malgré nos quelques années d’absence, on a remarqué que le lien avec le public était toujours là. C’est tout simplement génial.

     

    "Au Luxembourg, on se croirait parfois dans le grand nord canadien"

     

    aaron_vanessa_filho_425x250.jpgVous aimez venir jouer au Grand-Duché et en Belgique ?

    Bien sûr, on est toujours très contents de passer la frontière. Quand on vient au Luxembourg, on est saisis par la nature, c’est tellement magnifique. On se croirait parfois dans le grand nord canadien ! Moi qui suis très connecté à la nature, j’adore.

    Votre album était à peine dans les bacs qu’il était déjà aussi sur le net… Cela vous ennuie ou vous vous en fichez ?

    Ah bon, l’album a déjà été piraté ? Vous me l’apprenez. Non, je ne m’en fiche pas. Cette façon de consommer les choses, je ne comprends pas. La musique, c’est comme la nourriture. C’est de la nourriture spirituelle. Or, cela ne vient quasiment à personne l’idée d’aller voler la nourriture dans les magasins. Il y a beaucoup de travail derrière ce disque, des tas de gens impliqués ! C’est dommage. Mais grâce au vinyle, cela change peu à peu. Les gens se réapproprient l’objet. Et nous, on accorde une grande importance à cela.

    >par Romain Goffinet

  • Lieutenant présente "Au coeur de l'arène" au Reflektor

    Ce mardi soir, c'est au Reflektor qu'il faudra être. Lieutenant y présente son nouveau projet, aussi ambitieux qu'audacieux. Le groupe liégeois vient de donner naissance à un triple concept avec un album "Au coeur de l'arène" mais aussi un roman et des peintures. Un projet qui n'est pas sans rappeler "La Mécanique du Coeur" de Dionysos", et avouez qu'il y a pire comme comparaison. La trame raconte la quête d'un idéal de vie dans une communauté quiLieutenant.jpg s'écoute. On a lu le bouquin et écouté l'album. Et on est totalement sous le charme de ce conte moderne qui n'est finalement qu'une mise en abyme de la manière de fonctionner de Lieutenant...

    Comment est née cette idée d'avoir un album lié à un roman et à des peintures?

    Philippe Lecrenier: "On avait sorti deux EP en anglais, comme 99% des groupes. Via divers projets, nous avions été sensibilisés au français. C'est pourquoi on a décidé de définitivement abandonner l'anglais. On ne prétend pas avoir révolutionné les choses, mais on a levé un voile d'humilité. C'était surtout l'envie de pouvoir être exigeant sur quelque chose. Un texte en anglais, ça sonne vite bien et on est moins exigeant. En plus, on voulait que les gens, en live, comprennent immédiatement ce qu'on veut dire. Cette envie de donner du sens à notre musique, ça a ouvert d'autres perspectives. Pierre peint depuis longtemps, il a un studio chez lui. Il est assez vite venu avec cette idée d'illustrer chaque morceau en essayant d'en prélever une atmosphère et donc des émotions. Quand on a commencé à avoir des morceaux et à avoir un fil rouge, je suis venu avec l'idée d'un roman, avec autant de chapitres qu'il y a de morceaux. Mais chaque chose doit pouvoir se suffire à elle-même. Le processus nous a pris deux ans."

    Des cordes font leur apparition dans votre musique. Par quoi avez-vous été inspirés?

    "On a écouté énormément de choses. De "Melody Nelson" de Gainsbourg à la bande originale de "Moulin Rouge" ou à celles des films de Tim Burton. Ce sont des univers qui nous parlaient beaucoup, et je pense que ces influences se ressentent dans l'album."

    Un album lié à la trame d'un livre, et inspiré par l'univers de Tim Burton... ça fait forcément penser à Dionysos, non?

    "On en a parlé. Laurent a écouté et lu "La Mécanique du Coeur". Moi, pas, car je n'ai simplement pas eu le temps. Ce sont des initiatives globales qui nous ont évidemment rassurés. Car on se demandait si c'était vraiment intelligent de se disperser plutôt que de se concentrer sur la musique. On se posait des questions, on avait peur de se fourvoyer. Au final, pourquoi ne pas même aller plus loin? Car c'est parfaitement adaptable au théâtre par exemple. Les trois disciplines se sont nourries l'une de l'autre."

    Comment allez-vous reproduire ça sur scène?

    "Le concert, c'est un art à part entière. Il y aura un travail pour rendre vivante la musique. Au Reflektor, il y aura une présentation assez globale du projet. Il y aura un quatuor sur scène, mais aussi diverses surprises..."

    > Christophe Van Impe

     

  • Hippocampe Fou: "Je suis fasciné par Stanley Kubrick et Lars Von Trier"

    En deux albums, Hippocampe Fou est parvenu à réinventer le rap hexagonal, comme Dionysos l'avait fait avant lui avec le rock français. On y plonge dans un univers onirique et enfantin. Sa volonté de se renouveler sans cesse, il l'a trouvée dans ses références cinématographiques qui vont de Stanley Kubrick à Lars Von Trier. La délire aquatique, c'est fini. Désormais, avec "Céleste", Hippo s'élève vers les nuages. Mais c'est Hippo1.jpgpourtant sur la terre ferme, juste avant son concert au Bota, que nous sommes passés à table avec lui.

    Seb, avec "Céleste", tu passes du monde aquatique à quelque chose de plus aérien. Tu comptes consacrer un album à chaque élément?

    "Peut-être, oui. J'ai déjà bien exploré le domaine aquatique, tout ce qui est marin, sous-marin, abyssal. J'avais envie de partir dans un autre univers, tout en restant logique et cohérent par rapport à ce que j'avais installé. Je me suis donc dit qu'il fallait suivre le voyage d'une petite goutte d'eau, qui s'évapore et qui s'élève vers les nuages. Basons l'action de notre album dans le ciel. Après évidemment, il y a des morceaux qui parlent de choses qui me sont personnelles. Tout artiste, même s'il est dans un univers délirant, est obligé d'y mettre un peu de lui-même. Sinon, ça peut sonner faux. Quand j'interprète les morceaux, j'ai envie de me reconnaître dans les thèmes abordés, et de ressentir quelque chose. Mais c'est vrai que, quand on est dans un univers fantaisiste, magique et enfantin, on joue parfois un rôle, on fait semblant. Ici, j'avais envie d'avoir la posture d'un rêveur, d'un gars qui veut faire un voyage au-delà des nuages. Il y a une suite logique dans les morceaux, que moi je vois en tout cas. Après, je peux comprendre que ça ne saute pas tout de suite aux oreilles de l'auditeur, mais ça a été construit comme ça textuellement et musicalement. Et le show est à l'image. On a cette idée d'emmener le public en voyage. On revient souvent avec cette phrase "On va s'envoyer en l'air", car le double sens me plaît bien. L'idée, c'est de se divertir et de passer du bon temps. Et s'il y a quelques petites phrases qui peuvent interpeler ou susciter la réflexion du spectateur, tant mieux."

    Ce que tu fais est très loin des clichés du gangsta rap ou du rap engagé. Proposer quelque chose de plus léger et de différent, c'est une volonté?

    "Je suis surtout fidèle à ce que je suis, Je grossis les traits, je fais une espèce de caricature, mais je n'essaie pas de jouer un rôle. L'idée, c'est que je puisse me reconnaître. Je suis à des années-lumières de tout ce qui est gangsta, et je ne suis pas non plus dans quelque chose de revendicatif. Mais ça ne veut pas dire que je n'aime pas ce type de rap. Le gangsta, je ne le prends pas au premier degré, je le Hippo2.jpgprends comme un divertissement. Je sais que ces types jouent des personnages, et ça peut me faire sourire. Et puis le côté engagé, avec des revendications, ça me parle aussi. Mais moi, je suis plutôt quelqu'un de rêveur, dans la lune, dans un truc un peu onirique. L'idée, c'est de parler de ce que je suis et de ce à quoi je rêve."

    Et tu as forcément été influencé par les grands maîtres de la chanson française qu'écoutaient tes parents...

    "Oui, ma maman est française et elle a grandi en écoutant des trucs un peu hippies sur le tard et les grands classiques de la chanson française comme Brel, Barbara, Brassens et même Dutronc. Et puis, j'ai découvert Boby Lapointe plus tard. Quand je suis sorti du lycée et que j'ai commencé la fac de ciné, je me suis plongé dans la musique et je me suis pris d'affection pour l'écriture. Le texte passe vraiment avant la musique. Après, quand je te dis ça, c'est aussi un peu faux. Car j'écoutais aussi du rap américain, et là j'aimais la musique et le flow. Je ne m'amusais pas à traduire ce qu'ils racontaient, je captais leur univers au-travers des clips et je comprenais de quoi ça parlait. J'aimais bien le rythme créé par les mots. C'est ça qui m'a amené petit à petit à créer mes propres morceaux. Après tout le côté musical, chanter, faire des harmonies, ce sont des choses que j'ai apprises sur le tas. Je n'avais pas cette formation, même si mon père est musicien et que je l'ai vu travailler pendant des années. C'est une passion qui est née quand j'avais 17 ou 18 ans. J'ai bossé et ce n'est q'en 2006 que j'ai écris mes premiers morceaux potables. J'ai mis trois ans avant de sortir quelque chose de correct, selon moi. Et puis, j'ai créé un univers."

    En quoi ta formation cinématographique t'a-t-elle aidé à construire cet univers?

    "Cela m'a beaucoup influencé. Il y a deux aspects. Il y a l'aspect références, qui consiste à aller piocher dans plein de films qui ont pu me plaire. Sur le premier album, sur "L'Hymne au cinéma", je m'étais fait plaisir. Je voulais y faire entrer tous mes films préférés. L'autre aspect, c'est le côté storytelling, raconter une histoire le temps d'un morceau avec une chute, un climax, des trucs de scénario quoi. J'envisage chaque morceau comme un petit court-métrage, je pars d'un point vers un autre en faisant évoluer le personnage. Après, il y a aussi le côté montage, où là on est plus dans la forme. Je construis des fois certains morceaux avec des assemblages de textes écrits à différents moments. L'idée, c'est de fluidifier tout ça et de trouver une cohérence dans l'enchaînement des phrases. Ce sont des morceaux qui évoluent plus sur de la punchline, tu enchaînes les phrases les plus pertinentes, tout en essayant quand même d'avancer un peu. J'ai besoin de construction, et pour ça le ciné m'a beaucoup aidé."

    Tu as d'ailleurs commencé par des capsules sur internet. C'était une manière de concilier tes deux passions?

    "Vers 2006, j'ai rencontré des membres d'un groupe qui s'appelait "La Secte Phonétik". Ils m'ont pris dans leur secte et c'était génial car j'apprenais et je découvrais un monde qui était tout neuf pour moi. Je voulais absolument qu'on fasse des vidéos. On était aux balbutiements de Dailymotion et Youtube. Je n'avais plus la tv, et je passais donc mes journées sur internet."

    La fameuse vidéo avec le lama, c'était vraiment chez toi?

    "C'était chez un pote. Je vivais déjà en couple, et ce n'étais pas si bordélique que ça chez moi. Je m'amuse à brouiller les pistes. Après, si j'étais célibataire, peut-être que ce serait comme ça chez moi. Sur l'album, il y a un morceau qui s'appelle "Presque rien", qui est un peu un "Lama" Hippo3.jpgréactualisé. Le "Lama", c'était une manière de me dévoiler à-travers ce qu'il y a chez moi. On y voit mes influences, les cinéastes que j'aime, du fait que je ne sache pas faire à manger. Sur "Presque rien", l'idée c'est de faire une liste de choses qui me sont essentielles et que j'emmènerais sur une île déserte."

    Quel public parviens-tu à toucher?

    "Ca dépend, car le rap peut revêtir plein de formes. Maintenant, c'est vrai qu'il y a toujours un monopole du rap un peu gangster. Il y a quelques années, on en est un peu sorti avec les p'tits jeunes de 1995, qui proposaient un rap positif et plus à l'ancienne. Là, il y a Bigflo et Oli que j'adore. C'est génial ce qu'ils font et je leur souhaite bonne route. Mais mon public, il est assez varié. J'aimerais toucher un maximum de gens. Des adeptes de rap assez ouverts pour tolérer ce type de rap. Des gens qui n'écoutent pas de rap, mais qui aimeront l'énergie. Et aussi des gens plus âgés, qui seront touchés par les textes. Le public rap, je crois que je l'ai. Maintenant, j'aimerais que ça s'élargisse vers ce public plus adulte, même si j'ai moi-même toujours un côté très enfantin. Mais, sur ce deuxième album, il y a quelque chose de plus mélancolique. C'est comme ça quand on grandit. Les étoiles s'éteignent, et il y a des désillusions. C'est ça le concept du premier morceau: on sent bien que les rêves s'éteignent petit à petit mais gardons les quand même un peu et essayons de rester positifs. Rêvons tant qu'on peut rêver. Forcément, ma vision du monde est différente d'il y a quelques années. Certains m'ont dit qu'ils trouvaient l'album sombre, que je ne serais plus un fou chantant dans le style Charles Trenet. Mais c'est comme ça, j'ai évolué. Et l'évolution, c'est ma vision de l'artiste. Il n'y a rien de pire que de faire deux Hippo4.jpgfois la même chose, et c'est ce que je reproche à beaucoup de rappeurs. Quand ils ont trouvé une formule, ils la refont jusqu'à l'usure. Moi, ce n'est pas ça que j'aime. Moi, j'aime Stanley Kubrick ou Lars Von Trier, des cinéastes ou des créateurs qui ont toujours cherché à se renouveler. C'est ça qui est beau dans l'art."

    Tu cites finalement plus de cinéastes que d'artistes musicaux...

    "En musique, je pourrais te parler de Camille par exemple. Sa démarche est très bonne, même si je n'ai pas aimé tous ces projets. Mais elle a l'audace de proposer quelque chose de neuf à chaque fois. Kubrick, c'était son concept, sa marque de fabrique. Il voulait tester tous les genres. Il a fait deux ou trois films noirs que tu pourrais mettre dans le même sac. Mais, à partir de "Lolita", il a touché à tous les genres. Bon, il a fait deux fois des films de guerre, mais pas avec la même approche. Lars Von Trier, lui, c'est mon réalisateur préféré. Il a ce côté de Kubrick où il n'a pas envie de se répéter, mais en plus il veut faire des choses qui n'ont jamais été faites. Je l'ai vu en interview et, même si c'est sans doute ironique, il joue sur ce côté "Je suis le plus fort". J'aime tellement ce qu'il fait, que je suis d'accord avec lui. Quand il débarque dans un festival, son film ne ressemble à aucun autre. Il a tout le temps des idées de fou. "Dancer in the Dark" avec Björk, j'ai adoré et j'ai pleuré. C'est un gros mélo. Si tu l'avais donné à un réalisateur américain, ça aurait été sirupeux, avec une grosse musique. Lui, il a trouvé le décalage et la justesse de la mise en scène, qui fait qu'il y a un gros malaise. Ce que j'adore, c'est qu'il sait manipuler le spectateur et qu'il est cruel. Et moi aussi, je suis un peu cruel. Ses personnages souffrent énormément, et c'est cathartique. Quand tu vas voir un de ses films, tu sors de là en te disant: "finalement, ma vie est pas mal..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

  • Antoine Chance, tête d'affiche du premier "Make-A-Wish Belgium South Festival"

    Antoine Chance sera la tête d’affiche du tout premier « Make-A-Wish Belgium South Festival » qui se déroulera le samedi 3 octobre prochain, au Parc du Cheneau, à Braine-l’Alleud. La cause de Make-A-Wish lui tient à cœur. 

     Antoine, la tournée touche à sa fin mais tu joueras encore au « Make-A-Wish Belgium South Festival 2015 ». C’est une cause qui te tient à cœur ?Antoinechance.jpg

     « Jouer un concert est un plaisir que je ne me refuse jamais. Encore moins s’il s’agit d’une belle cause comme celle de Make-A-Wish. Je suis conscient de faire un métier formidable. Mais si en plus, je peux donner un coup de main à la société en lui procurant un peu de rêve, c’est encore plus valorisant. Je ne vais évidemment pas te dire que je déteste les enfants, même si ça aurait fait un bon titre (sic). »

     La tournée a été très longue. Quel regard rétrospectif portes-tu sur cette superbe aventure ?

     « Je suis très heureux. Surtout que je suis très complice avec les gens qui jouent à mes côtés, tant sur scène que dans la vie de tous les jours. Avant ça, pendant des années, j’ai beaucoup pratiqué les salles vides. Il se trouve qu’ici, il y eu un single qui est directement devenu ambassadeur du projet. C’est un peu devenu le passeport pour la suite. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, j’ai vécu ça comme une chance. Au final, on doit en être à 80 ou 90 concerts rien que sur cette tournée. »

     Une date en particulier te tient-elle plus particulièrement à cœur ?

     « La première à la Rotonde. C’était la première fois que je jouais dans une salle remplie, avec des gens qui venaient pour moi. Mais je ne prends aucun concert à la légère. A Spa et à Ronquières, c’était également assez fabuleux car on jouait devant 12.000 personnes, et on avait des cuivres avec nous. J’ai aussi adoré donner un concert piano-voix à Angoulème. »

     As-tu vite compris que « Fou » allait cartonner à ce point ?

     « Pas vraiment, car j’étais le nez dans le guidon. C’est plutôt mon entourage qui me mettait la puce à l’oreille, qui me disait que ça allait débloquer des choses.  J’ai déjà commencé à travailler sur l’album suivant, mais je refuse de me mettre une mauvaise pression. Je n’ai pas ce souci de vouloir refaire la même chose. Je n’ai pas envie de tout dévoiler, mais j’ai une bonne ‘vibe’. Bien que, si ça tombe, je jette tout à la poubelle dans un mois. »

     L’accouchement du premier album avait été très long…

     « C’était particulier, car c’était la première impression que j’allais laisser. J’allais devoir le défendre, le faire accepter… »

    Les influences sur le deuxième seront-elles toujours les mêmes ?

     « Pour le premier album, j’ai beaucoup parlé de mes influences. Car le public devait savoir à quoi s’attendre. Mais désormais, j’assume davantage mon identité. Je n’ai plus envie de me noyer dans les comparaisons. J’essaie d’être plus libéré. Mais bon, je suis toujours fan d’un article comme Bon Iver par exemple, et j’assume complètement. »

     Tu as beaucoup joué en France et même aux Francofolies de Montréal. Cela t’a-t-il ouvert des portes ?

     « Je ne sais pas, car c’est vachement compliqué comme processus. « Fou », par exemple, a cartonné en Belgique mais ils n’en veulent pas en France. Ils préfèrent « Bye Bye », qui est un morceau auquel nous croyions d’ailleurs beaucoup aussi, mon producteur et moi. Cela ne s’explique pas. Mais c’est intéressant de voir à quel point un morceau peut marcher ou pas en fonction des territoires. A Montréal, l’accueil a été très chaleureux et on a d’ailleurs encore plusieurs dates là-bas. »

     

    En France, ils ne te catégorisent pas trop « fils de » ? Parce que, comme on t’a notamment vu sur le plateau de Michel Drucker…

    « Non, globalement ils m’en parlent même moins. Sans doute parce qu’ils ne parlent pas le néerlandais et ne comprennent pas le clin d’œil (sic). Mais en Belgique aussi, c’est passé. On m’en parlait beaucoup au début, et puis ça s’est tassé. Mais bon, j’en suis très fier. Et je savais très bien qu’il allait peut-être falloir trois albums pour qu’on arrête d’en parler… »

     

    Infos : www.festival4wishes.be

  • Salomé Leclerc: "Être auteure-compositrice, c'est partager ses rêves"

    Vendredi, vous avez peut-être aperçu sa petite frimousse sur la scène de la Grande Place. Elle, c'est Salomé Leclerc. Elle débarque du Québec avec un deuxième album ("27 fois l'aurore") sous le bras, et c'est une délicieuse surprise. Et si vous l'avez loupée, elle sera de retour en décembre à la salle de la Salome1.jpgMadeleine.

    Salomé, ça fait quoi de jouer dans un cadre aussi fabuleux que la Grand Place de Bruxelles?

    "Je n'y étais venue qu'une seule fois, en février 2012, mais comme touriste et en coup de vent. Me retrouver là, mais sur scène, c'est assez impressionnant. Dès que je suis arrivée la veille, j'étais fatiguée du décalage horaire et il ne faisait pas beau, mais j'ai quand même tenu à aller prendre mes repères. C'est la première fois que je jouais dans un cadre aussi enchanteur. J'ai déjà hâte d'être en décembre, car je reviendrai pour jouer à la salle de la Madeleine!"

    Quand on vient du Québec, c'est facile d'exporter sa musique vers l'Europe?

    Salome2.jpg"Non, vraiment pas. En plus, en Europe, on a une image tronquée de la scène québecquoise. Mais c'est vrai qu'en-dehors des chanteuses à voix et des artistes de variété, il n'y a sans doute que Coeur de Pirate qui soit vraiment parvenue à s'imposer en Europe. Quand tu n'es pas seulement interprète mais aussi auteure-compositrice, cela va plus loin que la simple idée de partage. Ce que je propose, ce n'est pas juste ma voix, ce sont aussi mes chansons et mes rêves. Ce n'est pas évident." 

    Tu parles de Coeur de Pirate. Te reconnais-tu dans ce qu'elle fait?

    "Non, pas tant que ça. Je ne crois pas qu'on occupe la même place. Mais c'est clair que la manière dont elle s'est imposée, ça doit me donner de l'espoir, me servir d'exemple. Il y a aussi une part de timing là-dedans. Salome3.jpgPour elle, ça a explosé dès son premier disque. Le timing était bon pour elle, les gens étaient prêts à recevoir sa musique."

    La musique, tu y es venue comment?

    "J'étais très jeune. C'était un héritage familial si on veut, car mes parents sont des grands consommateurs de musique. Ils écoutent énormément de rock, d'alternatif. En général, les parents ils aiment la variété ou le piano-voix. Chez moi, c'était l'extrême. Et mes deux grands frères ont beaucoup joué de musique par le passé. J'ai commencé à jouer avec eux. J'ai commencé à la batterie, et puis je suis passé à la guitare, j'ai commencé à composer, faire des concours, des festivals,..."

    La batterie, tu en joues encore?

    "Oui. Cette année, j'ai d'ailleurs participé à deux projets qui m'ont permis de m'y Salome4.jpgremettre."

    Ca t'a apporté quoi de remporter de nombreux prix?

    "Beaucoup de reconnaissance, de la visibilité. On ne fait pas ça pour les prix, mais c'est sûr que ça flatte dans le sens du poil. C'est très flatteur. Je suis dans la musique depuis 2007, et j'y consacré énormément de temps. Je me dis que je devrais parfois un peu décrocher mais ce n'est pas évident car c'est mon projet, mon bébé."

    En quoi ton travail a-t-il évolué entre le premier et le deuxième album?

    "Le premier avait très bien marché, même si ça n'avait pas non plus été la folie. Pourtant, je ne m'étais fixé aucune attente, car tu ne sais jamais comme ton premier album va être accueilli. Il aurait tout aussi bien pu passer à-travers les lattes du plancher. Par rapport au premier album, il y a un changement de son. Le premier était plus folk. Mais je ne veux pas faire deux fois le même disque. C'est pour ça que j'y ai apporté une touche électro. Des groupes comme Beach House, Atoms for Peace ou James Blake m'ont inspirée."Salome5.jpg

    Ce premier album t'avait notamment permis de jouer en première partie de pascal Obispo à l'Olympia...

    "J'ai fait trois soirs d'affilée à l'Olympia, oui. C'était impressionnant et magnifique. Je m'attendais à tellement que, quand je suis arrivée sur scène, je suis vite revenue sur terre. Il y avait juste... 3000 personnes, qui ne me connaissaient pas du tout. J'ai essayé de relativiser les choses, advienne que pourra. Les spectateurs ont commencé à taper dans les mains. C'était incroyable, car ça n'arrive quasiment jamais par chez nous."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Luke: "Aujourd'hui, tout le monde rêve de pondre la musique pour la pub Apple"

    En 2004, avec le fabuleux "La tête en arrière", les Bordelais de Luke marchaient sur les braises encore incandescentes laissées par Noir Désir. "La sentinelle" et "Soledad" étaient autant de coups de poing dans la tronche d'une nouvelle scène française trop bien-pensante. Dix ans plus tard, avec "Pornographie" (sortie le 9 octobre), la tension n'est toujours pas retombée. Thomas Boulard, avant un concert très attendu aux Fêtes de Wallonie ce jeudi (place Saint-Aubain, à 21h10), nous parle de sa révolte permanente.

    Thomas, vous serez aux Fêtes de Wallonie à Namur ce jeudi. La Belgique, elle vous inspire quoi?

    "Des souvenirs d'excellents concerts, notamment lors d'une Nuit Française au Bota en compagnie de Florent Marchet, Daniel Darc et Brigitte Fontaine. Et puis je me souviens également d'avoir enregistré luke.jpgpendant deux semaines aux studios ICP. Le problème, c'est que les cafés ne ferment jamais à Bruxelles..."

    En 2014, tu t'es donné de l'air avec un album solo. Avais-tu un besoin vital de cette respiration?

    "Ca, on ne s'en rend compte que par après. Je ne l'ai pas vécu tel quel sur le moment même. Parfois tu as besoin de goûter à autre chose pour finalement te recentrer sur ce que tu es vraiment."

    Sur l'album à venir, vous déclarez "C'est la guerre". Luke est-il enfin de retour à l'énergie incendiaire et revendicative des débuts?

    "Ceux qui me connaissent dans l'intimité savent que je suis plutôt "contre" que "pour". Je m'implique dans ce que je raconte. Sur cet album, j'ai surtout été inspiré par l'absence de réactions autour de nous. Tout le monde regarde, laisse faire, sans bouger le petit doigt."

    Et ce n'est pas l'actualité récente qui risque de te faire changer d'avis...

    "Attention, il ne faut pas se laisser avoir par le côté immédiat de l'actualité. Tout ce qu'on constate autour Luke2.jpegde nous, ce ne sont finalement que des modèles importés de longue date. A part la révolution tunisienne, et encore!"

    Tu pourrais écrire sans cette rage intérieure?

    "Si c'est pour être d'accord avec tout, alors ce n'est pas la peine d'écrire. J'écris sur l'aberration du monde, sur le temps qui passe trop vite. C'est une écriture de contestation, mais qui est en accord avec mon époque. Je suis révolté par le degré d'acceptation des gens."

    Les groupes porteurs de messages se font de plus en plus rare...

    "Aujourd'hui, on est de plus en plus dans le snobisme. On chante en anglais, on porte de beaux vêtements et on rêve tous de pondre le tube qui sera utilisé dans la pub pour Apple. C'est pour ça que j'aime de plus en plus le rap. Le rappeur, lui il dit des choses."

    Le fait d'avoir cartonné avec "La tête en arrière" au moment où Noir Désir a disparu, ça n'a dû vous aider des masses...

    "A l'époque, tout le monde a fait le lien entre les deux groupes. Or, on aurait préféré qu'il y ait un débat musical plutôt qu'un débat sur l'actualité. C'est pourquoi on s'est distancé de tout ça, car on n'avait rien à voir avec ce qui arrivait à Bertrand Cantat et Noir Désir. Le monde a continué à tourner sans Noir Désir. Et dix ans plus tard, ce n'est pas l'absence de message dans le rock qui me fait peur, c'est l'absence de rock français tout court..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

  • Zita Swoon Group (le 9/10 au festival FrancoFaune): "Mon père m'a donné l'amour de la langue française"

    Début octobre, le festival FrancoFaune célèbrera la chanson française à Bruxelles. 9 jours, 30 événements dans différents lieux: l’Atelier 210, la Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale, le Museum des Sciences naturelles, Chez Maman… En tête d'affiche, on retrouvera Zita Swoon Group, qui ose un spectacle inspiré du mouvement « dada », sur la déstructuration du langage. Nous avons rencontré Stef Kamil Carlens, tête pensante du groupe et ancien membre (fondateur) de dEUS.

    Stef, en quoi consiste le spectacle qui sera présenté à FrancoFaune?

    "C'est un spectacle, qui brasse plusieurs disciplines artistiques. On part de la musique, mais il y a aussi de la danse, du théâtre, de l'art plastique. C'est très lié au travail que je fais comme artiste plasticien. Il y aura des masques, des objets qui bougent,... Ce spectacle touchera à tous les sens, pas seulement àzitaswoon.jpg l'ouïe. Avec Zita Swoon, on a arrêté de faire des concerts "normaux" en 2009. Depuis, on ne fait que des spectacles qui partent d'une idée spécifique, d'une collaboration avec des artistes issus d'autres disciplines ou d'autres cultures. Zita Swoon était un groupe pop classique, Zita Swoon Group est un collectif qui fait des spectacles."

    La pop, ça ne te manque pas de trop?

    "Je travaille pour le moment à un album solo. On sera quatre, l'album sortira en février et on jouera à l'AB fin avril. J'avais arrêté depuis six ans, mais ça me manquait. A côté de ça, on prépare déjà un autre spectacle avec Zita Swoon Group. Je ne m'arrête jamais..."

    A quel moment t'es-tu dit que tu voulais d'écarter du chemin traditionnel?

    "En 2009, on a fêté nos quinze ans d'existence par cinq concerts: un à Paris, trois à l'AB et un à Amsterdam. Il y avait des invités comme Arno et Miossec. Là, je me suis dit que je devais arrêter en étant au sommet. Je suis alors parti quelques mois au Burkina Faso. Là-bas, j'ai travaillé avec des musiciens locaux. Ce fut un déclic, je me suis dit que je devais désormais faire les choses différemment. Humainement, ça a changé ma vie."

    D'où te vient ton amour pour la langue française?

    "De mon père, qui était professeur de français à l'université et qui avait, et a encore toujours d'ailleurs, un grand amour pour la littérature française. Moi, je n'ai pas étudié tout ça. Mais c'était important pour lui qu'on goûte à cette culture. Depuis, ça fait un moment que je me suis mis en couple avec une Wallonne. Je suis un vrai Belge!"

    Quels sont les artistes francophones que tu admires le plus? Avec dEUS, il vous arrivait déjà de reprendre "Requiem pour un con" de Gainsbourg...

    "Gainsbourg évidemment! Je travaille tellement que je n'ai pas le temps de suivre l'actualité musicale. Mais ces derniers temps, j'écoute beaucoup Bertrand Belin. Je l'ai rencontré pour la première fois en France il y a longtemps. Je trouve que son univers continue de grandir. J'adore aussi Camille. De temps en temps, je tombe sur quelque chose, mais je n'ai pas le temps d'approfondir. Je découvre souvent des disques cinq ans après leur sortie."

    Tu te reconnais un peu en Arno?

    "Bien sûr, car comme lui je suis néerlandophone et amoureux de la langue française. C'est un bon copain et c'est lui qui m'a donné envie de devenir musicien. La langue, il s'en fout. Elle a de l'importance, mais il s'en moque et il est touchant. Il a créé une vibe européenne."

    Dans ton travail actuel, y a-t-il encore des réminiscences de ce que tu faisais avec dEUS?

    "Inévitablement. J'ai quitté dEUS il y a longtemps, mais j'ai continué à suivre le groupe. Ils ont beaucoup évolué. Tom Barman est un artiste exceptionnel. Car il n'a pas que dEUS, il a aussi Taxi Wars et Magnus et la qualité est toujours présente. Il a fait plusieurs expositions aussi. "

    Tu n'as jamais regretté d'avoir quitté dEUS?

    "Non. A un moment, ça prenait tellement de place dans ma vie, que je n'avais plus le temps de faire autre chose. Quitter dEUS, c'était un choix naturel."

    Comment vois-tu l'évolution de Zita Swoon?

    "On a déjà touché à beaucoup de choses mais on doit encore grandir. J'ai rentré un dossier pour demander une aide financière à la communauté flamande pour cinq ans. J'ai beaucoup de projets en tête, je contacte plein d'artistes avec qui j'aimerais bien travailler. Dans quelques années, je prévois également de travailler avec le monde arabe."

    Dans ta tête, ça fourmille tout le temps! C'est facile de mettre de l'ordre?

    "Pas trop non... parfois, j'ai quand même besoin de partir en vacances!"

    > Une interview de Christophe Van Impe (photo: Lolbee)

    Tous les renseignements sont à trouver sur www.francofaune.be.

    Le festival possède également sa page Facebook officielle. 

  • Etienne Daho: "Les festivals, j'adore ça!"

    4341326_3_0655_etienne-daho-a-paris-en-novembre-2013_2ce9da6a7d3a4598d1fed02d3aa83d8d.jpgEtienne Daho poursuit sa tournée avec plusieurs apparitions dans des festivals. Dont le BSF à Bruxelles et le Cabaret Vert, à Charleville-Mézières (France), à quelques minutes de notre frontière et de Bouillon. Il nous a accordé un entretien au cours duquel il évoque son amour pour la scène, son statut de parrain de la pop française, ses coups de cœur musicaux, Luxembourg et ses projets futurs.

    Vous poursuivez votre tournée avec des festivals. J’ai cru lire quelque part que vous n’aimiez pas trop cela, les festivals…

    Etienne Daho: Et bien détrompez-vous, j’adore ça! Je me suis trompé en pensant que je n’aimais pas! (rires) Il est vrai qu’à une époque, je voulais tout contrôler dans le moindre détail, et les festivals ne permettent pas toujours cela. Aujourd’hui, je suis moins dans le contrôle. Même s’il fait 45º C, qu’on ne fait pas de balances, pas de répétitions: ce n’est pas grave! Ces inquiétudes que j’avais avant, je ne les ai plus. Désormais, je ne pense qu’à donner le meilleur de moi-même. Je suis plus détaché, donc je prends plus de plaisir.

    Adaptez-vous votre set aux festivals?

    Oui, car le public des festivals ne vient pas rien que pour vous. Le public ne connaît pas forcément tous mes disques, donc je ne fais pas trop de titres trop obscurs, comme je le ferais en salle. Donc on prend des transversales, et il y a un côté très festif à ne proposer que des morceaux connus de tous.

     

    "J'ai vu Django Django, c'était génial"

     

    Y a-t-il des morceaux que vous en avez marre de chanter?

    Non. Cela a pu arriver par le passé, comme avec «week-end à Rome», que je n’ai pas chanté durant longtemps. Non, toutes les chansons que je chante me donnent du plaisir. Sinon je ne le ferais pas.

    Parmi les artistes français à l’affiche du Cabaret Vert (Christine & The Queens, Rone, Benjamin Clementine, etc.), y en a-t-il certains que vous appréciez particulièrement?

    Rone, bien sûr, avec qui j’ai collaboré pour son album (le morceau «Mortelle», NDLR). L’electro, j’aime cela depuis mes débuts. J’ai une double culture: rock et électronique. Donc avec Rone, il y avait des affinités évidentes.

    Sinon, en festival, j’ai vu Django Django récemment, et c’était génial. C’est mon groupe préféré du moment! J’adorerais collaborer avec eux!

    etienne daho, bsf, cabaret vertPour de nombreux artistes français, vous avez un peu un statut de parrain. Qu’est-ce que cela vous fait?

    Il n’y a pas plus génial! La pop française redevient un peu la musique underground d’aujourd’hui, car elle échappe désormais à toute définition. Avant c’était le rap, le rock, etc. Il y a des tas de groupes pop que j’adore, comme Mustang, Yann Wagner, François & Atlas Mountain, Poni Hoax… J’en oublie plein! Entre eux et moi, les affinités sont évidentes. Si ces groupes se revendiquent parfois de mon héritage, il n’y a pas de hasard. Et que ma musique inspire d’autres artistes, c’est tout simplement génial.

    Vous avez près de 35 ans de carrière au compteur. Quel est le secret de votre longévité?

    La passion. Moi, j’ai la musique chevillée au corps. C’est dans mes cellules. Tant qu’il y a de la passion, de l’inspiration, de l’énergie, je continuerai.

    Vous avez donné un concert très remarqué à Luxembourg, fin 2014. Quel souvenir en gardez-vous?

    Ah oui, Luxembourg! Ce site avec les vieilles usines (La Rockhal, à Esch, NDLR): c’était tellement beau! C’était la première fois que je jouais au Luxembourg, et j’en garde un très bon souvenir. Le concert s’était super bien passé. Et je ne dis pas cela juste parce que je vous parle! C’est vrai! (rires) Mais toute la tournée, globalement, se passe très bien. Quand on a le bon album, le groupe qu’il faut, tout ne peut que bien se passer!

     

    "Un best of va sortir, avec des inédits"

     

    Vous êtes un gros bosseur: le prochain album est-il déjà en chantier?

    Il y a des musiques qui commencent à arriver, oui… Mais avant cela, il y a un best of qui va sortir, avec des inédits. Dont un morceau avec Daniel Darc que l’on avait jamais sorti. Arte va aussi me consacrer un «Thema» avec un documentaire sur la tournée, en fin d’année. Et puis il y a aussi une bande-dessinée d’Alfred, qui sortira également fin d’année: un projet génial qui retrace l’enregistrement du dernier album, la tournée, la promo, etc.

    Parmi toutes les collaborations que vous avez faites, laquelle vous a le plus marquée?

    Oh, il y en a tellement! Avec Debbie Harry, Marianne Faithfull, Lou Doillon. Si je ne devais en retenir qu’une, ce serait celle avec l’extraordinaire Jeanne Moreau, pour «Le condamné à mort». Un projet qui m’a transporté ailleurs, au propre comme au figuré, qu’on a même joué au festival d’Avignon. Un beau souvenir.

     

    >Recueilli par Romain Goffinet (La Meuse Luxembourg)

  • Kid Noize: "Je suis un peu pâle pour être Stromae, non?"

    maxresdefault.jpgCaché derrière un masque de singe, il s’apprête à faire bouger le monde de la musique electro en Belgique. De single en single, il ne cesse de faire le buzz. Il a même ouvert pour Stromae, Faithless et The Prodigy. L’album, qui fourmillera de featurings (Mustii, Mademoiselle Luna…) ne sortira qu’en février. Mais il faut s’attendre à une véritable déferlante…

    Les singles s’enchaînent et tournent en boucle à la radio, les concerts ont des critiques dithyrambiques… et pourtant l’album n’est prévu que pour février. Cela t’amuse de faire patienter le public à ce point?

    "Il n’y a absolument pas d’envie de ma part de faire monter le désir. Ce n’est pas volontaire. Au contraire, j’aurais déjà voulu sortir cet album depuis longtemps, mais je n’ai juste pas le temps. Je te jure, c’est vraiment un boulot de dingue."

    Mais tu sens qu’il y a vraiment une attente énorme de la part du public?

    "Oui, il y a de l’impatience, mais il y a surtout de l’intérêt alors qu’il n’y a pas encore de support physique de disponible. Et ça, c’est beau. Cela me rend heureux de pouvoir exister sans album, car ce n’est pas évident."

    Tu joues également beaucoup avec le web. C’est ça aussi le futur?

    "Absolument, c’est devenu indispensable. Mon prochain single «Elektropical», il ne passera d’ailleurs pas en radio. Ce sera essentiellement du web, et c’est ma volonté. C’est un autre challenge, une autre histoire qui est en train de s’écrire. La musique évolue, et la manière de la diffuser aussi."

    11752513_10153451980398485_1045146210455000359_n.jpgTe vendre via le live, c’est important aussi?

    "Ce n’est pas important… c’est l’essentiel. On est là pour que les gens dansent et pour faire du show. Tout ça passe avant le fait que les gens puissent écouter mes morceaux chez eux. Je suis avant tout un artiste de concerts."

    À quoi doit-on s’attendre sur scène?

    "À un gros bordel! Aux Francofolies de Spa, on était 21 sur scène au total, et c’était vraiment cool. On a eu des retours extraordinaires du public et des organisateurs. En concert, il faut tenir pendant 1h30. C’est 1h30 de voyage. On passe du point A au point B, mais c’est vraiment hardcore, on n’est pas dans le commercial. Le plus important, c’est de toute façon que ce soit du 100% Black Gizah, le nom de mon label."

    Avoir joué en première partie de Stromae, ça t’a apporté quoi?

    "C’était une étape importante dans ma carrière. Déjà le fait de le rencontrer, de le connaître, c’était cool. On a aussi eu l’opportunité de jouer en première partie de groupes de renommée mondiale comme Faithless et de The Prodigy à Paris. C’est évidemment super-enrichissant et flatteur d’être appelés par de tels artistes. En France, on a la cote. Il y a une confiance qui s’installe, les grands reconnaissent notre travail."

     

    "L’anonymat il me convient hein, je ne m’en cache pas"

     

    Après la tournée en première partie de Stromae, certains ont même cru que c’était lui qui se cachait sous ton masque afin de pouvoir élargir son horizon…

    "Cela m’a évidemment fait beaucoup rire. Il suffit pourtant de regarder la couleur de mes bras. Je suis un peu pâle pour être Stromae, non? J’aimerais bien être aussi bronzé que lui, mais ça me semble compliqué."

    Cette volonté d’anonymat, déjà développée par Daft Punk et d’autres, elle vient d’où?

    "C’est en fait plus pour montrer que pour ne pas montrer. Ce n’est pas pour me cacher, mais plutôt pour accorder de l’importance à l’image, à l’esthétique. Car bien sûr, ce serait plus simple sans un masque. Mais chez Kid Noize, l’image elle est faite pour être montrée. Maintenant, l’anonymat il me convient hein, je ne m’en cache pas."

     

    "Le masque? Cela me prend 3 heures pour le mettre!"

     

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    Le projet ne serait pas le même sans ça?

    Je ne veux pas qu’on retienne l’anonymat, ce qu’il faut retenir c’est la tête de singe. C’est ça la chose la plus forte. L’anonymat, les gens s’en foutent.

    Pourquoi une tête de singe d’ailleurs?

    C’est toute une série de références liées aux années 80. C’est un mix entre la "Planète des Singes", l’univers de Michael Jackson, la pop, les road-movies.

    Cela te prend combien de temps pour le mettre avant les concerts?

    Plus de trois heures! C’est un truc de dingue!

    Sur l’album, il y aura énormément de collaborations. Comment les sélectionnes-tu?

    Moi je ne chante pas, donc j’en ai besoin. Je travaille vraiment aux coups de cœur, comme pour mon label Black Gizah d’ailleurs. Je peux citer Mustii, Evernest, Mademoiselle Luna, et d’autres. Certains ont déjà une carrière, d’autres pas encore.

    Comment vois-tu le projet Kid Noize évoluer par la suite?

    Je suis très confiant pour la suite. J’ai déjà un projet de court métrage, qui me tient très à cœur.

    C’est important pour toi ce mélange des disciplines?

    Bien sûr, c’est même l’essentiel. Kid Noize, c’est 50% l’image et 50% le son.

    Pourrais-tu un jour faire quelque chose de totalement différent, éloigné de la musique?

    C’est une très bonne question.

    Donc tu n’as pas la réponse?

    Non, tu me poses une colle…

     

    "Le futur, c’est DJ Snake. Lui, c’est le nouveau David Guetta"

     

    Quelles sont tes références, tes influences?

    Il y a évidemment Gorillaz, qui joue aussi énormément sur l’image et l’esthétique tout en ayant une musique de qualité. Mais aussi Kraftwerk, que j’écoute encore beaucoup. C’est hyper fort comme musique, c’est culte.

    Tu fais vraiment la différence entre le rock et la musique électronique.

    Bien sûr, il y a une vraie séparation. Dans leur essence, ce sont deux genres totalement différents. Le rock, c’est une musique du passé. Alors que la musique électronique, c’est le futur. Je fais une musique du futur. Tous les matins, tu peux allumer ton ordi en te disant qu’un nouveau son est sorti pendant la nuit. On a avancé d’un pas vers le futur, et ça c’est la magie de la musique électronique. Kid Noize, c’est ce fan de Kraftwerk et de Jean-Michel Jarre, qui utilise des vieux synthés analogiques. Pour moi, un synthé, c’est le plus bel objet au monde. Maintenant, je pense que tu peux être un rockeur et faire de l’electro et inversement. Tu peux être au milieu, mais ce sont deux styles totalement opposés.

    En electro, qu’écoutes-tu actuellement?

    Le futur, c’est DJ Snake. Lui, c’est le nouveau David Guetta.

     

    >Recueilli pour Christophe Van Impe