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  • Notre interview avec Phoenix : « Travailler sur le prochain Johnny Hallyday? Non »

    DSC_0642.JPGLes Français de Phoenix étaient la grosse tête d’affiche de la journée du samedi de l'édition 2013 du Rock-A-Field, ce week-end au Grand-Duché. Christian Mazzalai (guitare) et Thomas Mars (chanteur) nous ont accordé quelques minutes avant leur concert une petite interview. Pour rappel, ils seront à Rock Werchter ce vendredi.  

    Thomas, Christian, c’est votre première fois au Rock-A-Field mais vous êtes déjà venus jouer au Grand-Duché…

    Thomas Mars : Oui, deux fois. La première au début des années 2000 puis en 2010 après l’album « Wolfgang Amadeus Phoenix ». 

    A chaque fois à l’Atelier, non ? Une petite salle. Vous préférez les petits endroits ou les grandes scènes comme ce samedi ?

    T.M. : Oui, c’était là-bas. Et sur papier, les petits clubs sont plus agréables.

    Christian Mallazai : Mais en matière de scène, toutes les règles sont fausses. 

    C’est-à-dire ?

    C.M. : Qu’on peut être persuadé que dans une telle salle, cela va être une cata, alors qu'en réalité cela devient la plus belle des victoires. Et inversément… En dix ans, on n’a toujours pas compris comment ça fonctionnait (sourire).  

    "On ne veut pas une vie de tennisman"

    Votre précédente tournée avait été très longue. Celle-ci est du même acabit ?

    T.M. : Elle avait duré deux ans, s’agrandissant petit à petit. Pour l’actuelle, on ne veut pas savoir à l’avance quand elle se terminera. 

    C.M. : On ne souhaite pas avoir une vie de tennisman qui sait d’avance où il sera la semaine, le mois ou l’année d’après. Ce serait un peu déprimant. Pour l'instant, on est parti jusqu’en mars. Ensuite, on verra. Suivant nos désirs. Vous savez, si on le voulait, on pourrait tourner pendant cinq ans de suite… Généralement, on arrête quand on sent qu’on ne progresse plus. Mais on en est encore loin. 

    Familialement, cela doit être difficile à gérer de partir pour deux ans de tournée…

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    T.M. : Oui mais on tourne « à la française ». C’est-à-dire, en gros, qu’on joue deux semaines puis on revient deux semaines.

    Cela doit encore être plus compliqué pour vous, Thomas, de faire coincider vos agendas avec votre épouse réalisatrice (NDLR : il s’agit de Sofia Coppola qui vient de sortir « The Bling Ring »)…

    T.M. : Ouais…

    C.M. : Elle, elle filme à l’italienne : une semaine de boulot, trois de repos (rire général). 

    Certains groupes tournent de manière "industrielle" : en gros, ils font ça non-stop. Ce n’est pas notre cas. Nous, on est comme un grand restaurant. Il faut qu’il y ait des phases où on réfléchisse à ce qu’on va faire, où on change notre carte. D’où les plages de "repos" dont on parlait. On veut que ça reste une démarche avant tout artistique. 

    T.M. : On ne veut pas rentrer dans une certaine routine.

    C.M. : Mais là, ces derniers temps, on était « à l’américaine » et cela nous a d’ailleurs peu réussi. Nous avons trop travaillé ces derniers six mois. Ce n’est pas forcément les concerts, les interviews, …  mais plutôt toutes les préparations à réaliser. On a un petit problème : on veut tout contrôler. On n’est pas du genre à déléguer. Cela va jusqu’à chaque lumière lors de chaque seconde des concerts… Heureusement, à l’heure actuelle, c’est plus calme. 

    "Il fallait qu'on invente quelque chose"

    DSC_0682.JPGEn live, vous avez considérablement progressé depuis vos débuts, avec l’album United (2000)…

    T.M. : On était mauvais. Et nous n’étions pas les seuls à le penser (sourire). 

    C.M. : La chance qu’on avait, c’est qu’à l’époque, le monde entier était extrêmement mauvais (sourir). Du coup, on parvenait tout de même à se situer dans la bonne moitié. 

    Et puis, il fallait aussi qu’on invente quelque chose. Cela a pris du temps. Les Anglais et les Américains, ils ont une tradition musicale derrière eux. Chez nous, dans notre genre, c’était le désert. Tout était à faire.

    On a souvent dit que Phoenix était plus apprécié en dehors des frontières de l’Hexagone qu’en France…

    C.M. : Cela a été le cas. C’est moins vrai depuis trois albums. Notez qu’au début, on était aussi assez taquin. On n’allait pas du tout dans le sens du poil. Donc, on ne peut pas vraiment en vouloir à quelqu’un. 

    D’autres Français, ceux de M83, ont connu le même genre de parcours que vous. Il a fallu qu’une certaine presse américaine les encense pour que cela commence à marcher en France. Comment l’expliquer ?

    T.M. : De notre côté, on ne cherche pas vraiment à comprendre. Au troisième album, on s’est juste posé des questions sur le fait qu’on tournait peu en France. On était dans une situation où on avait déjà joué deux fois dans certaines villes étrangères et pas à Marseille par exemple.

    C.M. : Mais c’est une excellente question…   

    "Ecrire pour les autres? Je ne pense pas qu'on saurait"

    Toute proportion gardée, on connaît un peu le même phénomène en Belgique où les groupes flamands passent très peu en Wallonie et inversément. Récemment, Balthazar nous disait même qu’un groupe néerlandophone devait passer par la France pour tenter de percer au sud du pays…

    T.M. : On juge plus facilement son voisin, tout simplement. Et on a des a priori. Et ils sont difficiles à gommer. Nous avons aussi connu ça du fait que nous venons de Versailles. 

    C.M. : Ce n’était pas l’idée que les gens se faisaient d’un groupe rock.  Mais c’est ça qui nous intéresse : faire des choses que personne n’a encore réalisé. 

    Thomas, une rumeur a circulé voici quelques jours annonçant que vous alliez participer au prochain album de Johnny Hallyday, tout comme le chanteur de Muse, Matthew Bellamy…

    T.M. : Non, ce n’est pas vrai.

    Cela vous plairait d’écrire pour les autres?

    T.M. : Je ne pense pas qu’on soit capable de composer pour quelqu’un d’autre. Une grande partie du plaisir qu’on a de faire de la musique, c’est de la réaliser ensemble au sein du groupe.  Il y a un "esprit famille" chez Phoenix. 

    C.M. : Et puis, on a un processus créatif très bizarre. Et je ne pense pas qu’on puisse l’imposer à quelqu’un d’extérieur. On n’est pas comme un groupe normal où on peut changer un tel par un tel. Il y a une alchimie qu’il faut pouvoir garder. 

    En ce moment, vous écoutez quoi ? 

    T.M. : Les Canadiens de Mac DeMarco.

    C.M. : On les aime beaucoup ces petits gars. On a tourné avec eux. 

    Pour le reste, ma théorie, c’est que 2013 est l’année où la musique meurt.  Pourquoi ? C’est juste un sentiment. Comme Nietzsche qui disait dans certains de ses écrits que Dieu est mort. 

    Par Julien Carette