Benjamin Biolay, de l’enfer au Paradis

 

 

" Merde, la vie est trop courte… profite, pour ne pas mourir trop plein de plaisir. " Susurrés par Vanessa Paradis en personne, ces mots prennent encore davantage d’ampleur émotionnelle. A la surprise générale, elle est là, sublime, et monte timidement sur scène de l’Ancienne Belgique pour interpréter "Profite". Alors que les deux artistes ne se sont même pas rencontrés pour l’enregistrement du clip et qu’il a l'habitude de chanter ce morceau seul en tournée et sur les plateaux tv, Benjamin Biolay a réservé une surprise de taille à son public bruxellois. On ne croyait déjà pas trop à la présence dBiolay.jpg’un des cinq invités de "Vengeance", mais à celui-là encore moins. Cette irruption de bonheur et de tendresse, ce fut la cerise sur le gâteau d’un concert tout simplement… "Superbe" de bout en bout.

Au fil des albums et des tournées, Benjamin Biolay a évolué, a progressé, s’est dévoilé. Il semble loin le temps où il chantait "Mort ou vif, je reste négatif" en regardant ses doigts parcourir fébrilement les touches de son piano, et composait des morceaux tellement sombres qu’ils auraient fait passer Daniel Darc pour un disciple de Patrick Sébastien. "A l’origine, on avait moins de facettes", dit-il. Justement, il a progressivement élargi sa palette de sentiments. Totalement dévoilé, il est aujourd’hui devenu bien plus qu’un simple rejeton pourri de talent de Serge Gainsbourg. Il se sent enfin à sa place sur scène, et est même capable de chanter le bonheur, l’amour autre que transi et déçu et l’avenir radieux et plein de promesses. Il l'a enfin trouvé son "printemps définitif". Il est paradoxal que c’est avec "La Superbe", à l’époque de sa séparation avec Chiara Mastroianni, qu’il a visiblement fait le coming out de son bonheur.

A l’heure où la chanson française foisonne d’albums somptueux et déchirants, d’Albin de la Simone à Alex Beaupain en passant par Arman Méliès, Biolay nous rappelle qu’il reste le premier hériter de Bashung et de Gainsbourg et qu’il est sans aucun doute tombé amoureux d’une certaine Melody Nelson au tombé du berceau. Sur "Ne regrette rien", un des grands moments du concert malgré l’absence d’Orelsan, il nous mène presqu’à penser que ses maîtres auraient peut-être aussi un jour osé s’aventurer à faire rimer slam et spleen. C’est niché sur un "cerf-volant" qu’il a quitté la scène de l’AB, alors que le couvre-feu était pourtant dépassé depuis un quart d’heure. Pendant plus de deux heures, Biolay a "pris possession de notre vie, de notre vue" et, après une telle prestation, "été comme hiver, il va nous manquer" putain…

La setlist: 1. "Cactus concerto", 2. "Sous le lac gelé", 3. "La superbe", 4. "La pénombre des Pays-Bas", 5. "Dans la Merco Benz", 6. "Laisse aboyer les chiens", 7. "Aime mon amour", 8. "Chère inconnue", 9. "Rendez-vous qui sait", 10. "Ton héritage",  11. "Ne regrette rien", 12. "Dans mon dos", 13. "Confettis", 14. "Ground Zero bar", 15. "15 septembre", 16. "Personne dans mon lit", 17. "A l'origine", 18. "Padam", 19. " Profite" (avec Vanessa Paradis), 20. "Marlène déconne", et 21. "Les cerfs-volants".

< Christophe Van Impe

 

 

 

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