Breakbot: "Je rêve de remixer Beyonce, Prince ou Daft Punk"

Si Justice avait rencontré Michael Jackson, ils auraient sans doute donné naissance à un rejeton nommé Breakbot. Derrière cette valeur montante de l'écurie Ed Banger, délicieusement retro et qu'on croirait débarquée d'un film de Tarantino, se cache Thibaut Berland, touche-à-tout musical et sosie de Sébastien Tellier à ses heures perdues. Nous l'avons rencontré juste avant sa prestation aux Nuits du Botanique.

Thibaut, comment se passe cette tournée anniversaire pour les dix ans du label Ed Banger?

Ecoute, ça se passe très bien. A Paris, c'était complètement fou. On préparait un énorme truc depuis six mois.I l y avait une sorte de fête foraine à l'intérieur de la salle, avec une piste de rollers disco. Il y avait tous les artistes du label. C'était vraiment bien. A Londres, c'était un peu plus calme mBreakbot1.jpgais c'était très cool aussi. Bruxelles est notre troisième date. La semaine prochaine au Casino de Paris, on testera une formule avec un bassiste et un guitariste.

Es-tu nerveux avant de monter sur scène pour un événement d'une telle envergure?

Alors, ça dépend des fois. Ici à Bruxelles, la capacité est de taille humaine. Mais quand je dois monter devant 5000 ou 6000 personnes, j'ai parfois le trac. Ca fout un peu la pression.

Et comment évacues-tu cette pression?

Je n'ai pas vraiment de technique. Des fois, je picole un peu des bières, mais ça ne marche pas vraiment.

"J'évacue le stress en buvant des bières belges"

Des bières belges au moins?

Mais bien sûr! La Duvel, c'est belge, non? J'aime bien la Duvel!

Ed Banger, ça représente quoi pour toi?

C'est un rêve qui est devenu réalité, car j'étais vraiment fan du label avant de signer. Je suivais Justice et SebAstian de près. Je trouvais ça vraiment super novateur et intéressant comme musique. Cela ne fait pas très longtemps. Ca fait trois ou quatre ans que je suis sur Ed Banger. Je suis leur avant-dernière signature avant Boston Run. Ca se passe très bien. C'est un excellent compromis entre le boulot et l'amusement. Pedro Winter donne la liberté créative totale, tout en donnant les moyens de faire ce qu'on veut réaliser. On ne peut pas rêver mieux comme conditions de travail.

Comment as-tu approché l'écurie?

Je connaissais Xavier de Justice. On a fait la même école de graphisme après le bac, à Estienne. Moi je suis parti en province pour faire mes études et lui est resté à Paris. Quand je suis revenu sur la capitale, il commençait à faire Justice. J'étais super excité par leur musique. Je trouvais ça mortel et je me suis dit "pourquoi pas moi?". Ca m'a vachement motivé pour faire mes petits trucs de mon côté. Je me suis créé une page Myspace en 2005. A partir de là, j'ai fait pas mal de remix. Pedro, qui avait entendu celui de Metronomy, s'est dit: "il est pas mal ce p'tit mec".J'avais aussi fait un remix pour Justice.

De tous tes remix, duquel es-tu le plus fier?

Je crois que c'est celui de Metronomy justement, puisqu'il m'a permis de rentrer dans la maison. Et puis c'est un de ceux qui est le plus éloigné de l'original. A la base, il est très rapide, à environ 150 BPM. Moi, j'ai pris le parti de le diviser par deux. J'en ai fait un slow. C'est un des seuls que j'aime bien écouter, alors que je l'ai fait il y a longtemps.

C'est quoi la définition du bon remix?

Il n'y a pas vraiment de définition. Un bon remix, c'est surtout un bon morceau à la base. Mais ce que j'essaie souvent, c'est de proposer un truc qui n'a rien à voir avec l'original. Refaire la même chose, ça ne sert à rien.

Quel est l'artiste que tu rêverais de remixer?

J'aimerais bien faire un remix pour Beyonce, ou pour Prince. Ou pour Daft Punk évidemment.

Daft Punk, ça reste évidemment LA référence?

Pour moi, oui. Je suis très très fan.

As-tu déjà écouté le nouvel album?

Je n'ai pas encore eu cette chance, mais j'adore le premier single. Je suis très impatient.

Ton album, c'est la cerise sur le gâteau?

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C'est une sorte de photo instantanée du son que j'essayais d'avoir avec tous mes remix. Cela m'a permis de fermer une parenthèse de ma courte carrière. Mais j'ai déjà hâte de m'y mettre et de refaire de nouveaux morceaux. On a un projet de groupe avec Irfane, et on devrait sortir un maxi avant la fin de l'année.

"Je crois toujours que les groupes belges sont français"

Il y a une homogénéité chez Ed Banger mais, en même temps, chacun a ses influences différentes. On sait que Justice a beaucoup puisé dans le metal, par exemple. Chez toi, c'est plus retro...

Oui c'est vrai. J'écoute beaucoup de musique des années 60, 70, 80. Après, c'est vachement varié. Ca va de la pop californienne comme les Beach Boys ou les Eagles à des trucs plus funky comme Stevie Wonder, Prince, Marving Gaye, Michael Jackson ou Barry White.

Et dans les groupes actuels?

Daft Punk, et tous mes copains de label évidemment, Gesaffelstein, Brodinski, Club Cheval, Surkin, Para One. Mais j'aime aucci beaucoup les Strokes.Pas mal de rap aussi. J'adore Drake, Rick Ross, Kendrick Lamar. L'album de ce dernier est très bon.

Tu as aussi remixé Sébastien Tellier...

C'est un artiste donc je me sens proche, et pas seulement physiquement...

Ca fait quoi d'être considéré comme la valeur montante du label?

Ca ne me fout en tout cas aucune pression. Ce ne sont pas des choses auxquelles on pense. Quand tu es au coeur du truc, c'est un peu fou. Franchement, moi j'ai du mal à me rendre compte de ce que ça représente pour les gens.

Quelle est l'importance du live dans ta perception de la musique?

C'est intéressant. Car quand on fait les morceaux chez soi, on ne sait pas vraiment chez qui ça va atterrir. Et puis, ça me permet de travailler sur mon trac. C'est aussi l'occasion de faire quelque chose de différent de l'album. J'essaie de faire quelque chose d'un peu plus musclé.

Que connais-tu de la scène belge?

Axelle Red, Johnn Hallyday et tout ça? Non, plus sérieusement il y a des trucs excellents comme nos copains de Soulwax qu'on suit depuis un moment. Ce sont de bons potes à nous. Il y a aussi ce groupe là... comment il s'appelle? Mon problème, c'est qu'à chaque fois que je découvre des groupes belges qui sont mortels comme dEUS, Balthazar ou BRNS par exemple, je crois qu'ils sont français.

Sur scène, l'accueil est-il différent d'un pays à l'autre?

Même chaque soir est différent. A Paris, y a des soirs où c'est mortel et d'autres où c'est tout pourri. Ca dépend de plein de paramètres. A Londres, on a joué au HMV Forum. C'était fort calme, mais c'était à cause de la salle. La prochaine fois qu'on retournera à Londres, ce sera peut-être le feu. J'aime bien jouer dans des clubs, car quand on fait un DJ set on peut encore davantage s'amuser.

"Désormais, je baise plus de meufs, ça oui"

Revenons sur ton passé de graphiste, puisque tu avais quand même participé au visuel de la pochette de "Cross" de Justice...

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Oui, j'avais fait la maquette 3D du petit vaisseau en forme de croix qui est à l'intérieur de la pochette, avec Bertrand. J'ai fait quatre ans d'études de graphisme. J'ai ensuite bossé un peu dans la pub et dans l'animation. J'ai fait quelques spots et quelques clips. Mais je suis bien content d'avoir changé de métier. J'ai plus de liberté créative, je m'amuse mieux, je voyage, je... baise plus de meufs aussi.

A l'époque, t'attendais-tu à ce que Justice devienne aussi énorme?

Je t'avoue que non. On ne pouvait pas se rendre compte, mais je sentais qu'il y avait un potentiel de fou. Parce qu'en fait, ça ne ressemblait à rien de ce qu'on avait déjà entendu. La première fois qu'on m'a fait écouter "Wathers of Nazareth" et "Let there be light", ça faisait office d'ovnis.

Breakbot est-il parti pour suivre la même trajectoire?

Je me rends bien compte que ma musique n'est pas aussi novatrice que la leur. Eux, ils ont influencé des milliards de gens.Alors que moi c'est l'inverse, je suis plus le résultat d'influences.Je n'aurais jamais fait ce métier-là sans Justice.

A quel âge as-tu pensé en faire ton métier?

Je fais du piano depuis que je suis tout petit. Je me suis mis à la musique électronique depuis dix ans, et j'en vis depuis quatre ans. C'est Xavier qui m'avait conseillé de lancer mon Myspace. C'est à cette époque que j'ai choisi le nom de Breakbot. C'était déjà il y a huit ans putain... Tout s'est fait naturellement. Quand j'étais petit, je voulais faire du dessin-animé. Et si je devais un jour arrêter, je pourrais toujours revenir à mes premières amours.

Pourquoi le nom de Breakbot?

C'est un surnom qu'on m'a donné à l'école. T-Bot pour Thibaut. Et break pour les breaks de batterie et le breakdance.

"Actuellement, c'est le visuel qui permet de se démarquer"

Le personnage de ta pochette, c'est toi qui l'a créé?

C'est un personnage que j'ai trouvé dans un livre, "Paper Dolls". Je lui ai rajouté des cheveux longs et une barbe pour qu'il me ressemble et Bertrand l'a redessiné. Je compte le faire évoluer tout au long de la carrière de Breakbot. Pour le projet avec Irfane, le concept devrait par contre être différent.

Le visuel, c'est important?

C'est essentiel. Vu mon passé de graphiste, j'étais forcé d'y accorder de l'importance. Il y a tellement d'artistes actuellement, que c'est le meilleur moyen mnémotechnique de se démarquer. Mon background m'apporte beaucoup dans l'élaboration de mes pochettes et de mes clips.

< Un entretien de Christophe Van Impe

 

 

 

 

 

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