Moaning Cities: "Cet album, c'est un voyage"

Il y a quelques jours, nous vous disions tout le bien de ce que nous pensions de Moaning Cities, ce groupe belge qui exhume avec brio la veine psyché. Quelques minutes après leur concert à la Rotonde, nous avons rencontré Valerian Meunier (chanteur/guitariste) et Bertrand Gascard (guitariste) dans leur loge.

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Vous revenez d'une tournée d'une semaine en France. Avec quel sentiment?

Valerian Meunier: "C'était super. Nous avons été vachement bien accueillis partout. C'est une tournée qu'on a montée nous-mêmes. On avait de l'aide de groupes de différentes villes, avec qui on avait déjà joué, et qui nous ont filé des plans. C'était bien intense. Au début, c'était assez calme. Mais sur les trois ou quatre dernières dates, on a fait des concerts bien énergiques. Nous étions crevés. A chaque fois, il fallait se lever tôt car les distances étaient conséquentes. Encore ce matin c'était un peu rude, mais bon... ça valait la peine car le concert à Lille, par exemple, était juste incroyable."

Comment était l'accueil du public, qui ne vous connaît pas encore nécessairement?

VM: "Ca dépend. Le mardi à Paris, à l'Espace B, les gens étaient assez calmes. Ils étaient cools mais pas hyper chauds quand je compare avec la fin de semaine. Mais bon, on ouvrait pour Holy Wave. Les gens nous ont donné de super retours, ce qui fait très plaisir."

Et à Lille, en quoi était-ce tellement particulier?

VM: "Il faisait 35 degrés sur la scène. On suait tous comme des boeufs et les trois, quatre premiers rangs devant nous dansaient comme des dingues."

Bertrand Gascard: "On a joué deux fois à Lille et c'était à chaque fois la même chose. Je ne sais pas ce qu'il y a avec les Lillois mais ils hurlent à mort pendant les morceaux. Quand les gens hurlent après un morceau, c'est cool. Quand ils hurlent pendant, c'est incroyable. On a aussi des super souvenirs de Paris et de Nantes."

VM: "Chaque concert a sa particularité. Parfois, tu te dis "putain on a fait un super concert, c'était carré, les conditions étaient bonnes", tu peux aussi avoir un échange avec le public qui est incroyable, ou alors tu peux avoir des surprises où ça décolle à un moment et que tu n'as rien vu venir."

Et terminer par le Botanique, dans une Rotonde pleine à craquer, c'était la cerise sur le gâteau?

VM: "Ouais. Nous étions déjà passés à l'Orangerie, il y a deux mois et demi, en première partie de Jacco Gardner. Mais clairement, nous n'avions jamais joué sur des scènes aussi grandes."

BG: "Nous étions crevés. Mais d'un autre côté, tu te dis que c'est l'apothéose de la tournée et que tu vas pouvoir partager ton album. C'est super gai. Tout le monde était un peu naze en journée. Et puis, vers cinq ou six heures, tu as une espèce de pêche. Quand on est descendu de scène, on était tous sur les genoux."

VM: "En plus, c'était bien rempli. Tu arrives sur scène, les lumières se lèvent un peu, tu vois toutes les têtes et là tu de dis "okay..." "

Avez-vous eu l'impression de franchir un cap avec ce concert?

VM: "Oui, ça marque le coup. Là c'est un concert de sortie d'album. Et l'accouchement a quand même été assez long et laborieux. Mais, c'est une satisfaction. C'est comme un premier enfant. C'était laborieux car on écrit les morceaux depuis près d'un an et demi. On les a enregistrés en août. On a mixé pendant deux mois et demi. Avec deux sessions différentes en mix. Une première où on a défini un peu les choses. Puis on a fait une écoute avec un autre ingénieur son avec qui on bosse et qui nous aidait d'ailleurs pour ce concert au Bota, Jean-Guy. Il nous a aidés à avoir une bonne réflexion sur les morceaux, à prendre du recul. Cela nous a permis de taper dans le tas là où il fallait."

Avez-vous dû sélectionner des morceaux?

VM: "On s'était dit à la base qu'on allait faire quinze morceaux et qu'on en mettrait dix sur l'album. Mais, au final, la sélection s'est faite avant et on a préféré travailler un maximum les morceaux qu'on voulait enregistrer. On n'avait pas des masses de temps. On a eu huit jours en studio. Or, il faut compter un jour par morceau. On en a calé dix, onze en huit jours."

BG: "Pour revenir sur le côté laborieux. Ce n'est peut-être pas exactement le terme. C'est plutôt à la sueur du front. C'était laborieux dans le sens positif. Tu as des phases plus difficiles. Mais, dans l'ensemble, c'est énorme. C'est vraiment un voyage quoi."Moaning2.jpg

Y a-t-il une anxiété par rapport à l'accueil de l'album?

BG: "Non. En fait, on avait testé pas mal les morceaux en live. Ce n'est pas comme si on sortait des morceaux jamais entendus. C'est aussi parce qu'ils avaient déjà été joués, et que le public avait bien régi, qu'on a voulu les enregistrer."

VM: "Le disque qu'on fait, c'est la musique qu'on veut faire et qu'on aime. Nous sommes convaincus à 100%. C'est chouette si on peut avoir de bons retours. Mais on pourra également encaisser les critiques. Il y aura certainement des critiques négatives, des remarques. C'est normal."

Décririez-vous Moaning Cities comme un groupe de live?

VM: "C'est l'idée car un morceau studio, c'est une performance. Et chaque concert en est une autre. Il y a des contraintes techniques. On ne peut pas avoir exactement toutes les parties sur certains morceaux."

BG: "Avec nos ingénieurs, on réfléchit à l'approche. L'idée n'est pas de les restituer exactement comme ils sont sur l'album, mais d'avoir de l'énergie et de communiquer quelque chose."

VM: "Je n'aime pas trop les concerts où tu vois entends l'album. Ok, c'est pro. Mais je trouve que le concert doit apporter une valeur ajoutée. Après, on adapte aussi. On a par exemple fait des sessions acoustiques, comme à Mons lors du premier concert de la tournée. C'est aussi une façon de revisiter les morceaux et de les vivre très différemment. Pas mal de morceaux partent justement d'une ébauche acoustique, avec guitare/voix. On peut évoluer vers ça. Ce n'est pas parce qu'un morceau est parti dans une direction qu'il ne peut pas revenir à sa source."

Les morceaux de l'album, vous les jouez depuis combien de temps?

BG: "Certains sont nouveaux pour nous en live."

VM: "Et d'autres, depuis six mois, un an. On a commencé à en proposer certains lors de notre tournée en France et en Suisse."

Comment fait-on pour tourner en France et en Suisse avant même d'être connu en Belgique?

BG: "On donne des coups de fil et on envoie des mails!"

VM: "La tournée en Suisse, c'est parce qu'on avait des potes qui avaient une assoc' là-bas et ils organisaient des concerts."

BG: "C'est la même chose pour la France. A Nantes, nous étions invités par un groupe que nous avions déjà fait venir ici. On avait aussi un plan sur Rennes, qui ne s'est malheureusement pas fait. C'est un réseau entre groupes de la même veine psyché. Il y a un côté fraternel. On adore revoir ces types."

VM: "Encore cette semaine en France, nous avons été reçus comme à la maison."

Aviez-vous eu d'autres groupes avant?

VM: "Tim oui. Moi j'ai remplacé le guitariste dans un groupe. Mais c'est notre premier vrai projet sérieux."

BG: "Avant, nous étions tous des musiciens de chambre!"

On pourra vous voir en festival cet été?

VM: "On a un festival en France qui vient de tomber, en juin. Pour le reste, ça discute..."Moaning3.jpg

Quels sont vos influences. Si vous ne me citez pas les Doors, je ne vous croirai pas...

VM: "Clairement."

BG: "C'est drôle. Parce qu'on adore les Doors mais ce n'est peut-être pas ce qu'on a le plus écouté."

VM: "Il y a beaucoup de choses. Clairement toute la musique rock n' roll et blues des années 60, même 50 et 70. Mais aussi de la musique contemporaine du début du vingtième. Tim, lui, écoute beaucoup de musique orientale, forcément avec le sitar."

BG: "La période psyché de Woodstock, tout ça..."

VM: "On fait aussi du métissage avec de la musique africaine, du Moyen-Orient et même de l'Inde. Et, de l'autre côté, de la musique de l'ouest, que ce soit du blues ou du rock. Ce n'est pas quelque chose de nouveau, certes. Il y a eu plein de projets depuis les années 60. Les gens se sont ouverts au reste du Monde et je trouve ça intéressant. Tim a appris le sitar en Inde avec un grand maître. Il a fait son initiation là-bas pendant plusieurs semaines."

Tim Sinagra: "J'ai toujours eu comme rêve et fantasme d'inclure ces influences à un groupe rock. Mais je ne suis pas allé là-bas pour ça. C'était un voyage initiatique, qui allait vers le sitar. J'ai commencé à apprendre les techniques de la musique classique indienne. Mais, ce rêve était toujours présent dans un coin de ma tête. J'ai tilté il y a quelques années sur "Robert Plant and the Strange Sensations", qui a fait ce genre de mariage et j'ai vraiment accroché. Quand j'ai rencontré les bobbies là, c'était une évidence. C'était salvateur. Je suis parti quatre mois en voyageant entre Lille et Istanbul avec un ami d'enfance. On dormait dans la rue, sous les ponts, chez des gens qui nous accueillaient. Je suis resté deux mois en Inde."

Vous sentez-vous proche de groupes plus actuels comme Tape Impala, ou Black Rebel Motorcycle Club?

BG: "Ouais, clairement. Ce sont des groupes qui nous ont amenés vers ce qu'on fait maintenant."

VM: "En ce qui me concerne, c'est en allant à des concerts qui m'ont transcendé que j'ai eu envie de faire de même."

Et si tu devais n'en citer qu'un?

VM: "Celui de Black Rebel à l'Orangerie pour la tournée "Howl". J'étais sur mon cul. La musique, la performance, ce qui s'en dégageait,... Il y a aussi eu le concert de la tournée du deuxième album des Black Angels, dans la même salle. Puis tout un tas de concerts bizarres."

Vous sentez-vous singuliers sur la scène belge?

BG: "Pas vraiment. Il y a d'autres groupes du même genre comme Bed Rugs, avec qui on a joué à Deep in the Woods. On a un bon feeling avec eux. Ils sont plus psyché-pop."

VM: "Mais 'est vrai qu'il n'y en peut-être pas des masses. Ou alors on ne se connaît pas tellement. Il y a quelque chose en faire en Belgique."

BG: "Il n'y a pas non plus une envie de créer une école autour de ça."

VM: "Hier à Lille, deux mecs sont venus nous trouver. Il nous avait déjà vus il y a quelques mois. On leur a donné envie de faire de la musique. Et ça, c'est la meilleure chose que j'ai envie d'entendre après un concert."

Comment imaginez-vous l'évolution du groupe?

VM: "Des claviers vont probablement débarquer d'un moment à l'autre."

BB: "Il y a un tronc commun, et puis on peut évoluer. Sur l'album, il y a de l'africanisant, du blues,... On tourne autour de quelque chose, et puis le reste vient s'agglomérer autour."

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"Pathways Through the Sail", le premier album de Moaning Cities sortira dans les prochains jours. N'hésitez même pas, foncez...

Crédits photos: Nico Neefs et C. Lessire.

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