Vegas: "Evoluer, c'est prendre des risques"

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Vegas n'aura sans doute jamais aussi bien porté son nom. Trois ans après "An Hour With", le plus dansant des groupes rocks belges fait scintiller son nom et est de retour avec un album plus lumineux et plus entrainant. Produit par Leo Grandet et Charles De Schutter, qui ont notamment collaboré avec Vismets et M, "Everything You Know is Wrong" marque un tournant dans la carrière de Vegas. Nous les avons rencontrés quelques minutes seulement avant de monter sur les planches de la Rotonde pour un concert bondissant et jouissif. Avec plus de subtilités que par le passé, les blousons noirs sont de retour sur le dancefloor...

En quoi cet album est-il fort différent des deux précédents?

Seb (guitare): "Il l'est déjà par sa pochette. Généralement, on bosse toujours avec des couleurs sombres et ici c'est plus lumineux. Quand tu débarques avec une pochette sombre, ça donne directement une connotation plus dark à ta musique. Ce qui aurait donné une mauvaise idée de ce qu'on fait. L'autre différence primordiale, c'est qu'on a bossé les chants à fond. Avant on commençait par les instrus et puis on mettait le chant. Ici, on pose la chanson en fonction du chant. Cela donne un truc plus homogène. Les séquences ont trouvé leur place car tu les utilises comme un instrument au lieu d'un tapis permanent. Et au niveau du mixage, on a fait un mix pop où on a mis la voix d'Alky en avant. Comme les grands..."

Alky (chant): "Une pochette peut influencer dès le départ. Dans cet album, nos textes sont plus sombres qu'avant. Mais la musique fait ressortir le côté plus dancy. C'est surtout ça qui change. On a voulu aller vers des choses plus positives et ne pas tomber à nouveau dans un truc noir."

Seb: "On a voulu faire un album rock, mais qui fait danser les gens."

N'avez-vous pas l'impression d'avoir pris un gros risque?

Alky: "On se le dit encore maintenant. On en parle souvent. Mais si tu ne fais plus la musique qui te plait, alors il ne faut plus en faire. En tout cas, moi ça me rendrait malheureux."Vegas1.jpg

Le titre de l'album veut également faire passer un message?

Seb: "Tout le monde avait peut-être un a priori, une première idée. Là, on fait un peu page blanche et c'est reparti. Maintenant, on ne rejette pas ce qu'on a fait. Nos deux premiers albums sont un héritage. C'est un prolongement, une continuité. On a enfin réussi à poser ce qu'on avait en tête depuis le début. Il a fallu le temps qu'on apprenne. Maintenant, on arrive vraiment à sortir un son personnel et original. On évolue sans perdre notre identité. Récemment, on me demandait ce que ce sera dans dix ans. En fait, tant que ça monte, on bosse."

Alky: "Le jour où tu stagnes, vaut mieux arrêter."

Qu'avez-vous écouté récemment et qui vous ait donné envie d'évoluer vers ce nouveau son?

Alky: "Des trucs comme Swedish House Mafia. Des trucs modernes, mais il faut qu'il y ait du chant et de la mélodie. C'est ça qu'on veut mettre en avant depuis dix ans. Et je pense que sur cet album-ci, on est vraiment arrivé à ce qu'on voulait faire. Avant, on se cherchait. Là, c'est vraiment homogène. On savait où on voulait aller, et c'est ce qu'on a fait de A à Z. C'est ce qu'on avait en tête qui se retrouve sur le CD."

Seb: "Au niveau guitares, on a écouté des trucs un peu plus modernes genre Kings of Leon ou Biffy Clyro."

Cet album est-il le plus abouti de votre discographie?

Seb: "C'est ce qu'on se dit à chaque fois. Ici, on a pondu 30 titres et il y en a 13 sur l'album. Certains sont restés sur dix mesures, d'autres ont été répétés et abandonnés."

Les morceaux laissés de côté, pourrait les retrouver sur un album ultérieur?

Seb: "Non. Si on ne ne l'a pas mis aujourd'hui, le morceau ne sera pas meilleur dans deux ans."

Combien de temps avez-vois bossé sur cet album?

Alky: "Une petite année."

Seb: "Un an en off et puis trois mois à partir du moment où tu entres en studio. En amont de l'enregistrement, tu peux compter une centaine d'heure par chansons. On a un studio chez Alky. On enregistre les guitares etc et après, on retourne en studio pour faire les réglages définitifs. Il y a un putain de boulot au niveau de la compo."Vegas2.jpg

Quel est le morceau qui représente le plus le nouveau son de Vegas?

Alky: "Raise me up"

Seb: "Il ouvre l'album. Il donne le ton. Tu sens directement que ce sera énergique, que ce sera rock et dansant."

A quoi doit-on s'attendre en live?

Alky: "Ce sera plus dur que sur l'album car on aime envoyer du gros son. Ce sera plus énergique et moins posé."

Seb: "Quelques morceaux des albums précédents ont été mêlés à la setlist. On présente une heure qui tient la route de A à Z. Tout est réfléchi et enchaîné. Les morceaux joués, ce sont les plus puissants. C'est hyper homogène."

Il n'y a donc aucune place à l'improvisation?

Alky: "Pour le moment, non. Mais peut-être plus tard, car on vient d'avoir un nouveau membre dans le groupe. Il gère les séquences et le sampler. Grâce à ça, on pourra peut-être évoluer. Ce ne sera pas de l'impro car on n'aime pas travailler dans le brouillard, mais ce sera plus libre en live."

Seb: "On aime bien balancer des intros avant les concerts. Avant, c'était une séquence. On arrivait et on jouait dessus. Ici, c'est notre cinquième membre, qui la crée. On n'a jamais deux fois la même intro. Il met des effets. Il y a donc quand même un côté plus aléatoire dans le traitement de nos sons, un côté live. Puis on a aussi la possibilité, si c'est la folie pendant un pont et que les gens commencent à danser, de bouger. La formule est prête à la flexibilité, plutôt qu'à l'improvisation."

Comment a-t-il rejoint le groupe?

Alky: "Dim nous a découvert il y a trois ans, lors d'un acoustique à "50° Nord". On jouait tous les soirs un titre. Il est venu nous voir deux ou trois fois, je me suis lié d'amitié avec lui et il est désormais dans le groupe. On avait besoin de quelqu'un. On avait beau chercher, on ne trouvait pas."

Seb: "Il n'y a pas eu de phase d'adaptation, ça a collé direct. Désormais, les séquences sont vivantes. Le son électronique, qui est censé être figé, ne l'est plus."

Êtes-vous anxieux par rapport à l'accueil de l'album?

Alky: "On est plus anxieux pour l'accueil du live. Sur scène, on a une pression."

Seb: "T'as beau avoir répété 200 fois, c'est différent."

Alky: "Ce n'est pas comme si tu jouais pour trois potes..."Vegas4.jpg

Peut-on dire que Vegas, c'est la somme de toutes vos influences?

Alky: "Non car elles totalement différentes. Vegas, c'est un assemblement de nos quatre personnalités. Mais je ne pense pas que nos influences aient joué, sinon on aurait sorti un album new-wave. Moi, j'écoute IAMX, du hip-hop américain, beaucoup de house."

Seb: "Alors que moi c'est plus du rock classique, de la new wave. La phase punk et post-punk, ça c'était vraiment ma came. Après, ça dévie avec des groupes comme Nine Inch Nails, Tool. J'ai flashé sur Biffy Clyro aussi. A 15 ans, j'écoutais les Guns, Led Zep,..."

< Un entretien de Christophe Van Impe

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