Europavox: Clermont-Ferrand sous le charme du rock belge

Clermont-Ferrand sentait bon la Belgique vendredi dernier. Le festival Europavox, créé en 2006, avait en effet au programme une "Nuit Belge" concoctée par le Botanique, un concept qui s'est également exporté à Mons et à Paris (à la Maroquinerie avec Robbing Millions, The Feather et My Little Cheap Dictaphone) le lendemain. Pris par une soudaine envie de dépaysement, Sudpop est allé voir ce qui se EV14.jpgpassait du côté de l'Auvergne, à quelques encablures du Puy de Dôme. Clermont-Ferrand. Une rapide recherche nous permet de voir que cette ville de 140.000 habitants a vu naître Fernand Raynaud, Lolo Ferrari et les frères Michelin, le siège social y étant toujours implanté. C'est d'ailleurs dans uEV9.jpgn ancien grand magasin de çette marque que la ville décidait de construite le Polydome, centre de congrès et d'exposition. Centre névralgique du festival Europavox, il comporte le Forum d'une part, la Coopérative de Mai et sa petite salle adjacente de l'autre. C'est dans ces dernières que les artistes belges se sont donnés rendez-vous pour la Nuit du même nom. En rentrant dans le site du festival, situé dans un parc, on est tout de suite charmé de voir un grand espace rempli de stands et de nombreuses personnes, relax, allongées dans l'herbe. On passe devant l'entrée du Forum, où M et Stromae ont fait le plein vendredi et samedi, et on se dirige vers "La Coopé" et le Club Erasmus Plus, une des deux scènes gratuites du festival. Une plaque commémorative fraîchement placée au mur met à l'honneur la toute nouvelle collaboration avec le Botanique. Solennel mais sympa.

C'est dans ce cadre confiné que Robbing Millions débute le récital noir-jaune-rouge. Timorés, les Français semblent ne pas oser s'aventurer trop près de la scène, laissant un étonnant espace vide entre le groupe et le public. Ce qui n'empêche pas les Bruxellois, découverts en première partie de Girls in Hawaii au Cirque Royal et déjà passés par le Printemps de Bourges, de faire mouche avec leur rock psyché inEV8.jpgspiré de Frank Zappa. Petit coup d'oeil au passage dans le bar, où on voit que la pinte (un "demi" en Belgique) de bière est à 5.5 euros et celle d'Affligem à 7 euros. Cher mais encore raisonnable vu la différence de tarifs entre les deux pays.

Nous voilà donc prêts à pénétrer dans la salle principale. Les écrans placés derrière chaque musicien sont remplis d'étoiles et My Little Cheap Dictaphone commence son show pied au plancher. Les Liégeois, qui feront la tournée des festivals cet été et représenteront notamment la francophonie au Pukkelpop, étaient déjà présents à la Nuit Belge à Bruxelles. Visuellement et musicalement,EV7.jpg c'est la toute grande classe. Pourtant, pas énormément (on en reparlera...) de réactions au sein d'un public auvergnat qui commence à remplir gentiment les lieux. Le groupe y met pourtant de la bonne volonté et joue ses morceaux ("What are you waiting for", "Fire", "My Holy Grail"...) avec application et maîtrise. Heureusement, une classe d'enfants (on en reparlera aussi....) installée sur les gradins crie gaiement et met un peu d'ambiance! Et il y en avait dehors aussi avec, sur les marches de cet immense complexe, un batteur qui donne le rythme aux festivaliers amassés devant lui. Beaucoup de gens qui vont et viennent entre les salles et les stands, des sourires, du beau temps... Du festival comme on l'aime.

Retour à l'intérieur pour le concert de Mélanie De Biasio dans la grande salle de la "Coopé". Devant ses musiciens, avec ou sans flûte traversière, elle est lumineuse dans la pénombre, le lightsMelanie.jpghow rendant subtilement la chaleur de sa voix et de ses compositions jazz. Une ombre qui n'a même pas besoin de vous chasser, tant vous restez scotché devant elle. Sa présence dans ce genre d'évènements, pas toujours évidente pour tout le monde à première vue, ne se discute plus et c'est tant mieux. Plus tard dans la soirée, les Girls In Hawaii ne se sont pas trompés en dédicaçant "Here I Belong" au "concert hyper classe, étrange et subtil de Mélanie De Biasio".

On continue dans le calme avec la prestation d'Amatorski. Trop calme peut-être pour le lieu. Le bar contigu à la scène et la gratuité du concert sont la cause principale d'un certain brouhaha au-dessus duquel la musique douce et inspirée par la voix de Inne Eysermans peine àEV6.jpg passer. Jolis moment fragiles tout de même, tant les Gantois proposent des mélodies soignées. Mais à revoir dans un autre contexte.

Les Girls in Hawaii, tête d'affiche de la soirée, parviennent eux à se faire entendre. Et à nouveau, même si la Coopé est fort bien garnie, malgré le petit concert surprise improvisé par M sur la scène gratuite à l'extérieur, on ne ressent pas une énorme ambiance, et c'est un euphémisme. Le premier rang est atteint en quelques secondEV4.jpges et le public ne semble pas très chaud à l'idée de taper dans les mains ou célébrer telle ou telle chEV1.jpganson. La setlist est pourtant plutôt fidèle aux habitudes, avec "Not Dead" au début et un "Misses" qui a grondé mais en gardant sa magnifique sensibilité. Les écoliers sont restés et le groupe leur a dédié "Plan your escape", le premier des deux rappels. Flavor, et sa tension incendiaire, se chargeant de clôturer un show comme toujours rondement mené par les Brabançons. Ceux-ci encourageaient également le public à aller voir The Belgians pour finir en beauté la soirée.

Sous ce nom sans équivoque se cache en fait The Experimental Tropic Blues Band, qui a décidé de mettre le plat pays qui est le nôtre à l'honneur dans sa musique et son show sur scène. Une formule qui avait déjà fait l'unanimité à Dour en 2013 et, plus récemment, aux Nuits. Nous avons donc eu droit à une sorte deEV10.jpg "Télé de A à Z" absolument géante, sur fond de rock garage survitaminé et d'esprit punk. Point d'Elodie de Sélys, mais une autre figure de la RTBF: c'est la voix d'Ophélie Fontana qui lance le concert. Les Diables Rouges, Sandra Kim et Clijsters, Jean-Mi, Plastic Bertrand, la conférence de VDB ou Jan Bucquoy en enfilade dans des vidéos épileptiques... On rigole en voyant un gars quicher sa miEV11.jpgtraillette arrosée de Jupiler, mais on grimace en voyant une longue séquence sur la tuerie de Liège en décembre 2011. Le sourire et le malaise s'entremêlent pour donner une version kaléidoscopique de notre petit pays. Les Français encore présents dans la salle ne comprennent pas la moitié du quart des images, mais sont complètement pris par l'énergie sur scène et au premier rang. Le groupe (habillé au couleurs du drapeau belge) ayant pas mal écumé les petites scènes de l'Hexagone, on recense même quelques fans locaux purs et durs. C'est pourtant bel et bien un drapeau belge qu'on voyait sur les écrans au moment de quitter la salle.

Et de quitter le festival tout court d'ailleurs, non sans avoir été remettre les gobelets réutilisables au bar et avoir salué Boris des GIH qui s'avalait un hamburger tranquille avant de prendre la direction de la Côte d'Azur pour le festival "Le Mas des Escaravatiers". Europavox-Botanique, une collaboration qui méritera d'être suivie avec attention. Nous, on attend déjà les noms pour la prochaine édition...

> A Clermont-Ferrand, Philippe Sadre et Christophe Van Impe

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