Saint André: "Alessandro Baricco et Claude Sautet m'inspirent plus que les musiciens"

Sur "La Proposition", il déclare joliment sa flamme à la Rotonde du Botanique. Pourtant, c'est à l'Ancienne Belgique que Saint André débutera sa tournée en salles mercredi prochain (5 novembre). Dans les salons de l'hôtel Métropole. Il nous parle de la Corse mais aussi de Claude Sautet et d'Alessandro Baricco. "En fait, les artistes musicaux m'inspirent vraiment peu", dit-il.

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Tu auras bientôt enfin ton nom dans le hall d'entrée de l'Ancienne Belgique. Alors, excité à l'idée de débuter ta tournée dans cette salle?

Jean-Charles Santini: "Je suis extrêmement enthousiaste et impatient. Ce sera notre premier concert en salle depuis la sortie de l'album. Ce sera l'occasion de présenter la scénographie, avec un visuel particulièrement original et des surprises. Ce sera plus qu'un concert. En plus, l'AB est une salle extrêmement belle. Je n'y suis jamais allé. J'ai juste des souvenirs de captations en live, notamment d'un concert de dEUS tourné là-bas."

Comment un Corse peut-il avoir un lien aussi fort avec la Belgique?

"Je suis arrivé à Liège à l'âge de 22 ans, pour y faire des études de kinésithérapie. Sur place, j'ai ressenti quelque chose d'extrêmement fort. Le facteur humain est extrêmement important dans la Cité Ardente. J'y ai passé quatre années merveilleuses. La scène rock que j'y ai découverte entre 2002 et 2006 me parlait beaucoup. La Soundstation, l'Escalier, le Pot au Lait,... Pour moi, la Belgique c'est un peu une adoption."

A quel âge as-tu commencé à composer?

"J'étais addict au piano dès l'âge de 13 ans. Ce n'était pas un héritage familial, sauf au niveau de l'objet. Il y en avait un à la maison, mais mes parents ne venaient pas du tout d'un milieu musical. De 13 ans à 17 ans, je jouais du piano neuf heures par jour. Je composais et j'écrivais en secret, et je n'osais même pas chanter. Un jour, j'ai sauté le pas. Mon timbre de voix est particulier, et j'en avais un peu honte. J'ai mis du temps à m'accepter. J'ai beaucoup travaillé. Je me considère plus comme un artisan qu'un artiste. Un jour, je chantais une maquette dans un salon, et j'ai senti que le regard des choses avait changé."

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Dans quel état d'esprit es-tu quand tu composes?

"Dans tous les cas, ça doit être une urgence. La composition, elle apparaît dans des moments qu'on ne soupçonne pas. J'ai toujours un calepin sur moi, ou alors je fais en sorte de ne jamais être loin d'une papeterie. Les histoires sonnent souvent mieux quand c'est autobiographique. Et quand on chante en français, on a l'exigence de sonner vrai, sinon ça n'a pas de force. C'est peut-être pour ça qu'il faut parfois attendre un certain âge pour écrire en français. Dans mes histoires, il y a la volonté d'explorer des états. Par exemple, vous pouvez parfois recevoir un sms, et ça fait l'effet d'un coup de tonnerre."

Quels sont les auteurs qui t'inspirent?

"Certains m'inspirent dans le style, comme Alessandro Baricco. Notamment son livre "Soie". Tout ce qu'il a écrit me touche car il y a une grande humanité dans sa plume. J'aime tout ce qui explore l'humanité, comme les films de Claude Sautet. Pour être honnête, les artistes musicaux m'inspirent vraiment peu. Même si je peux évidemment apprécier l'énergie de certains comme Phoenix ou M83, ou alors la plume de Dominique A. Sa chanson "Quartiers Lointains", elle est extraordinaire. Il y a une finesse incroyable dans ce morceau. Chez Miossec aussi. Après, ce qui m'inspire, c'est surtout la vie et beaucoup d'images de cinéma. C'est peut-être l'art le plus abouti."

Dominique A est passé à la littérature. Pourrais-tu aussi un jour franchir le pas?

"J'aimerais beaucoup. Après, c'est comme en musique. Si ce que je fais n'a pas la force nécessaire pour revêtir un intérêt artistique, alors je ne vais pas plus loin. Quand on se présente face à des gens, la moindre des choses c'est d'être exigeant avec soi-même."

Que connaissais-tu de la scène belge avant de débarquer à Liège?

"En réalité peu de choses, à part les incontournables. J'ai découvert dEUS par exemple, que je ne connaissais pas. "Sister Dew" est magnifique. Et puis "Hotellounge" aussi. J'y pense car le clip a justement été tourné ici, au Métropole. Ensuite Jeronimo, Venus, Ghinzu, Girls in Hawaii,... Sharko aussi qui pour moi est un vrai génie. C'est un artiste juste phénoménal. Une concentration pareille au kilomètre carré, c'est presque intéressant scientifiquement parlant. C'est aussi le cas de l'Islande. C'est peut-être en lien avec les ressources telluriques en fait."

Sur ton premier album, tu reprenais "Comme ils disent" de Charles Azanavour. C'était un hommage ou alors un message à transmettre?

"C'était l'urgence de reprendre un message, mais dans une version un peu plus sauvage. Je trouvais le texte incroyablement rock et puissant. Aznavour a cette espèce de violence contenue, mais on sent chez lui une forme de revanche. Ce texte décrit mieux que n'importe quel autre texte la bêtise humaine. Je lui ai donné un côté un peu opéra à la Queen."

A l'époque, tu parlais aussi de football avec cette chanson consacrée à George Best...

"George Best était plus qu'un simple footballeur, c'était une rockstar. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelait le "cinquième Beatles". Il y a quelque chose d'épique et de cinématographique dans sa chute. Ce qui m'a touché, c'est la tendresse qu'il y avait chez les gens quand il s'est éteint."

Ecrire une chanson sur le foot, c'est casse-gueule non? A part "Platini" de Julien Doré, il y en a peu de réussies...

"Rien n'est compliqué quand c'est honnête. Mais c'est vrai qu'il y en a peu de bonnes. Comme il y a très peu de films sur le foot qui sont des réussites. En fait, il faut romancer le foot, comme le fait le magazine So Foot. Surtout si la fin est un peu foireuse. Mais on peut être tranquille, c'est le cas dans 80% des cas, comme s'il y avait une forme de déterminisme."

Et tu supportes quelle équipe?

"Le SC Bastia évidemment! Je suis tombé dedans quand j'étais petit. Heureusement qu'on a Guillaume Gillet d'ailleurs. Un Liégeois, ça devait être écrit! J'ai beaucoup de tendresse pour un personnage comme Frederic Antonetti. Je l'ai suivi durant toute sa carrière. Il a un côté touchant. C'est l'incarnation même du Bastiais dans sa verve, dans son enthousiasme démesuré, dans ses excès mais aussi dans sa générosité."

> Un entretien de Christophe Van Impe

 

 

 

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