Adrien Gallo: "Je ne suis plus dans la fausse rébellion"

"Gemini", c'est l'excellente surprise de cette fin d'année. Le temps d'un album solo, Adrien Gallo a délaissé le rock adolescent des BB Brunes pour poser sa voix aux cotés de celle d'Ella Waldmann, sa compagne. Le spectre de Serge Gainsbourg est omniprésent, ça flirte avec l'univers d'Etienne Daho et ça sent bon le sable chaud. Nous avons rencontré Adrien quelques heures avant qu'il n'aille assister au concert de Julien Doré à l'Olympia.Unknown-3.jpeg

Adrien, comment t'es venue cette idée de mettre le groupe entre parenthèses pour tenter l'aventure solo?

"Il y a deux ou trois ans, j'ai eu très envie de faire des chansons avec une voix féminine. J'ai fait chanter ma copine, et je suis vraiment tombé amoureux de sa voix. On a continué à faire des compositions chez nous. Il y en a eu de plus en plus, ça m'a permis de m'ouvrir à un autre univers. Il y avait notamment déjà "Crocodile" et "Cornet Glacé". Du coup, je me suis dit que c'était dommage de ne rien sortir, de ne pas en faire quelque chose. J'avais déjà fait écouter au groupe, et ils avaient bien aimé. Ils m'ont même encouragé dans ma démarche. Cette parenthèse entre deux albums du groupe tombait bien."

Pourquoi ne pas avoir crédité le nom de ta copine?

"Elle ne voulait pas. Elle n'avait pas envie de s'exposer et je la comprends tout à fait. Car quand tu t'exposes, il n'y a pas forcément que de la bienveillance. Si jamais il y a une tournée, il se pourrait qu'elle soit de la partie, mais rien n'est encore fixé car je ne sais pas si elle sera en mesure de le faire. De toute façon, tout dépendra déjà de l'accueil de l'album. Si jamais je tourne, ce sera entre mars et la fin de l'été."

Cette complicité ramène forcément aux grands duos de l'époque. T'en es-tu inspiré?

Unknown-1.jpeg"Complètement! Gainsbourg-Birkin, Dutronc-Hardy ou Berger-Gall, tout ça c'est mythique."

Tu ne me contrediras pas si je te dis que "Gemini" n'a pas grand-chose à voir avec ce que tu fais avec les BB Brunes... Vise-tu un public différent?

"Cela n'a en fait rien à voir du tout. C'est beaucoup plus léger, plus pop. C'est important d'à chaque fois redéfinir un nouveau style. J'ai besoin de me réinventer pour ne pas m'ennuyer. C'est important de prendre des risques. Avec cet album, je ne vise pas un public en particulier. Je fais les choses par rapport à ce que j'ai envie de faire sur le moment, par rapport à mes exigences. Après, je me rends bien compte qu'il y a des gens qui n'aiment pas le groupe mais qui aiment cet album, et des fans du groupe qui n'aiment pas cet album. Tu sais, je n'ai aucun problème avec le terme "populaire". Au contraire, je ne le trouve pas péjoratif. Maintenant, c'est vrai que j'ai évolué, que je me sens plus adulte. Je ne suis plus dans la fausse rébellion comme je pouvais l'être au début des BB Brunes. C'était sans doute lié à ce que je vivais à l'époque, à mes problèmes d'adolescent."

Tu dis ne pas vouloir toucher un public plus large, mais tu te retrouves tout de même à chanter avec Julien Clerc sur le plateau de Michel Drucker...

"Oui, ça touche forcément un public beaucoup plus large. Julien Clerc a apprécié l'album, et ça m'a touché. Après, ce n'était pas nécessairement le but car c'est un album intime. Je n'avais pas cette prétention de toucher un public plus large. A la base, je n'écoute pourtant pas trop Julien Clerc. C'est quelqu'un qui a une superbe carrière, et qui a écrit de magnifiques mélodies, notamment celle de "Ce n'est rien". Mais je me retrouve plus dans l'univers de Serge Gainsbourg, d'Alain Bashung, d'Etienne Daho ou de Christophe. Gainsbourg, j'adore toutes ses époques. Le gars il a fait de l'électro, du piano-bar, du jazz,... Et Christophe, c'est le maître. Il a été totalement novateur en matière de découverte de sons."Unknown-4.jpeg

Que rétorques-tu si je compare ta démarche à celle de Julien Doré?

"Je confirme complètement. Julien, que je connais bien, est d'ailleurs en quelque sorte un héritier de Christophe. Je le connais depuis huit ans, et nous avons notamment le même réalisateur (Antoine Gaillet). Il y a comme une connexion. Il a même fait référence aux BB Brunes dans un de ces morceaux. Personnellement, je ne l'ai jamais vu comme quelqu'un venant de la Nouvelle Star, car il a son propre univers. Ce soir, je vais d'ailleurs le voir à l'Olympia."

Tu vis actuellement à Los Angeles. Cela influence-t-il ton écriture?

"Je suis encore à LA jusque janvier. Et effectivement, il y a une chanson que je pense que je n'aurais pas écrite à Paris. Je bosse beaucoup quand je suis en voyage, ça me permet d'éviter de m'ennuyer. C'est pour ça que je fais référence à beaucoup de villes, où je ne suis pourtant pas nécessairement allé. J'écris aussi beaucoup quand je suis seul dans mon appart à Paris. J'ai un piano chez moi. L'ennui me fait peur, j'ai besoin de rester actif. Bon, parfois ce que j'écris est juste nul. C'est relou, mais ça arrive."

Tu n'as jamais pensé franchir le pas vers la littérature?

"D'autres l'ont fait, c'est vrai. Mais je ne m'en sens pas capable. Pourtant, j'adore certains auteurs et ma copine est encore bien plus littéraire que moi. Mais j'aime être emprisonné par la contrainte d'une mélodie. Se retrouver face à une feuille blanche, pour de la pure prose, je ne le sens pas."

Tu es issu d'une famille musicienne?

Unknown.jpeg"Mon père, qui est issu d'un milieu artistique, a fait du piano mais pour le plaisir. Moi, j'ai commencé à cinq ans. Mes parents voulaient juste que je termine mon bac L, ils n'ont jamais été opposés à ma carrière musicale. Ma mère est psychologue, elle est très ouverte!"

Comment se dessine l'avenir des BB Brunes?

"On bosse déjà sur le prochain album, qui devrait sortir en décembre 2015. Ce sera plus rock."

La pression est-elle plus importante lors de la sortie d'un album solo?

"Non, au contraire. Si "Gemini" ne marche pas, ce n'est pas trop grave. Alors que les albums de BB Brunes ont tous cartonné. Quand tu es disque de platine, tu ne peux pas te permettre de foirer le suivant."

Vous parvenez à percer les frontières de la francophonie malgré la barrière de la langue?

"C'est compliqué. Mais on a joué en Russie, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et l'accueil était fantastique. Pourtant, on n'avait fait aucune promo! On a essayé l'anglais, mais l'album n'avait pas marché du tout. On avait notamment deux chansons dans le film "Asterix et Obelix au service de sa Majesté". On jouait le rôle de bardes. C'était un peu comme un Unknown-2.jpeggrand Disneyland Paris. Le problème c'est que quand tu chantes en anglais, tu mets forcément l'accent sur la musique. En français, tu peux faire passer beaucoup plus de choses."

> Un entretien de Christophe Van Impe

> Photos de Juliette Abitbol

 

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