Talisco: "J'ai besoin de mon espace de liberté"

Talisco, alias Jérome Amandi, est un bourlingueur. Après avoir puisé ses influences dans le sud de l'Espagne, à Montréal et en Californie, il était temps pour ce Bordelais d'enfin mettre les pieds en Belgique. A quelques jours de la sortie de son album chez nous (le 12 février) et avant de mettre le feu aux Nuits du Bota, nous l'avons rencontré dans un hôtel cossu de la capitale. Un artiste fascinant à voir le 10 mai aux Nuits et le 5 juillet au Festival Rock A Field. Il sera également sur le plateau de d6bels On Stage le 8 mars.Talisco (1)@Ben Wolf.jpg

Qui se cache derrière Talisco? Un groupe comme en live ou alors Jérome, la personne que j'ai face à moi?

"Tu as très bien résumé la situation. En live, c'est un groupe. Mais je suis tout seul à porter le projet. Je suis le seul à composer, et sur scène je suis accompagné de Thomas et Gauthier."

Tout faire tout seul, c'est une volonté?

"C'est une conséquence, car j'ai bougé à droite et à gauche. Cela fait aussi partie de mon tempérament. Je ne suis pas solitaire, mais j'aime avoir mon espace de liberté. Je peux composer avec d'autres, mais je ne suis pas marié!"

Tu as beaucoup voyagé. T'inspires-tu des endroits visités?

"Que tu le veuilles ou non, artiste ou pas artiste, tu t'ouvres à d'autres choses quand tu voyages. Tu prends des émotions et tu les intègres à ta personnalité. Forcément, ça vient te bousculer en tant qu'artiste."

Qu'as-tu par exemple puisé lors de ton séjour d'un an à Montréal?

"J'y ai puisé le côté un peu fou-fou qu'on retrouve surtout aux Etats-Unis. Il y a une espèce d'effervescence en termes de création et d'éclate. Les mecs ont envie de faire plein de trucs, ils sont toujours à l'écoute de nouveautés. En France, il y a une vieille culture. Quoi qu'on dise, nous sommes un peu fermés. Quand tu vas au Canada ou ailleurs, tu mets tes pompes cirées de côté et tu enfiles des baskets dans lesquelles tu te sens bien."Talisco - Cotelac@Mathieu Zazzo.jpg

Cela veut-il dire que tu trouves la scène française trop cloisonnée?

"Je n'ai pas de problème avec la scène française. Il y a des choses vachement intéressantes. Il y a des groupes que j'adore comme Concret Knives et The Do. Leurs albums ont une gueule d'enfer. Mais ce sont des groupes qui chantent en... anglais."

Justement, pourquoi avoir décidé de chanter en anglais?

"Franchement, je ne boude pas du tout le français. C'est juste comme un choix de guitare. Mais c'est vrai qu'en français, tu peux aller vachement loin dans les textes. Disons que c'est plus une recherche de sons. J'ai déjà écrit des morceaux en français, mais que je n'ai jamais sortis. Quand j'écris en français, je mets davantage le chant en avant. Quand je chante en anglais, je l'enveloppe plus comme un instrument."

Quelle est la signification du nom Talisco?

"C'est un hommage à quelqu'un que j'ai connu dans le passé, et qui n'existe plus aujourd'hui. J'en ai fait un peu mon secret, par superstition."

Tu reviens du festival Eurosonic à Groningen. Comment cela s'est-il passé?

"C'était top. Nous étions comme des gosses. C'était surtout la première fois que je mettais les pieds aux Pays-Bas. On a fait plein de rencontres. Il y avait plein de groupes, pas mal d'artistes belges d'ailleurs. Il y a des super groupes en Belgique, comme Girls in Hawaii ou les Vismets. En France, la scène belge est très vendeuse. Je suis très content d'enfin arriver en Belgique, et de notamment passer à "d6bels on stage". Je me demandais pourquoi je parvenais à percer en Allemagne et pas chez vous. Or, la Belgique est un couloir incontournable."

Justement, tu seras aux Nuits du Botanique au printemps...

"Je suis impatient, mais je ne vois pas ça vraiment comme un examen. Je ne suis pas du genre à me mettre énormément de pression. Je profite du moment, car l'industrie de la musique est fragile. Même si j'espère évidemment que mon album réussira chez vous."Talisco (2)@Ben Wolf.jpg

On qualifie ta musique d'électro-folk Te reconnais-tu dans cette étiquette?

"Quand j'écoute l'album, je n'entends pas forcément d'électro. Je sais qu'il y a un côté électro, mais je vois ça plus pop-rock. Cela ne me dérange pas, car c'est intéressant que chacun entende ce qu'il veut. Sur scène, c'est d'ailleurs beaucoup plus rock. C'est assez frontal, on mélange les morceaux. Il faut que l'énergie soit rock. Jack White, par exemple, qui envoie sa guitare comme une tronçonneuse sur scène, ça me touche."

Quand as-tu commencé la musique?

"Certains prétendent que c'est quand j'avais quatre ans, mais c'est faux. A cet âge-là, je jouais aux Legos. Je suis un fils unique, je devais trouver un moyen de m'occuper. Je m'y suis vraiment mis à onze ans, quand on m'a acheté une guitare. Je suis tombé complètement amoureux. J'ai fait quelques accords, et j'ai composé mes premiers morceaux à l'âge de douze ans. Je suis un gros bosseur, j'ai l'anxiété du résultat. Je ne lâche pas tant que je n'ai pas quelque chose. Je n'ai pas d'héritage musical. L'héritage, il est au niveau de la sensibilité. Je viens d'une famille qui est originaire du sud de l'Espagne. Là-bas quand on pleure, on pleure beaucoup. Et quand on est en colère, on est très en colère. Les sentiments sont exacerbés, et forcément il y a des choses à dire. Ma grand-mère chantait beaucoup. Mes parents ne m'ont pas encouragé. Pour eux, on ne gagnait pas sa vie en faisant de la musique. J'ai bossé, j'ai mis mes rêves de côté et c'était logique. Je m'y suis remis il n'y a pas très longtemps. C'était il y a quatre ans. J'habitais dans un quartier avec beaucoup de magasins d'instruments de musique et ça a fait effet boule de neige. En quelques mois, j'avais des morceaux que je pouvais envoyer à des maisons de disques."

Quels sont les artistes qui ont bercé ton enfance?

"A onze ans, j'écoutais les Beastie Boys et Beck. Soit des mecs qui ne savaient pas forcément jouer d'un instrument en particulier, mais qui bidouillaient Je mettais un micro à côté de mon lecteur de cassettes, et je créais des sons."Talisco (3)@Mathieu Zazzo.jpg

Tu es donc plutôt autodidacte?

"J'ai pris des cours de guitare pendant deux ans. Le prof a compris au quatrième cours,  que j'allais me casser si on ne faisait pas des trucs ludiques."

Tu viens de Bordeaux. Pourtant, tu sembles à des années-lumière de la scène bordelaise...

"Je ne veux absolument pas m'associer à la scène rock bordelaise. On m'a bassiné avec ça pendant toute mon adolescence. Il n'y a pas que ça, on s'en fout de la scène bordelaise. Je n'aime pas l'idée de faire partie d'une scène."

Tu vis désormais à Paris. Est-ce indispensable pour percer?

"Non, je suis venu pour le travail. J'aime Paris, j'aime vivre en grosse communauté. Il y a plein de choses qui bougent, c'est très beau. Après, c'est quand même une ville un peu à la con, où tout coûte très cher. Pour percer aujourd'hui, il faut simplement savoir bouger. Où que tu ailles, pas nécessairement à Paris."

Les States, c'est une source d'inspiration importante?

"Les States, c'est une cour de récréation. Le haut de la Californie, c'est incroyable. Ce sont des grands enfants là-bas, les mecs s'éclatent. Quand tu vas là-bas, tu as l'impression que tout est possible. Aux USA, j'ai encore 18 ans, je veux manger des burgers, je veux boire un grand Coca, je veux rouler dans des grosses bagnoles qui font plein de bruit. J'ai l'impression de lâcher les chevaux."Talisco(5)@Ben Wolf.jpg

On ressent cette influence dans tes clips, qui sont conçus comme de vrais courts-métrages.

"C'est indispensable de communiquer quand tu fais de la musique, de parler de ce que tu fais à-travers l'image. Ce court-métrage est codé, et on y retrouve tous les thèmes de l'album."

Le côté Tarantino, il était voulu?

"Non, c'est plutôt une conséquence. C'est un peu inconscient, je pense. Je ne partais pas avec l'idée de faire un truc de cow-boys, mais je me suis retrouvé dans des paysages arides en Californie et dans le Nevada, avec des personnages marqués et bruts. Oui, ça fait un peu penser à Tarantino. Je n'ai rien inventé hein. Il y a toujours des codes et des influences. Aujourd'hui, c'est compliqué d'avoir la prétention d'inventer quelque chose."

> Un entretien de Christophe Van Impe


 

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