Baden Baden: "Le confort, ça tue la créativité"

Baden Baden, c'est un nom énigmatique et une musique fascinante. Avec "1000 Eclairs", son deuxième album, le trio français nous emmène dans un univers brumeux, aérien et mélancolique. A découvrir sur scène au Botanique le 15 avril et au Village Francofou le 20 juillet. Voici un long entretien, où ils nous parlent de l'influence de leur environnement sur la musique et de leur amour pour le post-rock.Photo_Baden_HD4.jpg

Commençons par la question qu'on a dû vous poser 1000 fois... pourquoi avoir opté pour le nom Baden Baden, alors que vous n'y avez jamais mis les pieds?

Eric Javelle: "C'est d'abord une approche sur la sonorité. On n'a pas voulu faire un clin d'oeil à l'histoire, ni même aux thermes. On nous dit souvent qu'il y a un rapport à l'eau sur ce dernier album, mais c'est un heureux hasard. Au départ, il n'y a aucune volonté d'intellectualiser ce nom, c'est juste une sonorité qui nous plaisait beaucoup. C'est une ville qu'on ne connaît pas du tout, mais sur laquelle on a fantasmé. On a une idée très vague de ce que ça pouvait représenter, et ce n'est pas plus mal."Pochette_album_Mille_Commercial.jpg

Julien Lardé: "On avait hésité avec Albuquerque."

Le cap du deuxième album était-il angoissant?

E.J.: "On était dans une angoisse terrible. Non, je rigole. Mais on ne l'a pas non plus pris par-dessus la jambe. C'était une pression, une envie qu'on se mettait nous-même. Sur le premier album, on a eu un très bon accueil. Les retours, on ne les a jamais vécus comme une pression, mais plutôt comme une prise de confiance dans notre écriture. On avait envie d'évoluer, de ne pas refaire le premier album. Il y avait aussi le risque de perdre une partie des gens. On n'est pas en rupture par rapport au premier, mais on creuse un sillon qui est de plus en plus personnel. Déjà, ce qui est très identifiable, c'est que tout est désormais en français. Au niveau de l'écriture, ça a libéré des choses. Le terrain était plus vierge, moins exploré. Nos influences anglo-saxonnes, elles sont dans la musicalité et la production, avec des trucs aériens, réverbérés et distordus. On voulait marier ça avec le français. Cela nous permet une écriture plus fluide, plus fournie. C'est désormais plus précis et plus nuancé dans les textes."Photo_Baden_HD1.jpg

N'avez-vous pas eu peur de déstabiliser votre public, qui s'était habitué à vous entendre chanter en français et en anglais?

E.J.: "Oui mais c'est ça qui nous stimule. Le confort, ça tue la créativité. On voulait proposer quelque chose où les gens ne nous attendaient pas nécessairement. Ce qui était intéressant, c'était d'aller en terrain inconnu."

Gabriel Vigne.: "Sur le premier album, le fait de chanter en deux langues pouvait aussi être déstabilisant. Il y a peu de groupes qui le font."Photo_Baden_HD2.jpg

Le choix est-il définitif?

E.J.: "Non. Très souvent, quand on fait les maquettes, c'est d'ailleurs en yaourt. L'anglais, je pense que c'est un truc sur lequel on reviendra. Du coup, se pose la question du mélange des deux et de passer de l'un à l'autre en live. Si ça tombe, le troisième album sera totalement en anglais. Petit à petit on réintègre d'ailleurs de l'anglais au live, et ça ne se marie pas si mal."

Quelles sont vos principales influences?

J.L. : "On a tous beaucoup écouté Grandaddy. Mais pendant l'écriture de cet cet album-ci, c'est Timber Timbre qui nous a bercés."

Dans certaines morceaux, on ressent d'ailleurs une tonalité très post-rock...

E.J.: "Cet aspect-là, il vient de Julien. Il écoute énormément de choses très aériennes."

G.V.: "On adore aussi Mogwaï et Sigur Ros."Photo_Baden_HD5.jpg

J.L.: "Et puis aussi toutes ces choses des années 90. Des trucs qu'on écoutait quand on était plus jeunes, comme Radiohead. "Ok Computer", on a dû l'écouter cent fois chacun."

E.J.: "On aime aussi l'écriture en français de certains artistes comme Bashung ou Brel. On a un amour de la mélodie. Dans notre approche, il n'y a jamais de frontière entre la mélodie et la voix."

Vous aimez les prises de risques. Au point d'oser un jour un album instrumental?

E.J.: "Je ne pense que notre manager serait d'accord, mais ce serait très excitant. Pourquoi pas sous un autre format, plus court. L'instrumental, c'est un exercice que j'admire beaucoup. On ne le cite jamais dans nos références, mais on adore le groupe Rien, qui oeuvre dans ce domaine. J'ai un caractère impatient. C'est pour ça qu'on aime la pop, pour son côté immédiat."

J.L.: "C'est très excitant de laisser trainer les sons et de se laisser entraîner."

Eric, ton timbre de voix qui fait penser à Florent Marchet, il y a des jours où on ne t'en parle pas?

E.J.: "Tout le monde me le dit, donc je suis bien obligé de le reconnaître. C'est un peu comme quand on te dit que tu es le sosie de quelqu'un, alors que tu ne vois aucune ressemblance. "

G.V.: "Sur "Bamby Galaxy", Florent Marchet s'est à nouveau réinventé. Tu parlais de la voix, mais je trouve qu'il y a également une comparaison dans l'architecture des morceaux, qui est fouillée."Photo_Baden_HD3bw.jpg

Êtes-vous influencés par d'autres disciplines que la musique?

E.J.: "Tout ce qui est lié à l'émotion, en fait. Figure toi que ce qui m'inspire le plus, c'est... le sport. Le groupe m'est venu sur le tard, alors que j'avais 28 ans. Dans ma jeunesse, j'ai fait du tennis et du basket. Je vois souvent plein de parallèles entre la musique et le sport, dans l'émotion que ça procure. La seule différence, c'est l'absence de compétition dans la musique."

Pourquoi avoir confié le mixage de l'album à Barny Barnicott, qui a notamment bossé avec Arctic Monkeys?

E.J.: "C'était une manière de sortir de nos réflexes, de nos zones de confort. On avait besoin de bousculer les morceaux. On lui a envoyé la matière brute, et il était libre d'en faire sa propre relecture."

G.V.: "On a enregistré en France. Après, on a décidé de faire mixer par cet Anglais. Il y avait un parti prix intéressant au niveau du travail sur la voix, vu qu'il ne comprenait pas les paroles."

J.L.: "Nous étions déstabilisés au début. On vit tellement avec les démos, on s'attache à des trucs. Et puis on reçoit le travail et on ne reconnaît parfois pas nos morceaux. Mais elle est où la guitare? Il l'a foutue dans les chiottes? Nous étions pourtant tellement convaincus de détenir la vérité."

E.J.: "Ce n'est même pas qu'on ne les reconnaissait pas, on ne comprenait pas. Je me demandais parfois s'il avait fait ça en deux heures."Photo_Baden_HD8.JPG

J.L.: "Très honnêtement, certains morceaux j'ai dû les écouter quinze fois pour les accepter. Eric, je pense qu'il n'en a pas dormi. Au final, on adore son approche. Mais il y avait un côté très perturbant."

C'était important de s'isoler en Normandie pour écrire et composer?

E.J.: "C'était une superbe parenthèse, qui a imprégné l'écriture. L'importance de l'environnement, elle est énorme. C'est pour ça que j'ai eu envie de quitter Paris, car les premiers morceaux étaient très denses, très anxiogènes. Si j'étais resté à Paris, tout l'album aurait été comme ça, et ça aurait été épuisant. J'étais usé. Paris, c'est une ville frénétique, avec 1000 sollicitations et du bruit tout le temps et partout. Je suis allé vraiment à l'opposé. Je suis allé dans un village de 50 habitants, où la moyenne d'âge était de 70 ans. On n'a jamais fait de test d'écoute. Mais je pense que les morceaux composés là-bas, on les identifie assez facilement. Ce sont les plus lents et les plus contemplatifs."

G.V.: "C'est sûr que "J'ai plongé dans le bruit", on ne va pas l'assimiler à Gatteville-le-Phare!"Photo_Baden_HD7.JPG

Pourquoi cette omniprésence de la couleur grise?

Eric: "On aime beaucoup l'esthétique noir et blanc, mais aussi le contraste. Il y a toujours aussi une note très vive quelque part. Cela se ressent également dans notre musique."

Le 15 avril, vous serez de retour au Botanique. Quel souvenir gardez-vous de votre premier passage dans cette salle?

E.J.: "Un grand souvenir car, sur le chemin du retour, à 3 heures du matin, on avait eu droit à une tempête de neige!"

G.V.: "On avait mis quelques heures de plus que prévu pour rentrer à Paris, et on avait même fait une bataille de boules de neige sur le bord de l'autoroute!"

> Un entretien de Christophe Van Impe


 

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