Soko, so Cure

Il y a de ces chansons maudites, qui ont eu un tel succès, que leurs auteurs ne veulent plus en entendre parler. Le tube "I'll kill her", Soko en a fait des cauchemars. C'est un peu son "Creep" à elle. "I don't do that", lance-t-elle d'ailleurs d'une voix caverneuse, quand quelqu'un la lui réclame en fin de concert. "Cette chanson m'a juste donné envie de disparaître, longtemps". Heureusement, les envies de meurtre, ça lui est passé.

On avoue qu'on Soko.jpgavait aussi quelques préjugés, à cause de ce morceau un peu folk, chanté avec un accent frenchie à couper au couteau. Mais c'était un tort, car Soko est une vraie artiste, destroy certes, mais avec un univers bien à elle. Depuis cet accident de parcours de début de carrière, elle a pris un virage à 180 degrés. Physiquement déjà, elle ressemble désormais plus à Connan Mockasin qu'à ce clone d'Amélie Poulain dont le minois passait en boucles sur les chaînes musicales.

Pour enregistrer "My Dreams Dictate my Reality", elle a bossé avec Ross Robinson, au domicile de qui elle a carrément squatté à Venice. Non, vous ne rêvez pas, on parle bien du producteur métal, qui lança Sepultura, Korn, Slipknot et Limp Bizkit. Ce mélange improbable, il donne douze morceaux fascinants rappelant la froideur du Cure des plus belles années. Le fantôme de Robert Smith est omniprésent. De fantômes il est d'ailleurs souvent question dans ses morceaux, car Soko est obsédée par la mort, par ses rêves et par sa jeunesse foireuse et décousue. Elle a vu son père mourir lorsqu'elle avait cinq ans, et ne s'en est jamais vraiment remise.

Cela ne l'empêche pas d'être drôle et captivante en concert. Lundi, elle sera restée 1h45 sur les planches de l'Orangerie, invitant une fan déguisée en... dalmatien à lancer une chorégraphie sur scène (sur "I thought I was an Alien"), une autre à réciter un poème pourri en flamand ("sur Bad Poetry"), proposant à qui veut un flirt avec une de ses deux musiciennes, faisant la roue, rendant hommage à Keaton Henson ("sur Keaton's Song),... Tout ça s'est terminé par une séance de câlins gratuits au stand de merchandising. Promis, après un tel concert, on n'aura plus jamais d'a priori...

> Christophe Van Impe

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