Roscoe: "Besoin de quitter notre zone de confort"

Roscoe, terriblement beau mais plombant et déprimant? Laissez vos préjugés de côté. Avec son deuxième album, le groupe liégeois a décidé d'explorer de nouveaux horizons. "Mont Royal", qui sortira ce vendredi, est lumineux et flamboyant. A voir en live le 11 mai aux Nuits du Botanique. Pour Sudpop, Pierre Dumoulin (chant et guitare) lève déjà une partie du voile.Roscoe_PressPicture1_by_GillesDewalque.jpg

Pierre, le titre de l'album, c'est une déclaration d'amour à Montréal?

"Pas directement, même si je suis en effet amoureux de cette ville. Le thème de l'album parle beaucoup du fait de quitter sa zone de confort pour y revenir par la suite. Dans un processus créatif, on a tous besoin d'être déstabilisé à un moment. Moi, ça passe par les voyages. Mais, pour prendre le cas de Montréal, tu pars là-bas pour le dépaysement et finalement tu t'y retrouves quand même comme dans ta deuxième maison. A chaque fois que j'arrive là-bas, j'ai l'impression de rentrer chez moi. Tu quittes ta zone de confort, et finalement c'est encore plus confortable que chez toi."

C'est important de s'évader pour créer?

"J'ai besoin de découvrir autre chose, d'aller pomper l'inspiration ailleurs. Quand tu es dans un processus de routine, que tu connais tes meubles par coeur et que plus rien ne t'étonne, tu n'es pas créatif. Je me suis donc isolé dans les Fagnes et dans un gite au bord de l'Ourthe. J'ai aussi composé à Montréal.  Et je ne retourne jamais deux fois au même endroit pour créer."

Pourquoi avoir attendu trois ans entre les deux albums?

"Déjà, nous ne sommes pas du genre à composer quand on tourne. Le lendemain du dernier concert, on s'est dit qu'il fallait s'y mettre et y aller à fond. On a eu six mois de créativité plus qu'extrême. L'accouchement du deuxième a été plus direct, plus naturel. Il y a eu moins de prises de tête."ROSCOE MONT ROYAL.jpg

La tonalité de l'album est fort différente de celle du premier. C'est une évolution naturelle?

"A un moment, on s'est dit qu'il fallait qu'on arrête de ne faire que des morceaux en mineur hyper plombants. Notre producteur nous a également poussés dans cette direction. En écoutant notre musique, il avait parfois l'impression d'être face aux gars les plus chiants du monde, ce que nous ne sommes pourtant pas. La nostalgie c'est bien, mais pas de manière continue pendant 45 minutes. Il voulait qu'on montre une autre facette de nous. Nous sommes arrivés à quelque chose de plus lumineux, mais qui nous ressemble encore plus en fait. Ceux qui ont aimé le premier se retrouveront cependant dans celui-ci, car il y a encore quelques moments bien sombres, notamment sur le single "Nights"."

Single, pour lequel vous avez réalisé un superbe clip. Quelle importance accordez-vous à l'image?

"Une part prépondérante. Le but est d'avoir un support vidéo pour chaque morceau, à terme. Notre musique s'y prête bien, ce serait con de négliger cet aspect. Car aujourd'hui, beaucoup de gens découvrent la musique via les clips."

Vous avez déjà eu l'occasion de tester certains morceaux sur la scène du Reflektor. Comment s'est passée cette mise en jambes?

"La date était particulière car l'album était à peine terminé. On arrivait dans une salle qui n'était pas totalement finie, puisqu'on a joué pendant l'inauguration privée. Quand on est arrivé, ils soudaient encore des trucs. On a retrouvé les conditions un peu foireuses dont on avait besoin. Le concert s'est super bien passé. En plus, on était un peu à la maison. C'est extraordinaire d'avoir désormais un tel outil à Liège."

Votre première vraie date, ce sera le 11 mai au Botanique dans le cadre des Nuits.

"Les Nuits du Bota, j'y vais chaque année. Je me souviens notamment d'un concert de Wovenhand au Cirque Royal! Le Cirque, j'y ai joué avec The Feather. En tant que musicien, tu as le temps de regarder la salle. C'était génial... Cette année, ce sera encore plus particulier car ce sera notre tout premier concert. C'est un festival qui attire beaucoup de professionnels, notre équipe française viendra sur place. Ce sera une date sous haute pression. Mais nous ne sommes jamais aussi bons que sous pression. On a cette date en tête depuis début février. On fera un petit concert privé d'échauffement la veille."Olivier_Donnet_MG8305.jpg

Revenons aux origines du groupe. Le nom, c'est un hommage au morceau "Roscoe" de Midlake?

"Oui, clairement. Trouver un nom de groupe, c'était compliqué. Si je devais en trouver à nouveau un aujourd'hui, je ne sais franchement pas dans quelle direction j'irais. C'est quelque chose qui me traumatise un peu. A l'époque, j'écoutais ce morceau de Midlake en boucle. Pour moi, c'est le morceau pop-rock parfait."

Mais Roscoe c'est aussi le nom d'un des membres d'Archive. Et là, même si votre musique a beaucoup été comparée à celle des Anglais, c'est un hasard...

"C'est un hasard effectivement, car ce gars est arrivé par après dans Archive. Sur le premier album, on nous a beaucoup comparés à eux, à cause du côté un peu progressif de notre musique. C'est un peu moins le cas sur celui-ci, d'autant qu'on n'écoute plus Archive depuis quelques années. J'étais pourtant très fan jusqu'à "You all look the same to me", voire "Lights". Mais cet album-là, c'était déjà le début de la fin. Aujourd'hui, je ne peux plus écouter Archive."

Pour quelles raisons?

"J'ai des grosses périodes où j'écoute des groupes en boucles. Et puis quand ça passe, je ne peux plus y revenir. J'étais également un inconditionnel de Radiohead quand j'avais 20 ans. Et aujourd'hui, c'est comme Archive, je ne peux plus. Je pense que mes influences changeront sur chaque album, car je ne reviens jamais sur ce que j'écoutais avant. Il n'y a que les groupes qui arrivent à se réinventer qui parviennent à me faire rêver. Midlake en fait partie. D'un album à l'autre, il y a peu de points communs chez Midlake. J'ai des influences assez pop. Pendant la compo de l'album, j'ai beaucoup écoute Lykke Li."

Tu as sans doute également dû beaucoup écouter Oscar and the Wolf, non?

"J'aime beaucoup l'album. On a sorti le premier, quand il a débarqué avec son EP, qui était très acoustique. Il fait bien son truc. On nous compare régulièrement à lui, mais j'ai franchement du mal à trouver un lien artistique entre ce qu'il fait actuellement et notre musique. Toi, tu vois un lien?"Roscoe_VerticalPressPicture3_by_GillesDewalque.jpg

Si j'écoute le premier album, oui. Maintenant, nettement moins...

"C'est vrai qu'au niveau de la voix, oui. On a le même côté plaintif, on est dans la même vibe. Par contre, on n'aura jamais de paillettes et de flammes sur scène.. Mais je le répète, je l'ai encore vu aux Pias Nites, et j'adore."

En concert :

11/05/15@Nuits Botanique, Bxl

11/07/15@Les Ardentes

https://www.facebook.com/roscoemusic 

http://www.roscoeband.com/

> Un entretien de Christophe Van Impe

> Photos de Gilles Dewalque et Olivier Donnet

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