Grand Blanc: "Tu te démerdes avec ton ennui"

Méfiez vous des noms. Grand Blanc ne fait pas dans la lumière, mais dans la pop noire, celle qui vous transporte dans des villes de province, tristes et froides, où l’ennui est roi. Le groupe lorrain installé à Paris s’est fait remarquer l’automne dernier par un premier EP aux textes en français décrivant parfaitement la morosité de l’est, sur fond de synthétiseurs qui appellent à danser. Un beau contraste. Nous avons interviewé Benoît, l’un des deux chanteurs, alors que Grand Blanc traversait la France pour rejoindre Bruxelles. Ils jouent au Botanique ce dimanche. grand-blanc-604-tt-width-604-height-400-bgcolor-000000.jpg

Vous démarrez une grosse tournée de concerts et de festivals pendant l’été, vous vous sentez comment ?

"On commence surtout une série de gros concerts, ce qui est assez nouveau. Et il y a l’enjeu des festivals, qu’on n’a jamais fait. On en a fait qu’une fois et ça s’est pas très bien passé. Le public est très différent en festival en plein air, il faut faire du spectacle. Mais on se sent bien, on a modifié des trucs pour faire un live plus catchy. On a envie d’essayer des choses."

Avec tout ça, vous avez le temps de travailler sur votre premier album ?

"On n’a pas trop le temps, mais on se débrouille. Là on avait deux semaines sans dates, on en a profité pour faire que ça. Pour l’instant on compose. On essaie de ne pas se précipiter. On est un jeune groupe, on veut faire ce dont on a envie."

Ce sera toujours sur le label Entreprise ?

"Oui normalement. Tout s’est bien passé avec eux. Ils ont vu en nous un groupe de pop, et ça nous allait vraiment bien. Les médias disent toujours qu’on fait de la cold wave, mais on n’est pas d’accord. On ne fait pas que ça. On peut dire plutôt qu’on faire de la variété alternative ou de la pop noire. On cherche des termes."

Pourquoi revendiquez-vous autant vos origines lorraines ? Vous n’y vivez même plus…

"C’est vrai. On a monté le groupe sur Paris. Mais l’histoire du groupe est très liée à Metz. Quand on a commencé, on rentrait à Metz pour jouer, c’est là où on a fait nos armes. Et puis il y a la mythologie du groupe. Les morceaux ont commencé à être écrits il y a trois ans, on était fraîchement montés sur Paris. On se disait “Cool, on a quitté cette ville de merde”. Mais il y avait un rapport amour / haine de Metz qui s’est installé. On retrouve Metz dans les textes, même si ce n’est jamais nommément cité. Il y a beaucoup de topographie dans nos textes. Ce qu’on raconte n’est pas exceptionnel, c’est un peu d’ennui, de tristesse, des souvenirs de notre vie d’ado. Ce sont les lieux de Metz qui nous les rappellent. Mais maintenant que nous habitons à Paris, on va aussi en parler. Pas de Paris en tant que tel, parce qu’on ne peut pas faire parler Paris, mais plutôt ses flux, les modes de vie, la saturation. Ca se verra sûrement dans l’album."

On imagine l’est de la France comme un endroit totalement déprimant, mais il y a une scène musicale très dynamique pour Metz, je pense à la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est par exemple.

"Oui, la Grande Triple Alliance, on les connait pas, mais on aime ce qu’ils font, comment ils habitent la ville. Plastobeton par exemple étaéit du genre à faire des concerts dans des lavomatics parce qu’il n’y avait pas de bar pour jouer. Ils ont la culture tu te démerdes avec ton ennui et tes moyens. Metz a beaucoup changé de nos 15 à 25 ans. On a profité de ces changements. Il y a maintenant des programmateurs qui sont très ouverts aux jeunes groupes. La région est en friche, tu y construis ce que tu veux."

Quel est le disque que vous allez écouter sur votre trajet Paris-Bruxelles ?

"En ce moment, l’album qui nous relie tous, c’est le nouveau The Soft Moon. C’est cold, mais pas que, il mèle d’autres choses. Pour nous, ça peut nous donner des idées, des envies."

> Une interview de Marie Hamoneau

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