Romano Nervoso: "J'ai été plus élevé au Chianti et spaghetti qu'au cervelas et Carapils"

Gros son et blousons en cuir pour la troisième journée des Nuits du Bota. Pour ceux qui n'avaient pas envie de se laisser bercer par Alice on the Roof ou Roscoe, il y avait l'Orangerie. Entre le doom de Briqueville, le noise de The K et le rock bien british d'Elvis Black Stars, Sudpop s'est attardé sur la prestation de Romano Nervoso. Quelques heures plus tôt, Giacomo mettait déjà le feu en interview...Romano.jpg

Giacomo, c'était ton idée ce backdrop gigantesque?

"Quand on joue en festival en pleine journée, ça ne s'y prête pas. Du coup, là on voulait un backdrop qui ait de la gueule et j'ai fait confiance aux gens qui bossent avec moi. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si grand. Même Gilbert Montagné n'aurait pas pu le louper!" 

Romano sera omniprésent cet été en festivals, c'est plutôt bon signe non?

"On ne pouvait pas annoncer toutes ces dates tant qu'il y avait la promo des Nuits. Il y aura le BSF, les Francos, Wardin, FiestaCity, un truc en Hollande et encore quelques bazars qui doivent se confirmer. Mais on ne va pas non plus les faire tous, car je crois qu'on commence déjà à saouler les gens. Pour le Bota, il n'y avait d'ailleurs que 150 places parties en prévente jusqu'à la veille. Mais ce n'est pas de ma faute hein, la tête d'affiche c'est Elvis Black Stars! Il y a six mois à la Rodonde, on avait quand même fait notre premier sold-out en cinq ans d'existence!"

Il y a peu, il aurait été impensable de te voir à l'affiche des Francos...

"C'est sûr. C'est Marka, qui adore le rock, qui nous a poussés à jouer là-bas. C'est une journée en hommage à BJ Scott. Je lui ai quand même demandé si elle était sûre de son coup, mais oui elle a insisté: "Si si Giacomo, je veux que tu viennes" (il imite son accent). Peut-être qu'elle le regrettera."

Tu penses que "Maria", la reprise du "Aline" de Christophe, t'as permis de toucher un autre public et de t'ouvrir des portes?

"Ca m'a permis d'être accepté par un public différent, de 7 à 77 ans. Mais ce n'est pas non plus un single qui est beaucoup passé à la radio. Globalement, je n'ai pas eu d'airplay. Ils ne m'ont pas diffusé en journée, et je pense qu'ils ne me diffuseront jamais. J'ai fait "Maria" parce que j'aime ce morceau, pas pour qu'il passe en radio. Je l'écoutais quand j'étais gamin. Ca peut passer pour de la variété, mais ce sont des accords de blues. Je l'avais repris chez moi pour déconner, et j'ai trouvé que ça passait bien."Romano4.jpg

Tu sais si Christophe l'a écoutée?

"J'en sais rien. J'ai en tout cas demandé l'autorisation pour le copyrighting. Ils m'ont dit que tant que je payais les droits, je pouvais en faire ce que je voulais. Christophe, si tu nous lis, écoute la mec..."

Et malgré tout, tu ne parviens toujours pas à percer certaines cloisons. Tu as une explication?

"Le pire, c'est que j'ai eu beaucoup de presse, mais jamais une première page ou un airplay. Jamais de gros trucs, et je ne sais pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce que je fais du rock. Tu n'as pas non plus de première page pour Experimental Tropic Blues Band, alors qu'ils jouent tous les jours, qu'ils vendent pas mal de disques et qu'ils sont reconnus en Europe. On n'est pas assez mainstream."

Ce n'est pas avec le clip de "Psicotico Blues" que tu vas y arriver...

"Ah non. Ce ne sont même pas les paroles, car les gens ne captent pas ce que je raconte. Mais le clip n'a certainement pas aidé. J'ai suivi les paroles en fait. Je suis un grand fan de films d'horreur. C'est un mélange entre "American Psycho" et "Necromantic". A un moment, je la viole alors qu'elle est morte. J'ai toujours rêvé de faire un film d'horreur, et je crois que j'en ferai encore. La chanson s'y prêtait. Mais pour moi, c'est de la musique tendre et douce, qui pourrait passer en radio. Je ne sais pas si c'est moi qui dérange les personnes qui décident. Ou si c'est juste qu'il y a un fil conducteur et que, si tu t'en écartes, tu peux aller te faire foutre. Je fais de la zik car j'aime ça, pas parce que j'ai envie de plaire Romano5.jpgaux décideurs ou au public. En Belgique, on est toujours cinq ou six ans en retard. Les Recorders, c'est le MGMT belge. Montevideo, c'était le Franz Ferdinand belge! Fugu Mango, je les adore, mais on les compare à Vampire Week-End. Ce n'est plus jamais dans l'autre sens. On a eu ça avec Front 242, dEUS ou Soulwax et les 2 Many DJ's qui, eux, étaient précurseurs. Comme par hasard, c'est tout le temps chez les Flamoutchs... Car je fais une différence entre la Wallonie et la Flandre. Ce que j'écoute le plus pour le moment, c'est Sleaford Mods. Mais putain, pourquoi on ne sort pas un truc comme ça en Belgique? Moaning Cities, ils ont joué trois fois au Desertfest, ils font de la terrible zik et tout le monde s'en branle. Si tu veux réussir, il faut marcher sur le fil conducteur et connaître les bonnes personnes, qui font les programmations des festivals... Il n'y a que 4 ou 5 mecs qui décident, notamment pour les groupes qui sont envoyés à l'Eurosonic. Et nous, on n'est jamais dans cette putain de liste. Pourtant, notre premier album s'est bien vendu, on a joué dans sept pays, on a joué avant Johnny,...".Romano2.jpg

C'était comment d'ailleurs de jouer avant Johnny?

"C'était impressionnant car tu joues devant 22.000 personnes qui n'en ont rien à foutre de ta gueule. Faut les convaincre que t'es pas là pour rigoler. Une fois que t'as capté que tu dois citer le nom de Johnny à chaque fin de phrase, tu peux faire toute la tournée avec."

Tu chantes en italien sur certains morceaux. C'est important pour toi de faire référence à tes racines?

"Ouais. Je me sens italien, même si j'ai grandi ici. J'ai plus été élevé au Chianti et spaghetti qu'au cervelas et à la Carapils. L'amour et le respect, je tiens ça de mes racines italiennes. Et puis, je suis meilleur en italien qu'en anglais. Et chanter en français, ça me gave."

Tu y retournes souvent?

"Dès que j'ai du temps à tuer, j'y vais deux semaines. Pendant une semaine, je profite de la famille. Et la deuxième semaine, je me gratte les couilles. Je profite surtout du paysage, car je ne suis pas très mer. La plage, ça m'emmerde."

Du coup, tu vas te balader dans les montagnes dans la région d'Agrigente?

"En Sicile, t'es obligé de te lever à l'aube. Il fait tellement chaud que tu ne peux pas pioncer jusque midi. Les gens disent qu'il n'y a pas de boulot en Sicile. Mais comment veux-tu travailler là-bas? Il fait 45 degrés, c'est un endroit de vacances, pas de travail! Les gens ne s'en plaignent pas d'ailleurs."

Tu arrives à imposer Romano en Italie?Romano3.jpg

"Chaque année, on joue deux semaines là-bas. L'an dernier, on s'est pointé du côté de Milan et la salle était complète. Je pensais qu'on faisait une première partie, mais non. "Mangia Spaghetti", c'était visiblement l'hymne national du coin. Il y avait 350 personnes, plus qu'à la Rotonde. On a rarement ça en Belgique. Mais si tu fais un festival de covers, là t'as 4000 personnes. C'est pour ça que je suis un fervent partisan de Dour ou du Roots and Roses. Mais les gens préfèrent aller au Cover Festival de Seneffe. On est de plus en plus dans l'abrutissement que dans l'ouverture d'esprit. Ce n'est pas seulement dans la musique, mais aussi dans la télé, dans les bouquins,... Encore heureux qu'il y ait internet. Moi, quand je veux me marrer, je ne regarde plus des films comiques mais le JT italien."

> Un entretien de Christophe Van Impe

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