Le Colisée: "Pour qu'elle soit bonne, la musique doit surprendre"

Le Colisée, c'est un des projets les plus excitants du moment sur la scène belge. L'EP "La Vie Eternelle", à la musique tellement inclassable, fait l'unanimité et a notamment eu d'excellents retours dans les Inrocks. Alors que les concerts s'enchaînent et qu'une collaboration avec des membres de Frànçois and the Altas Mountains se précise, nous avons tapé la discut' avec David Nzeyimana, la tête pensante du groupe.

David, quel fut ton parcours avant le Colisée?

"J'ai joué dans plusieurs groupes, dans des rôles différents. J'ai été chanteur dans "Super Like You", et là c'était vachement différent, c'était plus pop-rock et un peu plus dans le réseau en Wallonie. Avec Raphaël, qui joue avec nous et aussi dans Robbing Millions, on a également eu un groupe au lycée. J'ai appris la guitare, le violon et le solfège à l'académie. Et puis en-dehors du Colisée, j'étudie la philosophie à le colisee (groupe) PRESSE sans bleu.jpgl'Université."

Cela se reflète-t-il dans ta musique?

"Non, je ne pense pas. Au départ, je m'attachais à essayer de voir les liens qu'on pouvait faire entre la philosophie et la musique mais j'ai surtout le sentiment qu'on peut en trouver autant qu'on veut. Je vais d'abord essayer de comprendre la musique pour la musique et la philo pour la philo, et puis je verrai s'il est utile de faire des liens. Après, c'est possible qu'inconsciemment la philo se reflète dans les paroles, mais je ne fais pas l'effort de lier les deux."

Pourquoi avoir opté pour le nom Le Colisée?

"Dans les interviews, on invente souvent un peu n'importe quoi au feeling. Mais pour dire la vérité, qui est assez inintéressante, c'est que ça vient d'un livre qui s'appelle "Tempo di Roma" d'Alexis Curvers. Il y a un passage sur le Colisée, que j'avais adoré."

Tu t'inspires beaucoup de la littérature?

"Je ne lis plus tellement de littérature autre que philosophique, car je n'ai plus beaucoup le temps. En secondaires, c'est vrai que je lisais pas mal. Mais oui ça m'inspire, ne serait-ce que pour la manière dont je manie la langue. Des auteurs comme Virginia Woolf et Alexis Curvers m'ont marqué. Ou alors des poètes. J'ai eu ma période André Breton comme un peu tout le monde. Et pourtant, dans notre travail de composition, ce ne sont pas les paroles qui viennent en premier. Ce qui est important c'est d'abord la mélodie et la progression des accords. Ce sont les deux critères sur lesquels je me focalise, les paroles viennent en dernier."

Le projet était solo au début. Pourquoi l'avoir fait évoluer vers un groupe à part entière?

"Parce que c'est dur de tourner en solo. J'ai tourné seul pendant deux ans. A la fin, je ne le sentais plus tellement. J'arrivais à 14 heures pour mon soundcheck et puis je poireautais. L'autre raison, c'est que les musiciens, ils étaient parmi les meilleurs que je connaissais et je trouvais ça bizarre de ne pas jouer avec eux. Cela nous semblait évident. Depuis lors, notre musique s'est étoffée. Moi-même, j'ai progressé. On est quatre compositeurs et quatre arrangeurs. On se complète bien. Raphaël et moi, on a tendance à surcharger les trucs, et Clément lui il épure."le colisee PRESSE++.jpg

Avoir remporté le concours "Du français dans le texte", ça a eu quel impact?

"Cela nous a apporté plus de visibilité, ça a amené plusieurs concerts et ça a étoffé notre carte de visite. Le plus important là-dedans, c'est d'avoir acquis une forme de crédibilité. L'accueil critique est excellent et je suis un peu surpris. Car l'EP a été composé il y a assez longtemps et, quand il est sorti, on ne savait plus trop quoi en penser. On était déjà dans d'autres morceaux. Après un an, je lui trouvais des défauts."

Qualifierais-tu le projet de singulier sur la scène belge?

"Le plus important pour nous, c'est de faire quelque chose de surprenant. Prends Bathazar. Je trouve ça excellent, mais pas surprenant. Et c'est souvent le cas en Belgique. On a quelque chose de singulier, mais on fait vraiment de la pop, parfois du rock. On a un son particulier, car on n'est pas dans un carcan. De toute façon, je ne suis pas très doué pour le pop-rock, les riffs de guitare ce n'est pas mon truc. On a tous un univers différent. Sur mon ipod, je peux passer d'un Bob Dylan à un morceau du Moyen-Âge."

Quelle est l'actualité du groupe?

"On a déjà tout un tas de démos pour le prochain album, qui sera peut-être plus accessible. Il est prévu pour 2016, mais on sortira sans doute un morceau avant. On va bientôt faire une tournée avec Babe, qui est composé de plusieurs membres de Frànçois and the Altas Mountains. C'est le type le plus sympa que j'ai croisé grâce à la musique."

Cela pourrait-il conduire à une collaboration?

"Oui, c'est prévu que Frànçois et d'autres membres du groupe chantent sur certains morceaux."

Aujourd'hui, est-il encore possible de vivre grâce à la musique?

"Je crois qu'il faut vraiment être patient, ou alors dormir assez peu. Si tu veux gagner ta vie grâce aux droits d'auteur, alors tu dois produire comme une machine. Mais je reste convaincu qu'il est possible de marcher tout en restant singulier. Prends Kanye West par exemple, son dernier album est fabuleux. C'est quelque chose que je n'avais jamais entendu. Ou alors, il faut peut-être commencer par des morceaux classiques et passer ensuite à quelque chose de plus singulier. Les Who et Radiohead l'ont fait."

le colisee (groupe2)PRESSE.jpg

> Un entretien de Christophe Van Impe


Les commentaires sont fermés.