Wild Classical Music Ensemble: "Il n'y a pas de faux-semblant"

Wild Classical Music Ensemble au Grand Salon, c'était la grosse claque des dernières Nuits du Bota. Et le groupe, né entre Bruxelles et Courtrai, a ensuite récidivé devant 1000 personnes à La Villette Sonique à Paris. L'album, incroyable déluge sonore, nous rappelle le méconnu et pourtant fabuleux "My Sister = My Clock" du dEUS des débuts. A la différence près que Wild Classical Music Ensemble, est composé de six membres, dont cinq sont affectés par des déficiences mentales. A la tête de ce projet, on retrouve Damien Magnette, qu'on connaît également pour son travail avec Zoft et Facteur Cheval. Ici, il n'est jamais question de voyeurisme (contrairement à ce qu'on a pu voir à l'Eurovision) mais simplement de talent, d'émotion et de spontanéité. A ne surtout pas manquer ce dimanche, à 15h au Cinquantenaire, dans le cadre des Fêtes de la Musique.

Damien, comment ce projet est-il né?

Damien Magnette: "On a commencé en 2007. A la fin de mes études d'arts plastiques, j'ai fait un remplacement dans un atelier de sculpture, qui se donnait chaque semaine à l'Atelier 340 avec des personnes ayant un handicap mental et j'ai vraiment flashé artistiquement. J'ai directement vu qu'il y avait plein de talents. J'ai eu envie de faire un projet autour de la musique et j'ai cherché des partenaires pour le faire. J'ai rencontré Luc Van Dierendonck, qui est le directeur de l'ASBL WIT.H, basée à Courtrai. Il collabore beaucoup avec un bYNUHbOH4U855V0nud9u8hlfhE8Ki84YugKx4PmlDpI.jpegcentre de jour artistique, où certains avaient émis le désir de faire de la musique. Je suis allé les rencontrer. Ils n'avaient pas réellement de bases, même s'ils avaient déjà fait un projet musical quelques années auparavant. Kim Verbeke, le guitariste qui est arrivé par après, lui il a un enseignement musical. Il étudie la guitare depuis des années. Ils ont une sensibilité artistique particulière. Au niveau de la musique, il y a clairement une facilité par rapport à l'improvisation, la spontanéité et à l'engagement. Il y a quelque chose de très fort et très vite. Par exemple au niveau du chant, Linh elle crie d'une façon étonnante. Je connais peu de chanteurs qui sont capables d'en faire autant. Ce talent là m'interpellait très fort."

Le projet était censé être basé sur l'improvisation. Et au final, on se retrouve avec quelque chose de consistant et structuré, que ce soit sur scène ou sur album.

"Le groupe est devenu ce qu'il est devenu parce que Kim est arrivé. Au départ, j'avais cet a priori de vouloir faire de la musique improvisée avec eux, quelque chose de très expérimental. En fait, ça ne leur convenait qu'à moitié. Et Kim, ça ne lui convenait carrément pas car il avait envie de faire des riffs et des morceaux. Un jour, j'ai pris de la batterie et on a mis de la disto sur sa guitare. Et là, j'ai vu tous les autres qui s'animaient d'un coup. Ils avaient envie de quelque chose de puissant, de ce côté punk. Ils voulaient de la distorsion et que ça bastonne. Ils se sont tous nourris les uns des autres et nous sommes arrivés à un équilibre. Mais au départ, ce n'était pas du tout mon idée. Comme ils sont plus spontanés et plus directs, ça va même plutôt plus vite qu'avec un groupe normal. Quand on trouve une idée qui fonctionne, on y est. Après, il faut qu'on joue le morceau quelques fois pour trouver la forme. Mais l'idée de base, elle se jette très vite. Il reste néanmoins pas mal d'improvisation. Déjà au niveau du chant, ce n'est jamais fixe. Après, il y a des modes de jeu qui se répètent plus ou moins. Sur scène, on est trois derrière et trois devant. Derrière, on est un peu les parties semi-fixes. Devant, c'est toujours très libre."

Comment cela se passe-t-il au niveau de la composition et de l'écriture?

2Baz64SfjWXSqanNcaFTA_UhBQZA12QIQlqZ_Avt5Bg,3OleGBgec0FGPNBqMYGi5L_tkV7feDOe-p9vfL6K-84,HmJkPz7q9KMNJI12B0YAxSiG7rvd4Y9NZZDUoyTuRu4,xbRbdI476sG7hSP7Iw8WBQ03eMzewRjSoAH2wolFAwQ,ZDYxHoMK6w9b-GxM2vQ6HKZMJpzWjMVLC0jaBq3NsW0.jpeg"Tout le monde a son mot à dire. Je me mets volontairement en arrière dans ce projet. C'est important, car les personnes handicapées peuvent vite se faire bouffer par un artiste, avoir du mal à dire non. C'est pourquoi je me mets en retrait et que j'essaie d'être le plus possible à l'écoute. Mon rôle, c'est de servir artistiquement et musicalement le groupe. Je ne suis pas un éducateur. Eux m'ont élu "leader", mais je n'ai rien demandé. Cela m'a pris du temps de parvenir à assumer ce rôle. C'est un rôle de leader particulier. J'essaie de réunir toutes les énergies afin de servir leur propos et que chacun soit mis en valeur."

Constates-tu une évolution évidente depuis la formation du groupe?

"Enormément, mais c'est pareil pour n'importe quel artiste. Quand tu vois qu'il y a de l'intérêt, ça renforce ton estime. Les interactions avec l'extérieur sont plus faciles, et le regard de leur famille change aussi. Quand leurs proches ont débarqué au Bota, ils ont trouvé ça hallucinant. Lihn, on lui avait un jour dit qu'elle ne ferait jamais rien dans sa vie. Voilà la preuve du contraire. C'est un travail de fou qui a été accompli. Un décloisonnement s'opère et j'en suis très fier."

Quand tu vois ce qu'on a eu récemment à l'Eurovision, n'as-tu pas eu un peu peur que le projet ne bascule un moment vers le voyeurisme bien malgré vous?

"On joue ensemble depuis très longtemps, le groupe n'a pas été propulsé du jour au lendemain sur le devant de la scène juste parce qu'il est composé d'handicapés. On a eu la trajectoire normale d'un groupe qui joue de la musique un peu bizarre dans des caves et dans des squats. Et comme on joue depuis longtemps, notre musique est solide sur scène. La curiosité qu'il y a envers le projet, elle est naturelle. Konono n°1, le story telling, c'était qu'il s'agissait d'artistes venant de la rue à Kinshasa et ayant fait leurs instruments eux-mêmes. C'est pareil. Quand tu lis: "Groupe de punk avec des handicapés mentaux", oui tu as envie d'aller voir. Mais le but, c'est de dépasser ça. Il faut que les gens viennent ensuite pour la musique, et plus pour le principe"

Sur scène, as-tu besoin d'encadrer les autres membres du groupe?

"Ils ont des forces que d'autres musiciens n'ont pas. Le seul qu'il faut parfois tempérer, c'est Sébastien, un des chanteurs. C'est le showman, qui parle entre les morceaux. Il va tellement loin dans l'énergie qu'il donne, qu'il finit toujours par engueuler le public. Il est à bloc, c'est plus fort que lui. Maintenant, j'ai appris à le gérer et je suis à l'aise avec ça. Il n'y a pas de faux-semblant, car il est pareil en répétitions."

 

> Un entretien de Christophe Van Impe

> Photos d'Olivier Donnet


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