Luke: "Aujourd'hui, tout le monde rêve de pondre la musique pour la pub Apple"

En 2004, avec le fabuleux "La tête en arrière", les Bordelais de Luke marchaient sur les braises encore incandescentes laissées par Noir Désir. "La sentinelle" et "Soledad" étaient autant de coups de poing dans la tronche d'une nouvelle scène française trop bien-pensante. Dix ans plus tard, avec "Pornographie" (sortie le 9 octobre), la tension n'est toujours pas retombée. Thomas Boulard, avant un concert très attendu aux Fêtes de Wallonie ce jeudi (place Saint-Aubain, à 21h10), nous parle de sa révolte permanente.

Thomas, vous serez aux Fêtes de Wallonie à Namur ce jeudi. La Belgique, elle vous inspire quoi?

"Des souvenirs d'excellents concerts, notamment lors d'une Nuit Française au Bota en compagnie de Florent Marchet, Daniel Darc et Brigitte Fontaine. Et puis je me souviens également d'avoir enregistré luke.jpgpendant deux semaines aux studios ICP. Le problème, c'est que les cafés ne ferment jamais à Bruxelles..."

En 2014, tu t'es donné de l'air avec un album solo. Avais-tu un besoin vital de cette respiration?

"Ca, on ne s'en rend compte que par après. Je ne l'ai pas vécu tel quel sur le moment même. Parfois tu as besoin de goûter à autre chose pour finalement te recentrer sur ce que tu es vraiment."

Sur l'album à venir, vous déclarez "C'est la guerre". Luke est-il enfin de retour à l'énergie incendiaire et revendicative des débuts?

"Ceux qui me connaissent dans l'intimité savent que je suis plutôt "contre" que "pour". Je m'implique dans ce que je raconte. Sur cet album, j'ai surtout été inspiré par l'absence de réactions autour de nous. Tout le monde regarde, laisse faire, sans bouger le petit doigt."

Et ce n'est pas l'actualité récente qui risque de te faire changer d'avis...

"Attention, il ne faut pas se laisser avoir par le côté immédiat de l'actualité. Tout ce qu'on constate autour Luke2.jpegde nous, ce ne sont finalement que des modèles importés de longue date. A part la révolution tunisienne, et encore!"

Tu pourrais écrire sans cette rage intérieure?

"Si c'est pour être d'accord avec tout, alors ce n'est pas la peine d'écrire. J'écris sur l'aberration du monde, sur le temps qui passe trop vite. C'est une écriture de contestation, mais qui est en accord avec mon époque. Je suis révolté par le degré d'acceptation des gens."

Les groupes porteurs de messages se font de plus en plus rare...

"Aujourd'hui, on est de plus en plus dans le snobisme. On chante en anglais, on porte de beaux vêtements et on rêve tous de pondre le tube qui sera utilisé dans la pub pour Apple. C'est pour ça que j'aime de plus en plus le rap. Le rappeur, lui il dit des choses."

Le fait d'avoir cartonné avec "La tête en arrière" au moment où Noir Désir a disparu, ça n'a dû vous aider des masses...

"A l'époque, tout le monde a fait le lien entre les deux groupes. Or, on aurait préféré qu'il y ait un débat musical plutôt qu'un débat sur l'actualité. C'est pourquoi on s'est distancé de tout ça, car on n'avait rien à voir avec ce qui arrivait à Bertrand Cantat et Noir Désir. Le monde a continué à tourner sans Noir Désir. Et dix ans plus tard, ce n'est pas l'absence de message dans le rock qui me fait peur, c'est l'absence de rock français tout court..."

> Un entretien de Christophe Van Impe

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