L'heure de la rédemption a sonné pour Marilyn Manson

Le VK, le 6 décembre 1996. Dans un décor d'église délabrée, Marilyn Manson y donne son premier concert en Belgique. Brian Warner a déjà depuis un moment abandonné son patronyme, a laissé tomber les Spooky Kids, a quitté sa Floride natale et s'est acoquiné avec Trent Reznor, leader de Nine Inch Nails et Pape de l'indus. "Antichrist Superstar", pierre angulaire du rock des années 90, vient de sortir. Sur scène, il n'est vêtu que de haillons, il invite les spectateurs à lui cracher dessus et il passe le concert à se taillader le torse. Les associations catholiques sont terrifiées. C'est "The Walking Dead" avant l'heure.Manson1.jpg

19 ans plus tard, il faut bien avouer que Marilyn Manson ne fait plus peur à grand monde. Si l'excellent "Mechanical Animals" l'avait poussé au firmament et propulsé dans les grandes salles, son inspiration n'a cessé de décliner au fil d'albums de plus en plus dispensables. Sans Trent Reznor aux manettes, il a vite montré ses limites. Sa maison de disques, Posthuman Records (sur laquelle il avait signé Godhead) s'était même cassé la gueule. Au point qu'il avait fini par laisser indifférents les fans les plus difficiles. On se souvient d'ailleurs, après un concert à la Lotto Arena, s'être dit: "plus jamais". Et puis, il y a eu "The Pale Emperor", cet album qu'on n'attendait plus vraiment. Inspiré, rappelant par moments "Mechanical Manson2.jpgAnimals" et puisant ses racines dans le blues, il a directement fait l'unanimité.

A 46 ans, Manson doit presque repartir de zéro. Alors qu'il y a 15 ans, il aurait rempli le Palais 12 avec un show burlesque et grandiloquent, le voilà à l'AB. Une salle, qu'il avait jadis zappée pour passer directement du VK au Flanders Expo, mais qui a tout de même affiché sold out en quelques heures seulement. Et ce malgré un concert au Graspop qui avait divisé le public en juin dernier. Jouant en fermeture aux petites heures de la nuit, et juste après le grand cirque de Kiss, on ne lui avait pas facilité la tâche sur la plaine de Dessel.

La date parisienne (Zenith) ayant été annulée suite aux attentats, de nombreux fans français avaient fait le déplacement jusque Bruxelles. Maquillés comme leur idole, ils attendaient avec des couvertures chauffantes sur le trottoir du boulevard Anspach dès le matin. Manson n'aura finalement pas eu un seul mot concernant les événements parisiens. Préférant se réserver plutôt que de déraper, il aura juste dit tout le bien qu'il pensait des... gaufres belges et même repris avec ironie le début de "You Give Love a Bad Name" de Bon Jovi.

Avec quelques minutes de retard, c'est une intro longue mais tendue et puissante qui accueille le "Révérend". Veste en cuir sur les épaules, il apparaît dans le brouillard pour entamer un "Deep Six" surpuissant. Il ne puisera ensuite plus qu'une seule fois dans son dernier album, et c'est bien dommage. Un choix qui s'explique sans doute par le fait que Tyler Bates, guitariste et compositeur de tous les morceaux de "The Pale Emperor" s'est déjà fait la malle. Quand on est le chanteur du groupe ayant sans doute consommé le plus de musiciens de toute Manson3.jpgl'histoire, ça rend forcément la cohérence plus compliquée. Twiggy Ramirez, emblématique membre fondateur, est par contre de retour à la basse. Et ça a incité Manson à articuler son set autour des morceaux d'"Antichrist Superstar" ("Angel with the Scabbed Wings", "Tourniquet", "Irresponsible Hate Anthem", "Antichrist Superstar" et "Beautiful People"). On n'en demandait pas tant!

Par rapport à ce qu'on a connu par le passé, le show est fort dépouillé. Sur les rares mises en scène, il utilise des artifices déjà connus comme les échasses ou le pupitre de dictateur (fortement inspiré de "The Wall" de Pink Floyd). En début de concert, on a juste eu droit à une toute petite scarification de rien du tout, avec quelques gouttelettes de sang. La Bible est par contre toujours martyrisée. Pendant "Antichrist Superstar", il chante alors qu'elle se consume dans sa main droite. Après 1h20 de concert, Manson Manson4.jpgrevient sous sa capuche, entouré de bouquets de fleurs et sous des flocons de neige. Il termine par le glacial "Coma White" qu'il avait malheureusement envoyé valser au Graspop. On n'y croyait plus, mais oui il est bien de retour...

> Christophe Van Impe

> La setlist: 1. "Deep Six", 2. "Disposable Teens", 3. "mOBSCENE", 4. "No Reflection", 5. "Third Day of a Seven Day Binge", 6. "Sweet Dreams" (Eurythmics cover), 7. "Angel With the Scabbed Wings", 8. "Tourniquet", 9. "Irresponsible Hate Anthem", 10. "The Dope Show", 11. "Antichrist Superstar", 12. "The Beautiful People", 13. "Coma White".

 

 

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