Jeanne Added: "J'aime ce que ce disque raconte de moi"

L'année qui s'achève aura été sensationnelle pour Jeanne Added. Délaissant pour de bon le jazz, elle a sorti avec "Be Sensational" un des meilleurs albums de 2015. Un disque introspectif, tendu et intense, qui lui ressemble beaucoup. Nous l'avons rencontrée juste avant son concert au Bota vendredi. Une salle où elle sera de retour le 22 mai dans le cadre des Nuits.IMG_5829 (c) element-s  Marikel Lahana.jpg

Quel bilan tires-tu de cette année 2015?

"C'était une très grosse année pour moi, très intense. Pendant des mois, ça a été beaucoup de travail, mais aussi beaucoup de joie. Et puis énormément de découvertes. J'ai fait connaissance avec les festivals, avec l'intensité des tournées... Toutes des choses que je ne connaissais pas auparavant."

Comment passe-t-on du classique et du jazz à ce que tu fais aujourd'hui?

"La passerelle, c'est tout simplement moi. Pour que j'en arrive là, ça m'a pris des années. J'ai fait de la musique classique quand j'étais enfant, le jazz c'était quand j'étais ado et jeune adulte. Et maintenant que je suis "vieille", je passe encore à autre chose. S'il serait possible de revenir en arrière? C'est difficile à dire, il ne faut jamais dire jamais. Mais bon, je ne pense pas... Je ne renie cependant pas mon passé, et j'en retire encore certaines choses, même si ce n'est pas concret. Mais mon passé fait partie de moi. Je fais de la musique depuis que j'ai cinq ans. C'est dans ma chair, c'est ma vie. La plus grande différence, c'est sur la scène que je la ressens. IMG_5797_OK2 (c) element-s  Marikel Lahana.JPGC'est d'ailleurs ce qui m'a motivé à bifurquer. J'avais besoin d'un côté physique sur scène, d'un public plus vivant, de gens qui bougent."

Quel est l'artiste qui t'inspire le plus?

"Peaches! Je l'ai vue hier à Paris, et c'était incroyable. Ce soir, après mon concert, j'irai sans doute à nouveau jeter un coup d'oeil. C'est quelqu'un de libérateur, notamment au niveau de l'écriture. L'écriture est devenue importante pour moi, car c'est quelque chose que je ne connaissais pas. J'ai dû me forcer, car ça ne vient pas naturellement. C'est dur, il faut se faire mal. Comme me disait Vincent Courtois, avec qui j'ai bossé auparavant: "Le plus dur, c'est de sortir le violoncelle de la boîte." Souvent, je m'installe et je tourne autour de ma chaise, parfois pendant des jours. Quand tu as le nez dedans, la peur de se planter elle disparaît."

Par le passé, tu as beaucoup interprété des textes de poésie. T'inspires-tu encore de l'écriture?

"Oui, je trouve parfois des ellipses, des manières d'exprimer quelque chose dans des poèmes. En ce moment, je lis Tolstoï, même si ça n'a rien à voir. Je lis malheureusement assez pey. Comme beaucoup, j'ai trop souvent mes yeux rivés sur mon écran."

En sortant ton album, t'attendais-tu à une critique aussi positive?

"Je ne m'attendais à rien en fait. Tout ça est très flou, ça n'a pas de sens. Ce que j'adore, c'est faire des concerts. IMG_5976_OK1 (c) element-s  Marikel Lahana.JPGLe premier, c'était aux Transmusicales de Rennes et c'était... horrible. J'étais très déconnectée dans ma tête, et j'ai passé un très mauvais moment. Quand j'ai arrêté la promo, j'ai enfin pu me remettre dans la musique, et ça a commencé à aller mieux. La promo, je ne connaissais pas. J'ai eu du mal à entrer dedans."

Ton album, qui parle beaucoup de la peur, te ressemble-t-il?

"Le centre de mon disque, c'est ça. La peur de quoi? Franchement, je ne sais pas... Ce disque me ressemble énormément. La musique, les textes, son intensité, la douceur par moments,... J'aime bien ce qu'il raconte de moi. Je pense que la suite pourrait à nouveau être différente, car j'espère continuer à bouger dans ma vie."

Le 22 mai, tu seras aux Nuits du Bota. Un festival dont tu gardes un souvenir particulier...

"L'année dernière, on avait galéré pour revenir de Brighton. On devait jouer à 21 heures, et ça avait été déplacé à minuit. Heureusement, plein de gens étaient restés. J'espère pouvoir cette fois faire un vrai concert, tranquille."

> Un entretien de Christophe Van Impe

> Photos de Marikel Lahana


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