GiedRé: "L'indignation sélective, ça ne marche pas avec moi"

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Elle est drôle, belle, insolente, lituanienne et talentueuse. Bref, elle est parfaite. Sortie de son petit bistro par Raphaël Mezrahi et Laurent Baffie, GiedRé n'a aucune limite. Après quatre soirs sold out à la Maison des Musiques, elle sera de retour le 1er octobre à la Madeleine. Ne loupez surtout pas ça...

GiedRé, il paraît que ton premier rapport à la musique c'était... un CD de Céline Dion, alors que tu n'avais pas de lecteur!

"Ouh là oui, c'est une légende à moitié inventée par les gens qui la déforment. Quand je suis arrivée en France, j'avais 7 ans, et des amis de ma mère m'avaient offert ce CD comme cadeau de bienvenue. Je ne pouvais pas l'écouter, donc je lisais juste les paroles. Et puis un jour, j'ai écouté la musique, et je me suis dit "ah ouais.." Je ne sais pas ce qui était le pire entre les paroles et la musique, ça devait sans doute être le savant mélange des deux. Cela m'a en tout cas beaucoup servi à vouloir faire autre chose par la suite!"

Tu as commencé comme comédienne. Comment as-tu fait le switch vers la musique?

"A la base, ce n'était pas du tout censé être un switch. Je ne vivais pas toujours hyper bien d'être dans cette grande dépendance du désir des autres. J'ai juste eu envie de me créer un petit espace de liberté totale, où je pouvais de temps en temps faire ce que je voulais, comme je le voulais et quand je le voulais. Du coup, je venais jouer mes petites chansons dans un bistro, et c'était censé en rester là. Je n'avais aucune ambition."Giedre4.jpg

Tu viens de jouer quatre soirs de suite sold out à Bruxelles. Le public belge est-il si particulier?

"Mais, je vous dois tellement, c'est terrible! Vous allez me faire un procès pour vol de propriété intellectuelle! C'est marrant, car c'est le cas depuis le tout début. A l'époque, je venais dans des petits lieux, des endroits très confidentiels. La première fois, c'était en 2011 au Café Belga. J'ai aussi joué au Salon de Silly. C'était toujours complet. Quand je suis venu pour la première fois en festival, je m'attendais pourtant à ce qu'on me mette entre la poubelle et le recyclage du verre. Avec le public belge, on a la même simplicité."

Tu avais commencé très fort en sortant un album... sans CD!

"Oui, c'était drôle. C'est l'avantage d'être en auto-production. Je peux faire ce que je veux. Cela s'appelait "Mon premier album, genre Panini". L'objet album, pour moi il n'est pas important. Une chanson, c'est bizarre. Ce n'est pas comme un tableau ou une statue, elle n'existe pas. C'est immatériel. Mais, j'avais quand même envie de mettre mes chansons dans une petite maison. J'avais fait tout un concept. C'était comme un album Panini. Il fallait gratter, et puis tu avais un code pour télécharger le morceau sur mon site."

Quand tu écris, te mets-tu des limites?

"Oui, quand j'arrive en bas de la page. Elle est là la limite."

Mais pas dans les thèmes donc?

"Non, ce serait tellement triste. Il y a déjà tant de gens dont c'est le métier d'imposer des limites."

As-tu déjà eu des réactions négatives de personnes que tu évoques dans tes morceaux?

"Au contraire. On me disait de me préparer, que j'allais avoir les associations d'handicapés à dos. En fait, il s'est passé exactement le contraire. Au lieu d'avoir été mise en demeure, j'ai été invitée à être la marraine d'un festival qui s'appelle "Ma sexualité n'est pas un handicap". J'ai rencontré des handicapés qui avaient envie de prendre du Giedre3.jpegplaisir, et qui m'ont remercié pour "La bande à Jacky". Je pense qu'il faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Certains sont bien plus intelligents que tout ce qu'on leur dit toute la journée. Après, tu as toujours des réactions du genre: "Ouais, ta chanson sur le suicide, c'est abusé. Car moi, mon cousin il s'est suicidé et ça m'a rendu trop triste". Mais l'indignation sélective, ça ne marche pas avec moi. N'être révolté que par ce qui te touche personnellement, je trouve ça un peu petit. Soit tu t'indignes de tout, soit tu ne t'indignes de rien. Ma chanson sur le suicide, ça ne va pas. Mais les enfants morts et tout le reste, ça passe car ça ne te concerne pas? Les réactions pareilles, je ne les entends pas trop."

Quel rôle Raphaël Mezrahi et Laurent Baffie ont-ils eu dans ta carrière?

"Ce sont les premières personnes qui m'ont dit de le faire en vrai. Je jouais dans mon bistro. Un jour, une copine me conseille de rencontrer un mec qui faisait des chansons rigolotes. Je le fais. Et, face à moi, il reçoit un appel de Raphaël Mezrahi sur son portable et devient tout blanc. Il devait assurer sa première partie à La Cigale pendant une demi-heure le soir-même, mais n'avait que de quoi tenir 20 minutes. Il me demande alors de venir dépanner en jouant deux morceaux. Je m'en fichais vu que j'avais zéro envie de faire ça en vrai. Au pire, tout le monde détestait. Mezrahi m'a ensuite présenté Laurent Baffie, qui m'a invité à Europe 1. Ils m'ont pris par la main, et m'ont poussée. Au fil du temps, je me suis un peu éloignée du milieu humour 100%, car je ne m'y reconnaissais pas vraiment. J'ai fait mon petit chemin, mais je suis un peu comme leur petite nièce."

Tu t'es même exportée au Japon...

"C'est une histoire marrante. J'y étais allée une première fois pour faire des petits concerts mais dans un cadre francophone. Un Japonais est alors venu me trouver. Il avait un label qui sortait tous des trucs français du style Juliette Greco. Il voulait sortir mon album. Je lui ai dit: "Mais, il ne faut surtout pas faire ça, monsieur! Car vous allez perdre tout votre argent et je ne dormirai plus de la nuit de vous savoir sous un pont si loin de moi et à cause de moi". Pendant longtemps, je lui ai dit non, mais il insistait. Du coup, j'ai sorti un album là-bas. J'ai fait la totale. Sur la pochette, je vole sur un sushi dans le ciel! Je suis allée là-bas faire dix jours de promo et des petits concerts. Dans le public, il n'y avait que des Japonais. Ils étaient déstabilisés car je parlais justement de tout ce dont il ne faut pas parler au Japon. Le rôle de la femme y est également particulier. Ils sont très studieux. Ils suivaient les paroles dans un petit livret, comme à la messe."

Retournes-tu souvent en Lituanie?

"Oh oui. Quand j'ai le temps, j'y vais tous les trois ou quatre mois. J'ai gardé la nationalité lituanienne. En plus, je suis blanche, on ne me laisse donc pas à la frontière derrière des barbelés."

Tu accordes beaucoup d'importance aux réseaux sociaux...

"Oui, car c'est le moyen le plus direct. Je ne vais quand même pas attendre que Jean-Pierre Pernaud m'invite à son 13h pour m'adresser aux gens."

> Un entretien de Christophe Van Impe

 

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