(run) SOFA: "On fait du rock de Manchester-sur-Sambre"

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Charleroi est progressivement en train de se débarrasser de son image de ville post-industrielle noire et repoussante. Le Rockerill n'a jamais été aussi bouillonnant, le Vecteur devient une plateforme culturelle incontournable, Kid Noize redore l'image carolo depuis derrière ses platines. Et puis il y a le petit dernier. (run) SOFA, groupe rock absolument inclassable, devrait très vite devenir incontournable. Le premier EP, "Shenaningans", sort ce vendredi. Et c'est de la bombe made in "Manchester-sur-Sambre"...

Comment est né le projet (run) SOFA?

"Le projet existe depuis environ deux ans, mais s'appelait d'abord "Zero Tolerance for Silence". On avait sorti un premier EP, mais on était plus dans l'expérimentation. C'était un autre trip, i n'y avait pas vraiment de ligne directrice. Notre bassiste est parti vivre en Suisse, et on a décidé de sortir un deuxième EP beaucoup plus structuré, en changeant de nom et d'image. Le nom vient du morceau "Run So Far" de George Harrison. On travaille encore Run.jpgavec Wilson Rose, qui est notre graphiste et qui joue sur un morceau. On a changé de nom car le précédent était un peu revendicatif, on voulait quelque chose de plus léger. Ce groupe, qu'on évoquait depuis longtemps et qui est enfin là, regroupe toutes nos influences. L'EP nous représente bien en termes de couleurs. C'est comme si c'était un nouveau groupe. Au niveau du chant, les références sont vastes. On pourrait t'en citer plein, comme Thom Yorke, Bjork, David Byrne ou Shaun Ryder, même si ça ne se ressent pas dans le chant."

Comment qualifieriez-vous votre musique?

"C'est difficile de mettre une étiquette précise. On a envie de faire une musique qui est dansante, mais qui reste brute et rock. Et dans laquelle il y a une couleur. La base de tout, c'est le live. C'est du rock de Manchester-sur-Sambre. Plus on s'ouvre, plus on est créatifs. Des artistes comme Radiohead ou David Bowie, ils ne sortent jamais deux fois le même disque. On ne veut surtout pas se répéter, tout en gardant notre identité forte."

Vos origines carolos se ressentent-elles dans votre musique?

"Oui, dans notre manière d'aborder et d'interpréter la musique. On a un show énergique, tout en ayant des subtilités. On a surtout envie que notre musique touche toutes les classes sociales. On ne veut pas faire un truc élitiste. Charleroi, la ville post-industrielle et tout ce que ça représente, c'est nous quoi. Il y a une part de vérité dans cette image que véhicule la ville, mais elle a souvent été très mal exploitée. Charleroi, c'est avant tout des gens très chaleureux. Cela change petit à petit. On a vraiment envie de représenter ce changement. Les gens en veulent Run4.jpgde plus en plus. Il y a eu tellement peu de choses à Charleroi ces 10 dernières années que tout est à faire, et c'est hyper excitant. Quand nous étions adolescents, il n'y avait plus rien à Charleroi après 19h. Or, les gens sont chauds et demandeurs. J'espère que l'image va changer. C'est une ville post-industrielle comme Manchester, qui est parvenue à se reconstruire. Il y a le Vecteur, il y a le Rockerill, il y a Kid Noize, il y a Pays Noir,... ça commence vraiment à bouger à Charleroi."

Le visuel, c'est important?

"Oui, très. Le lien entre le son et l'image est très fort. On a un fort rapport avec le cinéma, on a tout le temps des images en tête. On adore Jim Jarmusch, David Lynch, David Cronenberg,... Voir leurs films, ça a changé notre vie. On aime bien l'idée de voyage. Quand tu regardes un film de Jarmusch, tu as l'impression d'avoir fumé un joint. Parvenir un jour à faire une BO, ce serait terrible. C'est un des trucs qu'on aimerait faire dans notre vie."

> Un entretien de Christophe Van Impe


 

 

 

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