Recorders (au BSF le 10 août): "Avec ce line up, on n'a plus aucune limite dans la composition"

Un peu plus d’un an après “Above The Tide”, les Recorders ont bien changé. Le line up d'origine n'a pas survécu au concert acoustique durant les Nuits du Bota 2015. Le batteur et le claviériste se sont fait la malle et ont été remplacés par le pianiste de jazz Ben Broux et le multi-percussionniste Michael-John Joosen. Cela fait de "Coast to Coast" un album sublime encore bien plus abouti. Après un concert flamboyant à la Madeleine il y a quelques semaines, le groupe sera de retour au BSF le 10 août, toujours dans la même salle.

En quoi les changements de line up ont-ils donné un nouvel élan au groupe?

Gordon Delacroix: "Après le premier album, nous nous sommes séparés de notre claviériste et de notre batteur. C'était une chouette aventure, mais nos chemins se sont séparés car deux membres du groupe se dirigeaient plus vers d'autres styles de musique. Cela ne se passait plus de manière naturelle et organique. Nous n'étions plus compatibles. On a fait pas mal de recherches, d'annonces et d'auditions. On a trouvé deux personnes qui ont Recorders5.jpgapporté énormément. Ben est pianiste et prof de jazz. C'est son premier projet pop-rock. Bien que ce soit un musicien accompli, il a une vision totalement nouvelle. Il joue tellement bien que ça nous donne une liberté totale au niveau des compositions. Pour les claviers, on n'a aucune limitation. On peut partir dans des arpèges et des trucs beaucoup plus complexes. De l'autre côté, on a Michael-John, qui s'est mit derrière les futs. C'est plus qu'un batteur. C'est un multi-percussionniste. Il apporte des sacs entiers avec des coquillages, des cloches, des shakers,... Il vient avec 12 shakers différents! En plus de ça, il est fort ouvert à l'idée de mélanger les sons acoustiques et électroniques."

Le premier album avait mis un an et demi avant de sortir. Cela n'avait-il pas engendré de la frustration?

"Oui, car il était sorti un an après le quatrième single. C'était indépendant de notre volonté. C'était un problème de label, des conneries administratives. On ne va pas citer de noms, mais certains te bloquent. Le cliché des requins dans les labels, il existe, même si la plupart ne sont pas comme ça. On a donc voulu enchaîner assez vite. Pendant un an et demi, on ne s'est pas tourné les pouces. On ne s'est d'ailleurs jamais reposé, ce qui est fatigant par moments. J'écris et je compose tout le temps. Ce n'est pas volontaire ou conscient, mais les idées me viennent spontanément. Je peux être dans la rue, chez un pote, dans un avion ou au restaurant et j'ai une idée qui me vient en tête. J'enregistre en mémo sur mon téléphone, car j'ai toujours peur que ce soit la bonne. J'ai des centaines de mémos très gênants, que je garde bien pour moi. Quand j'ai du temps et un environnement propice, souvent la nuit, je me replonge dans l'inspiration que j'avais."

As-tu ressenti le premier album comme un échec?

"Non, mais c'était frustrant, car beaucoup de choses n'étaient pas liées à la qualité de la musique. On était chez EMI, qui a été racheté par Warner. Ils ont mis du temps à vouloir nous laisser partir, et on a mis un an avant de pouvoir Recorders6.jpgsigner chez Caroline. On n'a pas eu de bol. Au final, ce n'est pas du tout un échec. Avant cet album, on n'était nulle part. Cela nous a permis de rencontrer énormément de gens. On est toujours chez Caroline, un label américain qui s'occupe notamment de Tame Impala. Ce premier album fut la première pierre à l'édifice."

Le concert acoustique aux Nuits du Bota a-t-il fait office de déclic pour tous ces changements?

"Oui, carrément. Le Bota nous avait invités un mois avant les Nuits. Ils avaient vu une vidéo, où on jouait "Purple and Gold" en acoustique sur des barques dans le Bois de la Cambre. Ils voulaient qu'on fasse un set acoustique. Trois membres du groupe étaient partants. Mais les deux autres étaient totalement opposés au projet, ils étaient sur la défensive. On a voulu le faire avec d'autres musiciens, et du coup ils ont quand même voulu le faire. Au final, on a eu un concert hybride. La moitié du groupe jouait d'une manière différente des autres. Cela ne s'est pas bien passé, et je pense que le public l'a ressenti. J'ai en tout cas du mal à ne pas montrer ma frustration sur scène. J'aimerais bien le refaire, qu'on nous laisse une deuxième chance."

Au Bota justement, vous aviez repris un morceau de The National. Est-ce une influence qui t'a marqué pour ce deuxième album?

"The National a toujours été une influence. Ma voix plus grave, c'est une manière naturelle pour moi de chanter. Sur le premier album, j'avais une choix plus éthérée par choix. Mais on va vraiment se diriger vers ça. Sur le single "Lost at sea", on peut effectivement retrouver du The National dans la voix. Sur d'autres, il y a un peu de Woodkid aussi. Ce sont des mélanges d'influences."

Alors qu'auparavant, tout le monde ne citait que Foals...

"Tous les groupes sont influencés par d'autres. Tu en as qui sont hyper proches de leurs influences, mais elles ne sont pas très connues, et personne n'en parle. Parfois, c'est frustrant de n'entendre parler que de ça mais je pense que ça fait partie de la nature humaine de vouloir retrouver quelque chose qu'on connaît. Nous sommes Recorders3.jpgévidemment ravis d'être comparés à nos idoles. Mais si on écoute attentivement l'album, on retrouve aussi notre identité. Tout dépend sur quoi tu te concentres."

Que peux-tu nous dire de ton autre projet, avec Barry des Fratellis?

"Je l'avais invité au premier concert au Bota et il avait fait deux morceaux à la basse et un à la batterie. Il y a quelques années, j'organisais des soirées rock comme on en a dans des clubs à Berlin ou à Londres. Je trouve que ça manquait à Bruxelles. On a eu les Libertines, Kaiser Chiefs, Futureheads, les membres de Tame Impala. Barry, c'est vraiment le gars avec qui je suis resté en contact. Il a écouté ce qu'on faisait et nous a invités pour trois concerts avec eux à Londres, Birmingham et Manchester. Depuis deux ans, on a commencé un projet musical ensemble, qui s'appelle Cyans. L'année passée, il m'a invité dans son chalet au Pays de Galles, où on a composé. Là, je vais dans le sud de la France, où on a trouvé un ancien monastère. Le but est de finir un EP et de sortir ça dans les semaines qui viennent. Des membres de Spiritualized devraient également participer au projet. On part plus dans un mélange de musique de films et de postrock."

> Un entretien de Christophe Van Impe

> Photos de Lara Gasparotto


 

 

Les commentaires sont fermés.