Georgio: "Mon rap est revendicatif de l'humain"

En Belgique, on le connaissait jusqu'à présent surtout pour sa collaboration avec Fauve sur "Voyou". Lui, c'est Georgio, et il vient de sortir son premier album "Bleu Noir", grâce à une campagne de financement participatif au-delà de toutes les attentes. Nous l'avons rencontré juste avant son concert à l'Orangerie dans le cadre des Nuits. Il nous parle forcément de Fauve et de Nekfeu, mais aussi de la scène belge. La relève du rap hexagonal est quoi qu'il en soit assurée...

Connaissais-tu les Nuits du Botanique avant d'apprendre que tu y jouerais en tête d'affiche?

"Non, honnêtement, je n'avais jamais entendu parler ni des Nuits ni du Botanique. Même en France, je ne connais pas trop les festivals. Tout ça est encore très neuf pour moi. Je ne fais que découvrir le milieu. Mais je garde un excellent souvenir de mes passages en Belgique, notamment à Couleur Café et aux Ardentes."GEORGIO_PhotoPresse002_Romain_Rigal.jpg

Pourquoi avoir eu recours au financement participatif plutôt que de passer par un label?

"J'ai rencontré plein de maisons de disques et de gros labels, mais j'avais l'impression qu'ils ne comprenaient pas mon projet. Ils prenaient énormément de temps à répondre. Lors d'un passage en radio, j'ai rencontré un mec qui s'occupe du crowdfunding. C'était finalement tellement plus fort de le faire avec les miens, avec ceux qui me supportent. C'est une nouvelle façon de faire, qui prend de plus en plus d'ampleur. On attendait 35.000 euros, ce qui est déjà beaucoup. Au final, j'en ai eu 52.000. Je ne m'attendais pas du tout à ça. Cela m'a permis de peaufiner l'album. Et puis, ça a aussi servi pour les clips et la promo."

Pourquoi avoir attendu quelques années avant de sortir ce premier album?

"J'avais besoin préparer le terrain, ne serait-ce que musicalement, en sortant des EP. Je ne me sentais pas encore assez mature artistiquement pour faire un premier album. Le premier, c'est sacré. Je voulais ne jamais le regretter. J'ai donc préféré prendre mon temps, et je ne me suis lancé que quand j'étais prêt. Avant ça, je lançais des morceaux, mais je n'étais pas aussi fort que ce que je voulais. Les retours sont excellents, ce qui me fait vachement plaisir, mais j'ai travaillé pour. Si je ne l'avais pas estimé bon, je ne l'aurais pas sorti. Après oui, ça me touche beaucoup d'avoir autant de retours et de faire autant de concerts."

As-tu encore des morceaux en stock?

GEORGIO_PhotoPresse003_NKruma.jpg"Je jette énormément de textes, mais je n'ai pas énormément de morceaux. J'écris beaucoup et, au bout d'un couplet, je jette à la poubelle. Du coup, ce qu'on entend, c'est le peu de morceaux que je termine."

Quelle influence ton entourage familial a-t-il eu sur ton apprentissage de la musique?

"Mon père était dans la musique, et j'ai toujours baigné là-dedans. Mais c'est quand je suis arrivé au collège que je suis tombé dans le rap. Je me suis dit que, putain, moi aussi j'avais des choses à dire. C'était naïf, mais c'est parti comme ça."

Quels sont les artistes qui t'ont inspiré?

"J'ai été influencé par plein de trucs. J'aimais Hugo du TSR Crew, Flynt, Nessbeal, et bien d'autres... Mais aujourd'hui, j'écoute tellement de musique que mes influences sont beaucoup plus variées."

Et notamment Miossec...

"Ouais, parce que c'est un autre vocabulaire. J'adore des artistes comme Miossec, Benjamin Biolay, Pete Doherty, Laura Marling,... Dans leurs chansons, les phrases sont plus courtes, il y a moins de mots pour faire passer tout autant d'idées, il faut être plus précis."

Tu es du 18e arrondissement. Ton rap a-t-il été influencé par ton environnement?

"J'ai grandi avec tous les milieux sociaux. Au lycée, j'étais dans le 10e, près de la gare de l'Est. Il y avait GEORGIO_PhotoPresse005_Kevin_Jordan.jpgtoutes les classes sociales, même des mecs un peu aisés. Mais, mon rap n'est pas trop porté sur ça. Il est plus porté sur des émotions, des sensations, des histoires vécues. Du coup, il est revendicatif de l'humain, mais il ne s'adresse pas à une classe sociale particulière. Côtoyer plein de classes sociales différentes, ça m'a construit en tant que garçon. Mais ma musique n'a pas besoin de connaître un milieu social mieux qu'un autre."

Ta collaboration avec Fauve sur "Voyou" a-t-elle boosté ta carrière?

"Oui carrément, ça m'a fait découvrir plein de personnes car ils avaient une grosse exposition. J'ai eu la chance de faire plein de premières parties sur leur tournée des Zéniths, et énormément de Bataclans. Cela m'a permis de progresser en live. Ils cherchaient une première partie rap pour leurs Nuits Fauves, à l'occasion de la sortie de l'EP "Blizzard". On avait un ami commun, et on s'est directement bien entendu. Ils ont donc pensé à moi pour "Voyou"."

Quand tu vois à quelle point la carrière de Fauve a été furtive, ça ne te fait pas peur?

"Si, j'avoue qu ça me fait un peu flipper. Je n'ai pas envie que ça s'arrête aussi vite pour moi. Mais eux, ils l'ont décidé et ils ont leurs raisons. Ils auraient pu encore continuer, mais tout a été très vite pour eux."

Beaucoup te citent, au même titre que Nekfeu, comme la relève du rap français...

GEORGIO_PhotoPresse006_Romain_Rigal.jpg"Je les remercie de croire en moi, mais il ne faut pas me mettre trop de pression. Maintenant, Nekfeu, c'est bien branlé, bien produit, et très bien écrit. C'est assez grand public. Mais dans le côté noble à être populaire, pas dans le côté putassier. C'est facile d'accès tout en étant bien fait. C'est vachement fort."

Connais-tu un peu la scène hip-hop belge?

"Oui. J'aime beaucoup Romeo Elvis, le projet de Caballero et JeanJass et La Smala."

Les prochaines dates de concert en Belgique:

07 JUILLET : LIEGE / ARDENTES FESTIVAL 

07 AOÛT : BRUXELLES / BSF

27 AOUT : NAMUR / SOLIDARITES

> Un entretien de Christophe Van Impe


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