La Muerte: "On fait fantasmer les trentenaires"

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La claque rock n' roll de cette semaine aux Nuits, elle a eu lieu lundi soir sous le chapiteau. La Muerte, par la qualité et la puissance de son set, nous a presque fait oublier la ribambelle d'autres concerts qui animaient cette Nuit belge. Les jardins du Bota, peuplés une fois n'est pas coutume de gars en blousons noirs, se souviendront longtemps des collaborations éphémères avec Front 242 (sur "Headhunter") et Vive La Fête (sur "Je suis le destructeur"). Après plus de vingt ans de cave, La Muerte est plus rugissante que jamais. A revoir au Graspop fin juin...

La réussite de la reformation dépasse-t-elle toutes vos espérances?

Marc (chant): "C'est surtout une surprise. De fait, tout s'est quand même emballé en un an. D'abord, ça a commencé à l'Ancienne Belgique. Puis la sortie du double vinyl live très vite. Et alors cette tournée qui a été mise sur pieds pour le début de l'année. On est en train de terminer les dates belges. Le gros truc, c'était évidemment le Roadburn aux Pays-Bas. Nous sommes également partis en Suisse avec At The Drive In. Tout ça c'est inespéré. J'ai l'impression qu'on a même plus de succès maintenant qu'avant. J'ai difficile à l'expliquer. Il y a certainement le côté culte du groupe. On fait fantasmer les trentenaires. Ce sont eux les jeunes du public, ce ne sont pas des teenagers de 18 ans. Il y a une certaine curiosité."Muerte2.jpg

Tino (basse): "J'entends souvent des gens dire: "putain, enfin, du bon et du vrai rock n' roll". Je ne dénigre pas toute la scène rock hein. Mais une frappe dans la gueule comme La Muerte, ça ne se voit pas tous les jours. Il y a aussi eu un bon bouche à oreille. Les gens que je connais autour de moi et qui n'avaient jamais vu, c'est ce qu'ils me disent."

L'idée de base, c'était de simplement faire l'AB?

Marc: "L'idée de base, ce  n'était en effet que l'AB mais en laissant forcément des portes ouvertes. C'était difficile de faire un plan de route sans label. Avant l'AB, on avait juste fait un échauffement dans un petit club à Gand. Pour la suite, reprendre la route et refaire des disques, ça s'est fait tout naturellement. Quand on te propose dix dates en Belgique, tu ne peux pas refuser. Quand tout s'enchaîne, c'est plutôt simple et facile à accepter. On s'entend bien, on se marre entre nous. Il n'y a pas un plan de combat. Ce sont juste les choses qui s'alignent."

Tino, était-tu fan de La Muerte dans ta jeunesse?

Tino: "J'aimais beaucoup, oui. Etant plus jeune qu'eux, ils m'impressionnaient. C'était quelque chose de jamais vu et entendu. Il y avait ce côté pur. Je ne pense cependant pas que ça m'ait influencé pour Channel Zero, car le style est tout à fait différent. Mais c'est toujours resté dans un coin de mon cerveau."

La Muerte a été un groupe précurseur dans de nombreux sous-genres musicaux. T'en rendais-tu compte?

Marc: "Aujourd'hui, j'en suis conscient. On a quand même eu des difficultés à l'époque. Tout ça, tu ne t'en rends compte que avec le temps. Au moment même, tu n'as pas ce sentiment. Puis dix ans après, tu vois en effet Muerte3.jpgapparaître la mouvance blues-punk, puis le stoner. J'ai retrouvé des réminiscences de ce que nous avions fait chez pas mal d'artistes. Cela va de John Spencer Blues Explosion, à certains riffs de White Zombie en passant par quelques morceaux de Kyuss. Les riffs de White Zombie, qui mélangent le groove et le metal, on les a amenés avant eux. Mais, ils le font évidemment très bien."

Le line up actuel, c'était une évidence?

Marc: "Oui. Je suis passé par Kirby, que j'avais rencontré plusieurs fois dans des soirées. A force de le croiser, j'ai foncé directement chez lui quand j'ai décidé de reformer le groupe. Il en a parlé avec Tino, avec qui il était pote. C'était juste parfait, car ils apportent une nouvelle jeunesse aux anciens morceaux."

Tino:" Accepter la proposition, ça a été la décision la plus rapide de ma vie."

Au Bota, vous avez invité Vive La Fête et Front 242 sur scène. Pourquoi eux?

Marc: "C'était une idée du Botanique. On devait faire un set un peu exclusif. On avait carte blanche pour les groupes invités, et on devait trouver des invités pour le concert. Au départ, c'était Franz des Young Gods et Mauro Pawloski. Cela ne fonctionnait malheureusement pas avec leur agenda. Richard et Patrick de Front 242 étaient les suivants dans la liste, car ce sont des potes. Vive la Fête, c'est plutôt via Didier Moens, qui les a mixés en live pendant un an ou deux. Sur scène, c'était le remake de "La Belle et la Bête."

Votre concert au Roadburn, c'était comment?

Marc: "C'était fabuleux. Avoir joué là-bas va beaucoup nous apporter au niveau de l'impact. Les gens ne connaissaient pas, ils pensaient qu'on était un nouveau groupe. Au niveau de la réception, dans un festival très pointu, c'était la claque. L'organisateur était à genoux. On a également eu un excellent contact avec At The Drive In. Ils ont vu tout le concert, et ils ont adoré. On sent que des portes s'ouvrent. Et tant mieux, car sinon La Muerte serait destinée à Muerte4.jpgmourir. On ne peut plus refaire le tour de Belgique. On doit s'orienter vers des festivals pointus ou des premières parties."

Pourquoi jouer masqué, avec un sac en toile sur la tête?

Marc: "L'image a toujours été très importante. Je voulais donner une touche de mystère, un peu comme dans "Twin Peaks". J'avais envie de balancer autre chose. L'univers du cinéma gore ou slasher a toujours influencé La Muerte dès le début. C'était aussi l'occasion de pousser le bouchon un peu plus loin, et de rendre hommage à "Elephant Man", même si ce n'est pas un film trash. Pour la suite on verra, mais pourquoi pas développer ce personnage..."

> Un entretien de Christophe Van Impe

> Photos de Lara Herbinia

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