Robbing Millions (le 31 octobre à l'AB Club): "On aime la sauvagerie du live"

On ne sait plus trop bien si ce sont leurs deux EP (encensés par la critique en 2013 et 2014) ou leurs prestations scéniques sauvages et hypnotiques qui avaient rapidement fait de Robbing Millions un groupe qui compte et à part. Sans doute un peu des deux. Deux ans après leur dernier disque, mais sans jamais avoir cessé de tourner, les voilà de retour avec un premier album éponyme. Si vous ne savez pas quoi faire le 31 robbing.jpgoctobre, sortez votre plus beau déguisement d'Halloween et prenez la direction de l'AB Club. Car c'est sur scène que ce projet fascinant prend tout son essence. Sudpop est allé à la rencontre de Lucien Fraipont (la tête pensant du groupe, le compositeur) et Gaspard Ryelandt (la sauvagerie du groupe, le chanteur).

Cet album, le considérez-vous comment un aboutissement après les deux EP?

Lucien: "C'est plus une suite qu'un aboutissement. On continue à faire ce qu'on fait depuis toujours, sauf que là on avait assez de morceaux pour faire un album pertinent. Tout ça s'est fait spontanément. Là, maintenant je réfléchis déjà au deuxième album."

Avez-vous plus de pression avec la sortie de cet album?

Lucien: "Il y a une pression supplémentaire, oui. On a mis plus de temps à le fignoler. Le nom Robbing Millions est déjà bien installé, et il y a eu deux EP qui ont relativement bien marché. J'espère qu'on gagne un public à chaque sortie."

Gaspard: "On a choisi la date de manière stratégique, afin de faire en sorte qu'il y ait de la place pour nous. Les gens attendent que ça ne soit pas la débandade complète. Le truc, c'est de désormais s'étendre. Car, en Belgique, on ne profite plus de l'effet de fraîcheur."

Lucien: "Le plus important, c'est que ça nous plaise à nous. Mais je suis bien conscient que nous ne sommes pas un groupe consensuel, et que ça ne va pas plaire à tout le monde. Ce n'est de toute façon pas le but. L'ensemble a un son différent, mais on garde une cohérence."

On ne compte plus les concerts mémorables de Robbing Millions, surtout quand c'est à l'arrache. Est-ce sur scène que le projet prend toute son essence?

Lucien: "On fait un autre effet en live. C'est là que tout le groupe Robbing Millions s'exprime le plus. Les morceaux partent de moi tout seul dans ma chambre, mais en concert ça prend une dimension supplémentaire."

Gaspard: "C'est là que c'est le plus excitant, et que le groupe prend vie. C'est la surprise, le show, l'intensité d'un moment. Il y a un truc de sauvagerie que j'aime bien retrouver en live. J'adore quand ça part en vrille."

As-tu le souvenir d'un concert particulièrement sauvage?

Gaspard: "J'ai une très mauvaise mémoire. Il y a peu, au Booty Rave Festival à Kasterlee, j'ai fait mon premier crowdsurfing. Le principe de ce festival, c'est que les gens boivent tant qu'ils veulent, tant qu'il paient 30 euros pour l'entrée. Ils étaient très chauds et bourrés, et ce n'était pas évident de maintenir leur attention. Il y avait un truc un peu sale dans l'ambiance. On a fait un concert très sauvage à New York aussi. Nous étions en retard et, du coup, il n'y avait personne. Je me suis roulé par terre devant mon manager. A Londres aussi, on avait fait deux concerts le même jour, en venant directement de Bruxelles. On débarquait tout juste du van. La fatigue, les concerts à l'arrache, ça passe ou ça casse. Et quand ça passe, c'est vraiment grand."

Vous avez récemment joué au Pukkelpop. C'était comment d'être de la fête en tant que groupe francophone?

Gaspard: "C'est chouette de voir qu'il y a des Flamands qui nous connaissent et nous estiment. Car il y a peut-être cette imagerie de groupe francophone, un peu dépassée. Du coup, on a l'impression d'avoir un truc qui tient la route. Mais le cliché est en train de disparaître, car il y a quelque chose qui se passe à Bruxelles. A Liège aussi, avec Cocaine Piss notamment. Le Wallon is cool, à nouveau."

Il y a deux ans, vous aviez joué lors d'une soirée 100% belge au festival Europavox à Clermont-Ferrand. Les Français sont-ils toujours aussi friands de rock belge?

Lucien: "L'étiquette, elle joue un rôle en France. Il y a une petite hype. On avait aussi joué dans une telle soirée à la Maroquinerie à Paris. Par contre, quand tu vas en Angleterre, c'est différent. C'est un marché très saturé, et les conditions y sont autrement plus sauvages. "

Pourquoi êtes-vous allé faire le mix de l'album à New York?

Lucien: "On avait envie de bosser avec un Français qui a notamment produit Deerhunter, Animal Collective et Moodoïd. On en a profité pour participer au festival CMJ, qui est un festival showcase comme l'Eurosonic. Il y a 15/20 groupes qui jouent dans plein de bars. On y a fait huit concerts en cinq jours. On en a fait trois en quelques heures, notamment dans le métro à Brooklyn et à Manhattan."

Que nous préparez-vous pour le concert à l'AB?

Gaspard: "Ca tombe le soir d'Halloween, donc on va essayer de surfer sur cette thématique. Il y aura aussi une after à l'Epicerie Moderne. Le lendemain, c'est congé, donc venez..."

Vous considérez-vous comme un groupe "psyché"?

Lucien: "J'ai du mal à le dire. Cet aspect psychédélique, il vient plutôt du côté bigarré de la musique. Il y a plein d'éléments, qui ne sont pas trop censés cohabiter normalement. Il y a aussi des effets sur les voix et les guitares, mais on n'est pas trop dans un esprit musique indienne quoi. Psychédélique, ça veut tout et rien dire. Chez nous, c'est plutôt pour le côté bordélique. Ce que j'aime en psyché, c'est de la pop comme Love, les Zombies ou les Beatles. "

> Un entretien de Christophe Van Impe



Les commentaires sont fermés.