- Page 4

  • London Grammar à la Rockhal: il reste quelques places

    london-grammar-sights.jpgLe trio anglais London Grammar a livré ce mardi à Forest National une prestation rare à couper le souffle. A l'image de son premier album, If You Wait, une des merveilles de 2013.

    Si vous avez manqué ce rendez-vous bruxellois, vous avez une session de rattrapage puisque le groupe de Nottingham sera le mardi 21 octobre à la Rockhal à Esch-sur-Alzette (à quelques minutes d'Arlon). Et si la date belge de la tournée était sold-out, il reste des places pour la luxembourgeoise. A bon entendeur...

  • Caribou fête la sortie de son nouvel album avec un clip

    Caribou_Our_Love.jpgAujourd’hui, l'artiste canadien Caribou sort son excellent nouvel album Our Love. Le disque du moment que tous les branchés se doivent d'écouter. Celui qui est né à London ... dans l'Ontario en profite pour partager le clip de son single "Our Love". 

  • Melanie De Biasio invitée chez Jools Holland

    5414939598579_600.jpgArtistes reconnus, momentanément "bankables", vieux amis à la recherche de leur gloire perdue ou réelles découvertes musciales: il y en a pour tous les goûts au sein de cette institution qu'est l'émission "Later with Jools Holland" sur BBC 2. Lancée le... 8 octobre 1992 (Happy Birthday!), elle garde pour elle le concept original de faire cohabiter sur le même plateau différents genres, les artistes assistant à la prestation de leurs petit camarades d'un soir. Et hier soir, Melanie De Biasio était la deuxième "représentante" belge (après Zap Mama en 1995) chez ce bon vieux Jools, qui l'a glissée après Django Reinhardt, Adolphe Sax et le mouvement surréaliste dans son speech de présentation. Entourée entre autres des Manic Street Preachers, de Ben Howard et de Jessie Ware; elle a interprété "The Flow", issu de son dernier album "No Deal". >Ph.S.

  • Christine and the Queens, la perfection au masculin

    Avec le triple concert de Prince au printemps, c'était assurément l'autre grand rendez-vous de 2014 au Bota. Sous la verrière, on a eu le nez fin en programmant Christine and the Queens. D'abord à la Rotonde et puis rapidement à l'Orangerie vu la demande. Samedi, ils étaient d'ailleurs encore nombreux à faire le pied de grue en espérant trouver un ticket en dernière minute. Que Christine6.jpgceux qui sont restés sur le carreau se rassurent, Christine sera déjà de retour au Cirque Royal le 17 mars. Pour la voir dans un endroit confiné, par contre c'est foutu. On a eu cette chance. Et c'était plus qu'un concert, mais une vraie performance d'art total. Christine, c'est le Ziggy Stardust de David Bowie qui aurait fait la connaissance de Beyonce, Michael Jackson qui aurait fricoté avec Björk et surtout Kanye West qui aurait croisé la route de Christophe. Des Victoires de la Musique au plateau de Laurent Ruquier, on la voit partout. Samedi, son concert fut juste parfait.

    Depuis l'entame, où l'ombre de Michael Jackson plane déjà, alors qu'elle arrive entourée de deux danseurs faisant deux têtes de plus qu'elle. Jusqu'au final où, sur "Chaleur Humaine", elle revisite la pochette de son album, bouquet de fleurs à la main. Ce "garçon qui voudrait devenir Beyoncé" a simplement assuré un des plus beaux concerts que nous ayons vus cette année.

    Alors qu'elle venait de débarquer à Bruxelles et avant qu'elle ne fasse son soundcheck, nous avons eu la chance de la rencontrer en tête-à-tête à son hôtel. Christine7.jpgGrande timide qui adore parler, fan de Christophe qui s'écoute en boucles Kendrick Lamar, elle cultive toutes les contradictions. Et dès qu'elle retire le mercurochrome qui lui sert de maquillage, Christine redevient Heloïse. Pendant toute l'interview, elle nous a fait chavirer. Ce petit bout de femme va devenir immense, c'est une certitude...

    Héloïse, es-tu surprise de l'engouement entourant ta personne pour le moment?

    "C'est toujours un peu surprenant car le buzz, c'est quelque chose qu'on ne maîtrise pas trop. J'ai des sentiments mitigés par rapport à ça. Car j'espère que ce n'est pas un épi-phénomène, que les gens ne vont pas se lasser aussi vite qu'ils se sont enthousiasmés. Pour l'instant, je gère. Je ne suis pas un people, je ne suis pas reconnue dans la rue même si j'ai une exposition médiatique conséquente. J'en suis au stade où c'est super, mais ça n'empiète pas encore sur ma vie privée."

    Expliquerais-tu ce phénomène par la singularité de ta démarche artistique?Christine5.jpg

    "Je ne suis pas la mieux placée pour le dire. Pourquoi je déclenche tout ça? Je ne sais pas. Ce qui résonne, c'est que j'ai voulu faire un album de chanson française mais sans réfléchir à un genre. Les gens y répondent favorablement car c'est dans l'air du temps, ça fait partie de la génération de compositeurs dont je suis issue. A l'avenir, les plus jeunes seront encore plus là-dedans. Il s'agit de ne plus réfléchir en terme de cloisonnement, de préparer une musique hybride et d'assumer un côté plus américain. J'aime Michael Jackson et Beyoncé, j'ai envie de faire des shows dansés. Je m'interdis moins de choses qu'avant. Et en même temps, j'aime profondément la chanson française, donc je n'ai pas envie de renoncer aux textes."

    "Ne rien s'interdire pour défendre une émotion"

    Reprendre "Les Paradis Perdus" de Christophe et "Heartless" de Kanye West et en faire un seul morceau, il fallait oser...

    "Cette idée est venue d'une improvisation, mais j'en suis très heureuse car ça défend parfaitement ma vision de la musique. Ces deux morceaux vont très bien ensemble. Nous sommes simplement des artisans qui défendent des émotions primaires, c'est-à-dire la tristesse, la mélancolie, la joie, la colère,... Et les "Paradis Perdus" de Christophe et "Heartless" de Kanye West, ce sont deux chansons mélancoliques. Ce sont juste deux langages différents pour exprimer la même émotion. C'est un peu mystique à dire, mais il ne faut rien s'interdire pour défendre une émotion."

    As-tu un message à faire passer par ta musique?

    "Un message non, des récits et des convictions oui. Je ne fais pas de la musique pour faire de la propagande. Je raconte l'histoire d'un corps qui est le mien, d'une vie qui est la mienne. J'ai des Christine1.jpgconvictions, des envies. Je défends une manière d'exister qui est un peu plus libre et douce que ce que je peux parfois percevoir en tant que jeune fille avec les magazines ou les émissions télé. Je défends un personnage libre, qui peut se sentir libre d'être une petite fille ou un garçon car je n'ai pas l'impression d'avoir une identité stable. Et je pense que ça, ça parcoure tout l'album."

    "Je défends une manière d'exister qui est libre et douce"

    Certains comparent ta démarche à celle de Stromae. Te reconnais-tu en lui?

    "Déjà, je suis très flattée par la comparaison. Après, je n'espère pas être une simple copie, ce n'est pas le but. J'ai fait certaines de ses premières parties. Les gens étaient tellement fans que je me suis dit que je ne devais pas faire plus de six chansons! Mais il y a des choses chez lui dont je me sens solidaire. Chez moi aussi, il y a une ambition visuelle dans le projet. Cela faisait longtemps que je n'ai pas vu quelqu'un qui prenait tout en charge comme il le fait. Il a des chansons très efficaces. Mais ce que j'admire chez lui c'est que visuellement, il apporte quelque chose en plus. Il a aussi à chaque fois une vraie proposition d'interprétation. J'admire ça et ça m'inspire en tant qu'artiste. Pour nous, qui passons après lui, c'est galvanisant. D'ailleurs c'est drôle car j'ai fait les "Victoires de la Musique" en février. Vu qu'il avait marqué l'actu de l'année musicale précédente, il devait y jouer. Et j'ai senti que tous les interprètes voulaient absolument faire un truc visuel hyper fort. Il avait bien mis la pression à tout le monde."

    Comme Stromae, tu as une approche très théâtrale de la scène...

    "J'ai fait des études de théâtre. Quand je réfléchis à mes chorégraphies de concert, je cite plus facilement Bob Wilson. Parce que j'ai voulu faire de la mise en scène, j'ai tout de suite été intéressée par le dialogue de plein d'arts différents. Mettre en scène, ce n'est pas choisir pour moi. La musique d'aujourd'hui permet de ne pas devoir choisir. Je fais partie de ces gens qui se revendiquent un personnage de scène, donc une esthétique, un costume,... Les artistes qui m'ont toujours enthousiasmée, ils étaient dans cette démarche comme David Bowie, Michael Jackson, même Björk."Christine4.jpg

    "Michael Jackson, un choc esthétique et sexuel"

    Dans quelle mesure es-tu inspirée par Michael Jackson?

    "Je suis fan depuis que je suis toute petite. Je crois que ça se trahit assez souvent! Je l'ai découvert à Disneyland Paris alors que j'avais trois ans. A cette époque-là, ils projetaient le film "Captain Eo" en 3D, et je me suis pris Michael Jackson en pleine figure. Ca a été un choc esthétique et sexuel, je suis tombée amoureuse de lui et puis il m'a accompagnée durant toute ma jeunesse. Ca a été ma grande blessure de ne pas avoir pu le voir en live, pourtant j'aurais pu. Je ne sais pas ce que j'ai fait de ma jeunesse! Je commence à prendre des cours de chant, et ma prof dit toujours qu'on chante en fonction de ce qu'on a écouté durant son enfance. J'adorais aussi ses rythmiques et ses lignes de basse. Le mec, même ses balades elles étaient dansantes. Je suis assez obsédée par le groove, même si je n'aime pas ce mot."

    Tu chantes en français et en anglais. Est-ce aussi une manière de faire exploser certaines cloisons?

    "C'est tout à fait ça. J'aime vraiment ça, même si ça peut paraître un tic d'écriture. Cela permet de raconter la même chanson mais avec deux voix différentes. Je peux être plus poétique en français, mais si je veux être plus directe et aller vers quelque chose de plus naïf, alors j'utilise l'anglais."

    "Chez les drag queens, il y a une récupération du stigmate que je trouve belle"

    Comment Héloïse est-elle un beau jour devenue Christine?

    "C'est né à Londres il y a quatre ans. Je sortais d'études de mise en scène, et j'étais dans une étape de ma vie où rien n'allait. J'avais besoin de changer d'air, et je suis partie pour l'Angleterre. C'est une ville où je me sens chez moi. Je me suis barrée toute seule, sans but précis. Un jour, j'ai échoué dans un club, le "Madame JoJo's", à Soho. Je crois d'ailleurs leur avoir fait beaucoup de pub depuis! Ce soir-là, il y avait un numéro de travestis qui s'appelait "Comment faire de la musique et de la cuisine en même temps". Après Michael Jackson à Disneyland, j'ai eu mon deuxième choc. J'étais tellement étriquée dans ma propre vie, j'étais prise dans plein de contradictions bizarres. En voyant ce numéro, je me suis dit que je devais arriver à être libre comme eux l'étaient sur scène. J'ai été touchée par le fait que ce soit des travestis. Ce sont Christine3.jpgsouvent des personnages qui transcendent des histoires pas évidentes de leur vie, qui prennent des insultes pour en faire des noms de scène. Il y a une récupération du stigmate que je trouve hyper belle. Ce dépassement de soi m'a beaucoup plu. J'ai un peu trainé avec eux car ils m'ont un peu prise en pitié. Faut dire que j'avais pas l'air en forme. Ils m'ont appris plein de trucs, j'ai découvert le voguing, certaines musiques. Ils m'ont encouragée à créer un projet et un personnage. Je suis rentrée en France et j'ai directement commencé à composer. C'est comme si j'avais réussi à déverrouiller un truc et tout est sorti très vite. Ca a été évident d'écrire une chanson alors que je ne l'avais jamais fait. C'était très curieux. Ce qui est assez fou aussi, c'est que ça a répondu très vite. J'ai posté deux chansons sur internet, c'était très lo-fi. Et pourtant, en deux mois, j'étais finaliste du concours des Inrocks. J'ai été happée, et ça m'a sauvée dans tous les sens du terme. C'est un peu con à dire, mais ça a redonné un sens à ma vie."

    N'as-tu pas peur de devenir prisonnière de ton personnage?

    "C'est plus un alter ego qu'un personnage. Christine, c'est une version décomplexée de moi-même. C'est génial, car je me sens mieux dans ma peau. Cela me permet d'être un peu plus forte, plus sûre de moi. On ne dirait pas, car je n'arrête pas de parler, mais je suis quelqu'un d'assez timide. J'ai besoin d'un prisme d'écriture. J'ai toujours été fascinée par comment on change de comportement en fonction des situations. Pour moi, ce n'est rien de plus que ça. C'est comme quelqu'un qui prendrait une voix plus grave au téléphone pour assurer."

    "Christine, c'est une version décomplexée de moi-même"

    Le personnage par excellence, c'était Ziggy Stardust de David Bowie...

    "J'aime beaucoup Bowie, et ses nombreux personnages. Il muait. Ziggy Stardust il était hyper marqué, Bowie l'a carrément tué. Ce côté plus éphémère, ça je n'y arriverais pas."

    Tu as dû écouter beaucoup de RnB récent pendant l'enregistrement de ton album, non?

    "Merci, ça me fait plaisir que tu t'en rendes compte. Le RNB américain, même le hip-hop et le rap. Cela ne s'entend pas mais quand j'ai fait "Chaleur Humaine", je n'écoutais que Kendrick Lamar. Son album est Christine2.jpgjuste parfait. J'adore aussi toute la discographie de Kanye West, Pusha-T, Drake,..."

    Et en chanson française, quels sont tes artistes de référence?

    "J'ai peu de références, mais j'en ai des fortes. J'ai genre trois noms, qui se battent en duel. Christophe, normal. Gainsbourg, période Gainsbarre. Moi, ce que j'adore c'est "Love on the beat" et "You're under arrest", ses albums un peu new-yorkais que je trouve magnifiques. Et puis Bashung."

    Christophe, qu'a-t-il pensé de ta reprise?

    " Je l'ai rencontré et il avait écouté mon morceau. Il est hyper lunaire, il ne répond que par deux ou trois mots. Il m'a juste dit: "ouais, le morceau avec Kanye West, super". Moi, j'étais là "okaaayyy". J'étais en mode timide. Comme il est spécial, j'ai un peu paniqué. On était au resto, je n'avais rien à dire. J'ai trouvé une excuse de merde et je me suis casséChristine8.jpge. Après, on s'est écrit des textos. Il est venu me voir au concert à Paris, c'est quelqu'un de charmant et curieux."

    As-tu déjà commencé à écrire pour le deuxième album?

    "Oui, je n'ai pas envie d'attendre trop longtemps et de me mettre la pression. J'écris tout le temps, c'est comme un muscle qui travaille. C'est tôt pour en parler, mais j'ai des envies. Le problème, c'est que je ne fais jamais ce que je dis. Sur le premier, je comptais faire un album dansant, et j'ai sorti des chansons tristes..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe