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  • An Pierlé (ce jeudi 12 mai à l'Eglise des Dominicains): "Jouer dans une église, ça a un côté fascinant"

    Mardi soir, An Pierlé a livré un showcase de toute beauté dans les bureaux de Pias. Elle y a joué l'intégralité de son dernier album "Arches". Elle sera ce soir à l'Eglise des Dominicains pour le défendre. Les Nuits du Bota peuvent vraiment commencer...an hr_2.jpg
     
    Comment est née cette idée d’ajouter de l’orgue à ta musique?
    "Cela remonte à 2012, à l’occasion du festival Odegand. J’avais reçu le titre de compositrice officielle de la ville Gand. Un de mes rêves était de jouer dans une église. C’est un endroit fascinant. Tu ne peux pas prendre une échelle, grimper et aller jouer sur un orgue. Tout doit être silencieux, vu que l’instrument fait un bruit énorme. Ils m’ont donné un jeune organiste de 23 ans, et on a dépoussiéré les tuyaux de l’orgue de l’église Saint-Jacques. J’ai alors commencé à composer."
    Fréquentes-tu souvent les églises?
    "Non, c’est un milieu que je ne connaissais pas vraiment. Je ne rentre dans une église que quand je suis à l’étranger et que j’ai envie de visiter. En été, c’est agréable car il y fait très frais. Je ferme les yeux et je m’imagine comment ça devait être les pour les gens en 1700. Pour beaucoup, c’était le seul endroit où il y avait de l’art."
    Est-ce un one-shot ou pourrais-tu continuer dans cette voie?
    "Il y aura une deuxième partie à l’album. Pour la suite, je ne sais pas encore. J’aime le son et l’endroit, mais je ne ferai sans doute pas un répertoire pour orgues jusqu’à la fin de ma vie. Je cherche toujours quelque chose qui m’inspire. Là, je suis heureuse, car j’ai trouvé la voie que je cherchais à emprunter. Après 20 ans, je cherchais à me renouveler. C’est gai de ne pas faire tout le temps la même chose. Le piano-voix, ça demande une concentration d’écriture énorme, car tu n’as rien à cacher. Ce projet s’est réalisé en trois stades. C’est un luxe d’avoir le temps."
    Comment as-tu mis en place la concrétisation sur scène?
    "En 2014, on a fait quatre concerts dans des églises très différentes, et un dernier à l’Atelier 210. Le meilleur concert, c’était à Gand, dans une grande église, qu’on connaissait déjà. Au 210, ça prenait une ampleur différente, car on sortait du cadre de l’église. Ce soir-là, on a eu de l’espoir et on s’est dit qu’on pouvait faire un album."
    Le public est-il plus contemplatif?
    "Oui, quand même. Pour beaucoup de gens, l’église est liée à la jeunesse. C’est un endroit où il faut être silencieux. C’est un endroit qui fait référence aux grands moments de la vie. Beaucoup m’ont dit que c’était émouvant d’assister à un concert dans ce cadre. Et puis, tu as le son de l’orgue qui t’enveloppe."
    Techniquement, est-ce évident?
    "Non. La première fois, on a d’ailleurs eu des problèmes techniques. On avait eu trois concerts le même jour. Le an hr.jpgmatin, il n’y avait pas beaucoup de gens. Le midi, c’était à moitié rempli donc c’était idéal. Mais le soir, il y avait 800 personnes. Le son, c’était comme une éponge. En haut, on pensait avoir joué un très bon concert. Mais Koen, qui était en bas, trouvait que ça n’allait pas du tout. L’orgue venait en décalage sur nos voix."
    Dois-tu adapter ton jeu de scène? Au 210, tu étais plus réservée que de coutume…
    "Je n’ai pas encore développé un jeu de scène. Je ne le fais d’ailleurs jamais. Je ne sais pas encore si je dois parler entre les morceaux. Même si j’aime bien me marrer, peut-être que je devrais ne rien dire, et laisser une atmosphère s’installer. La concentration est importante."
    Pourras-tu intégrer des anciens morceaux à la setlist?
    "Je veux d’abord bien installer l’album, et puis on verra. Mais c’est sûr que les morceaux à batterie forte, on ne pourra pas les faire."
    Espères-tu toucher un nouveau public?
    "Oui, les vieilles choristes! Ce disque peut brasser très large, car il y a un côté pop année 1980 mais aussi un côté plus mystique."
    N’as-tu pas eu peur de déstabiliser ton public?
    "Je soupçonne que ceux qui viennent me voir savent que ça change à chaque fois. Ce n’est pas comme du Simple Minds, où c’est à chaque fois la même chose. Ces dernières années, je suis dans une recherche. La forme change, mais tout part du même endroit."
    Et malgré tout, cet album reste très pop et inspiré par les années 80…
    "Il y a des albums qui restent avec toi pour la vie. Sur «Avalon» de Roxy Music, il y a aussi une atmosphère un peu mystique."
    Qu’écoutes-tu de contemporain?
    "J’écoute trop peu de musique. Dans ce que j’aime, il y a FKA Twigs, le premier album de Florence and the Machines, War on Drugs, PJ Harvey, Mélanie De Biasio et Perfume Genius."
    De toutes tes reprises, quelle est ta préférée?
    "Elles sont très différentes l’une de l’autre, mais sont très marquantes de certaines périodes. Celle de Gary Numan, elle a tout lancé. «Paris s’éveille», c’était au départ pour rigoler, mais ça nous a permis de percer en France. «Such a shame» est plutôt bien réussi."
    Preuve que tu touches à tout, tu as aussi fait un disque pour enfants…
    "C’est une pièce de théâtre musicale sur le sommeil et les rêves en néerlandais. On la joue aussi en français. On va même aller au Canada. Je pense qu’on sous-estime souvent les enfants. En concert, ils sont très immédiats. Leurs réactions sont très touchantes. On a joué devant des enfants handicapés. Dès que la musique commence, ils sont apaisés. On a joué devant des sourds-muets aussi. Un enfant, il ne ment jamais…"
    > Un entretien de Christophe Van Impe

  • O - Olivier Marguerit (dimanche 15 mai aux Nuits du Bota): "Ma musique a un côté circulaire"

    Olivier Marguerit, on l'a connu comme guitariste de Syd Matters ou de Mina Tindle. Aujourd'hui, il nous revient sous le pseudonyme "O". Son album "Un torrent, la boue" 'est un véritable bijou, que vous pourrez découvrir ce dimanche 15 mai aux Nuits du Bota.O1.jpg

    Olivier, comment se présente ton concert de dimanche aux Nuits du Bota?

    "Hyper bien. Je suis actuellement en train de répéter. J'ai déjà souvent joué au Bota par le passé, avec Syd Matters. Ce qui me frappe dans ce festival, c'est la concentration de salles et de public dans un espace assez restreint. Les souvenirs que j'en ai, c'est surtout d'avoir déambulé un peu ivre entre les salles. J'ai toujours eu une connexion assez importante avec la Belgique. Récemment, j'ai encore fait du synthé sur l'album de Dan San. Je connais aussi bien les gars de Girls in Hawaii, avec qui j'ai partagé la route. Dernièrement, j'ai découvert BRNS. Ce sont tous des groupes dans lesquels je me reconnais."

    Finalement, tu aurais pu être "musicalement belge"...

    "Ah mais il semblerait que, dans la famille, on ait des origines belges assez lointaines, du côté de Bruxelles. Je n'ai pas eu l'occasion de le vérifier, mais j'aime le rêver."

    Pourquoi avoir appelé ton projet "O"?

    O2.jpg"A la base, c'était la signature que j'utilisais à la fin de mes mails. Puis quand j'ai commencé à voler de mes propres ailes, je m'y suis attaché. J'aime bien ce côté circulaire, sans fin, qui ressemble à ma musique. L'idée du cycle était en fait présente dans tout ce que j'entreprenais. Et puis, il y avait aussi cette idée de rester un petit peu caché, anonyme. Je n'avais aucune envie de porter bien haut l'étendard de ma personne. Appeler son projet de la sorte, c'est faire en sorte qu'il soit très difficile à référencer sur Internet. Les gens doivent chercher pour me découvrir, tout ne leur est pas offert sur un plateau."

    Tu avais même à un moment envisagé de le décliner sous toutes ses formes orthographiques...

    "Oui, ça m'a un peu amusé. Je trouvais ça ludique. J'aurais pu, d'un album à l'autre, m'appeler "Eau", "Aux", "Haut",... Mais je crois que, au final, le nom du groupe n'évoluera plus."

    Ton album est justement traversé par la thématique de l'eau. Pourquoi cette obsession?

    "Je ne sais pas trop comment le définir. L'homonymie m'amusait. En plus, il y avait eu la naissance de ma fille. Or, l'eau c'est la vie, le liquide amniotique,... c'est un élément qui est omniprésent dans nos vies."

    Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de voler de tes propres ailes?

    "J'aurais bien aimé le faire plus tôt. Mais la vie a fait que je me suis constamment retrouvé à jouer accompagné de O4.jpggroupes de la scène indé parisienne. A l'issue du quatrième album de Syd Matters, il y a eu un creux. Ce fut un virage dans ma vie. J'ai commencé à envisager d'avoir un enfant, et j'ai emménagé avec ma compagne. Je quittais seulement ma période d'adolescence. Je me suis alors replongé dans tous ces morceaux que j'avais accumulés pendant ces années."

    La transition a-t-elle été facile?

    "J'ai surtout dû m'habituer au fait de chanter. Je l'avais fait auparavant, mais seulement dans des choeurs. Et je peux t'assurer que ça change toute la perception que tu as de la scène. J'ai découvert que la voix était elle-aussi un instrument qui se travaille."

    Ca t'a apporté quoi d'étudier à l'American School of Modern Music?

    "J'y ai beaucoup appris et, en même temps, ça m'a bloqué dans plein d'autres choses. J'avais fini par adopter une vision trop complexe de la musique. Or, je voulais faire quelque chose de pop et de naïf. En sortant de là, j'ai dû tout désapprendre."

    Tu n'as pas non plus gardé un souvenir impérissable du conservatoire...

    O3.jpg"Ce sont mes parents qui m'y avaient inscrit, mais je n'étais pas bon. Le conservatoire m'a formé l'oreille, mais je n'en ai pas gardé grand-chose. J'ai toujours été autodidacte. J'ai appris la musique en écoutant les disques de mes parents. Ils se sont séparés quand j'étais jeune, c'est donc un peu comme si j'avais eu deux familles. D'un côté, j'avais ma mère qui écoutait de la variété française. Son truc, c'était la grande trilogie amoureuse composée de Balavoine, Cabrel et Goldman. Mon père, lui, était à fond dans Supertramp et Dire Straits. Moi, j'ai assez vite été passionné par la scène indé amércaine, les Pixies, les Red Hot,... Dans ma musique, on retrouve toutes ces facettes."

    A côté de ton album, il y a aussi cette BO pour le film "Diamant Noir".

    "C'est une coproduction belge, et ça a été tourné à Anvers. Je vais aussi bosser sur deux courts-métrages. D'un côté, il y a O, et de l'autre le compositeur de musique de films. C'est ça ma liberté."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


     

  • Nuits 2016: le carnet intime de Yann Tiersen

    Les Nuits avant les Nuits, c'est désormais devenu une habitude au Bota. Déjà l'an dernier, You Will Know us by the Trail of Death avait joué au Cirque Royal une semaine avant tout le monde. Jeudi soir, c'était Yann Tiersen qui avait l'honneur de lancer les festivités une semaine avant l'heure. Il y a quelques mois, il était déjà passé par l'Ancienne Belgique dans le cadre de la tournée "Infinity". Mais cette fois, il est de retour à ses vieilles amours, la prestation en piano solo. Neuf dates sold out pour présenter "Eusa", son album qui ne sortira qu'à la rentrée. Un disque qui, en dix morceaux très personnels, raconte l'île d'Ouessant (Eusa en breton). Son île, celle où il vit. Une partie de lui-même.Yann.jpg

    La mise en scène est logiquement dépouillée, pour ne pas dire inexistante. La première partie du concert se fera dans la pénombre. Seul face à son piano, avec uniquement quelques lumières d'appoint et deux bandes qui tournent en fond de scène, il interprète tout en sobriété ses nouveaux morceaux. L'ambiance est contemplative. Le Breton est comme s'il était dans son salon, et balance juste quelques "mercis" polis. Après une heure, changement d'ambiance. Une lumière tamisée fait enfin timidement son apparition, et l'artiste passe d'un instrument à l'autre (violon, pianos enfantins, medolica). Il ne puisera qu'à deux reprises dans la BO du "Fabuleux Destin d'Amélie Poulain", qui avait fait sa renommée, avec "La Valse des Monstres" et "La Dispute". Ce n'est pas l'objet du concert de ce soir. Il n'oublie pas "Sur le fil", avant de s'en aller. Comme il était arrivé, sur fond de bruits animaliers et d'une voix féminine récitant un texte en breton. Ces Nuits ne pouvaient mieux débuter...

    Prochain rendez-vous, dimanche. Toujours au Cirque mais avec Carnival Youth, Dan San et Andrew Bird.

    > Christophe Van Impe