Critiques de concerts - Page 9

  • Gaz Coombes en a gardé sous la pédale

    La Rotonde affichait finalement "complet" pour le volet belge de la tournée européenne de l'ex-Supergrass Gaz Coombes. L'Anglais a apporté son style, son sourire et son deuxième album solo "Matador" pour un bon concert qui manquait d'un quelque chose pour ajouter un "très" devant "bon".

    On passe directement et rapidement sur le duo "indie-wave-rock" gantois Too Tangled, qui présentait principalement son troisième album. Certaines chansons se laissaient écouter, d'autres étaient immédiatement oubliées. Même la reprise "Eisbaer" de Grauzone passait plutôt inaperçue... Comme leur prestation scénique, certes énergique mais un peu creuse.

    gaz coombes,too tangled

    Presque dix ans après avoir investi l'Orangerie avec ses joyeux compagnons de Supergrass, l'Anglais semblait plutôt content d'être là, "dans cette jolie salle". Supergrass. Un de ces groupes dont les potes disent souvent "Ouais, sympa, mais bon, voilà quoi..." Pourtant, de "Richard III" à "Moving" en passant par "St. Petersburg", les gars d'Oxford ont écrit de petites perles de pop-rock disséminées dans leurs six albums studio. On l'avoue donc volontiers, on aurait bien aimé en trouver au concert hier. Sans succès.

    Aurait-elle été la petite étincelle pouvant permettre à la salle de s'enflammer totalement? Peut-être. Guitare autour de la taille, Gaz commençait au piano avec "Buffalo", qui ouvre également sa dernière plaque. Un joli début, avec notamment le très délicat "One Of These Days". Premiers moments de somnolence avec "The Girl Who Fell To Earth", heureusement éliminés avec le dynamique "Hot Fruit" (issu de son premier effort "Here Come The Bombs") et "20/20", une des réussites de la soirée.

    En avant-plan par rapport à ses quatre musiciens alignés, il remercie beaucoup les spectateurs, fait une blague ou deux, mais ne parvient pas vraiment à créer un momentum parmi ces derniers. "The English Ruse" vrombit juste avant le break et surtout l'ultime "Break The Silence" récolte tout de même de nombreux et bruyants applaudissements. >Philippe Sadre

  • Recorders a fait sautiller la Rotonde

    Un premier full album ("Above The Tide") sous le bras, Recorders continue d'écumer les scènes belges avec son rock alternatif sautillant. Ce samedi soir, c'est la Rotonde du Botanique qui affichait complet pour le quintet, qui a fait de cette "première date en tête d'affiche" une belle fête.

    Trois EP, un album donc et de nombreuses dates depuis sa création en 2006; on peut dire que Recorders n'a pas chômé ces dernières années. Jolie récompense: une Rotonde complète en ce début 2015. Et on sent directement la bonne humeur générale gagner la salle au son de leur indie-rock colorée et plutôt inspirée. recorders,birdy hunt,botanique,rotondeEvidemment, on pourrait reprocher que les influences submergent un peu trop la création propre (un groupe comme Foals n'est jamais loin, voire tout proche, et pas que dans le look du chanteur), mais Recorders a enregistré ces fameuses influences avec intelligence et les retranscrit avec verve. Les morceaux connus font plaisir et les deux inédits sont de belles surprises. En fin de set, Barry "Fratelli" Wallace (du groupe écossais du même "nom avec un "s"", qui a partagé avec Recorders son producteur-mixeur et même la scène le temps de quelques concerts en Angleterre, à gauche sur la photo) prend la basse puis la batterie lors du rappel pour clôturer la soirée en beauté. 

    En première partie, Les Français de Birdy Hunt avaient quant à eux la reçu la mission de chauffer la Rotonde. En gros, un groupe pop-rock qui a pour lui des chansons bien travaillées et formatées bande FM, mais contre lui une attitude "boys band" qui peut tourner au désagréable selon les affinités. Finalement, tout ce petit monde prolongeait la fête dans un bar un poil branchouille de la capitale, avec Barry balançant de bons sons rock british un mojito à la main. Santé! >Ph.S.

     

  • dEUS, la nostalgie dans ce qu'elle a de plus beau

    Putain 20 ans... C'est en 1994 que "Worst Case Scenario" débarquait dans les bacs, suivi de l'improbable et bizarroïde EP "My Sister = My Clock". A l'époque, nous avions les cheveux longs, prêt à plonger dans l'océan du rock n' roll. Avec le recul, c'était plus qu'une simple sortie d'album. Ce jour-là, la Belgique s'était enfin trouvée une place de choix sur la carte mondiale du rock alternatif. Qu'ils soient anglo-saxons ou français, nombreux sont les artistes à se revendiquer de dEUS encore aujourd'hui. Sans "Worst Case Scenario", qu'on a écouté jusqu'à l'usure, il n'y aurait peut-être jamais eu ensuite de Girls in Hawaii ou de BRNS.

    Des souvenirs de concerts mémorables 0073145240452_600.jpgavec dEUS, on en a en pagaille. Depuis l'ouverture de leur premier Werchter, vêtus de robes. Ou encore lors d'une prestation somptueuse pour la réouverture de l'Ancienne Belgique. Deux ans après "Worst Case Scenario", on avait frissonné sur les mélodies désarmantes de "Serpentine" et de "Gimme the Heat" issus de "In a bar, under the sea". Le parfait "The Ideal Crash" nous avait ensuite achevés. C'est leur dernier chef-d'oeuvre en date.

    Pour célébrer ces vingt ans d'existence, les Anversois ont investi le Cirque Royal trois soirs de suite. Nous y étions vendredi. Au beau milieu d'un set de deux heures, Tom Barman et sa bande ont ressorti des tiroirs des morceaux qu'on craignait ne plus jamais entendre comme "Right as Rain", "Morticia Chair" ou "Via". Alors lui, Stef Kamil Carlens et Rudy Trouvé ne sont plus là. Mais avec Mauro Pawlowski (ex Evil Supertars), le groupe s'est trouvé une nouvelle jeunesse. Même les morceaux récents parviennent à se faire une place au soleil dans cette setlist. Une setlist qui, en 20 ans, n'avait sans doute jamais été aussi parfaite...

    > Christophe Van Impe

  • Noa Moon termine en beauté à l'Atelier 210

    L'Atelier 210, c'est là où tout avait commencé il y a trois ans. Dans le bar, Noa Moon y avait lancé les balbutiements de sa tournée. Mercredi soir, elle y est symboliquement revenue pour la dernière. Dans le public, beaucoup d'enfants. Quelques têtes connues aussi (Nicolas Michaux, Theo Clarck, Paon,...), histoire de 130000-NOA-MOON_enforet-©-Simon-Vanrie.jpgboucler la boucle entre amis. Bien que fatiguée, stressée et émue, elle a tourné la page en beauté. Comme à l'Orangerie, et toujours accompagnée de Catherine De Biasio et Aurélie Muller (Blondie Brownie). elle a notamment repris "Inside & Out" des Bee Gees, au beau milieu de son répertoire. Et a surtout offert un nouveau morceau, pour le moment intitulé "The Shield", qui démontre déjà une réelle progression dans l'écriture et la composition. Après avoir remercié le public (environ 150 personnes) un nombre incalculable de fois, il était temps de tout débrancher. Pour de bon cette fois. "Maintenant, je vais m'enfermer un an dan la forêt pour écrire", rigole-t-elle.

    > Christophe Van Impe

  • Le flow de Kate Tempest a balayé l'AB Club

    Kate Tempest terminait ce vendredi à Bruxelles le volet européen de sa tournée 2014. Une année sans nul doute particulière pour l'Anglaise de 28 ans qui a révélé au grand public ses textes aiguisés sur un flow parfaitement maîtrisé.

    Une (bien meilleure...) rime. Voilà qui est cher à la chanteuse, déjà reconnue depuis de nombreuses années dans le monde de la poésie et du "spoken word" avant de s'attaquer à la musique avec ce "Everybody Down", unanimement désigné comme un des albums de 2014 outre-Mer du Nord. "La version féminine de Roots Manuva et de The Streets" pouvait-on lire en guise de présentation le site de l'AB. 

    kate tempest,ab clubSi elle partage avec le premier des racines dans le "South London" et avec le second le concept d'un album suivant l'histoire de plusieurs personnages, elle possède une personnalité assez forte pour s'émanciper totalement de ces références, aussi flatteuses soient-elles. 

    Elle arrive sur scène après le lancement de l'intro et balance "Marshall 'Law" en regardant tout le premier rang dans les yeux pour mieux lui raconter son histoire. Ou plutôt celle de la vie de Becky, Harry et Pete, des jeunes gens de son âge confrontés problèmes de la vie, avec la solitude en toile de fond. Et d'interpéter son electro-narrative-rap (comme elle l'a elle-même décrit) avec énormément de vie, limitant au maximum toute monotonie grâce à des changements de rythme et une super alchimie avec sa choriste.

    Elle veut faire de cet ultime concert une fête, en tendant une canette de bière à un spectateur enthousiaste ou en s'installant un peu maladroitement à la batterie pendant "A Hammer". Elle rigole en promettant à son batteur de "ne plus jamais recommencer mais bien de poursuivre mes rêves".

    L'émotion semble la prendre après le dernier morceau mais elle revenait sur scène sur l'insistance du public pour proposer, faute d'autres chansons dispos, le début de "Brand New Ancient", son précédent spectacle en poèmes. Nouveaux applaudissements mille fois mérités. >Philippe Sadre


  • Julien Doré: "Il ne faut pas minimiser le rôle de l'artiste"

    Exceptionnellement, c'est seul et en voiture que Julien Doré a débarqué à Bruxelles mardi après-midi. Nous l'avons rencontré quelques heures avant le troisième passage de sa carrière par l'Ancienne Belgique. Cette fois, nous n'avons même pas évoqué l'album, nous n'avons même pas parlé du concert. A la place, l'artiste hors-normes qu'il est nous a simplement ouvert les portes de son univers. Et ce fut fascinant... 

    Les échanges entre Christophe et toi ont été nombreux. Tu l'as souvent repris, il en a fait de même avec "Corbeau Blanc" et tu l'as plusieurs fois invité sur scène, que ce soit au Trianon ou à la Gaieté Lyrique. Te considères-tu comme son héritier?

    "Non. Je crois qu'il n'y a pas vraiment d'héritage dans la musique. Il y a des gens dont l'esprit peut nous sembler proche du nôtre. Mais je ne crois pas qu'il y ait des choses à voler, à hériter. Ce qui nourrit ma musique est justement d'ailleurs souvent éloigné de la musique elle-même. Par contre oui, il y a des artistes qui me bouleversent juste en tant qu'amoureux de la musique. Chez Christophe, il y a quelque chose qui me touche beaucoup. Au fond, le plus grand nombre de moments qu'on ait partagés ensemble, c'était d'ailleurs en-dehors de la scène. On joue à la pétanque, on boit un thé chez lui, on parle de plein de choses."10818616_10152616608957869_1453079824_n.jpg

    Si tu devais ressortir un morceau de son répertoire, ce serait lequel?

    "J'adore "La Dolce Vita", car j'aime le texte et j'ai l'impression de pouvoir me l'approprier quand je le chante. Mais il y en a plein d'autres qui me touchent beaucoup. Ce qui est très riche, poétiquement parlant chez lui, c'est son univers global, qui est différent à chaque disque. Il est en permanence en train de rechercher des nouveaux sons, des nouvelles idées. Il ne s'arrête jamais de chercher, et ça c'est quelque chose que j'adore chez lui. C'est quelqu'un de fascinant, de très humain, de merveilleux à côtoyer."

    L'été dernier, tu as repris tout l'album "La Notte, la Notte" d'Etienne Daho sur scène. Comment t'est venue cette démarche?

    "Les Francofolies de La Rochelle m'avaient proposé d'être la création du festival. On m'a proposé de revisiter et de réinterpréter ce disque, ce que j'ai accepté. Je connais Etienne. Je lui ai envoyé certaines premières tentatives de répétitions pour voir s'il était d'accord avec ma vision. Je voulais absolument m'éloigner des prods de l'époque."

    10494891_781758091885057_4423639727450910051_o.jpgC'est important pour toi d'avoir un retour de l'artiste que tu reprends?

    "Quand c'est quelqu'un que j'aime, oui. Quand j'estime les chansons à la base, oui. Quand je reprends des chansons qui, pour moi, auraient pu être meilleures ou interprétées différemment, alors je ne me pose pas la question. Dans le cas d'Etienne, j'avais envie qu'il me soutienne dans ma démarche. C'est ce qu'il a fait en validant mes arrangements et en me faisant le cadeau de venir chanter avec moi "Week-end à Rome" quelques semaines après les Francos, lors d'un festival à Carcassonne. J'étais seul au piano avec lui, et c'était super beau."

    Ressortir l'album en l'agrémentant de versions piano-voix, c'était une manière de revenir aux sources? 

    "Au coeur de la tournée, je me suis remis tout seul au piano et c'est comme si, dans ma mémoire, revenait l'histoire de ces chansons, la façon dont elles sont nées."

    T'inspires-tu d'autres disciplines artistiques?

    "Complètement. Ma mise en scène, mes mots, mes textes ne sont pas inspirés d'autres chanteurs, mais plutôt d'autres univers. C'est la danse contemporaine, la danse classique, les pièces de théâtre, la mise en scène. Et des gens comme Bartabas par exemple, dont j'aime beaucoup les spectacles. ll mélange les animaux, la musique et le jeu. Ce sont des gens comme ça qui me touchent beaucoup, inconsciemment d'ailleurs. Par exemple, quand je sors d'une pièce de théâtre qui m'a touchée, des choses me restent."sans+titre-518.jpg

    Et tu écris directement?

    "Non, j'ai l'impression qu'il faut toujours un temps de digestion. Quand on se nourrit des choses autour de nous, il faut les digérer avant de pouvoir les transformer. Si on essaie trop tôt de coller à ce qu'on a ressenti, on se perd vite."

    Gustave Doré était ton arrière-arrière-grand-oncle. En-dehors de lui, es-tu issu d'une famille artistique?

    "Disons d'une famille qui avait le goût de certaines formes d'art. La musique classique était présente du côté de mon grand-père. Ma grand-mère dirigeait aussi un centre d'art, de danse classique, à Cannes. Mais ce qui m'a surtout ouvert à tout ça, ce sont les Beaux-Arts, mes études après le lycée. C'est là que j'ai commencé à goûter à des choses qui me sortaient d'une destinée, qui m'amenaient ailleurs, qui me permettaient d'agrandir mon regard et de rêver à de plus belles choses. Mais pas que pour moi, pour le monde entier. J'ai goûté à l'universel en goûtant à l'art. Et ça, ça a éveillé en moi une mission, qui est celle d'écrire, d'être honnête avec mon univers, avec ce que je raconte et avec les gens qui m'écoutent. Et de partager avec eux quelque chose, qui est de l'ordre de la poésie de l'instant. Et d'espérer que dans cet instant suspendu, poétique, quelque chose reste chez eux, et déclenche d'autres choses plus tard. Aujourd'hui, j'ai trouvé la substance et le sens du pourquoi je fais tout ça. Dans ce partage, il y a la possibilité pour nous tous de changer notre façon d'être avec les autres et de faire du monde dans lequel on vit peut-être un monde meilleur. Je ne suis évidemment pas seul. Mais mon petit rôle, mêlé à celui d'autres artistes, est aussi important que celui des scientifiques ou des hommes politiques. Je pense qu'on a un un grand rôle à jouer aujourd'hui. Les auteurs, les chanteurs, les réalisateurs, les danseurs, les écrivains,..."

    Connais-tu par coeur l'oeuvre de Gustave Doré?

    "Par coeur non. Je pense d'ailleurs que personne ne connaît par coeur l'immensité de son travail et en peu de temps en plus. Il y a bien sûr les gravures pour la "Divine Comédie", mais il a tellement illustré de choses. C'est incroyable. Il remplissait d'ailleurs des pages entières de choses qu'il avait encore à faire et qu'il avait faites. Se sentir vivant parce qu'on a des choses à accomplir, dans le peu de temps qu'on a sur cette planète, ça c'est quelque chose qui me parle. Son temps d'expression a été court, pourtant il a accompli ce qu'aucun sans+titre-627.jpgêtre humain actuellement ne parviendrait à faire. Les techniques étaient bien plus complexes à l'époque."

    Tu as consacré une chanson à Michel Platini. Pourquoi lui plutôt qu'Eric Cantona, qui a pourtant joué dans les deux clubs de ton coin (Nîmes et Montpellier) et qui a un côté très "rock-star"?

    "Oui, c'est vrai. Peut-être parce que j'étais trop proche de Cantona, en terme de football. Ca me parlait plus. Il était plus proche de moi dans le temps. Platini, c'était déjà une icône gravée, à encadrer. Donc, j'avais la distance du regardeur. J'avais le recul d'un homme qui n'était pas footballistiquement parlant trop contemporain. Et puis tout bêtement parce que quand je me suis mis au piano et que cette chanson est arrivée, le mot Platini dans sa forme, dans son écho, a résonné. C'est difficile à faire une chanson sur le football. C'est pour ça que je déteste faire le chansonnier. Certains font ça très bien, moi j'en suis incapable. J'écris des textes qui auraient pu être écrits il y a 100 ans. C'est important pour moi de ne pas écrire sur l'actualité. L'actualité elle est en perpétuel mouvement. Et mon seul but, quand j'écris des chansons, c'est justement de la faire bouger cette actualité, de faire bouger le monde dans lequel je vis. Ce n'est certainement pas pour témoigner de la petitesse d'un jour, d'une semaine ou d'une année. Dans Platini, il y avait un côté hymne iconique d'une image, d'une image Panini. Bien plus que d'un être humain. C'est pour ça que j'avais la distance pour le faire. Ce n'est pas une chanson sur le football, c'est une chanson d'amour, c'est un témoignage. Je m'imagine une histoire avec lui où on observe le football d'aujourd'hui en étant assis ensemble sur un banc de touche. On est dans la contemplation, dans l'observation de ce qui nous entoure, sans jugement. C'est pour ça qu'on est hors du temps."

    Le morceau "Baies des Anges" était empli de références. Es-tu un adepte du name-dropping?

    "Il y en a eu pas mal sur mon deuxième album parce que certains noms faisaient écho d'un point de vue sonore. Beaucoup moins sur LØVE. Il y a aussi du name-dropping, mais du name-dropping de villes, de lieux. Par contre, je ne saurais pas trop comment te l'expliquer. Il n'y a pas d'astuce, ça va, ça vient."

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    Dig Up Elvis, le groupe de tes débuts, était présenté comme étant "belge". Tu peux expliquer?

    "Parce qu'on était Belges! Finalement, les deux seules tournées qu'on a faites dans notre courte carrière de jeune groupe disparu, c'était en Belgique. Un pays qui accepte que ce groupe là fasse des dates, bien plus facilement que notre propre pays... bin on est Belges, c'est tout. Et puis ensuite aussi parce qu'il y a eu ma rencontre avec Sharko, avec Christine Massy, avec Waff, le clip de "Kiss Me Forever" tourné à Peruwelz, ma collaboration avec Arno sur le premier album, les premières parties de Sharko avec Dig Up Elvis à Spa,... Et puis des souvenirs de festival d'été, notamment un moment magique aux Francofolies de Spa. Pendant la Coupe du Monde, je supportais à la fois la Belgique et la France. Ce sont des bons souvenirs. Ce matin, je suis venu jusque Bruxelles en voiture, ce qui est rare. J'étais content d'arriver, de retrouver cette Ancienne Belgique."

    Dig Up Elvis, c'est mort et enterré cette fois?

    "Oui. Baptiste, le batteur est désormais sur scène avec nous. C'est avec lui que j'ai composé "Corbeau Blanc" et "Viborg". J'adore notre histoire, le fait que nous ayons fait notre premier concert dans une vitrine de magasin à Nimes. C'est là que j'ai rencontre Baptiste et Julien. Malgré la "Nouvelle Star", on a continué à jouer ensemble. Je trouve cette histoire très belle. Guillaume est devenu luthier. Il nous fait parfois des instruments. De toute manière, je n'ai plus la force pour être à la hauteur des deux. Réellement, c'est juste un constat. Je préfère refuser quelque chose que de ne pas être à la hauteur. Voilà ça s'est éteint comme ça. J'aimerais un jour écrire quelque chose là-dessus."

    sans+titre-674.jpgJustement, l'écriture ça te tente?

    "Oui, j'aimerais beaucoup. Je le fais déjà pour moi, même si j'aimerais écrire quelque chose que je pourrais ensuite mettre en images. Le clip de "On attendra l'hiver", qui est pour moi la plus belle chose en termes d'assemblages que je sois parvenu à faire, c'est exactement le genre d'idée que j'aimerais développer. J'aimerais réaliser quelque chose de plus long, peut-être un court-métrage. C'est le cas quand j'écris mes textes. Quand les mots viennent, c'est comme si les images venaient en même temps. Les mots, c'est comme si je le voyais, comme si je les sculptais."

    La tournée a été très longue, et se terminera le 11 avril au Zénith de Paris. Penses-tu déjà au quatrième album?

    "Non. Il y a des choses dans ma tête, mais je sais que je ne dois pas m'écouter pour le moment. Je dois d'abord me nourrir d'autres choses. Je dois d'abord aussi réfléchir si on compte faire ou non des festivals d'été. Ce que j'aimerais surtout faire, ce sont des musiques de film en fait!"

    > Une interview de Christophe Van Impe

    > Un tout grand merci à Lara Herbinia pour les superbes photos

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  • Le Botanique en état de siège pour Joey Bada$$

    Il est 18h45. Le visage masqué par une écharpe au motif de tête de mort et emmitouflé sous une capuche, Joey Bada$$ fait les 400 pas rue Royale. Le concert est sold out depuis plusieurs semaines. A quelques mètres de lui, des tickets s'arrachent à prix d'or au marché noir. Des fans, venus d'Angleterre, mettent trois fois le prix sans réfléchir une seconde. Le Bota est en état de siège. Sur la terrasse, le service de sécurité est en plein briefing. Un premier contrôle a lieu dès l'entrée du bâtiment, comme lors des Nuits. Et avant de pénétrer dans la salle, il faut carrément passer à une fouille corporelle. Même lors de la venue de Prince en juin, on n'avait pas connu ça. C'est que le gaillard de 19 ans, tout droit venu de 1604976_10152862081338485_9125494891235540771_n.jpgNew York, est considéré comme un des nouveaux petits prodiges de la scène hop hop US. Dans la salle, les vigiles entament une chasse (plutôt bonne) aux fumées suspectes.

    Quand il arrive sur scène, Joey n'a toujours pas quitté sa capuche. L'accueil est torride, comme rarement vu à l'Orangerie. Il chauffe le public à fond la caisse. Et le ton monte encore un peu plus lorsqu'il est rejoint sur scène par son comparse Kirk Knight, donnant une impression de Run DMC plus actuel à l'ensemble. Les morceaux de ses mix tapes sont passés au hachoir. Un petit moment d'émotion tout de même sur la fin lorsque, comme pour montrer qu'il n'est pas qu'une machine, Joey rend un vibrant hommage à Capital STEEZ, son pote (du collectif Progressive Era), qui s'est suicidé en 2012. Le public se calme et lève les mains au ciel. Tout s'est bien passé, les vigiles peuvent être rassurés...

    > Christophe Van Impe

  • Le post rock à l'honneur au Beursschouwburg

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    Le Beursschouwburg n'était pas 100% "TransAm-quille" ce samedi pour une soirée placée sous le signe du post rock. Le groupe américain, qui a sorti son huitième album "Volume X" cette année, est bien connu pour le caractère électrique de ses prestations. Et ça s'est vu.

    Un petit contre-temps nous a empêché de profiter pleinement du concert de Go March en ouverture, mais leur musique instrumentale lancinante virant du poppy au noisy a fait bouger des pieds et de la tête le public. Formé par trois musiciens ayant déjà bien mené leur barque dans d'autres projets (Arno, Broken Glass Heroes, Intergalactic Lovers, dont la chanteuse Lara était dans la salle, de même que des membres de Float Fall, fin de la parenthèse "Eh, mais c'est...!?"), le groupe basé à Anvers a montré ce à quoi allait ressembler sa première plaque prévue prochainement: du "krautrock" certes classique mais surtout (fort) efficace.

    Un trio remplace un autre sur scène avec l'arrivée de Trans Am. Dans la continuité, mais avec plus de bouteille et une voix métallique une chanson sur deux. "I want it all", c'est de qu'a dû se dire ce spectateur qui est monté torse nu sur scène juste après le nouveau "I'll never". Quelques secondes plus tard, un gros "pppprrrccchhhttt" sort des enceintes, le concert est interrompu.
    Le batteur Sebastian Tompson lève un shot de quelque chose en guise toast d'"interlude de cinq minutes" mais les problèmes persistent sous forme de bruits bizarroïdes. "The tuner is fucked, but let's continue, whooo!" et les morceaux entraînants de s'aligner, encore un peu plus rock 'n' roll qu'au début.

    A nouveau une belle soirée dans une salle très sympa (même si au quatrième étage sans ascenseur...) et aux membres super réactifs quand, par exemple, un spectateur semble avoir un peu trop forcé sur l'hydratation au houblon...

    >Philippe Sadre





  • Parquet Courts, confus et trop... court

    Le concept c'est bien, mais faut pas en abuser. Jeudi soir, on pensait voir les excellents Parquet Courts. Finalement, on a vu PCPC assurer un concert de la tournée "Content Nausea" des Parkay Quarts en jouant des morceaux de Parquet Courts. Vous ne suivez plus? Pas grave, nous non plus. Pour faire simple, PCPC c'est 50% de Parquet Courts et 50% de PC Worship, le groupe qui assurait la première partie. La bonne 968882_10152846930208485_5299539298747859484_n.jpgsurprise c'est que, bien qu'elle soit tout frêle, la batteuse cogne bien. Mais sinon, faut avouer que c'était un peu confus. A force d'accumuler les projets, on finit par s'y perdre. Ajoutez à tout ça des problèmes pour accorder les guitares durant les trois premiers morceaux et un concert de 48 minutes sans rappel, voilà qui a de qui laisser sur sa faim. Heureusement, il restait la musique. Qui, elle, était excellente et toujours aussi efficace. Peut-être même encore davantage que sur les deux albums du groupe. Mais bon, c'était un peu... court.

    > La setlist: 1. "Duckin and Dodgin", 2. "Bodies", 3. "Black and White", 4. "Vienna II", 5. "Slide Machine" (13th Floor Elevators covers), 6. "Master of My Craft", 7. "Borrowed Time", 8. "Dear Ramona", 9. "What Color Is Blood", 10. "Un cast Shadow Of A Souther Myth", 11. "Content Nausea", 12. "Light Up Gold II" et 13. "Sunbathing Animal."

    > Christophe Van Impe

  • BirdPen et Beautiful Badness, avec classe et talent

    Les gars de BirdPen n'ont pas dû souvent jouer au Monopoly. Car passer du Witloof Bar à l'Orangerie sans transiter par la case quasi obligatoire de la Rotonde, c'était un pari fort risqué. Même Fauve, qui remplit aujourd'hui des grandes salles, est passé par cette phase intermédiaire il n'y a pas si longtemps. D'autant que BirdPen a beau être "le groupe du chanteur d'Archive", sans doute plus bel héritier contemporain de Pink Floyd et qui sera encore prochainement à l'Ancienne Belgique, il n'a pas et n'aura sans doute jamais l'aura de son grand frère. Et ce n'est pas une question de talent, même si on ne retrouve évidemment pas de morceaux de la trempe de "Again" ou "Fuck U" dans leur répertoire, c'est juste que le terrain est déjà occupé.10177224_10152841352318485_3851000475384009440_n.jpg

    BirdPen devra donc sans doute à jamais se contenter de petits clubs en Belgique, en Allemagne ou en Europe de l'Est. Mais Dave et Mike, qui avaient créé le groupe bien avant que les gars d'Archive ne viennent frapper à leur porte, ambitionnent-ils davantage? Pas sûr, et c'est tout à leur honneur. Du coup, c'est une Orangerie relativement clairsemée qui a accueilli les Anglais lundi soir. Logique aussi dans la mesure où c'était déjà leur troisième passage en Belgique depuis le printemps, avec le Witloof et le Festival de Ronquières.

    Vu l'omniprésence de BirdPen en Belgique, l'intérêt de ce concert résidait donc essentiellement dans l'interprétation des nouveaux morceaux. Pour le public du Botanique, c'était même un événement de pouvoir les entendre puisque, pour une obscure raison, "In The Company Of Imaginary Friends" n'est pas (encore?) distribué en Belgique. Ce troisième album est pourtant excellent. On a toujours cette impression d'entendre une version plus pop d'Archive. Pour les classiques "Off", "Saver Destroyer" ou "Only the Names Change", il aura fallu attendre la deuxième moitié du concert. 10689752_10152841261758485_1125398312040927537_n.jpg

    BirdPen a le bon goût de toujours laisser à des artistes locaux le soin d'assurer sa première partie. Lundi, c'est à Beautiful Badness que revenait cet honneur. Et on ne peut que se féliciter de ne pas être resté au bar en attendant l'arrivée de Dave Pen et sa bande. Ce groupe franco-belge, qu'on avait déjà pu voir en première partie de Kodaline et de Stereo Grand, travaille actuellement à la succession du EP sorti en 2013. D'ici quelques jours, ils  enregistreront d'ailleurs deux titres avec Koen Gisen, le compagnon barbu d'An Pierlé. Dont le superbe "A Sunny Morning", joué avec un harmonium (un héritage familial de la compagne du chanteur) et chanté en voix de tête. Un morceau qui a été interprété en fin de set, et qui a été particulièrement apprécié par les membres de BirdPen. Un clip est également en prévision. Quatre autres inédits ont été proposés durant cette demi-heure de pur bonheur: "Everybody Knows", "Slipping Away", "Elders' Choir" et "Hard to do it". Ces deux derniers étaient d'ailleurs joués pour la toute première fois en live.

    La musique de Beautiful Badness est riche. Il y a du Puggy ("Everybody Knows"), du Coldplay (des deux premiers albums, pas la soute faite par après, on vous rassure), et puis surtout cette voix incroyable. Ce n'est pas pour rien que le groupe ose s'essayer à l'exercice casse-gueule par excellence de la reprise de Queen ("We will rock you"). Et avec brio!

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    > Christophe Van Impe

    > La setlist de Beautiful Badness: 1. "Elders' choir", 2. Everybody Knows", 3. "Hard to do it", 4. "Wasting your time", 5. "Slipping Away", 6. "Run", 7. "We will rock you" (reprise de Queen) et 7. "A sunny morning".

     

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