Interview - Page 6

  • Electric Château: "Faire l'album que le baron écouterait chez lui"

    Geoffrey Hautvas est un boulimique de la musique. Ancien leader de Dallas Explosion, il jongle aujourd'hui entre Electric Château, Antoine Chance et les Vismets. A la différence près qu'Electric Château, c'est son bébé. Samedi, il était aux Francos pour présenter son "royalty rock n' roll". Les problèmes des nobles et de la haute société, il en a fait son affaire. Et Sudpop a même eu droit à deux morceaux acoustiques en toute intimité, dont une reprise du "Easy Comme Easy Go" d'Alice on the Roof... Electric-Château-Noblesse-Oblige.jpg

    Au début, vous vous appeliez Château. Pourquoi avoir changé de nom en cours de route?

    "Tout simplement parce que nous étions introuvables sur Internet. Et les programmes comme Deezer ou iTunes ne peuvent pas comprendre qu'il y ait deux groupes qui s'appellent de la même manière. Il y avait un petit groupe américain qui s'appelait aussi Château. Et depuis, il y a un projet dance qui a également pris le même nom. Du coup, on s'est dit qu'il valait mieux changer pour éviter les doublons. Je ne pense pas que ça ait déstabilisé le public, car on est encore en développement, en début de carrière. On avait changé juste au moment du Propulse et on avait bien communiqué là-dessus."

    Le groupe est né alors que tu vivais en Angleterre. Cela t'a-t-il influencé?

    "En 2012, je suis parti vivre un peu là-bas. Mon groupe, Dallas Explosion, venait de disparaître. J'étais dans une chambre pourrie avec huit autres personnes dans la maison, une seule douche pour tout le monde. J'y suis resté trois mois full, et j'allais et je revenais. J'ai d'abord dormi chez des potes aussi. J'écrivais des chansons et je les tentais dans des petits clubs en solo. Mais là-bas, c'est un peu la jungle, ce n'est pas facile de faire ramener du monde. J'ai essayé d'y monter un groupe, mais ce n'était pas évident. Pour finir, je suis revenu en Belgique et j'ai enregistré l'album ici. L'enregistrement a été fait avec un batteur, qui ne joue pas avec moi en live. En fait, on a monté le groupe un mois avant la sortie du premier EP. Je ne pense pas avoir été influencé par l'Angleterre, en tout cas pas au niveau des textes. J'ai commencé le projet en me fixant quelques règles. Généralement, on parle toujours de la misère. J'ai voulu prendre le contre-pied. C'est un peu l'inverse des films d'auteurs belges, du cinéma social des frères Dardenne par exemple. J'avais envie de plutôt parler des problèmes des riches."

    Ces thématiques pourraient-elles évoluer?

    "Je me suis fixé des règles, mais je suis mon propre chef. Donc, si j'ai envie d'enfreindre les lois, je le ferai. Pour l'album qui vient, j'ai envoie de quelque chose de vraiment classieux. On a inventé le terme "royalty rock n' roll" et on voudrait pousser le concept encore plus loin. J'ai envie d'une orchestration, avec du cor de chasse et du clavecin. Ce serait l'album que le baron pourrait écouter dans son château le soir. En tout cas, je fais les choses à mon aise. Je crois que c'est ça la sagesse. Vieillir, c'est prendre le temps de faire les choses correctement."

    Quelle est votre actualité?

    "On a beaucoup de nouvelles chansons, qu'on teste sur scène. Cet été, on ne joue pas beaucoup mais on enregistre comme il faut. On a envie de faire les choses comme il faut. On sera notamment en concert à la Mercedes House le 8 septembre."

    Tu jongles entre Electric Château, Antoine Chance et les Vismets. Ca va, tu as encore du temps à toi?

    "Le problème, c'est que tu joues souvent le vendredi et le samedi. Parfois, il n'y a rien et parfois tu as les trois qui jouent. Aux Fêtes de Wallonie l'an passé, les trois étaient à l'affiche et j'ai dû faire l'impasse sur le concert d'Antoine."

    Tu as joué pas mal à l'étranger avec Antoine. C'était comment?

    "Cela m'a notamment permis d'aller au Canada pour les Francofolies! C'était la première fois que j'y mettais les pieds. On a aussi fait les Francos de La Rochelle. Et on a carrément joué en Roumanie. C'était super roots, c'était un festival de chanson française en Transylvanie. On a joué devant des classes, les élèves venaient avec leur prof de français. J'ai adoré. J'aime bien le principe d'aller jouer un peu partout avec Antoine car je refile mon CD à tout le monde."

    Et tu as des retours?

    "En tout cas, personne ne me l'a encore renvoyé!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe

     


  • BRNS: «Le Rock-A-Field, notre plus grosse date cet été»

    10385376_10152453189421921_4528119892043117095_n.2.jpgLes rockeurs wallons de BRNS seront ce dimanche à Roeser, au Luxembourg, pour la dixième édition du Rock-A-Field. Avant ce rendez-vous, ils nous ont accordé une petite interview. 

     

    Vous serez au RAF dans une semaine. Une grosse date pour vous, non?

    Oui, c’est même notre plus grosse date cet été! Pourtant, on va faire une dizaine de festivals. Mais ce concert au Luxembourg sera sans doute particulier, on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Quand on voit les groupes à l’affiche le même jour que nous, comme Muse ou Alt-J, qu’on risque de croiser dans les backstages, on se dit que c’est du lourd! Mais bon, on va y aller cool, pas de pression.

    Ce n’est pas la première fois que vous jouez au Grand-Duché…

    Non, en effet. Et à chaque fois, l’accueil était très bon, tant du côté des organisateurs que du public, assez réceptif.

    Vous cartonnez en Belgique, mais comment BRNS est-il reçu à l’étranger?

    Il y a des pays comme la France, l’Allemagne ou la Suisse où on commence à devenir gros. Le bouche-à-oreille fonctionne bien, d’autant qu’on passe peu à la radio. Mais sinon, ailleurs, on ne nous connaît pas encore vraiment, ce qui pour nous est assez excitant. On a un peu l’impression, quand on joue à l’étranger, de donner notre tout premier concert! Et on a envie que les gens se prennent une claque. En Belgique, on a toujours un peu peur que les gens nous aient déjà vus 15 fois… (rires)

    brns_1.jpgComment percevez-vous l’évolution du groupe sur cinq ans?

    On ne s’attendait pas à cela, c’est clair. Dès que la musique a été partagée, les choses ont été assez vite. Mais c’est une évolution assez sereine. Ce n’est pas comme si on avait fait le buzz un jour, et puis plus rien le lendemain. On évolue sainement, en quelque sorte. Et on garde le contrôle sur ce que l’on fait, ce qui pour nous est essentiel.

    Des projets?

    Après les festivals, on fera la première partie d’Archive sur quelques dates. On sera à l’automne en Islande, en Norvège et en Angleterre. Puis on prendra un peu de repos pour bosser sur le 2e album…

    >Propos recueillis par Romain Goffinet (La Meuse Luxembourg)

  • Wild Classical Music Ensemble: "Il n'y a pas de faux-semblant"

    Wild Classical Music Ensemble au Grand Salon, c'était la grosse claque des dernières Nuits du Bota. Et le groupe, né entre Bruxelles et Courtrai, a ensuite récidivé devant 1000 personnes à La Villette Sonique à Paris. L'album, incroyable déluge sonore, nous rappelle le méconnu et pourtant fabuleux "My Sister = My Clock" du dEUS des débuts. A la différence près que Wild Classical Music Ensemble, est composé de six membres, dont cinq sont affectés par des déficiences mentales. A la tête de ce projet, on retrouve Damien Magnette, qu'on connaît également pour son travail avec Zoft et Facteur Cheval. Ici, il n'est jamais question de voyeurisme (contrairement à ce qu'on a pu voir à l'Eurovision) mais simplement de talent, d'émotion et de spontanéité. A ne surtout pas manquer ce dimanche, à 15h au Cinquantenaire, dans le cadre des Fêtes de la Musique.

    Damien, comment ce projet est-il né?

    Damien Magnette: "On a commencé en 2007. A la fin de mes études d'arts plastiques, j'ai fait un remplacement dans un atelier de sculpture, qui se donnait chaque semaine à l'Atelier 340 avec des personnes ayant un handicap mental et j'ai vraiment flashé artistiquement. J'ai directement vu qu'il y avait plein de talents. J'ai eu envie de faire un projet autour de la musique et j'ai cherché des partenaires pour le faire. J'ai rencontré Luc Van Dierendonck, qui est le directeur de l'ASBL WIT.H, basée à Courtrai. Il collabore beaucoup avec un bYNUHbOH4U855V0nud9u8hlfhE8Ki84YugKx4PmlDpI.jpegcentre de jour artistique, où certains avaient émis le désir de faire de la musique. Je suis allé les rencontrer. Ils n'avaient pas réellement de bases, même s'ils avaient déjà fait un projet musical quelques années auparavant. Kim Verbeke, le guitariste qui est arrivé par après, lui il a un enseignement musical. Il étudie la guitare depuis des années. Ils ont une sensibilité artistique particulière. Au niveau de la musique, il y a clairement une facilité par rapport à l'improvisation, la spontanéité et à l'engagement. Il y a quelque chose de très fort et très vite. Par exemple au niveau du chant, Linh elle crie d'une façon étonnante. Je connais peu de chanteurs qui sont capables d'en faire autant. Ce talent là m'interpellait très fort."

    Le projet était censé être basé sur l'improvisation. Et au final, on se retrouve avec quelque chose de consistant et structuré, que ce soit sur scène ou sur album.

    "Le groupe est devenu ce qu'il est devenu parce que Kim est arrivé. Au départ, j'avais cet a priori de vouloir faire de la musique improvisée avec eux, quelque chose de très expérimental. En fait, ça ne leur convenait qu'à moitié. Et Kim, ça ne lui convenait carrément pas car il avait envie de faire des riffs et des morceaux. Un jour, j'ai pris de la batterie et on a mis de la disto sur sa guitare. Et là, j'ai vu tous les autres qui s'animaient d'un coup. Ils avaient envie de quelque chose de puissant, de ce côté punk. Ils voulaient de la distorsion et que ça bastonne. Ils se sont tous nourris les uns des autres et nous sommes arrivés à un équilibre. Mais au départ, ce n'était pas du tout mon idée. Comme ils sont plus spontanés et plus directs, ça va même plutôt plus vite qu'avec un groupe normal. Quand on trouve une idée qui fonctionne, on y est. Après, il faut qu'on joue le morceau quelques fois pour trouver la forme. Mais l'idée de base, elle se jette très vite. Il reste néanmoins pas mal d'improvisation. Déjà au niveau du chant, ce n'est jamais fixe. Après, il y a des modes de jeu qui se répètent plus ou moins. Sur scène, on est trois derrière et trois devant. Derrière, on est un peu les parties semi-fixes. Devant, c'est toujours très libre."

    Comment cela se passe-t-il au niveau de la composition et de l'écriture?

    2Baz64SfjWXSqanNcaFTA_UhBQZA12QIQlqZ_Avt5Bg,3OleGBgec0FGPNBqMYGi5L_tkV7feDOe-p9vfL6K-84,HmJkPz7q9KMNJI12B0YAxSiG7rvd4Y9NZZDUoyTuRu4,xbRbdI476sG7hSP7Iw8WBQ03eMzewRjSoAH2wolFAwQ,ZDYxHoMK6w9b-GxM2vQ6HKZMJpzWjMVLC0jaBq3NsW0.jpeg"Tout le monde a son mot à dire. Je me mets volontairement en arrière dans ce projet. C'est important, car les personnes handicapées peuvent vite se faire bouffer par un artiste, avoir du mal à dire non. C'est pourquoi je me mets en retrait et que j'essaie d'être le plus possible à l'écoute. Mon rôle, c'est de servir artistiquement et musicalement le groupe. Je ne suis pas un éducateur. Eux m'ont élu "leader", mais je n'ai rien demandé. Cela m'a pris du temps de parvenir à assumer ce rôle. C'est un rôle de leader particulier. J'essaie de réunir toutes les énergies afin de servir leur propos et que chacun soit mis en valeur."

    Constates-tu une évolution évidente depuis la formation du groupe?

    "Enormément, mais c'est pareil pour n'importe quel artiste. Quand tu vois qu'il y a de l'intérêt, ça renforce ton estime. Les interactions avec l'extérieur sont plus faciles, et le regard de leur famille change aussi. Quand leurs proches ont débarqué au Bota, ils ont trouvé ça hallucinant. Lihn, on lui avait un jour dit qu'elle ne ferait jamais rien dans sa vie. Voilà la preuve du contraire. C'est un travail de fou qui a été accompli. Un décloisonnement s'opère et j'en suis très fier."

    Quand tu vois ce qu'on a eu récemment à l'Eurovision, n'as-tu pas eu un peu peur que le projet ne bascule un moment vers le voyeurisme bien malgré vous?

    "On joue ensemble depuis très longtemps, le groupe n'a pas été propulsé du jour au lendemain sur le devant de la scène juste parce qu'il est composé d'handicapés. On a eu la trajectoire normale d'un groupe qui joue de la musique un peu bizarre dans des caves et dans des squats. Et comme on joue depuis longtemps, notre musique est solide sur scène. La curiosité qu'il y a envers le projet, elle est naturelle. Konono n°1, le story telling, c'était qu'il s'agissait d'artistes venant de la rue à Kinshasa et ayant fait leurs instruments eux-mêmes. C'est pareil. Quand tu lis: "Groupe de punk avec des handicapés mentaux", oui tu as envie d'aller voir. Mais le but, c'est de dépasser ça. Il faut que les gens viennent ensuite pour la musique, et plus pour le principe"

    Sur scène, as-tu besoin d'encadrer les autres membres du groupe?

    "Ils ont des forces que d'autres musiciens n'ont pas. Le seul qu'il faut parfois tempérer, c'est Sébastien, un des chanteurs. C'est le showman, qui parle entre les morceaux. Il va tellement loin dans l'énergie qu'il donne, qu'il finit toujours par engueuler le public. Il est à bloc, c'est plus fort que lui. Maintenant, j'ai appris à le gérer et je suis à l'aise avec ça. Il n'y a pas de faux-semblant, car il est pareil en répétitions."

     

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos d'Olivier Donnet


  • Bertier: " Je suis le Cesaria Evora bruxellois"

    Loin des formats classiques, le projet "Dandy" du collectif Bertier est un ovni, à la fois beau, anachronique et fascinant. Les fantômes d'Alain Bashung et de Serge Gainsbourg se croisent tout au long des neuf morceaux d'un album qui transpire la classe et l'élégance. "Dandy", c'est un univers enivrant. Une oeuvre qui permet de désacraliser la chanson française, et à laquelle a contribué Yan Péchin, le guitariste historique de Bashung. Autour d'une délicieuse bouteille de rhum et avec "Crève-coeur" de Daniel Darc en toile sonore, nous nous sommes très longuement entretenus avec Pierre Dungen (chant et direction artistique), Quentin Steffen (direction artistique, claviers et programmation) et Lara Herbinia (choeurs, web design et images).

    Madeleine Bertier s'est fait la malle et est devenue Bertier pour donner naissance à ce "Dandy". A quand remonte l'idée de ce projet?

    Pierre: "Le projet est né début 2014. L'idée était de sortir d'un format classique pop-rock et de créer un univers au départ de quelques textes. On n'avait pas envie d'avoir un groupe mais un collectif, d'amener plein de gens d'univers musicaux différents. On a pu bénéficier d'un studio qui s'est construit en même temps que le projet. Je voulais que la musique soit aussi présente, et qu'elle booste les mots."pochette+dandy+3+bon+-+copie-2.jpg

    Quentin: "J'ai vraiment pu, en tant que compositeur, commencer à proposer des compositions. Une séparation s'est faite à un moment dans ce projet. C'est parti de quelque chose qui aurait dû être tout petit et qui s'est gonflé, jusqu'à la rencontre avec Yan Péchin."

    Comment êtes-vous parvenus à convaincre ce guitariste de légende, connu pour son travail avec Alain Bashung, Jacques Higelin, Miossec, Brigitte Fontaine et bien d'autres?

    Lara: "Un jour, Pierre me dit: "je commence à caler. Les seules guitares que j'entendrais bien là-dessus, ce seraient celles de Yan Péchin. J'avais eu l'occasion de le photographier lors d'un festival à Bulle, en Suisse. On avait eu quelques échanges par mail. Il est ensuite venu jouer dans un festival à Bruxelles en compagnie de Chloé Mons. Ce soir-là, je le rencontre pendant 2 minutes 50. Je lui ai posé la question par mail. Il me répond: "Il faut que tu m'envoies un cd, car ma bécane est trop vieille. Mais je te préviens: si je n'adhère pas, je ne le fais pas, car j'ai déjà 10.000 demandes." Je lui explique qu'on n'avait pas les moyens de le payer, mais juste de le loger et le nourrir. Il a écouté et nous a directement répondu qu'il serait de la partie. C'était lui et personne d'autre. C'est comme si on l'avait toujours connu, comme s'il faisait partie de la famille. Il envisage la musique comme une peinture. Ca lui parle, et il essaie d'y mettre des couleurs. C'est ça qui fait sa spécificité, c'est un musicien-peintre. Il pourrait se la péter vu son cv, mais il reste très infantile. Quand il écoute de la musique, il s'émerveille et on a l'impression qu'il a 15 ans."

    Quentin: "Je me souviens bien de ce jour-là. J'entends que c'est "oui". A ce moment, je viens d'avoir mon studio et j'ai découvert, à peine un an auparavant, certains morceaux de Bashung. Je commence à stresser. Serai-je à la hauteur? J'appelle mon pote Amaury, qui a mixé le tout et qui a fait un travail de malade sur l'album. Il fallait qu'il m'aide, çar j'étais en panique totale. Yan est venu deux week-ends. Il est arrivé devant chez moi avec 200 kilos de matos. Le premier week-end, il a fait cinq ou six titres en une journée. Il a apporté au moins 30% de l'efficacité de cet album. Quand il travaille, c'est comme un puzzle. Tu ne peux pas comprendre le morceau avant qu'il ne l'ait terminé."

    Pierre, comment conçois-tu la création musicale?

    Pierre: "Tout part de cette idée de ne rien concéder à la musique. C'est dommage de se dire que, parce qu'on chante en français, il y a les paroles et puis la musique. Bin, je ne crois pas. Je suis par exemple capable de porter la voix beaucoup plus fort, mais c'était inutile. Il fallait que la voix soit considérée comme un instrument. Ceux qui n'étaient pas musiciens mais instrumentistes ne sont d'ailleurs pas restés sur le projet. Les notes vont avec les syllabes, et puis après des choeurs sont posés. Dans cette perspective, la voix ne peut pas aller en puissance car elle raconte une histoire. Je sais qu'il y a une femme qui a chanté très fort "Je t'aime" dans les oreilles de gens à une époque mais... elle est devenue sourde d'ailleurs. Quand tu dis des choses, tu ne peux pas les pousser, les hurler. J'ai aussi une mélodie au chant, mais je vais d'abord défendre les syllabes et les mots qui se suivent. Je défends l'idée que ce qu'on fait, c'est de la chanson à écouter, que c'est de la musique adulte. Je pars aussi du principe que peut-être les gens sont moins cons que ce que certains veulent dire. C'est vrai que certains morceaux doivent être écoutés deux fois. Est-ce un effort? C'est de la chanson de niche. Idéalement, ça devrait s'adresser à tout le monde. Mais dans la société dans laquelle on vit, ce n'est pas le cas et ce n'est pas grave. Je revendique la liberté de créer des choses qui s'écoutent, tout en aimant des choses qui s'entendent. Les artistes doivent avoir la dignité de faire des choses dans lesquelles ils croient, sinon je pense que ce sont des putes. Le principe, c'est que les musiciens ne doivent pas concéder. Tu peux venir avec un texte, mais tu peux aussi ensuite le déconstruire, le retravailler. Comme Bashung l'avait d'ailleurs fait pour "La nuit je mens". Il avait 150 pages tellement les paroles avaient été réécrites, pour au final donner naissance à un morceau de trois minutes. Ce projet-ci était consacré à l'eau, sur le thème de la sirène. Il y a un projet qui est en cours, sur l'air. J'espère travailler sur les quatre éléments. Les textes, c'est un livret. Ce sont des mots qui sont écrits et puis les musiciens interviennent et mettent la ponctuation."DSC_1835.jpg

    A quoi devra-t-on s'attendre sur scène?

    Pierre: "J'ai une exigence qui est très prétentieuse, mais je l'assume, qui est de jouer dans des centres culturels ou des théâtres et pas dans des salles rock ou des festivals en plein air. Je n'ai pas envie de partager une affiche, car ça ne correspond pas à ce que j'ai envie de faire. Je risque de m'y retrouver devant des gens qui n'en ont rien à faire de moi, et moi je n'en ai rien à faire d'eux. Il faut être franc. Les gens pensent que c'est un bonheur, mais non. On aura une résidence du 31 août au 2 septembre, et on espère tourner au début de l'hiver. Ce ne devrait pas être impossible car ce qui est sorti intéresse. Maintenant, il faut le concrétiser. Ce sera un concert de 45 minutes, sans reprises, sans être dans la performance. Ce n'est pas ce que j'ai envie de faire sur ce projet-ci. C'est une présentation de projet, et une promesse sur ce qui va venir après. C'est anti-commercial de dire ça, mais c'est comme ça. On ne proposera pas non plus une simple reproduction de l'album, je sais qu'il y en a qui aiment mais je trouve ça anxiogène. En ce sens, j'aurais beaucoup aimé voir Daniel Darc en concert, car il n'était pas dans cette logique."

    Quentin: "Sur scène, on va mélanger toutes les disciplines. Il y aura notamment des projections. Ce sera vraiment l'univers de l'album."

    Revendiquez-vous le côté un peu anachronique de votre musique?

    Pierre: "Nous, on essaie de faire des choses vivantes et intéressantes. Je ne vais pas faire de la techno, car j'aurais l'air d'un débile. Mais j'aime rencontrer ces gens, car je suis convaincu qu'il y a quelque chose qui se passe à ce niveau. Et puis les membres du collectif sont plus jeunes que moi et me font découvrir des groupes, d'autres idées d'arrangements. Mais c'est vrai que le secteur est peuplé de vieux qui veulent faire jeunes. On s'en fout d'être jeunes. La jeunesse, c'est extrêmement court et il faut en garder les parfums. La jeunesse, c'est un état d'esprit, une curiosité, des envies,... Neil Young, qui fait son âge, lui il continue à créer des choses passionnantes. Chez David Bowie, tout est cohérent. En plus, ces gens-là ont démontré qu'il est possible d'être à la fois populaire et très exigeant dans ce que tu fais. Au final, il n'y a que ça qui compte."

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    Quel regard portes-tu sur la langue française dans la création musicale?

    Pierre: "Chanter en français, pour moi, ce n'est pas porter un drapeau. Je ne vais pas le faire en anglais, car sinon je ferais comme tout le monde et je le ferais moins bien que beaucoup. Moi, je suis le Cesaria Evora bruxellois (je n'ai hélas pas sa belle voix, je parle de l'intention). Elle chante en cap-verdien, et je trouve ça merveilleux. On devrait tous chanter en cap-verdien, c'est notre liberté. Si je chantais en anglais, je ne chanterais pas juste (dans tous les sens du terme). En plus, même quand les musiques sont belles, si les paroles ne me touchent pas, je suis littéralement incapable de sortir un mot. Et puis il y a des trucs impressionnants qui sortent en français aujourd'hui, comme Camelia Jordana, Florent Marchet, Babx,..."

    On entend aussi des choeurs en russe, sur "Elle a des envies". D'où cela vient-il?

    Lara: "Je ne peux pas t'expliquer ce qui m'est passé par la tête. J'ai entendu ce morceau "Elle a des envies", et j'ai eu envie de poser ce vieux chant populaire, que me chantait ma maman, et qui me prend aux tripes."

    Sur l'album, il y a notamment une référence au "Melody Nelson" de Gainsbourg. Mais c'est surtout l'âme de Bashung qui transpire des morceaux. Pierre, si tu devais en citer un de lui, ce serait lequel?

    Pierre: "Tous les gens que j'ai écoutés, c'était dans une optique de défi. Je pourrais te dire "La nuit je mens", que j'ai dû écouter des milliers de fois jusque très tard de façon obsessionnelle pendant des moments difficiles. L'album "L'imprudence", je ne peux pas te sortir un morceau mais c'est quelque chose qu'on ne pourra plus se permettre. C'est Léo Ferré qui me plaît complètement. Sur "L'imprudence", ce n'est jamais exagéré. J'aime aussi la spontanéité. Un artiste, ce n'est pas un intellectuel. Idéalement, il faudrait rester dans une recherche et une provocation permanentes. Surtout ne pas institutionnaliser et remettre des médailles à des artistes."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Herbinia


  • Le Colisée: "Pour qu'elle soit bonne, la musique doit surprendre"

    Le Colisée, c'est un des projets les plus excitants du moment sur la scène belge. L'EP "La Vie Eternelle", à la musique tellement inclassable, fait l'unanimité et a notamment eu d'excellents retours dans les Inrocks. Alors que les concerts s'enchaînent et qu'une collaboration avec des membres de Frànçois and the Altas Mountains se précise, nous avons tapé la discut' avec David Nzeyimana, la tête pensante du groupe.

    David, quel fut ton parcours avant le Colisée?

    "J'ai joué dans plusieurs groupes, dans des rôles différents. J'ai été chanteur dans "Super Like You", et là c'était vachement différent, c'était plus pop-rock et un peu plus dans le réseau en Wallonie. Avec Raphaël, qui joue avec nous et aussi dans Robbing Millions, on a également eu un groupe au lycée. J'ai appris la guitare, le violon et le solfège à l'académie. Et puis en-dehors du Colisée, j'étudie la philosophie à le colisee (groupe) PRESSE sans bleu.jpgl'Université."

    Cela se reflète-t-il dans ta musique?

    "Non, je ne pense pas. Au départ, je m'attachais à essayer de voir les liens qu'on pouvait faire entre la philosophie et la musique mais j'ai surtout le sentiment qu'on peut en trouver autant qu'on veut. Je vais d'abord essayer de comprendre la musique pour la musique et la philo pour la philo, et puis je verrai s'il est utile de faire des liens. Après, c'est possible qu'inconsciemment la philo se reflète dans les paroles, mais je ne fais pas l'effort de lier les deux."

    Pourquoi avoir opté pour le nom Le Colisée?

    "Dans les interviews, on invente souvent un peu n'importe quoi au feeling. Mais pour dire la vérité, qui est assez inintéressante, c'est que ça vient d'un livre qui s'appelle "Tempo di Roma" d'Alexis Curvers. Il y a un passage sur le Colisée, que j'avais adoré."

    Tu t'inspires beaucoup de la littérature?

    "Je ne lis plus tellement de littérature autre que philosophique, car je n'ai plus beaucoup le temps. En secondaires, c'est vrai que je lisais pas mal. Mais oui ça m'inspire, ne serait-ce que pour la manière dont je manie la langue. Des auteurs comme Virginia Woolf et Alexis Curvers m'ont marqué. Ou alors des poètes. J'ai eu ma période André Breton comme un peu tout le monde. Et pourtant, dans notre travail de composition, ce ne sont pas les paroles qui viennent en premier. Ce qui est important c'est d'abord la mélodie et la progression des accords. Ce sont les deux critères sur lesquels je me focalise, les paroles viennent en dernier."

    Le projet était solo au début. Pourquoi l'avoir fait évoluer vers un groupe à part entière?

    "Parce que c'est dur de tourner en solo. J'ai tourné seul pendant deux ans. A la fin, je ne le sentais plus tellement. J'arrivais à 14 heures pour mon soundcheck et puis je poireautais. L'autre raison, c'est que les musiciens, ils étaient parmi les meilleurs que je connaissais et je trouvais ça bizarre de ne pas jouer avec eux. Cela nous semblait évident. Depuis lors, notre musique s'est étoffée. Moi-même, j'ai progressé. On est quatre compositeurs et quatre arrangeurs. On se complète bien. Raphaël et moi, on a tendance à surcharger les trucs, et Clément lui il épure."le colisee PRESSE++.jpg

    Avoir remporté le concours "Du français dans le texte", ça a eu quel impact?

    "Cela nous a apporté plus de visibilité, ça a amené plusieurs concerts et ça a étoffé notre carte de visite. Le plus important là-dedans, c'est d'avoir acquis une forme de crédibilité. L'accueil critique est excellent et je suis un peu surpris. Car l'EP a été composé il y a assez longtemps et, quand il est sorti, on ne savait plus trop quoi en penser. On était déjà dans d'autres morceaux. Après un an, je lui trouvais des défauts."

    Qualifierais-tu le projet de singulier sur la scène belge?

    "Le plus important pour nous, c'est de faire quelque chose de surprenant. Prends Bathazar. Je trouve ça excellent, mais pas surprenant. Et c'est souvent le cas en Belgique. On a quelque chose de singulier, mais on fait vraiment de la pop, parfois du rock. On a un son particulier, car on n'est pas dans un carcan. De toute façon, je ne suis pas très doué pour le pop-rock, les riffs de guitare ce n'est pas mon truc. On a tous un univers différent. Sur mon ipod, je peux passer d'un Bob Dylan à un morceau du Moyen-Âge."

    Quelle est l'actualité du groupe?

    "On a déjà tout un tas de démos pour le prochain album, qui sera peut-être plus accessible. Il est prévu pour 2016, mais on sortira sans doute un morceau avant. On va bientôt faire une tournée avec Babe, qui est composé de plusieurs membres de Frànçois and the Altas Mountains. C'est le type le plus sympa que j'ai croisé grâce à la musique."

    Cela pourrait-il conduire à une collaboration?

    "Oui, c'est prévu que Frànçois et d'autres membres du groupe chantent sur certains morceaux."

    Aujourd'hui, est-il encore possible de vivre grâce à la musique?

    "Je crois qu'il faut vraiment être patient, ou alors dormir assez peu. Si tu veux gagner ta vie grâce aux droits d'auteur, alors tu dois produire comme une machine. Mais je reste convaincu qu'il est possible de marcher tout en restant singulier. Prends Kanye West par exemple, son dernier album est fabuleux. C'est quelque chose que je n'avais jamais entendu. Ou alors, il faut peut-être commencer par des morceaux classiques et passer ensuite à quelque chose de plus singulier. Les Who et Radiohead l'ont fait."

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    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Attention talent: on vous fait découvrir The Slow Show

    1234442_970171859663411_4681598087343007220_n.jpgEn ce vendredi, nous avons l’intention de vous faire découvrir un groupe qui risque de ne pas vous laisser de marbre. D’ailleurs, depuis qu’on a découvert voici quelques jours son premier album, White Water, ce dernier n’arrête pas de passer entre nos oreilles.

    Son nom ? The Slow Show. Oui, comme la chanson de The National. Et toute comparaison entre les deux n’est pas fortuite. Car il existe dans leur musique le même sens majestueux de la mélodie que dans celui de Matt Berninger et ses potes. Et puis, il y a la voix du chanteur, Rob Goodwin. Du genre à marquer les esprits. Une voix de baryton, profonde, avec un côté crooner assez prononcé. En l’écoutant, on pense à Richard Hawley ou Mark Lanegan. 

    Originaire de Manchester, ce groupe de trentenaires se définit comme « le moins mancunien des groupes mancuniens ». The Slow Show aime donc cultiver son côté atypique. Avant leur venue à la Rockhal à Esch-sur-Alzette ce lundi 1er juin,  Rob Goodwin nous a expliqué pourquoi en interview. 

    Rob,  le nom de The Slow Show est inconnu par chez nous. Pouvez-vous nous dire comment est né votre groupe ?

    Rob Goodwin: Tout a commencé avec mon ami, Fred (NDLR : Frederik 't Kindt, le claviériste … belge du groupe).  C’est un producteur installé à Manchester. Il s’est occupé d’un de mes précédents groupes. C’est comme ça qu’on s’est rencontré et que nous avons sympathisé. 

    Musicalement, nous avions des atomes crochus. On a commencé à écrire ensemble. Assez rapidement, nous avons  réussi à composer quelques chansons et on a convoqué quelques amis de Fred pour les jouer. C’était il y a quatre ou cinq ans. La chance a été avec nous car aujourd’hui, nous sommes toujours ensemble. Le line-up n’a pas changé. 

    Ce qui est étrange, c’est que nous n’avions pas l’ambition d’enregistrer un album ou même de jouer en live. Pour vous dire, les deux premières années, on se réunissait juste pour écrire des chansons.  Personne n’avait même songé à nous donner un nom de groupe. 

    Vous êtes originaire de Manchester mais votre label est allemand, « Haldern Pop Recordings ». Cela peut paraître étrange. Comment est-ce possible de signer dans une petite firme de disque allemande quand on provient d’un des plus grands pays de la musique?

    R.G.: C’est étrange, en effet. Nous avons discuté avec quelques gros labels anglais. Mais lors d’une tournée en Allemagne, nous avons rencontré les gens de « Haldern Pop ». Et ils ont été tellement adorables, ils ont parlé avec tellement d’enthousiasme et de passion de notre musique que cela nous a semblé parfait de nous engager chez eux.  C’est bien simple, nous n’avons pas l’impression d’avoir signé un contrat pour faire du business mais plutôt de s’être engagés avec des personnes qui ont envie de faire partager notre musique. 

    11202819_1107067445973851_4384126100463878651_n.jpg« Haldern Pop » est aussi le nom d’un festival en Allemagne…

    R.G.: Tout à fait. Ce sont les mêmes personnes. Et nous avons signé chez eux l’après-midi, avant de jouer dans ce festival le soir. Un de nos plus beaux concerts ! 

    Depuis vos débuts, vous avez plus tourné hors de votre pays qu’au sein de celui-ci. Avec d’ailleurs pas mal de dates sold-out en Allemagne ou aux Pays-Bas. C’est si compliqué de « breaker » au Royaume Unis ?

    R.G.: Peut-être, oui.  Nous avons eu une certaine chance puisque lorsque nous avons fondé The Slow Show, on a donné certains concerts gratuits lors desquels nous avons été repérés par une société de booking. Et cette dernière nous a fait tourner les deux mois suivants dans toute l’Europe. Aujourd’hui, on se sent comme chez nous en Allemagne ou aux Pays-Bas.  J’ai l’impression qu’on comprend mieux notre musique ailleurs sur le continent. 

    Sans doute aussi que si vous n’avez pas un gros tube, c’est difficile de percer en Angleterre. 

    Pour en revenir à Manchester, vous vous décrivez sur votre page facebook comme « le moins mancunien des groupes mancuniens »…

    R.G.: Oui. Nous sommes très fiers d’être originaires de Manchester mais aussi de l’histoire de cette ville ou des groupes qui y sont nés. Mais on ne sonne absolument pas comme les grands noms de la musique mancunienne. Je pense aux Smiths, à Oasis, …

    Mais vous êtes plus proches d'Elbow, qui eux aussi sont de Manchester…

    R.G.: Oui, peut-être bien (sourire).  

    the slow show,white waterLe nom de votre groupe est aussi celui d’une chanson du groupe The National. Vous avez opté pour The Slow Show à cause de ce morceau ?

    R.G.: On pourrait le croire et c’est d’ailleurs ce que certains reporters ont écrit mais ce n’est pas la réalité (sourire). En fait, Chris, notre batteur, est un grand fan du groupe américano-canadien The Band. Il apprécie leur approche de se présenter comme un vieux groupe itinérant qui était là pour livrer une représentation. Donc, il voulait que le mot « show » apparaisse dans notre nom. Et vu notre musique, The Slow Show, c’est imposé à nous. 

    The National est une de vos influences majeures ?

    R.G.: On aime bien. Mais je vous avoue que rétrospectivement, on aurait peut-être dû opter pour un autre nom de groupe. Car nous allons avoir très difficile de nous détacher de la référence à The National. 

    On écoute également Bob Dylan, Lambchop, …  Mais notre plus grande influence, ce sont sans doute les musiques de film. 

    L’une des premières choses qui marque lorsqu’on écoute The Slow Show, c’est votre voix. On la situerait quelque part entre Richard Hawley et Mark Lanegan…

    R.G.: Merci. Je n’ai jamais eu pour ambition d’être chanteur-leader d’un groupe. Je ne l’étais d’ailleurs pas dans mes groupes précédents. Nous pensions chercher un chanteur. Et puis, pour diverses raisons, je m’y suis collé alors que je n’avais jamais chanté auparavant. 

    Au final, même si j’ai eu un peu de mal au début, ce fut une belle découverte. 

     

    > Propos recueillis par Julien Carette

    Album: White Water (Haldern Pop Recordings/PIAS)

    Concert: ce lundi 1er juin à la Rockhal d'Esche-sur-Alzette. 

     

  • Dominik Nicolas: "L'envie de repartager ma musique"

    Membre fondateur d'Indochine, on lui doit la musique de "L'aventurier", "3e sexe", "Trois nuits par semaine", "Tes yeux noirs" ou encore "Canary Bay". Vingt ans après son départ du groupe pour cause d'usure et de dissensions, il revient enfin sur le devant de la scène. Pendant 20 ans, il s'est adonné à la pèche et a gratté sa guitare pour le plaisir au fin fond de sa Corrèze. Alors qu'on ne s'y attendait plus, le voilà de retour avec "La beauté de l'idée", qui sortira ce lundi 25. Un album tellement jouissif qu'il nous fait regretter une si longue absence...

    Dominik, pourquoi avoir attendu plus de vingt ans pour revenir sur le devant de la scène?

    "Cela peut sembler étrange. C'est simplement l'envie de repartager ma musique. Depuis 1994 et mon départ d'Indo, j'ai fait diverses choses. J'ai fondé une famille, j'ai un peu fait le tour Dominik Nicolas_1_ © %22Negatif+%22.jpgdu Monde,... de la Chine à l'Islande en passant par les Caraïbes. Cela m'a permit de changer d'air. J'ai toujours été passionné de musique depuis ma plus tendre enfance. Ce qui m'a permis de concrétiser cet album, c'est ma rencontre avec Noël Mattei, que je connais depuis quatre ans. J'ai fait sa connaissance via Facebook, c'est l'ancien chanteur de Madinka. On avait un peu la même culture musicale. Je n'écris pas les textes, et je ne voulais pas chanter n'importe quoi. Il a réussi à écrire des trucs qui collaient bien à mon univers. On a la même vision de la musique. On préfère avoir un succès d'estime plutôt que de faire les guignols avec trois femmes à poil sur scène. Sans lui, je serais peut-être resté en instru."

    Un manque s'était-il installé?

    "Il n'y avait pas vraiment de manque. Je n'ai pas un égo surdimensionné. Quand François Maigret de The Dukes, que je respecte beaucoup, me dit du bien de mon album, ça me touche. Mais je ne recherche pas la reconnaissance."

    Pas trop de regrets de ne pas être revenu plus tôt?

    "Non, je n'ai pas l'impression d'avoir perdu mon temps. Je ne suis pas anxieux car, de toute façon, je le fais sans pression. La seule petite crainte que j'ai, c'est de devoir me mettre en avant et chanter sur scène, car j'ai toujours été quelqu'un de réservé."

    Musicalement, c'est très années 80. Par contre, au niveau des textes, il y a un côté plus contemporain, notamment sur "Instagram".

    DominikPromo01_© Peggy M.jpg"Je suis né musicalement dans les années 80, mais je ne suis pas resté figé. J'aime beaucoup Moodoïd ou Tame Impala, qui sont contemporains. "Instagram", c'est une référence actuelle. C'est plein d'images. A la base, je ne suis pas trop fan des morceaux middle-tempo. La prod, je la fais toujours en mode démo. "Instagram", c'est le seul morceau où il y a eu un gros changement. A la base, c'était très pop et avec une boîte à rythmes. Un soir, je l'ai ralenti, et je trouve que ça donne plus de poids aux mots de Noël. Cela donne aussi une autre facette de moi."

    Passes-tu beaucoup de temps à des concerts?

    "Pas trop car j'habite en pleine cambrousse, à 500 kilomètres de Paris. Je vis en Corrèze. Pour un concert, je suis obligé d'aller jusqu'à Clermont. J'y étais allé avec ma fille pour voir Saez."

    Que penses-tu de cette vague d'artistes français qui s'inspirent des années 80 comme Lescop ou La Femme?

    "J'aime bien. La Femme, ils sont arrivés et ils ont tout explosé. Leur album, c'est un melting-pot de tout. Lescop, c'est de la pop froide, il est un peu dans mon climat. C'est bien fait, c'est classe, il y a des bons IMG_0364bis_© Peggy M.pngtextes. Comme moi, ils ont dû beaucoup écouter Taxi Girl, Daho, New Order et The Cure. A l'époque, on avait tous un peu le même son, car on achetait tous les mêmes synthétiseurs et on écoutait les mêmes choses."

    Es-tu nostalgique de cette époque?

    "Non, car je vis de l'avant. Mais c'est vrai que c'était l'âge d'or de la musique. Un mec de 20 ans qui voulait faire de la musique en 80, c'était terrible. Le matériel était plus cher, mais il y avait une liberté. Tu faisais quelques démos, les labels étaient accessibles et tu déposais ton truc. Une semaine après, c'était oui ou merde. Aujourd'hui, pour signer c'est difficile quel que soit le niveau de l'artiste. Internet est devenu important. Je m'en suis servi un peu même si ce n'était pas trop mon truc. Je me voyais mal me montrer et dire: "salut, je me brosse les dents". J'ai le label qui prend un peu le relais pour tout ça."

    Penses-tu que ce sera facile de t'imposer sans qu'on te colle l'étiquette "ancien d'Indochine"?

    "Je n'en ai aucune idée. L'étiquette, elle est récurrente car ça fait partie de moi. Je n'ai pas de tabou avec ça. Cela permet aussi aux gens d'identifier la personne, car personne ne connaît mon nom. Je ne m'appelle pas David Bowie."

    En live, joueras-tu des morceaux d'Indochine ou c'est hors de question?

    "Non, ce n'est pas hors de question. Je pense que je vais en faire quelques-uns. De toute façon, l'album il dure 58 minutes et je compte jouer 1h30. Je ferai quelques covers et deux ou trois d'Indo. Mais ce sera plus "A l'est de Java" que "Tes yeux noirs". On me réclamera peut-être "L'aventurier", mais là je ne sais pas. Je ne vais pas faire un show avec 50% des hits d'Indochine, ça ne m'intéresse pas. Mais je n'ai pas de malaise avec ça. Je ne renie pas mon passé, j'en suis fier aussi."

    As-tu suivi leur évolution?

    "Oui, bien sûr mais je ne les ai jamais vus en live. Je n'étais plus trop dans le métier mais j'ai suivi la renaissance du groupe avec l'album "Paradize", qui était pas mal d'ailleurs. Maintenant, c'est une grosse machine, c'est différent. On a commencé en clubs et maintenant ils font des stades. Ils n'ont pas le choixDominikPromo02_© Peggy M.jpg."

    Te reconnais-tu encore dans le groupe actuel?

    "Ils font des choses sympas, d'autres auxquelles j'adhère moins. A l'époque d'Indo, si on m'avait proposé trois Olympias ou un Bercy, j'aurais choisi les trois Olympias. Mes meilleurs souvenirs, ce sont les premières tournées dans des clubs comme le Gibus. Ils ne peuvent plus échapper à leur succès. Ca s'appelle toujours Indochine, mais c'est différent. De toute façon, je suis plus pop et je ne serais pas allé dans cette direction plus indus."

    Ca doit quand même une très grande fierté d'avoir composé tous ces tubes...

    "Je suis étonné qu'aujourd'hui encore les morceaux existent toujours et aient sauté les générations. Tu vas à n'importe quelle soirée et tu en entends un. Je n'aurais jamais imaginé ça à la sortie du premier album. Trois décennies, c'est quand même assez incroyable..."

    Lequel te tient le plus à coeur?

    "Je les aime tous. Je citerais quand même "A l'est de Java". C'est pas sorti en single, mais c'était l'essence d'Indochine. Mais bon, j'aime bien "L'aventurier" hein. C'est un morceau qui a 30 ans et qui pète grave."

    Pourquoi avoir quitté le groupe?

    "On a formé le groupe en 1981. Je suis parti en 1994, Dimitri avait déjà fait de même en 1989. On va dire l'usure du temps... album-tournée, album-tournée,... à quatre tout le temps. Je ne m'entendais plus assez bien avec Nicolas. J'ai préféré claquer la porte. Après, pendant un an, je n'ai pratiquement plus touché ma guitare. J'étais saturé et dégoûté. J'ai fini par y revenir. C'est comme le manque d'une cigarette pour un fumeur. J'ai recommencé à jouer, sans but commercial. J'avais commencé un album instru en 2004, et finalement je ne l'ai pas fait car je trouvais que c'était un exercice de style."cover_vinyle_dominick_nicolas.png

    Et qu'as-tu fait entretemps?

    "Notamment beaucoup de pèche à la mouche. J'ai commencé en 1988. Les gens ont une image d'Epinal du pêcheur. Ce n'est pas le gars qui attend des heures avant de rejeter une truite dans l'étang. C'est plus un état d'esprit comme le surf. Je suis très dans l'écologie. Je prenais mon vieux 4x4 que j'avais à l'époque. J'allais à une superbe rivière non-poluée. D'ailleurs quand tu soulèves des cailloux, tu as des plécoptères. Si tu en as, c'est que ce n'est pas pollué, sinon ils crèvent. Je reste là des heures, parfois je ne ferre même pas. Après, je remonte dans ma bagnole et je me mets un Blur à fond la caisse. Voilà à quoi ressemble ma journée idéale."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Negatif+ et Peggy M

  • Romano Nervoso: "J'ai été plus élevé au Chianti et spaghetti qu'au cervelas et Carapils"

    Gros son et blousons en cuir pour la troisième journée des Nuits du Bota. Pour ceux qui n'avaient pas envie de se laisser bercer par Alice on the Roof ou Roscoe, il y avait l'Orangerie. Entre le doom de Briqueville, le noise de The K et le rock bien british d'Elvis Black Stars, Sudpop s'est attardé sur la prestation de Romano Nervoso. Quelques heures plus tôt, Giacomo mettait déjà le feu en interview...Romano.jpg

    Giacomo, c'était ton idée ce backdrop gigantesque?

    "Quand on joue en festival en pleine journée, ça ne s'y prête pas. Du coup, là on voulait un backdrop qui ait de la gueule et j'ai fait confiance aux gens qui bossent avec moi. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si grand. Même Gilbert Montagné n'aurait pas pu le louper!" 

    Romano sera omniprésent cet été en festivals, c'est plutôt bon signe non?

    "On ne pouvait pas annoncer toutes ces dates tant qu'il y avait la promo des Nuits. Il y aura le BSF, les Francos, Wardin, FiestaCity, un truc en Hollande et encore quelques bazars qui doivent se confirmer. Mais on ne va pas non plus les faire tous, car je crois qu'on commence déjà à saouler les gens. Pour le Bota, il n'y avait d'ailleurs que 150 places parties en prévente jusqu'à la veille. Mais ce n'est pas de ma faute hein, la tête d'affiche c'est Elvis Black Stars! Il y a six mois à la Rodonde, on avait quand même fait notre premier sold-out en cinq ans d'existence!"

    Il y a peu, il aurait été impensable de te voir à l'affiche des Francos...

    "C'est sûr. C'est Marka, qui adore le rock, qui nous a poussés à jouer là-bas. C'est une journée en hommage à BJ Scott. Je lui ai quand même demandé si elle était sûre de son coup, mais oui elle a insisté: "Si si Giacomo, je veux que tu viennes" (il imite son accent). Peut-être qu'elle le regrettera."

    Tu penses que "Maria", la reprise du "Aline" de Christophe, t'as permis de toucher un autre public et de t'ouvrir des portes?

    "Ca m'a permis d'être accepté par un public différent, de 7 à 77 ans. Mais ce n'est pas non plus un single qui est beaucoup passé à la radio. Globalement, je n'ai pas eu d'airplay. Ils ne m'ont pas diffusé en journée, et je pense qu'ils ne me diffuseront jamais. J'ai fait "Maria" parce que j'aime ce morceau, pas pour qu'il passe en radio. Je l'écoutais quand j'étais gamin. Ca peut passer pour de la variété, mais ce sont des accords de blues. Je l'avais repris chez moi pour déconner, et j'ai trouvé que ça passait bien."Romano4.jpg

    Tu sais si Christophe l'a écoutée?

    "J'en sais rien. J'ai en tout cas demandé l'autorisation pour le copyrighting. Ils m'ont dit que tant que je payais les droits, je pouvais en faire ce que je voulais. Christophe, si tu nous lis, écoute la mec..."

    Et malgré tout, tu ne parviens toujours pas à percer certaines cloisons. Tu as une explication?

    "Le pire, c'est que j'ai eu beaucoup de presse, mais jamais une première page ou un airplay. Jamais de gros trucs, et je ne sais pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce que je fais du rock. Tu n'as pas non plus de première page pour Experimental Tropic Blues Band, alors qu'ils jouent tous les jours, qu'ils vendent pas mal de disques et qu'ils sont reconnus en Europe. On n'est pas assez mainstream."

    Ce n'est pas avec le clip de "Psicotico Blues" que tu vas y arriver...

    "Ah non. Ce ne sont même pas les paroles, car les gens ne captent pas ce que je raconte. Mais le clip n'a certainement pas aidé. J'ai suivi les paroles en fait. Je suis un grand fan de films d'horreur. C'est un mélange entre "American Psycho" et "Necromantic". A un moment, je la viole alors qu'elle est morte. J'ai toujours rêvé de faire un film d'horreur, et je crois que j'en ferai encore. La chanson s'y prêtait. Mais pour moi, c'est de la musique tendre et douce, qui pourrait passer en radio. Je ne sais pas si c'est moi qui dérange les personnes qui décident. Ou si c'est juste qu'il y a un fil conducteur et que, si tu t'en écartes, tu peux aller te faire foutre. Je fais de la zik car j'aime ça, pas parce que j'ai envie de plaire Romano5.jpgaux décideurs ou au public. En Belgique, on est toujours cinq ou six ans en retard. Les Recorders, c'est le MGMT belge. Montevideo, c'était le Franz Ferdinand belge! Fugu Mango, je les adore, mais on les compare à Vampire Week-End. Ce n'est plus jamais dans l'autre sens. On a eu ça avec Front 242, dEUS ou Soulwax et les 2 Many DJ's qui, eux, étaient précurseurs. Comme par hasard, c'est tout le temps chez les Flamoutchs... Car je fais une différence entre la Wallonie et la Flandre. Ce que j'écoute le plus pour le moment, c'est Sleaford Mods. Mais putain, pourquoi on ne sort pas un truc comme ça en Belgique? Moaning Cities, ils ont joué trois fois au Desertfest, ils font de la terrible zik et tout le monde s'en branle. Si tu veux réussir, il faut marcher sur le fil conducteur et connaître les bonnes personnes, qui font les programmations des festivals... Il n'y a que 4 ou 5 mecs qui décident, notamment pour les groupes qui sont envoyés à l'Eurosonic. Et nous, on n'est jamais dans cette putain de liste. Pourtant, notre premier album s'est bien vendu, on a joué dans sept pays, on a joué avant Johnny,...".Romano2.jpg

    C'était comment d'ailleurs de jouer avant Johnny?

    "C'était impressionnant car tu joues devant 22.000 personnes qui n'en ont rien à foutre de ta gueule. Faut les convaincre que t'es pas là pour rigoler. Une fois que t'as capté que tu dois citer le nom de Johnny à chaque fin de phrase, tu peux faire toute la tournée avec."

    Tu chantes en italien sur certains morceaux. C'est important pour toi de faire référence à tes racines?

    "Ouais. Je me sens italien, même si j'ai grandi ici. J'ai plus été élevé au Chianti et spaghetti qu'au cervelas et à la Carapils. L'amour et le respect, je tiens ça de mes racines italiennes. Et puis, je suis meilleur en italien qu'en anglais. Et chanter en français, ça me gave."

    Tu y retournes souvent?

    "Dès que j'ai du temps à tuer, j'y vais deux semaines. Pendant une semaine, je profite de la famille. Et la deuxième semaine, je me gratte les couilles. Je profite surtout du paysage, car je ne suis pas très mer. La plage, ça m'emmerde."

    Du coup, tu vas te balader dans les montagnes dans la région d'Agrigente?

    "En Sicile, t'es obligé de te lever à l'aube. Il fait tellement chaud que tu ne peux pas pioncer jusque midi. Les gens disent qu'il n'y a pas de boulot en Sicile. Mais comment veux-tu travailler là-bas? Il fait 45 degrés, c'est un endroit de vacances, pas de travail! Les gens ne s'en plaignent pas d'ailleurs."

    Tu arrives à imposer Romano en Italie?Romano3.jpg

    "Chaque année, on joue deux semaines là-bas. L'an dernier, on s'est pointé du côté de Milan et la salle était complète. Je pensais qu'on faisait une première partie, mais non. "Mangia Spaghetti", c'était visiblement l'hymne national du coin. Il y avait 350 personnes, plus qu'à la Rotonde. On a rarement ça en Belgique. Mais si tu fais un festival de covers, là t'as 4000 personnes. C'est pour ça que je suis un fervent partisan de Dour ou du Roots and Roses. Mais les gens préfèrent aller au Cover Festival de Seneffe. On est de plus en plus dans l'abrutissement que dans l'ouverture d'esprit. Ce n'est pas seulement dans la musique, mais aussi dans la télé, dans les bouquins,... Encore heureux qu'il y ait internet. Moi, quand je veux me marrer, je ne regarde plus des films comiques mais le JT italien."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

  • Grand Blanc: "Tu te démerdes avec ton ennui"

    Méfiez vous des noms. Grand Blanc ne fait pas dans la lumière, mais dans la pop noire, celle qui vous transporte dans des villes de province, tristes et froides, où l’ennui est roi. Le groupe lorrain installé à Paris s’est fait remarquer l’automne dernier par un premier EP aux textes en français décrivant parfaitement la morosité de l’est, sur fond de synthétiseurs qui appellent à danser. Un beau contraste. Nous avons interviewé Benoît, l’un des deux chanteurs, alors que Grand Blanc traversait la France pour rejoindre Bruxelles. Ils jouent au Botanique ce dimanche. grand-blanc-604-tt-width-604-height-400-bgcolor-000000.jpg

    Vous démarrez une grosse tournée de concerts et de festivals pendant l’été, vous vous sentez comment ?

    "On commence surtout une série de gros concerts, ce qui est assez nouveau. Et il y a l’enjeu des festivals, qu’on n’a jamais fait. On en a fait qu’une fois et ça s’est pas très bien passé. Le public est très différent en festival en plein air, il faut faire du spectacle. Mais on se sent bien, on a modifié des trucs pour faire un live plus catchy. On a envie d’essayer des choses."

    Avec tout ça, vous avez le temps de travailler sur votre premier album ?

    "On n’a pas trop le temps, mais on se débrouille. Là on avait deux semaines sans dates, on en a profité pour faire que ça. Pour l’instant on compose. On essaie de ne pas se précipiter. On est un jeune groupe, on veut faire ce dont on a envie."

    Ce sera toujours sur le label Entreprise ?

    "Oui normalement. Tout s’est bien passé avec eux. Ils ont vu en nous un groupe de pop, et ça nous allait vraiment bien. Les médias disent toujours qu’on fait de la cold wave, mais on n’est pas d’accord. On ne fait pas que ça. On peut dire plutôt qu’on faire de la variété alternative ou de la pop noire. On cherche des termes."

    Pourquoi revendiquez-vous autant vos origines lorraines ? Vous n’y vivez même plus…

    "C’est vrai. On a monté le groupe sur Paris. Mais l’histoire du groupe est très liée à Metz. Quand on a commencé, on rentrait à Metz pour jouer, c’est là où on a fait nos armes. Et puis il y a la mythologie du groupe. Les morceaux ont commencé à être écrits il y a trois ans, on était fraîchement montés sur Paris. On se disait “Cool, on a quitté cette ville de merde”. Mais il y avait un rapport amour / haine de Metz qui s’est installé. On retrouve Metz dans les textes, même si ce n’est jamais nommément cité. Il y a beaucoup de topographie dans nos textes. Ce qu’on raconte n’est pas exceptionnel, c’est un peu d’ennui, de tristesse, des souvenirs de notre vie d’ado. Ce sont les lieux de Metz qui nous les rappellent. Mais maintenant que nous habitons à Paris, on va aussi en parler. Pas de Paris en tant que tel, parce qu’on ne peut pas faire parler Paris, mais plutôt ses flux, les modes de vie, la saturation. Ca se verra sûrement dans l’album."

    On imagine l’est de la France comme un endroit totalement déprimant, mais il y a une scène musicale très dynamique pour Metz, je pense à la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est par exemple.

    "Oui, la Grande Triple Alliance, on les connait pas, mais on aime ce qu’ils font, comment ils habitent la ville. Plastobeton par exemple étaéit du genre à faire des concerts dans des lavomatics parce qu’il n’y avait pas de bar pour jouer. Ils ont la culture tu te démerdes avec ton ennui et tes moyens. Metz a beaucoup changé de nos 15 à 25 ans. On a profité de ces changements. Il y a maintenant des programmateurs qui sont très ouverts aux jeunes groupes. La région est en friche, tu y construis ce que tu veux."

    Quel est le disque que vous allez écouter sur votre trajet Paris-Bruxelles ?

    "En ce moment, l’album qui nous relie tous, c’est le nouveau The Soft Moon. C’est cold, mais pas que, il mèle d’autres choses. Pour nous, ça peut nous donner des idées, des envies."

    > Une interview de Marie Hamoneau

  • Ralitt, le DJ arlonais qui a ouvert pour les 2 Many DJ’s

    1268163382_B975495461Z.1_20150508171120_000_GS74F77VR.2-0.jpgEn musique, il n'y a pas que les grandes stars qui comptent. Parfois, certains artistes plus anonymes ont de belles histoires à raconter.

    Un exemple avec Khalid Batholomé, 24 ans, qui travaille à la Maison des Jeunes d’Arlon, où il s’occupe de musique. Lui-même musicien, l’Arlonais commence à se faire un nom en tant que DJ. Il a d’ailleurs eu l’insigne honneur d’ouvrir pour 2 Many DJ’s à la Rockhal, en février dernier (d'où le selfie avec les frères Dewaele ci-contre). Joli coup de pub ! Depuis, les dates s’enchaînent. Il sera au festival du Ward’in Rock (près de Bastogne) en septembre.

    Khalid, expliquez-nous comment vous vous êtes retrouvé à jouer avant les 2 Many DJ’s, qui sont tout de même des mégastars dans le milieu de la musique électronique ?

    Khalid Batholomé: Cette date, ça a été une opportunité que je ne pouvais pas refuser ! Cela faisait longtemps que je mixais à gauche et à droite, au Luxembourg essentiellement, dans des bars. De rencontres en rencontres, j’ai fini par sympathiser avec le programmateur de la Rockhal. Qui m’a proposé de jouer avant les 2 Many DJ’s lors de leur passage à Esch en février dernier. Grosse pression ! Et fameux challenge… Mais tout s’est super bien passé. Du coup, la Rockhal m’a recontacté pour jouer avant Josef Salvat. J’ai été prévenu le matin même… Mais c’était une belle expérience également.

    Ces dates à la Rockhal, cela a été un fameux coup de projecteur…

    En effet ! Depuis, les dates s’enchaînent et d’autres grosses salles m’ont contacté. J’aurai aussi l’opportunité de mixer au Ward’in Rock en septembre. Donc oui, la première partie de 2 Many DJ’s et de Josef Salvat, c’était un joli coup de pub ! Je prends cela comme une forme de reconnaissance, car je mixe depuis des années.

    Vous avez commencé à mixer à quel âge ?

    J’ai commencé à chipoter vers 12 ans, avec une plaque « virtual DJ », avec laquelle je réalisais des mash-ups. Puis j’ai formé un duo avec un ami. Cela s’appelait « Switch on the sound ». On a fait quelques dates, on tournait pas mal dans la région. On a même joué avant Grandmaster Flash (véritable légende américaine, pionnier du rap et du hip-hop, NDLR) à la Philharmonie à Luxembourg, en 2011 ! Un souvenir génial.

    Comment définiriez-vous votre style ?

    J’aime mixer des genres différents quand je suis invité dans des bars ou des clubs. J’aime passer de l’électro au hip-hop, puis par le rock, la pop et même le disco ! J’aime me faire plaisir en passant ce que j’aime, et faire plaisir au public également. J’aime aussi – de plus en plus d’ailleurs – mixer uniquement de l’électro. Des choses un peu plus pointues.

    Avec votre petit succès, vous pouvez vous permettre d’être un peu plus sélectif par rapport aux dates que l’on vous propose ?

    Disons que si c’est pour reproduire 100 fois la même chose dans un rayon géographique de 20 km, ce n’est pas très intéressant. Alors oui, j’essaie de bien choisir les endroits où l’on me propose de mixer. L’idée, c’est de toujours proposer un set qui sort du commun. Wardin, par exemple, ce sera très différent.

    Vos influences ?

    J’ai grandi en écoutant Miss Kittin, Vitalic, les groupes du label Ed Banger, comme Justice, DJ Medhi, etc. Mais j’aime beaucoup le disco également. Et par-dessus tout, j’aime mélanger les genres.

    Vous vous voyez où dans cinq ou six ans ? Vivre de votre art, c’est faisable selon vous ?

    J’aime beaucoup mon métier à la Maison des Jeunes d’Arlon. Mais je pense que si je voulais vraiment vivre de la musique, cela devrait être possible : il y a tellement de bars, de soirées, que les opportunités sont nombreuses. Après, j’ai aussi des faiblesses qu’il faut que j’améliore, comme la production. Créer mes propres morceaux pour les jouer en live, c’est mon objectif pour les années à venir.

     

    > Romain Goffinet (La Meuse Luxembourg)