Interview - Page 7

  • Great Mountain Fire: "L'Amerikaans Theater a donné sa tonalité à l'album"

    Great Mountain Fire - Sundogs.jpgOn poursuit notre tour d'horizon des groupes à ne surtout pas manquer aux Nuits du Botanique. Le 12 mai, Great Mountain Fire y effectuera son grand retour afin de présenter Sundogs, qui sortira trois jours plus tard. Un album qui a été enregistré dans des conditions exceptionnelles à l'Amerikaans Theater, l'ancien pavillon américain de l'Expo 58. Et que certains ont déjà pu découvrir au-travers d'un concept original d'une édition vinyle ultra limitée.GMF_-®Mihnea_Popescu_1.jpg

    Comment vous est venue cette idée de splitter une pochette originale en 64 vinyles bien distincts?

    Antoine: "Tout vient de la rencontre avec David Delruelle. Visiblement, il nous connaissait déjà depuis un moment. Il nous a envoyé un message via Facebook expliquant qu'il était "collagiste" et qu'il était prêt à travailler avec nous. C'était tôt, on ne pensait pas encore à l'artwork. Nous sommes ensuite retombés sur son mail et on a vu ses travaux. On trouvait que son univers collait vraiment bien à notre musique. Parmi ses travaux, il y avait non pas la pochette des 64 vinyles mais la vraie pochette de l'artwork, et ça sonnait comme une évidence. On a ensuite voulu en faire quelque chose d'unique et on a eu une idée de faire ces 64 vinyles qui, les uns à côté des autres, font une grande pochette. Chacun aurait 1/64e d'une image."

    Alexis: "Il n'y a pas de tests cd. Donc, si tu veux, l'idée découle directement du concept du vinyle. En plus, c'est tout blanc, c'est ce qu'on appelle des "white label". C'et super excitant pour un "collagiste" de travailler sur un support qui est une pièce unique. Cette technique peut parfois refléter la manière dont on fonctionne, dont on compose. David arrive à amener un autre univers, pas seulement la combinaison de deux mondes. Et des plongeurs dans le ciel, c'est l'effet que ça nous fait. Il faut voir ses archives c'est incroyable, il a des piles de National Geographic des années 60. Quand on a vu cette image, cette métaphore du grand saut, une sorte de narration s'est crééeGMF_©Keorges Gaplan_2.jpg

    Antoine: "Le lien technique entre sa manière de travailler l'image et la nôtre de composer est similaire. Il ne bosse pas avec Photoshop. On sent la manufacture, on sent l'authenticité, on sent même les mouvements de son scalpel pour découper le papier. C'est ce qu'on a aussi voulu retranscrire dans notre musique. Tout n'est pas parfait d'un point de vue technique, mais c'est parfait dans l'instant."

    Et puis vous en avez fait un événement avec cette mise en vente au Botanique. Qui permettait de faire parler de l'album un mois avant sa sortie...

    Alexis: "C'était une façon d'inclure les gens que ça intéresse dans notre monde. Nous étions en résidence à l'Orangerie, il y avait une sorte de justesse, tout s'est mis bien au bon moment."

    Pourquoi avoir décidé d'enregistrer dans le cadre particulier de l'ancien pavillon américain de l'Expo 58?

    Antoine: "Nous sommes revenus dans le temps. Tout est dû au hasard. Il y a deux ans, on cherchait un local car nous avions été mis gentiment à la porte. On venait de faire notre dernier concert au Cirque Royal en acoustique. Dur retour à la réalité après avoir été sur notre petit nuage. Finalement, le bouche-à-oreille fonctionne et Philippe Kopp nous trouve un lieu via des contacts. On est allé visiter l'ancien pavillon américain de l'Expo 58. C'est endroit déchire, c'était fait pour nous. Au-delà de l'aspect historique qui est incroyable, ce jeu a été réaménagé en studio pour la VRT. Il y a un agencement de pièces qui était juste parfait."

    Alexis: "Tu n'es pas pris par le temps, tu peux y passer 72 heures d'affilée. La nuit, tu es isolé. La bâtiment devenait à nous. Un climat s'est installé. Cette âme, on n'aurait pas pu la trouver ailleurs et ça a dessiné la tonalité de l'album."

    Antoine: "Le lieu est le son de l'album."GMF_-®DJRoys_NB.jpg

    Comment qualifieriez-vous l'évolution de votre musique depuis le premier album?

    Alexis: "C'est un truc plus juste, même si c'est hyper moral ce que je dis. Oui, il y a de la justesse. On n'est pas parti d'une manière synthétique, on a laissé les accidents. On n'a pas envie d'inventer un truc qui n'existe pas. On a envie de capter un instant. Les gens étaient surpris de la différence entre le premier album et les concerts. On a résolu ça très simplement, en enregistrant dans les conditions du live. On a gardé les pistes de base, on a gardé tout. C'est très rare qu'on ait rejoué des choses. Les notes un peu bizarres, on les a laissées. Cela correspond à un moment de notre vie."

    Pourquoi avoir débuté la tournée au Danemark?

    Antoine: "On fait partie d'une sorte d'échange entre le Botanique, le Spot Festival et l'Iceland Airwaves à Reykjavik."

    Alexis: "On nous avait dit que les Danois seraient froids, mais finalement je n'ai pas trouvé. Ils sont très attentifs, mais ils ont de la chaleur."

    Le Bota, c'est une date sous pression?

    Alexis: "On ne va pas te mentir en prétendant le contraire. C'est un peu comme la différence entre aller parler hyper honnêtement à un type dans la rue et aller parler hyper honnêtement à un membre de ta famille ou à tes potes. L'enjeu n'est pas le même. On sait que les gens qui viennent nous connaissent. Cela ne pétille pas de la même manière."

    Antoine: "Au Bota, on est à la maison. C'est très confortable d'y jouer, c'est le luxe."

    12/05 - Les Nuits Botanique  Brussels – RELEASE PARTY

    13/05 - Handelsbeurs - Gent (with BRNS & Robbing Millions)

    11/07 - Les Ardentes - Liège

    17/07 - Dour Festival - Dour

    02/08 - Ronquières Festival - Ronquières

     

  • Elvis Black Stars: "Pas tombés dans ce phénomène pop-rock catchy"

    Elvis Black Stars est de retour et sort les grosses guitares. Le groupe d'Andenne, qui sera notamment à l'affiche des Ardentes et des Nuits du Bota revient avec "Sect of Happiness". C'est justement sur les marches du Bota que nous avons papoté avec Augustin et Arnaud.DSC_2954.jpg

    Pourquoi ne sortir qu'un EP pour le moment?

    Augustin: "Au lieu de sortir un album, on a décidé de faire deux EP. C'est une autre stratégie."

    Arnaud: "C'est un peu à l'ancienne. Dans les années 70, les groupes faisaient ça. On a voulu reprendre ce concept de deux fois cinq morceaux."

    Comment s'est passé l'enregistrement?

    Augustin: "Nous sommes partis composer pendant deux semaines en Provence, et au retour on avait environ 25 morceaux. C'est un peu frustrant, mais c'est gai aussi car on sait qu'il y aura une suite."

    Arnaud: "Dans le studio à Andenne, on est un peu comme à la maison. On a parfois des difficultés à rester focus. Il y a toujours des tentations... on va boire une bière. Et, au lieu de bosser pendant dix heures, au final on n'en fait que six. Tandis qu'en Provence, il n'y avait rien d'autre à faire. C'était un coin un peu perdu. La ville la plus proche, c'était Avignon, à 40 kilomètres. Les morceaux qui ont été composés là-bas, on peut les reconnaître directement."

    Comment qualifieriez-vous l'évolution par rapport au premier album?

    Augustin: "Il y a quand même un peu de maturité. On a trouvé qu'on cherchait. Un groupe qui commence et qui cartonne, comme Temples, c'est très rare. On les a d'ailleurs beaucoup écoutés durant l'enregistrement. On a mis une touche un peu plus fraîche. Sur le premier, c'était très américain. Ici, c'est plus pop. Evoluer, c'est risqué mais c'est pour ça qu'on fait de la musique."DSC_2969-2.jpg

    Arnaud: "On a aussi beaucoup écouté Royal Blood."

    Vous les avez vus en concert?

    Augustin: "Non, mais on m'a dit qu'ils se la pétaient à mort. Le truc, c'est que c'est surproduit. A deux, la formule affiche vite ses limites."

    Arnaud: "Black Keys l'a compris, maintenant ils sont treize!"

    Comment parvient-on à se démarquer dans une scène belge aussi fournie?

    Augustin: "C'est chaud. On est quand même plus proches des groupes flamands, qui ont une influence anglo-saxonne. J'adore Balthazar par exemple, voire la scène hollandaise. Le rock en Wallonie, je trouve que ce n'est quand même pas top."

    Arnaud: "Notre force, c'est de ne pas être tombé dans ce phénomène pop-rock catchy qu'il y a eu pendant des années. Finalement, tous les groupes se ressemblent. On a été tenté, on l'avoue. On a fait quelques trucs et puis on s'est dit: "mais putain, c'est pas nous, ne vendons pas notre âme au diable. Sortons les grosses guitares. Si ça passe, tant mieux. Si ça ne passe pas, c'est pas grave..."

    Un single qui cartonne, c'est important pour vous?

    Augustin: "Les singles, ça peut tromper les gens. Je me souviens d'un concert à Silly. Les gens étaient étonnés, car ils s'attendaient à un truc à la Roscoe."

    Arnaud: "Ils espéraient voir des violons, ils étaient surpris. Cela sert au niveau des médias, ça oui. Mais, c'est effectivement trompeur. Prends Hozier. Le single, je le trouve à vomir. Alors que l'album est excellent et super rock. On voit bien qu'il a fait un single pour rendre folle les minettes..."

    Votre premier concert, ce sera aux Nuits du Bota. A quoi doit-on s'attendre?

    Augustin: "On ne jouera que des nouveaux morceaux."

    Arnaud: "Il n'y en aura qu'un du premier album, mais il sera réarrangé."20150208-SP6A2108[1].jpg

    Vous êtes des habitués du Bota...

    Augustin: "Je crois que ce sera notre septième fois. On a fait toutes les salles... Nous sommes confiants, car on a fait une résidence à l'Orangerie."

    Arnaud: "Le plus gros stress, c'est de savoir s'il y aura du monde. Les morceaux récents sont plus casse-gueule. On n'a pas trop le droit de faire les jojos ou de jouer bourrés."

    La vraie tournée, ce sera par contre pour la rentrée, voire 2016.

    Augustin: "On ne voulait pas faire trop de dates. On ne voulait pas jouer à Eghezée sur un camion. T'as des groupes, tu les vois dans tous les festivals et puis tu satures."

    Par le passé, vous avez fait quelques premières parties étonnantes. Notamment celle des Scorpions...

    Augustin: "C'était dur. Ce n'était pas du tout notre public. Du coup, tu essaies de ne pas en faire de trop car les gens te regardent un peu étrangement. Finalement, on a quand même eu certaines retombées et c'était une bonne expérience de jouer à Forest National."

    Vous avez également ouvert pour les BB Brunes.DSC_2994.jpg

    Augustin: "Les enfants étaient là pour eux, et les parents étaient contents d'entendre des grosses guitares."

    En juillet, ce sera votre deuxième passage aux Ardentes.

    Arnaud: "On y a déjà joué il y a deux ans. On n'en avait pas vraiment profité, car on avait un deuxième concert après. En plus, vu l'affiche, on était un peu comme un bouton au milieu de la tronche. Les gens n'en avaient rien à foutre de venir voir Elvis Black Stars à 16 heures. Cette année, l'affiche est terrible. C'est gratifiant pour nous de voir qu'on peut participer à un tel événement."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de l'interview par Lara Herbinia


  • Sonnfjord, notre coup de coeur printanier

    Le nom du groupe sonne comme s'il s'agissait de post rock islandais voire de black metal norvégien. Et pourtant, c'est avec une musique sucrée, délicate et rafraîchissante que Sonnfjord nous caresse les tympans. Derrière ce nom mystérieux se cache le projet de Maria-Laetitia Mattern, accompagnée de son frère Aurelio (Paon, Lucy Lucy), François de Moffarts (Lucy Lucy), Jérome Van den Bril et Fabio Zamagni (Noa Moon). Une rencontre qui rend déjà ce début de printemps un peu moins morose...1969333_1557424347870202_8595455467415865660_n.jpg

    D'où vient ce nom à consonance nordique?

    Maria-Laetitia: "J'avoue que ça peut prêter en confusion. J'ai fait un Erasmus en Finlande il y a trois ans. C'était à Jyväskylä, une ville estudiantine un peu perdue, à cinq heures de bus au nord d'Helsinki. C'est un pays magnifique, même si je n'y ai vécu que quatre mois. Je me suis inspirée de cette ambiance, de ses grands espaces. Depuis, je m'intéresse beaucoup à la culture nordique. J'avais envie d'un nom qui reflète un peu ça, en adéquation avec ma musique. C'est un mot qui n'existe pas. Si tu remplaces le "o" par un "u", c'est le nom d'un fjord en Norvège. Je n'y ai jamais mis les pieds, mais on peut faire croire que oui si tu veux. J'ai un peu triché, j'avoue. Mais j'aimais bien cette sonorité. "Fjord" tout court, ça fait un peu yaourt."

    L'EP est sorti en février, le projet est récent, mais il y a pourtant beaucoup de travail en amont...

    "Dans mon esprit, ça fait déjà longtemps qu'il est sorti. Pour nous, c'est un premier travail. On avait rien sorti auparavant, et le projet n'existe que depuis septembre. Même si tous, on faisait déjà de la musique. Mais avant septembre, on avait déjà bossé pendant un an et demi. On a d'abord fait des démos, qu'on a réenregistrées avec Tommy Desmedt. On a fait les mix l'été dernier. En septembre,c'était plutôt le lancement du groupe tel qu'il existe, la création de la page Facebook, les premiers concerts et le clip de "Seagull". Dans le genre de musique qu'on fait, l'image est importante. On ne sort pas de morceau comme ça sans support vidéo, car ça permet aux gens d'accrocher davantage. On va également sortir un clip pour "Alpinist" et je suis persuadé que plein de gens nous découvriront de cette manière."

    Un album succédera-t-il rapidement à l'EP?

    "Il y a beaucoup de compos brutes qui sont prêtes. Je commence à jouer en live des morceaux qui ne sont pas sur l'EP, mais pour le moment en guitare-voix parce qu'on n'a pas encore pris le temps de les arranger. J'aimerais défendre l'EP jusque fin 2015 et sortir quelque chose de neuf début 2016. J'entends tous ces morceaux depuis près de deux ans et j'ai déjà envie de passer à autre chose."

    Comment décrirais-tu votre musique?

    "C'est pop-folk, avec des influences plus indies à certains moments. Quand j'étais gamine, j'écoutais beaucoup d'artistes folk, comme Bod Dylan, Cat Stevens, Joan Baez, Simon and Garfunkel,... Voilà pour les fondements. Mais quand on arrange les morceaux, on s'en éloigne. "

    Malgré que le groupe soit tout récent, vous avez déjà eu l'occasion de jouer au Bota et à l'AB. C'était comment?

    "C'est hyper excitant, c'est la plus chouette partie du projet. Dès octobre, on a fait le Bota. C'était un moment-clé. Je sens que j'ai pas mal appris de tout ça. Je suis en train de retravailler mon attitude sur scène. Je me sens déjà beaucoup plus à l'aise. Après, sur de telles scènes, tout est fait pour que ça se passe bien. J'ai de pires souvenirs de mon projet solo, où on jouait dans des petits bars foireux où les gens étaient en train de boire un verre et écoutaient à peine le concert. C'est une autre approche, même si j'étais moins sûre de moi aussi. La Rotonde, c'est fabuleux d'y jouer. Le stress supplémentaire, c'est qu'on se doit d'assurer."

    Quelles sont les prochaines échéances?

    " Le 13 mai, on joue pour le Nationa(a)l. On a été élu coup de coeur musical. On a aussi confirmé notre présence au Brussels Summer Festival."

     > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Massilia Sound System, tête d'affiche de la Yo!Fest (ce 6 mai): "Il y a encore des combats à mener"

    La Yo!Fest sera de retour ce mercredi 6 mai sur l'esplanade du Parlement Européen. Il s'agit d'un festival gratuit organisé à l'initiative du Forum Européen de la Jeunsesse. Le thème de cette sixième édition "Grow Together" mettra l'accent sur la croissance et le développement durable. Au programme, des débats mais aussi des concerts. Et en tête d'affiche, les Marseillais de Massilia Sound System. Nous sommes allés à la rencontre de Blu, le leader du groupe. Entretien dans un accent qui sent bon la Canebière...11090863_421020211397817_6161998077227505268_o.jpg

    Blu, c'est pas trop barbant pour des Marseillais de quitter leur zone de confort pour venir jouer dans la grisaille bruxelloise?

    "Non, pas du tout! On ne pense pas qu'au soleil, je vous rassure. On a toujours pris notre pied lors des concerts en Belgique. C'est un public festif et réceptif à notre message."

    En plus, entre Marseille et la Belgique, ça a souvent été le grand amour...

    "Là, vous faites appel au supporter qui est en moi. C'est vrai que vous nous avez encore envoyé un petit Belge qui nous aide bien là. L'OM fait partie intégrante de notre vie, au même titre que la musique. Ces derniers temps, ça tourne un peu moins bien. Mais, même quand on perd, ça ne nous empêche pas de faire la fête."

    Vous venez jouer pour une bonne cause. Cela fait partie de l'ADN du groupe?

    "Bien sûr. Chez Massilia, on fait de la musique avant tout pour faire passer un message. En tant qu'artiste, on a un rôle social important à jouer. Je ne m'imagine pas prendre le micro en n'ayant rien à dire. On ne revendique pas de changer le Monde, mais on n'est pas non plus là pour faire de la poésie."

    L'évolution de la société, elle vous fait peur?

    "Oui, et ce n'est pas récent. Cela fait trente ans que la télévision veut nous faire croire que tout va mal, que tout s'écroule. Même si tout ne va pas aussi mal qu'on le dit, il faut se bouger. La violence permanente et la montée du nationalisme sont des fléaux qu'il faut éradiquer. Nous, on ne le fait en musique."

    Le groupe vient de fêter ses trente ans d'existence. Voilà qui fait une sacrée trotte...

    "C'est clair. Quand on a commencé, on ne s'est jamais dit qu'on allait tenir cinq, dix ou trente ans. Maintenant, on est encore là et pour un moment. Et ce qui est beau, c'est qu'on parvient encore à toucher les nouvelles générations. Tant qu'on aura des choses à dire, on continuera. Tant qu'il y aura des gens dans la rue, on sera là. Il y a encore beaucoup de combats à mener."

    A quoi doit-on s'attendre pour mercredi?

    "Ca va être la fête! Il y aura de la bonne musique et on va prendre l'apéro tous ensemble."

    Du pastis, j'imagine?

    "Non, du 51 Monsieur! C'est comme si vous compariez Marlboro et Camel (sic)!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe

  • Mélanie De Biasio: " J’écoute toujours Rage Against The Machine de temps en temps!"

    Melanie-De-Biasio-1-580x380.jpgDepuis la sortie de son premier album en 2007, A Stomach is Burning, et surtout de son successeur, No Deal, plus rien ne semble arrêter Melanie De Biasio. Reçue dans les plus grands shows musicaux anglais, invitée sur la scène de Rock Werchter (ce qui est excessivement rare pour une Francophone), adoubée par Gilles Peterson le pape de la musique jazz actuelle (avec une pointe d'électro), remixée par Eels, ... la chanteuse originaire de Charleroi a conquis, si pas le monde, en tout cas l'Europe. Au point de remporter en janvier dernier un European Border Breakers Awards, une récompense décernée internationalement aux artistes ou groupes émergents qui ont trouvé un public en dehors de leur pays. Au palmarès, à côté de son nom, on retrouvait notamment ceux de Hozier, Milky Chance, Tove Lo, Mø, ... Excusez du peu! 

    En attendant la suite, Mélanie De Biasio sera à Arlon ce dimanche 3 mai. Elle jouera dans l’église du Sacré-Cœur dans le cadre du festival des Aralunaires. Elle lève un coin du voile sur ce concert exceptionnel.

    Vous allez jouer dans une église à Arlon. C’est quelque chose que vous avez déjà fait?

    Mélanie De Biasio: "Une fois seulement, à Bruxelles. J’aime jouer dans des lieux singuliers. Cela m’intéresse. Je suis très poreuse à l’endroit dans lequel je joue. L’endroit, généralement, inspire le set. Donc ce concert, à Arlon, m’inspire beaucoup! L’endroit devient un ingrédient musical, en quelque sorte."

    À quoi peut-on s’attendre le 3 mai?

    "Ce sera un concert piano-voix. C’est la formation idéale pour ce genre d’endroit. Il ne faut pas que la multiplication des instruments devienne un problème à gérer, surtout dans un endroit aussi particulier qu’une église, qui résonne très fort, etc. Donc ici, pas de contrebasse, pas de batterie. Juste le piano et moi."

    Vous réussissez, depuis quelques années, une sorte d’exploit: celui de rendre le jazz très «grand public». C’est quelque chose de volontaire?

    "Mes racines, c’est le blues. Et le jazz vient lui-même du blues. Un des plus beaux compliments que l’on puisse me faire, c’est de dire que je parviens à faire en sorte que l’on se détache des a priori que l’on rattache souvent au jazz et au blues. Je n’aime pas que l’on mette des cadres, des barrières entre les genres. Si je peux contribuer à nettoyer les croyances solidement ancrées que l’on a sur ces deux genres musicaux, alors je suis heureuse…"

    Tous les médias vous encensent. Vous avez un succès incroyable. Comment vivez-vous cette ascension fulgurante?

    "Moi, mon rôle, c’est de nourrir les petites choses. Après, le contrôle que l’on a sur ce que ces petites choses deviennent, cela m’échappe totalement. Ce n’est pas toujours simple à gérer. Mais personne n’a jamais dit que ce serait simple."

    mélanie de biaisio, Aralunaires, ArlonTout de même, quand on vous compare à Billie Holliday ou à Nina Simone: cela doit être agréable mais ça peut aussi vous mettre la pression…

    "Je comprends que l’on essaie de mettre des étiquettes sur les chanteurs, les groupes, etc. On doit pouvoir situer les choses, on a tous besoin de références. Même si je n’apprécie pas spécialement, il faut faire avec: les étiquettes, les comparaisons, cela permet aux gens de s’intéresser à mon travail. À la limite, je dirais même que l’on n’a pas besoin des autres pour se mettre dans des cases. Pourtant, moi, ce que j’apprécie, c’est de sortir des cases… Encore une fois: pas de barrières! Moi, je prône le dépassement de soi. Nous sommes tous amenés à nous dépasser. À sortir des sentiers battus."

    Justement: votre dernier album a été remixé par des grands noms du rock ou de l’électro, on vous retrouve sur l’affiche des Aralunaires aux côtés de groupes de rock… Vous aimez surprendre en faisant des ponts entre des univers différents?

    "Toute forme d’expression m’intéresse. Pour moi, tout est possible. J’aime avoir la liberté de pouvoir prendre ces chemins-là. Quant à l’album de remix, c’est un projet que l’on m’a proposé, et j’avais aimé l’idée que mes compositions prennent d’autres directions."

    J’ai lu que vous écoutiez Rage Against The Machine étant jeune… Surprenant!

    "(Elle rit) Mais oui! D’ailleurs j’écoute toujours de temps en temps! C’est bien pour se défouler!"

    J’ai lu également que vous avez refusé de faire partie de The Voice? Jurée, cela ne vous intéressait pas?

    "Oui, j’ai été approchée par The Voice, c’est vrai. Mais ce n’était pas vraiment en tant que jurée qu’on me sollicitait. On m’a approché pour faire partie du casting, ou quelque chose comme ça… Cela ne m’intéressait pas du tout, j’ai dit «non merci»."

    Pour conclure, un mot sur vos projets?

    "Je travaille déjà sur mes prochaines créations, sur des nouveaux morceaux. Le studio et la scène me passionnent tous les deux. Le studio parce que cela permet de fixer la matière, le live parce que c’est basé sur le partage et la communion avec les gens."

     

    >Interview par Romain Goffinet

  • Roscoe: "Besoin de quitter notre zone de confort"

    Roscoe, terriblement beau mais plombant et déprimant? Laissez vos préjugés de côté. Avec son deuxième album, le groupe liégeois a décidé d'explorer de nouveaux horizons. "Mont Royal", qui sortira ce vendredi, est lumineux et flamboyant. A voir en live le 11 mai aux Nuits du Botanique. Pour Sudpop, Pierre Dumoulin (chant et guitare) lève déjà une partie du voile.Roscoe_PressPicture1_by_GillesDewalque.jpg

    Pierre, le titre de l'album, c'est une déclaration d'amour à Montréal?

    "Pas directement, même si je suis en effet amoureux de cette ville. Le thème de l'album parle beaucoup du fait de quitter sa zone de confort pour y revenir par la suite. Dans un processus créatif, on a tous besoin d'être déstabilisé à un moment. Moi, ça passe par les voyages. Mais, pour prendre le cas de Montréal, tu pars là-bas pour le dépaysement et finalement tu t'y retrouves quand même comme dans ta deuxième maison. A chaque fois que j'arrive là-bas, j'ai l'impression de rentrer chez moi. Tu quittes ta zone de confort, et finalement c'est encore plus confortable que chez toi."

    C'est important de s'évader pour créer?

    "J'ai besoin de découvrir autre chose, d'aller pomper l'inspiration ailleurs. Quand tu es dans un processus de routine, que tu connais tes meubles par coeur et que plus rien ne t'étonne, tu n'es pas créatif. Je me suis donc isolé dans les Fagnes et dans un gite au bord de l'Ourthe. J'ai aussi composé à Montréal.  Et je ne retourne jamais deux fois au même endroit pour créer."

    Pourquoi avoir attendu trois ans entre les deux albums?

    "Déjà, nous ne sommes pas du genre à composer quand on tourne. Le lendemain du dernier concert, on s'est dit qu'il fallait s'y mettre et y aller à fond. On a eu six mois de créativité plus qu'extrême. L'accouchement du deuxième a été plus direct, plus naturel. Il y a eu moins de prises de tête."ROSCOE MONT ROYAL.jpg

    La tonalité de l'album est fort différente de celle du premier. C'est une évolution naturelle?

    "A un moment, on s'est dit qu'il fallait qu'on arrête de ne faire que des morceaux en mineur hyper plombants. Notre producteur nous a également poussés dans cette direction. En écoutant notre musique, il avait parfois l'impression d'être face aux gars les plus chiants du monde, ce que nous ne sommes pourtant pas. La nostalgie c'est bien, mais pas de manière continue pendant 45 minutes. Il voulait qu'on montre une autre facette de nous. Nous sommes arrivés à quelque chose de plus lumineux, mais qui nous ressemble encore plus en fait. Ceux qui ont aimé le premier se retrouveront cependant dans celui-ci, car il y a encore quelques moments bien sombres, notamment sur le single "Nights"."

    Single, pour lequel vous avez réalisé un superbe clip. Quelle importance accordez-vous à l'image?

    "Une part prépondérante. Le but est d'avoir un support vidéo pour chaque morceau, à terme. Notre musique s'y prête bien, ce serait con de négliger cet aspect. Car aujourd'hui, beaucoup de gens découvrent la musique via les clips."

    Vous avez déjà eu l'occasion de tester certains morceaux sur la scène du Reflektor. Comment s'est passée cette mise en jambes?

    "La date était particulière car l'album était à peine terminé. On arrivait dans une salle qui n'était pas totalement finie, puisqu'on a joué pendant l'inauguration privée. Quand on est arrivé, ils soudaient encore des trucs. On a retrouvé les conditions un peu foireuses dont on avait besoin. Le concert s'est super bien passé. En plus, on était un peu à la maison. C'est extraordinaire d'avoir désormais un tel outil à Liège."

    Votre première vraie date, ce sera le 11 mai au Botanique dans le cadre des Nuits.

    "Les Nuits du Bota, j'y vais chaque année. Je me souviens notamment d'un concert de Wovenhand au Cirque Royal! Le Cirque, j'y ai joué avec The Feather. En tant que musicien, tu as le temps de regarder la salle. C'était génial... Cette année, ce sera encore plus particulier car ce sera notre tout premier concert. C'est un festival qui attire beaucoup de professionnels, notre équipe française viendra sur place. Ce sera une date sous haute pression. Mais nous ne sommes jamais aussi bons que sous pression. On a cette date en tête depuis début février. On fera un petit concert privé d'échauffement la veille."Olivier_Donnet_MG8305.jpg

    Revenons aux origines du groupe. Le nom, c'est un hommage au morceau "Roscoe" de Midlake?

    "Oui, clairement. Trouver un nom de groupe, c'était compliqué. Si je devais en trouver à nouveau un aujourd'hui, je ne sais franchement pas dans quelle direction j'irais. C'est quelque chose qui me traumatise un peu. A l'époque, j'écoutais ce morceau de Midlake en boucle. Pour moi, c'est le morceau pop-rock parfait."

    Mais Roscoe c'est aussi le nom d'un des membres d'Archive. Et là, même si votre musique a beaucoup été comparée à celle des Anglais, c'est un hasard...

    "C'est un hasard effectivement, car ce gars est arrivé par après dans Archive. Sur le premier album, on nous a beaucoup comparés à eux, à cause du côté un peu progressif de notre musique. C'est un peu moins le cas sur celui-ci, d'autant qu'on n'écoute plus Archive depuis quelques années. J'étais pourtant très fan jusqu'à "You all look the same to me", voire "Lights". Mais cet album-là, c'était déjà le début de la fin. Aujourd'hui, je ne peux plus écouter Archive."

    Pour quelles raisons?

    "J'ai des grosses périodes où j'écoute des groupes en boucles. Et puis quand ça passe, je ne peux plus y revenir. J'étais également un inconditionnel de Radiohead quand j'avais 20 ans. Et aujourd'hui, c'est comme Archive, je ne peux plus. Je pense que mes influences changeront sur chaque album, car je ne reviens jamais sur ce que j'écoutais avant. Il n'y a que les groupes qui arrivent à se réinventer qui parviennent à me faire rêver. Midlake en fait partie. D'un album à l'autre, il y a peu de points communs chez Midlake. J'ai des influences assez pop. Pendant la compo de l'album, j'ai beaucoup écoute Lykke Li."

    Tu as sans doute également dû beaucoup écouter Oscar and the Wolf, non?

    "J'aime beaucoup l'album. On a sorti le premier, quand il a débarqué avec son EP, qui était très acoustique. Il fait bien son truc. On nous compare régulièrement à lui, mais j'ai franchement du mal à trouver un lien artistique entre ce qu'il fait actuellement et notre musique. Toi, tu vois un lien?"Roscoe_VerticalPressPicture3_by_GillesDewalque.jpg

    Si j'écoute le premier album, oui. Maintenant, nettement moins...

    "C'est vrai qu'au niveau de la voix, oui. On a le même côté plaintif, on est dans la même vibe. Par contre, on n'aura jamais de paillettes et de flammes sur scène.. Mais je le répète, je l'ai encore vu aux Pias Nites, et j'adore."

    En concert :

    11/05/15@Nuits Botanique, Bxl

    11/07/15@Les Ardentes

    https://www.facebook.com/roscoemusic 

    http://www.roscoeband.com/

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Gilles Dewalque et Olivier Donnet

  • Nicola Testa: "Cet album, c'est le passage à l'âge adulte"

    Découvert par le grand public en première partie de Christine and the Queens au Bota il y a quelques mois, Nicola Testa s'apprête à voler de ses propres ailes. Sorti vendredi dernier, son premier album fait déjà beaucoup parler de lui. "No More Rainbows", pépite lumineuse et colorée, sera à découvrir en live à la Rotonde le 17 avril. Et c'est déjà complet depuis un moment... 4BxTnrvDC8C3kDy0duMWPocb2lUji2iBLzFpZEoUCBA,JG3p5PjoqJN-6TXO38cp8TWTSIbtyaSI5icdyXLTccg,6qT7jpOXDS7_pZHG_9YugUP1rcYvnCG6wAa4ZZEvET8,KApyG7p0eNaEW_7CR2kdIxG4JSQYc-kEUF_zjwBrEn8.jpeg

    Nicola, ton premier album est sorti vendredi. Et, à l'heure d'ouverture des magasins, tu flânais déjà dans les rayons. Tu étais impatient à ce point?

    "En fait, j'avais simplement envie d'aller acheter mon disque. C'était un geste symbolique. Cela me fait penser à Louis De Funès, qui voulait absolument voir ses films en salle. Je suis un grand fan de musique, donc j'achète beaucoup de disques. C'est excitant comme sensation."

    Quel sentiment procure le fait d'enfin sortir son premier album?

    "C'est l'accomplissement d'un long travail. J'étais nerveux entre la fin de l'enregistrement et la sortie, j'étais tendu. La réception de l'album, elle m'excitait plus qu'elle me tendait. Mais ce qui me stressait, c'était de lâcher le truc. Je n'avais plus d'emprise dessus. Vu que j'ai quand même travaillé plus de deux ans sur le disque, j'ai développé une relation très intime avec les morceaux. Très peu de gens les avaient écouté. C'était un peu comme si on me les retirait."

    Comment juges-tu l'évolution de ton écriture depuis l'EP (2011)?

    "J'ai l'impression qu'il y a beaucoup plus d'ouverture, beaucoup plus de lumière que sur le EP, qui était très sombre. L'album est plus lumineux. Cela se reflète aussi au niveau du graphisme. On est passé d'une pochette blanche à une noire. Je ne sais pas dans quelle mesure les choses sont voulues, décidées. C'est assez instinctif. Rien n'est vraiment conscientisé. Il y a des thèmes abordés, et auxquels j'avais envie de mettre un contre-point. Il y a la perte des illusions, la rupture, le départ. Et puis à chaque fois, il y a l'opposé qui vient se mettre. Ce n'est jamais désespéré. Le disque parle beaucoup du passage à l'âge adulte. J'aimais bien cet idée de l'arc-en-ciel, qui symbolise les illusions. C'est un peu magique quand ça apparaît, et puis ça disparaît directement après. Et si ça disparaît pour nous, ça peut apparaître pour quelqu'un d'autre au même moment."

    Es-tu surpris de l'excellent accueil de l'album, quelques jours seulement après sa sortie?

    "Je ne sais pas si ça me surprend, mais je suis fou de joie. J'ai l'impression que les gens voient ce que j'avais envie d'y mettre. Souvent, les remarques sont très justes. Le message est passé, les gens ne se trompent pas dans l'interprétation des choses."dsEkpEOXOpkYWdzW0D_IRM94Ztho6S8LgKqnSxZ7dgg,FoB8Pllggtu0lsrnC958tWOWXiw857hjEW1b-BqAoEQ,AI3LI_a-KhiDj_61IhKTuHfhDRFrvmPJMK0PogApDRI.jpeg

    Es-tu sensible à la critique?

    "Oui, on y est toujours sensible. Je ne vais pas dire que je m'en fous. Si j'ai une mauvaise critique, ça va me toucher. Après, ce n'est jamais que le point de vue d'une personne. Aujourd'hui à l'heure du net, tout le monde peut donner son avis, parfois sans avoir du recul."

    Y a-t-il une part autobiographique dans tes morceaux?

    "Forcément, il y a toujours quelque chose qui est en résonance avec ce qu'on vit. Mes morceaux me ressemblent, dans le sens où je me suis inspiré d'histoires qui me sont proches, mais qui ne sont pas forcément les miennes. Ce n'est pas non plus un journal intime."

    Le concert du 17 avril à la Rotonde est déjà complet depuis un petit temps. Cela te surprend?

    "C'est génial. J'ai été surpris de voir à quelle vitesse les tickets se sont vendus. Ce sera ma première date en tête d'affiche à la Rotonde, qui est quand même une salle emblématique. C'est super excitant. Angoissant pas encore, mais ça le sera peut-être quelques jours avant la date. On va proposer quelque chose de très lumineux. Oui, il y aura peut-être une reprise, car j'adore ça, surtout en piano-voix. Je me déciderai sans doute 48 heures à l'avance, comme d'habitude."

    Quel souvenir gardes-tu de ton concert en première partie de Christine and the Queens à l'Orangerie?

    "J'avais un peu la trouille. Surtout que c'était une de ses dernières dates dans une petite salle. Au final, le public a été très réceptif. Les gens ont adhéré au fil du concert, et sur la fin c'était génial. Pourtant, ce n'était pas évident car personne ne me connaissait. Je pense que beaucoup de gens m'ont découvert ce soir-là."DSC_7603.jpg

    Te reconnais-tu un peu dans son univers?

    "J'aime bien ce qu'elle fait, il y a quelque chose qui est proche de mon univers, mais je ne peux pas dire que je m'en inspire car je ne crois pas qu'on fasse le même travail. Elle parle plus de son rapport au corps, de son mal-être. Moi, j'en parle plus d'un point de vue émotif ou émotionnel. J'aime bien le mot émotif, car il combine émotion et motif. Je vais plutôt parler de notre condition en tant qu'être humain qui doit gérer des émotions."

    Tes sources d'inspiration, il faut plutôt aller les chercher dans les années 80...

    "Oui mais pas que, et je ne l'ai pas fait exprès! Si je te dis ce que j'écoutais quand j'étais gamin, je vais me taper la honte. Quand on est enfant, on écoute des choses sans gêne. On les renie ensuite quand on est ado, et puis on assume à nouveau quand on devient adulte. Quand j'étais petit, j'écoutais peut-être plus de choses par défaut, ce que mes parents écoutaient. Mais j'ai aussi adoré des chansons de dessins animés, des choses plus légères, et de la disco italienne aussi. L'imagerie japonaise, c'est kitsch et coloré, et j'aimais ça."

    Comment tes parents jugent-ils ton travail?

    "Mon père est un grand fan de musique rock. Il écoutait beaucoup les Stones, Pink Floyd et Bowie. Ma mère était plus pop, plus variété. Aujourd'hui, ils aiment beaucoup ce que je fais, même si des fois ils ont un avis critique. Ils viennent souvent me voir en concert. Leur avis est important."

    Pourquoi avoir travaillé avec Antoine Gaillet, qui a notamment produit pour Julien Doré et M83?

    "J'ai rencontré d'autres personnes, qui avaient aussi de jolies références. Mais quand j'ai entendu le travail d'Antoine, j'ai directement voulu travailler avec lui. J'avais un peu la trouille car je ne le connaissais pas et je ne l'avais rencontré qu'une demi-heure avant d'entrer en studio. C'est quelqu'un qui est vraiment au service de l'artiste et de la musique."DSC_7648.jpg

    Quelle importance accordes-tu aux réseaux sociaux?

    "J'adore communiquer via Facebook. J'aime bien être en contact avec les gens, c'est pour ça que je fais ce genre de boulot. J'ai besoin de ce retour, de pouvoir partager mes moments de création. Et aujourd'hui, ça me semble indispensable."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Lara Herbinia

  • Anaïs: "Nous ne sommes pas des chatons!"

    Un quatrième album sous le bras, celle qui s’est révélée au grand public il y a une dizaine d’années continue ce qu’elle fait de mieux: arpenter les scènes avec une grosse dose d’humour pendant et entre ses chansons. Nous l’avons rencontrée au Botanique, où elle se produira demain.

    Et oui, le temps a passé depuis cette leçon de tennis dans le clip de «Mon Cœur, Mon Amour», l’ «intermède écossais» et toutes les interventions rigolotes de la Grenobloise dans son premier album «The Cheap Show». «Un «live», preuve que je fais un peu tout à l'envers», s'amuse-t-elle. Preuve également que la scène occupe une place importante chez elle. 

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    «J'ai testé mes nouvelles chansons en tournée dès fin 2013, bien avant que l'album ne sorte. Et j'aime toujours autant ajouter des petits extras ou reprendre des chansons à boire que moi seule connaît! Mais je ne voulais évidemment pas d’un «Cheap Show II», même si ça aurait pu être marrant au niveau du titre… «La Résurrection!»… «L’embrasement!». Ou alors à la Star Wars: «Les Origines !» (rires). Il ne fut pas prendre les gens pour des cons... En plus, mes fans sont particuliers, ils n'aiment pas savoir ce qui va exactement se passer. Et en surprenant le public, je peux me surprendre moi-même.» 

      

    Retour à l’auto-production

    C’est justement cette sensation qui l'a décidée à quitter sa maison de disques et à revenir à l’auto-production pour ce quatrième album. Pas de regrets toutefois par rapport à ces débuts fulgurants. Ou bien si, un petit...  

    "Avec le recul, je trouve le choix des singles un peu dommage... Les têtes pensantes voulaient répéter le succès de "Mon Coeur, Mon Amour", du coup le grand public n'a pas pu apprécier tous les styles qui étaient présents sur l'album. Dans l'absolu, j'avais besoin de ce changement, de retrouver une sorte de minimalisme, mais également de me remettre en danger. En auto-production, tu oses plus, ça vient des tripes. J’étais dans la procrastination mais là, tu n’as plus le choix. Mes 3-4 morceaux plus «engagés» ont été écrits très rapidement, et je les ai vite finalisés. Il faut se dépêcher dans ces cas-là, sinon tu risques de t’auto-censurer par la suite."

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    Du coup, on retrouve des coups de gueule («DRH», «Une Petite Fuite») ; mais aussi des textes plus doux («J’Attends Mon Joe») et un hommage des plus symboliques avec «What Would We Have Done Without Joni Mitchell?». 

    «A travers elle, je rends hommage à Woodstock et à sa chanson du même nom. Et dire qu'elle a regardé le festival à la télé! J'aime sa voix aérienne, son flow destructuré par rapport à d’autres artistes et l'esprit libertaire de cette époque: je ne me suis pas du tout assagie! Je n'ai jamais couru derrière la notoriété ou l'argent, mais ça m'embête de voir par exemple Google et Youtube faire croire aux gens que ça ne coûte rien de faire un disque. Le titre de l'album est évidemment dans cet esprit, avec ce petit personnage qui représente la société de consommation à outrance et la mondialisation... Le message est clair: nous ne sommes pas des chatons!» 

    Anais3.jpgCe  message, elle le garde lors de ses concerts en ajoutant le grain de folie qu'on lui connaît. Et celle qui remercie Keanu Reeves sur chacun de ses albums («C’était un délire depuis le début, dans le genre «Special Thanks», pourquoi pas lui ?!») et s’amuse dans ses clips et sur les réseaux sociaux se réjouit de pouvoir revenir à Bruxelles.

    «J’ai vraiment apprécié mon passage à… l’Orangerie, c’est ça ?, qui m’a fait penser à une salle un peu underground, à la new-yorkaise. J'avais pu également présenter à Bruxelles «The Amber Story», un projet chanté uniquement en anglais que je n’avais malheureusement pas pu sortir en CD. Et vous me dites que la Rotonde est une très jolie salle, alors je suis vraiment impatiente de la découvrir!» >Philippe Sadre

    (Photos de Louis Salto et Sébastien Bance) 

    En concert: ce mercredi 25 mars au Botanique.

  • Chilly Gonzales: "La bataille des structures, elle a été gagnée par la musique pop"

    Chilly Gonzales, "génie musical " artistiquement boulimique, est de retour avec un nouvel album au piano. Vendredi, celui qui a notamment collaboré avec Daft Punk et Drake revient avec "Chambers", qu'il présentera au Studio 4 de Flagey les 9 et 10 octobre. Ne loupez pas ça, car Chilly Gonzales en live c'est bien plus qu'un simple concert! Nous avons rencontré le Canadien. Il nous explique qu'il n'estime pas faire de la musique classique, il nous déclare une nouvelle fois son amour pour le rap US, et il taille de manière très classieuse un costard à Mathieu Chedid...Chilly1.jpg

    Alors, pas trop stressé à l'approche de la sortie de l'album?

    "Un peu quand même. Si je ne stressais pas alors je ne sortirais plus d'album. Il y a toujours une certaine forme d'angoisse, on espère un petit tour de magie qui fera que tout se passe bien..."

    Êtes-vous sensible aux critiques et aux retours?

    "Je ne lis pas toutes les reviews, mais je ne peux comprendre le projet que si je ressens les réactions. Les gens qui suivent le projet de loin, tu ne peux pas les contrôler. Je n'ai pas assez de talent et de statut pour y parvenir. Beaucoup n'aiment pas mes concerts, ou se perdent dans cette image confondante entre le rap et la musique de chambre. Du coup, je me concentre sur les gens qui sont proches du projet, qui y adhèrent. La plupart du temps, la satisfaction musicale atteint 100%. Et si ce n'est pas le cas, si c'est tiède, alors c'est à moi de voir où j'ai confondu ma satisfaction personnelle et celle de mon public. Cela peut conduire à d'autres projets, comme ce livre de piano qu'on a sorti et qui a très bien fonctionné."

    Comment fait-on pour accrocher un public "hype" avec de la musique classique?

    "Ah mais je ne fais justement pas de la musique classique! Les structures de mes morceaux sont pop et transparentes, alors qu'elles sont profondes en musique classique ou en jazz. Et ça, pour moi ça ne sert strictement à rien. La bataille des structures a été gagnée depuis bien longtemps par la musique pop. Tout ça, c'est venu à travers le rap, musique avant-gardiste par excellence. Mes créations ont toujours confondu les genres. Je ne veux pas de frontières entre le bien et le mal, entre le sérieux et le ridicule. Les rappeurs étaient les premiers à comprendre ça."Chilly3.jpg

    A quoi doit-on s'attendre pour les deux concerts à Flagey?

    "Je vais faire des titres de rap, des leçons de musique, m'amuser avec le public,... En live, tu ne peux tromper personne. Les gens se demandent parfois si je suis quelqu'un d'arrogant. Mais je suis né pour la scène, c'est le coeur de mon projet. J'adore venir en Belgique. A un moment, j'ai eu un tourneur qui m'emmenait partout en Belgique. Le Cirque Royal, c'est superbe!"

    N'est-ce pas justement un peu arrogant de se présenter comme étant un "génie musical"?

    "Il faut que je clarifie ça. Sur scène, j'incarne mes fantasmes. Je ne suis pas un génie musical, mais j'aimerais l'être. C'est dans les fantasmes qu'on retrouve le bonheur des gens. Pour moi, un génie musical c'est quelqu'un qui aurait un super pouvoir, qui représenterait le futur de la musique. Quand les gars de Daft Punk prétendent être des robots, on sait qu'ils ne le sont pas vraiment. Quand les rappeurs disent faire de la partie de la mafia, idem. C'est exactement la même chose quand je prétends être un génie musical."

    Ca apporte quoi de collaborer à un album comme "Random Access Memory" de Daft Punk?

    "J'ai surtout été touché qu'ils me mettent autant en lumière, qu'ils me créditent sur l'album, alors que je n'avais fait qu'un interlude au piano entre deux morceaux. Mais ils ont mis tout le monde sur un pied d'égalité, pour eux c'était comme si j'avais chanté. Avec les gars de Daft Punk, on entretient une amitié professionnelle depuis longtemps. Je me revois encore avec eux aux premières heures de leur projet. Ils sont adorables. Et ce qui est génial chez eux, c'est qu'ils n'ont pas perdu le côté rêveur de la musique."Chilly4.jpg

    Cela vous arrive-t-il encore d'être inspiré par d'autres artistes?

    "Tout le temps. Surtout par les rappeurs en fait. Dans le rap, ça bouge beaucoup, surtout dans le sud des States. La scène d'Atlanta est très riche. Grâce à Youtube, ces artistes arrivent à s'approprier très vite un public. Je suis fasciné par Drake, il a tout compris lui. Ce que j'aimerais bien, c'est me trouver un mentor. J'adorerais collaborer avec une personne avec de l'expérience et une autorité musicale."

    Chilly2.jpgPar contre, s'il y a bien un artiste avec lequel vous ne collaborerez jamais, c'est Mathieu Chedid...

    "C'est une histoire qui remonte! A l'époque, j'étais dans la lutte. Je grattais pour trouver de la reconnaissance. J'étais jeune, et je ressentais ce besoin de me distancier des autres musiciens. J'aimais bien le catch avec ces combats mythiques mais tellement factices. Les rappeurs sont comme ça aussi. Or, dans la musique, tout est plus poli et faussement modeste. Aujourd'hui, je préfère consacrer mon temps à ceux qui le méritent vraiment. Ce qui me dérangeait chez Mathieu Chedid, c'est qu'il avait du talent mais qu'il prenait la route trop facilement. Un jour, il est monté sur scène pendant une de mes prestations, sans raison. Il squattait aussi les afters de mes concerts. J'ai pris ça comme un viol. Par la suite, je me suis retrouvé aux Victoires de la Musique. Quand il a reçu son prix, je suis monté à mon tour sur le podium et je me suis posté à côté de lui. Les gens n'ont pas compris, mais moi je trouvais ça très drôle. Il ne m'a pas répondu, mais ses proches sont venus me trouver en me disant: "Mais tu sais, Mathieu il te respecte énormément". J'étais partagé entre la pitié et la frustration. Aujourd'hui, je suis plus vieux. Mes attentes sont désormais en harmonie avec la réalité. Je suis plus dans le peace and love. Je retrouve la personne que j'étais quand j'étais gamin et que je commençais à faire de la musique. Mais je ne regrette rien. C'est juste que blesser quelqu'un ne fait plus partie de mon quotidien. Et puis je me dis que Mathieu Chedid a eu des difficultés personnelles. Il a eu la malchance d'avoir un père bien plus talentueux que lui, ça il n'en peut rien..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe


  • Baden Baden: "Le confort, ça tue la créativité"

    Baden Baden, c'est un nom énigmatique et une musique fascinante. Avec "1000 Eclairs", son deuxième album, le trio français nous emmène dans un univers brumeux, aérien et mélancolique. A découvrir sur scène au Botanique le 15 avril et au Village Francofou le 20 juillet. Voici un long entretien, où ils nous parlent de l'influence de leur environnement sur la musique et de leur amour pour le post-rock.Photo_Baden_HD4.jpg

    Commençons par la question qu'on a dû vous poser 1000 fois... pourquoi avoir opté pour le nom Baden Baden, alors que vous n'y avez jamais mis les pieds?

    Eric Javelle: "C'est d'abord une approche sur la sonorité. On n'a pas voulu faire un clin d'oeil à l'histoire, ni même aux thermes. On nous dit souvent qu'il y a un rapport à l'eau sur ce dernier album, mais c'est un heureux hasard. Au départ, il n'y a aucune volonté d'intellectualiser ce nom, c'est juste une sonorité qui nous plaisait beaucoup. C'est une ville qu'on ne connaît pas du tout, mais sur laquelle on a fantasmé. On a une idée très vague de ce que ça pouvait représenter, et ce n'est pas plus mal."Pochette_album_Mille_Commercial.jpg

    Julien Lardé: "On avait hésité avec Albuquerque."

    Le cap du deuxième album était-il angoissant?

    E.J.: "On était dans une angoisse terrible. Non, je rigole. Mais on ne l'a pas non plus pris par-dessus la jambe. C'était une pression, une envie qu'on se mettait nous-même. Sur le premier album, on a eu un très bon accueil. Les retours, on ne les a jamais vécus comme une pression, mais plutôt comme une prise de confiance dans notre écriture. On avait envie d'évoluer, de ne pas refaire le premier album. Il y avait aussi le risque de perdre une partie des gens. On n'est pas en rupture par rapport au premier, mais on creuse un sillon qui est de plus en plus personnel. Déjà, ce qui est très identifiable, c'est que tout est désormais en français. Au niveau de l'écriture, ça a libéré des choses. Le terrain était plus vierge, moins exploré. Nos influences anglo-saxonnes, elles sont dans la musicalité et la production, avec des trucs aériens, réverbérés et distordus. On voulait marier ça avec le français. Cela nous permet une écriture plus fluide, plus fournie. C'est désormais plus précis et plus nuancé dans les textes."Photo_Baden_HD1.jpg

    N'avez-vous pas eu peur de déstabiliser votre public, qui s'était habitué à vous entendre chanter en français et en anglais?

    E.J.: "Oui mais c'est ça qui nous stimule. Le confort, ça tue la créativité. On voulait proposer quelque chose où les gens ne nous attendaient pas nécessairement. Ce qui était intéressant, c'était d'aller en terrain inconnu."

    Gabriel Vigne.: "Sur le premier album, le fait de chanter en deux langues pouvait aussi être déstabilisant. Il y a peu de groupes qui le font."Photo_Baden_HD2.jpg

    Le choix est-il définitif?

    E.J.: "Non. Très souvent, quand on fait les maquettes, c'est d'ailleurs en yaourt. L'anglais, je pense que c'est un truc sur lequel on reviendra. Du coup, se pose la question du mélange des deux et de passer de l'un à l'autre en live. Si ça tombe, le troisième album sera totalement en anglais. Petit à petit on réintègre d'ailleurs de l'anglais au live, et ça ne se marie pas si mal."

    Quelles sont vos principales influences?

    J.L. : "On a tous beaucoup écouté Grandaddy. Mais pendant l'écriture de cet cet album-ci, c'est Timber Timbre qui nous a bercés."

    Dans certaines morceaux, on ressent d'ailleurs une tonalité très post-rock...

    E.J.: "Cet aspect-là, il vient de Julien. Il écoute énormément de choses très aériennes."

    G.V.: "On adore aussi Mogwaï et Sigur Ros."Photo_Baden_HD5.jpg

    J.L.: "Et puis aussi toutes ces choses des années 90. Des trucs qu'on écoutait quand on était plus jeunes, comme Radiohead. "Ok Computer", on a dû l'écouter cent fois chacun."

    E.J.: "On aime aussi l'écriture en français de certains artistes comme Bashung ou Brel. On a un amour de la mélodie. Dans notre approche, il n'y a jamais de frontière entre la mélodie et la voix."

    Vous aimez les prises de risques. Au point d'oser un jour un album instrumental?

    E.J.: "Je ne pense que notre manager serait d'accord, mais ce serait très excitant. Pourquoi pas sous un autre format, plus court. L'instrumental, c'est un exercice que j'admire beaucoup. On ne le cite jamais dans nos références, mais on adore le groupe Rien, qui oeuvre dans ce domaine. J'ai un caractère impatient. C'est pour ça qu'on aime la pop, pour son côté immédiat."

    J.L.: "C'est très excitant de laisser trainer les sons et de se laisser entraîner."

    Eric, ton timbre de voix qui fait penser à Florent Marchet, il y a des jours où on ne t'en parle pas?

    E.J.: "Tout le monde me le dit, donc je suis bien obligé de le reconnaître. C'est un peu comme quand on te dit que tu es le sosie de quelqu'un, alors que tu ne vois aucune ressemblance. "

    G.V.: "Sur "Bamby Galaxy", Florent Marchet s'est à nouveau réinventé. Tu parlais de la voix, mais je trouve qu'il y a également une comparaison dans l'architecture des morceaux, qui est fouillée."Photo_Baden_HD3bw.jpg

    Êtes-vous influencés par d'autres disciplines que la musique?

    E.J.: "Tout ce qui est lié à l'émotion, en fait. Figure toi que ce qui m'inspire le plus, c'est... le sport. Le groupe m'est venu sur le tard, alors que j'avais 28 ans. Dans ma jeunesse, j'ai fait du tennis et du basket. Je vois souvent plein de parallèles entre la musique et le sport, dans l'émotion que ça procure. La seule différence, c'est l'absence de compétition dans la musique."

    Pourquoi avoir confié le mixage de l'album à Barny Barnicott, qui a notamment bossé avec Arctic Monkeys?

    E.J.: "C'était une manière de sortir de nos réflexes, de nos zones de confort. On avait besoin de bousculer les morceaux. On lui a envoyé la matière brute, et il était libre d'en faire sa propre relecture."

    G.V.: "On a enregistré en France. Après, on a décidé de faire mixer par cet Anglais. Il y avait un parti prix intéressant au niveau du travail sur la voix, vu qu'il ne comprenait pas les paroles."

    J.L.: "Nous étions déstabilisés au début. On vit tellement avec les démos, on s'attache à des trucs. Et puis on reçoit le travail et on ne reconnaît parfois pas nos morceaux. Mais elle est où la guitare? Il l'a foutue dans les chiottes? Nous étions pourtant tellement convaincus de détenir la vérité."

    E.J.: "Ce n'est même pas qu'on ne les reconnaissait pas, on ne comprenait pas. Je me demandais parfois s'il avait fait ça en deux heures."Photo_Baden_HD8.JPG

    J.L.: "Très honnêtement, certains morceaux j'ai dû les écouter quinze fois pour les accepter. Eric, je pense qu'il n'en a pas dormi. Au final, on adore son approche. Mais il y avait un côté très perturbant."

    C'était important de s'isoler en Normandie pour écrire et composer?

    E.J.: "C'était une superbe parenthèse, qui a imprégné l'écriture. L'importance de l'environnement, elle est énorme. C'est pour ça que j'ai eu envie de quitter Paris, car les premiers morceaux étaient très denses, très anxiogènes. Si j'étais resté à Paris, tout l'album aurait été comme ça, et ça aurait été épuisant. J'étais usé. Paris, c'est une ville frénétique, avec 1000 sollicitations et du bruit tout le temps et partout. Je suis allé vraiment à l'opposé. Je suis allé dans un village de 50 habitants, où la moyenne d'âge était de 70 ans. On n'a jamais fait de test d'écoute. Mais je pense que les morceaux composés là-bas, on les identifie assez facilement. Ce sont les plus lents et les plus contemplatifs."

    G.V.: "C'est sûr que "J'ai plongé dans le bruit", on ne va pas l'assimiler à Gatteville-le-Phare!"Photo_Baden_HD7.JPG

    Pourquoi cette omniprésence de la couleur grise?

    Eric: "On aime beaucoup l'esthétique noir et blanc, mais aussi le contraste. Il y a toujours aussi une note très vive quelque part. Cela se ressent également dans notre musique."

    Le 15 avril, vous serez de retour au Botanique. Quel souvenir gardez-vous de votre premier passage dans cette salle?

    E.J.: "Un grand souvenir car, sur le chemin du retour, à 3 heures du matin, on avait eu droit à une tempête de neige!"

    G.V.: "On avait mis quelques heures de plus que prévu pour rentrer à Paris, et on avait même fait une bataille de boules de neige sur le bord de l'autoroute!"

    > Un entretien de Christophe Van Impe