Interview - Page 8

  • Les multiples facettes de Mochélan

    Avec un premier full album sorti il y a quelques semaines, Mochélan Zoku sera la tête d’affiche de la soirée de lancement du festival Lezarts Urbains la semaine prochaine au Botanique. Rencontre bien sympa avec les têtes pensantes du projet, en continuel mouvement et recherche artistique.

    Lorsqu’on arrive au Botanique pour l’interview programmée à dix heures, on y croise des "hommes pressés", Pierre Kroll et Philippe Maystadt… Nous ne sommes pourtant pas là pour la conférence de presse de la fondation "Ceci n'est pas une crise", mais pour rencontrer Simon Delecosse, aka le rappeur carolo Mochélan (à droite sur la photo). Avec son pote et compagnon de création Rémy «Rémon Junior», il évoque ce «Image A La Pluie» qui les occupe maintenant.

    Mochélan,Botanique,

    "Nous avons une nouvelle formule à quatre, avec Alix à la batterie et Mr Massa à la basse. Ces dernières années, on a collaboré avec pas mal de gens différents, ça a pris du temps pour réaliser un ensemble parfaitement réfléchi. On peut parler d’ «apprivoisement artistique» et de vrai travail de groupe."

    "On a presque réécrits tous les textes par rapport à la première version en été 2013 », renchérit Rémon Junior, à gauche sur la photo. «On a repassé plusieurs couches, comme quand on a eu ce trip japonais (ndla: d’où l’ajout de «Zoku», «famille» ou «tribu» en japonais) entre nous et que j’ai ajouté des bruits de manga! On est très satisfait d’avoir créé un ensemble aussi cohérent."

     

    Vs. Suarez et les Girls aux Octaves de la Musique

    Un album de seize morceaux, tantôt humoristiques tantôt plus graves, construits avec beaucoup de sincérité. Une réussite, tout comme l’était leur précédent projet à deux, «Nés poumon noir», une pièce de «théâtre musical» basé sur Charleroi et ses habitants, qui a reçu le Sabam Award francophone en 2014.

    "Héhé, je me demandais quand on allait y venir", s’exclame Mochélan. "C’était un projet totalement différent, dont nous avons donné plus de 70 représentations, à Avignon et au Théâtre National notamment: probablement un record pour des rappeurs! Sur «Nés poumon noir», nous avons appris différentes techniques scéniques que nous avons mis au service du Zoku, dans le but justement de travailler autrement. Rémon et moi-même avons déjà beaucoup joué ensemble et nous avons inscrit les deux nouveaux membres dans la continuité. Nous sommes très fiers du résultat." 

    mochélan,botanique

    Et même s'ils ne recherchent pas les spotlights à tout prix, les voir nommés pour deux Octaves de la Musique dans les catégories «Musiques urbaines» et «Artiste de l’année» leur fait plaisir.

    "C’est clair, même si on ne se fait pas trop d’illusions face aux Girls In Hawaii ou Suarez", rigole Mochélan. "Mais ça prouve que ce jury de professionnels nous a choisi sur des critères purement artistiques, et pas seulement sur le nombre de views sur Youtube. De nombreux programmateurs d’événements musicaux sont trop influencés par internet."

    Et d’embrayer avec sa vision claire sur la situation actuelle du rap en Belgique et en France. "Nous, on a compris qu’on ne ferait pas un max de tunes en faisant de la musique, contrairement à une grosse partie de la scène rap dont on se sent fort éloigné. Le rap actuel tourne en rond et les principaux acteurs ne s’en rendent pas compte.Pire, ils portent des œillères, alors que le hip-hop à la base prône l’ouverture. Ce sectarisme est vraiment triste. Heureusement, il existe encore des gars comme Veence Hanao ou Romeo Elvis qui possèdent une réelle démarche artistique." 

    mochélan,botanique

    Une manifestation comme le Lezarts Urbains, qui propose concerts, spectacles et rencontres hip-hop jusqu'à la fin du mois de mars, remporte donc toute leur sympathie.

    "D’autant que cette organisation a aidé à un moment donné de leur parcours tous les artistes qui seront à l’affiche", poursuit-il. "On a déjà présenté l’album à Charleroi et à Farciennes mais c’est tout. On va se donner à 1000%, on adore la scène. On veut que les gens bougent tout en gardant notre marque de fabrique: raconter une histoire du début jsqu’à la fin."

    "On espère beaucoup de monde", sourit Frémon. "Tous les copains de Bruxelles, où nous habitons tous les deux (ndla: lui-même est originaire de Guingamp), devraient venir. On compte sur le bouche-à-oreille, car un tel festival annuel de hip-hop à Bruxelles, c’est à voir. Surtout dans une si belle salle comme La Rotonde."

    >Philippe Sadre

     

    En concert: le jeudi 5 mars au Botanique pour l'ouverture du Festival Lezarts Urbains, avec également Ypsos, Nelsun et Jack.

  • ABBota 2015: "C'est comme une cérémonie de mariage"

    Pour beaucoup, l'Ancienne Belgique et le Botanique sont deux féroces concurrents. Or, énormément de choses rapprochent les deux salles de concerts à la programmation la plus pointue de Bruxelles. Il y a neuf ans, le haut de la ville et le centre de Bruxelles ont accepté de traverser la petite ceinture et la frontière linguistique pour donner naissance au projet ABBota. Aujourd'hui, c'est un peu comme si les Beatles et les Rolling Stones jamais ensemble pour offrir ce qu'ils avaient de meilleur. Les 6 et 7 mars, dix groupes se produiront pour une somme dérisoire. Un moment privilégié dont vous auriez tort de vous priver. Nous avons rencontré Paul-Henri Wauters (Bota) et Marc Decock (AB), qui nous parlent de ce mariage passionnel.2670062176.jpg

    Pour beaucoup, et à tort, cette collaboration entre l'AB et le Bota peut sembler contre-nature. Comment est-elle née?

    Marc Decock: "Les gens pensaient que nous étions des concurrents. Mais il y a neuf ans, on s'est mis à parler. Nous sommes flamands et francophones, mais nous sommes avant tout de Bruxelles. Il y avait déjà un statement autour de "Bruxelles Bravo", et on a continué."

    Paul-Henri Wauters: "C'était l'aboutissement d'un processus naturel. Les deux salles ont grandi parallèlement. L'AB et le Bota ensemble, ça fait plus de 1000 groupes par an. On a une énorme productivité, et un respect mutuel est né. Un autre point important c'est que, sur la carte du Monde, un pays est visité par les tournées à partir du moment où il y a au moins une ville qui possède les infrastructures de scènes et de public pour que ça puisse se faire. Dans son développement, il est important pour un groupe de passer par l'AB ou le Bota. Bruxelles est une ville internationale qui est presque autant irriguée de produits culturels que Paris."cover-roseofjericho.jpg

    Symboliquement, c'est important de faire exploser les barrières linguistiques?

    M.D.: "Le Bota a une image plus francophone et nous néerlandophone. Mais notre dénominateur commun, c'est le rock et la pop. Notre langue, ce n'est ni le français ni le néerlandais, c'est la musique. Prenez Arno, c'est le meilleur symbole de cette ouverture d'esprit. Ce gars est dans l'esprit ABBota. Il est toujours porté sur la découverte. Il y a deux ans, il avait pris Mélanie De Biasio en première partie."

    P.-H.W. "Cette idée de partage est très importante. On donne un signe à ceux qui auraient tendance à se replier. Le repli, c'est dangereux pour l'avenir de la culture. Plus que jamais, il est important de communiquer avec l'autre, de commencer à assumer un partage et de faire le choix de parler la langue de l'autre. L'AB et le Bota oeuvrent simplement pour le développement des groupes belges à l'étranger. L'an passé, on a notamment fait une nuit belge à l'Europavox à Clermont-Ferrand, et nous avions emmené un groupe flamand. Il y a peu de groupes qui ont un développement international et qui ne sont pas passés par l'AB ou le Bota."
    phpThumb_generated_thumbnail.jpeg

    Cette collaboration, c'est aussi l'union de deux monuments de la musique à Bruxelles...

    P.-H.W.: "J'ai une admiration pour ce que propose l'AB, et je crois que c'est réciproque. Ensemble, on arrive à faire de Bruxelles une ville qui est importante, comme Amsterdam l'est avec le Paradiso et le Melkweg."

    M.D.: "Bruxelles est encore mieux qu'Amsterdam! Je dois avouer que je préfère toujours faire en sorte que les 4000613887839.jpggroupes passent d'abord à Bruxelles et puis à Amsterdam, sinon ils arrivent pétés!

    Cette année, le Bota enverra notamment Mountain Bike du côté du Boulevard Anspach. Le choix des artistes est-il évident?

    P.-H.W.: "Mountain Bike, ils ont cartonné à l'Eurosonic. Ils ont obtenu des dates en France, qui font partie de la tournée Europatour. C'est le Bota qui a proposé leur nom, parmi d'autres. Mais attention, si le groupe n'est pas bon, on peut danser sur notre tête. On doit faire des choix. Sur vingt projets proposés, on ne peut parfois en prendre qu'un seul. Comme j'aime pas dire non, les gens me font souvent des reproches, mais ce n'est pas évident. C'est pour ça que quand on propose ABBota, c'est un peu comme une fête de mariage, on propose de belles personnes. Globalement, on se fait confiance. Je sais que Marc viendra toujours avec un panier rempli de choses intéressantes. Cet assemblement de groupes des deux parties du pays apporte une valeur ajoutée. En applause.jpgdeux soirées, on propose dix groupes qui ont un réel potentiel à l'export et qui se sont déjà frottés à tous les publics, pour 15 euros."

    M.D.: "C'est d'ailleurs dans le cadre de l'AB Bota que BRNS avait joué pour la première fois à l'AB. Pour moi, c'était une découverte. Je connaissais vaguement parce qu'un des musiciens était originaire du quartier de La Roue où j'habite, mais sans plus. Dans l'autre sens, il y a eu Selah Sue. On propose nos coups de coeur à l'autre. Mais, à côté des dix artistes sélectionnés, il y a cinquante mécontents! Du coup, on joue un peu le rôle de "dikkeneks". On pourrait évidemment ajouter un Witloof, ou un Huis 23, mais c'est comme ça pour le moment. Musicalement, ça part dans tous les sens. Cette année, il y aura du stoner, de l'americana, de la folie,... Et tu peux écouter ces artistes dans un cadre confortable. Ce n'est pas la foire comme dans les festivals où il y a 100 ou 200 groupes."

    P.-H.W.: "En plus, c'est un festival où tous les groupes ont eu une répétition l'après-midi, ce qui est rare. C'est une situation de luxe. Sans oublier que nous faisons partie d'un projet pilote au niveau régional pour défende l'application des 102 DB sur 15 minutes. La qualité du son est très bonne. La collaboration dépasse le cadre de l'artistique. Il y a un programme d'accompagnement des artistes."2000109 wallace vanborn.jpg

     

    AB vendredi 6 mars 2015:
    Club 19.00-19.35: ALASKA GOLD RUSH
    Box 19.40-20.25: APPLAUSE
    Club 20.30-21.15: MOUNTAIN BIKE
    Box 21.20-22.25: THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND: THE BELGIANS
    Club 22.30-23+: FUGU MANGO

    Bota samedi 7 mars 2015:
    Rotonde 19.00-19.35: KRIS DANE
    Orangerie 19.40-20.25: WALLACE VANBORN
    Rotonde 20.30-21.15: KAAT ARNAERT
    Orangerie 21.20-22.25: KENJI MINOGUE
    Rotonde 22.30-23+: BLACK FLOWER

     

     

  • Julien Doré: "Il ne faut pas minimiser le rôle de l'artiste"

    Exceptionnellement, c'est seul et en voiture que Julien Doré a débarqué à Bruxelles mardi après-midi. Nous l'avons rencontré quelques heures avant le troisième passage de sa carrière par l'Ancienne Belgique. Cette fois, nous n'avons même pas évoqué l'album, nous n'avons même pas parlé du concert. A la place, l'artiste hors-normes qu'il est nous a simplement ouvert les portes de son univers. Et ce fut fascinant... 

    Les échanges entre Christophe et toi ont été nombreux. Tu l'as souvent repris, il en a fait de même avec "Corbeau Blanc" et tu l'as plusieurs fois invité sur scène, que ce soit au Trianon ou à la Gaieté Lyrique. Te considères-tu comme son héritier?

    "Non. Je crois qu'il n'y a pas vraiment d'héritage dans la musique. Il y a des gens dont l'esprit peut nous sembler proche du nôtre. Mais je ne crois pas qu'il y ait des choses à voler, à hériter. Ce qui nourrit ma musique est justement d'ailleurs souvent éloigné de la musique elle-même. Par contre oui, il y a des artistes qui me bouleversent juste en tant qu'amoureux de la musique. Chez Christophe, il y a quelque chose qui me touche beaucoup. Au fond, le plus grand nombre de moments qu'on ait partagés ensemble, c'était d'ailleurs en-dehors de la scène. On joue à la pétanque, on boit un thé chez lui, on parle de plein de choses."10818616_10152616608957869_1453079824_n.jpg

    Si tu devais ressortir un morceau de son répertoire, ce serait lequel?

    "J'adore "La Dolce Vita", car j'aime le texte et j'ai l'impression de pouvoir me l'approprier quand je le chante. Mais il y en a plein d'autres qui me touchent beaucoup. Ce qui est très riche, poétiquement parlant chez lui, c'est son univers global, qui est différent à chaque disque. Il est en permanence en train de rechercher des nouveaux sons, des nouvelles idées. Il ne s'arrête jamais de chercher, et ça c'est quelque chose que j'adore chez lui. C'est quelqu'un de fascinant, de très humain, de merveilleux à côtoyer."

    L'été dernier, tu as repris tout l'album "La Notte, la Notte" d'Etienne Daho sur scène. Comment t'est venue cette démarche?

    "Les Francofolies de La Rochelle m'avaient proposé d'être la création du festival. On m'a proposé de revisiter et de réinterpréter ce disque, ce que j'ai accepté. Je connais Etienne. Je lui ai envoyé certaines premières tentatives de répétitions pour voir s'il était d'accord avec ma vision. Je voulais absolument m'éloigner des prods de l'époque."

    10494891_781758091885057_4423639727450910051_o.jpgC'est important pour toi d'avoir un retour de l'artiste que tu reprends?

    "Quand c'est quelqu'un que j'aime, oui. Quand j'estime les chansons à la base, oui. Quand je reprends des chansons qui, pour moi, auraient pu être meilleures ou interprétées différemment, alors je ne me pose pas la question. Dans le cas d'Etienne, j'avais envie qu'il me soutienne dans ma démarche. C'est ce qu'il a fait en validant mes arrangements et en me faisant le cadeau de venir chanter avec moi "Week-end à Rome" quelques semaines après les Francos, lors d'un festival à Carcassonne. J'étais seul au piano avec lui, et c'était super beau."

    Ressortir l'album en l'agrémentant de versions piano-voix, c'était une manière de revenir aux sources? 

    "Au coeur de la tournée, je me suis remis tout seul au piano et c'est comme si, dans ma mémoire, revenait l'histoire de ces chansons, la façon dont elles sont nées."

    T'inspires-tu d'autres disciplines artistiques?

    "Complètement. Ma mise en scène, mes mots, mes textes ne sont pas inspirés d'autres chanteurs, mais plutôt d'autres univers. C'est la danse contemporaine, la danse classique, les pièces de théâtre, la mise en scène. Et des gens comme Bartabas par exemple, dont j'aime beaucoup les spectacles. ll mélange les animaux, la musique et le jeu. Ce sont des gens comme ça qui me touchent beaucoup, inconsciemment d'ailleurs. Par exemple, quand je sors d'une pièce de théâtre qui m'a touchée, des choses me restent."sans+titre-518.jpg

    Et tu écris directement?

    "Non, j'ai l'impression qu'il faut toujours un temps de digestion. Quand on se nourrit des choses autour de nous, il faut les digérer avant de pouvoir les transformer. Si on essaie trop tôt de coller à ce qu'on a ressenti, on se perd vite."

    Gustave Doré était ton arrière-arrière-grand-oncle. En-dehors de lui, es-tu issu d'une famille artistique?

    "Disons d'une famille qui avait le goût de certaines formes d'art. La musique classique était présente du côté de mon grand-père. Ma grand-mère dirigeait aussi un centre d'art, de danse classique, à Cannes. Mais ce qui m'a surtout ouvert à tout ça, ce sont les Beaux-Arts, mes études après le lycée. C'est là que j'ai commencé à goûter à des choses qui me sortaient d'une destinée, qui m'amenaient ailleurs, qui me permettaient d'agrandir mon regard et de rêver à de plus belles choses. Mais pas que pour moi, pour le monde entier. J'ai goûté à l'universel en goûtant à l'art. Et ça, ça a éveillé en moi une mission, qui est celle d'écrire, d'être honnête avec mon univers, avec ce que je raconte et avec les gens qui m'écoutent. Et de partager avec eux quelque chose, qui est de l'ordre de la poésie de l'instant. Et d'espérer que dans cet instant suspendu, poétique, quelque chose reste chez eux, et déclenche d'autres choses plus tard. Aujourd'hui, j'ai trouvé la substance et le sens du pourquoi je fais tout ça. Dans ce partage, il y a la possibilité pour nous tous de changer notre façon d'être avec les autres et de faire du monde dans lequel on vit peut-être un monde meilleur. Je ne suis évidemment pas seul. Mais mon petit rôle, mêlé à celui d'autres artistes, est aussi important que celui des scientifiques ou des hommes politiques. Je pense qu'on a un un grand rôle à jouer aujourd'hui. Les auteurs, les chanteurs, les réalisateurs, les danseurs, les écrivains,..."

    Connais-tu par coeur l'oeuvre de Gustave Doré?

    "Par coeur non. Je pense d'ailleurs que personne ne connaît par coeur l'immensité de son travail et en peu de temps en plus. Il y a bien sûr les gravures pour la "Divine Comédie", mais il a tellement illustré de choses. C'est incroyable. Il remplissait d'ailleurs des pages entières de choses qu'il avait encore à faire et qu'il avait faites. Se sentir vivant parce qu'on a des choses à accomplir, dans le peu de temps qu'on a sur cette planète, ça c'est quelque chose qui me parle. Son temps d'expression a été court, pourtant il a accompli ce qu'aucun sans+titre-627.jpgêtre humain actuellement ne parviendrait à faire. Les techniques étaient bien plus complexes à l'époque."

    Tu as consacré une chanson à Michel Platini. Pourquoi lui plutôt qu'Eric Cantona, qui a pourtant joué dans les deux clubs de ton coin (Nîmes et Montpellier) et qui a un côté très "rock-star"?

    "Oui, c'est vrai. Peut-être parce que j'étais trop proche de Cantona, en terme de football. Ca me parlait plus. Il était plus proche de moi dans le temps. Platini, c'était déjà une icône gravée, à encadrer. Donc, j'avais la distance du regardeur. J'avais le recul d'un homme qui n'était pas footballistiquement parlant trop contemporain. Et puis tout bêtement parce que quand je me suis mis au piano et que cette chanson est arrivée, le mot Platini dans sa forme, dans son écho, a résonné. C'est difficile à faire une chanson sur le football. C'est pour ça que je déteste faire le chansonnier. Certains font ça très bien, moi j'en suis incapable. J'écris des textes qui auraient pu être écrits il y a 100 ans. C'est important pour moi de ne pas écrire sur l'actualité. L'actualité elle est en perpétuel mouvement. Et mon seul but, quand j'écris des chansons, c'est justement de la faire bouger cette actualité, de faire bouger le monde dans lequel je vis. Ce n'est certainement pas pour témoigner de la petitesse d'un jour, d'une semaine ou d'une année. Dans Platini, il y avait un côté hymne iconique d'une image, d'une image Panini. Bien plus que d'un être humain. C'est pour ça que j'avais la distance pour le faire. Ce n'est pas une chanson sur le football, c'est une chanson d'amour, c'est un témoignage. Je m'imagine une histoire avec lui où on observe le football d'aujourd'hui en étant assis ensemble sur un banc de touche. On est dans la contemplation, dans l'observation de ce qui nous entoure, sans jugement. C'est pour ça qu'on est hors du temps."

    Le morceau "Baies des Anges" était empli de références. Es-tu un adepte du name-dropping?

    "Il y en a eu pas mal sur mon deuxième album parce que certains noms faisaient écho d'un point de vue sonore. Beaucoup moins sur LØVE. Il y a aussi du name-dropping, mais du name-dropping de villes, de lieux. Par contre, je ne saurais pas trop comment te l'expliquer. Il n'y a pas d'astuce, ça va, ça vient."

    sans+titre-380.jpg

    Dig Up Elvis, le groupe de tes débuts, était présenté comme étant "belge". Tu peux expliquer?

    "Parce qu'on était Belges! Finalement, les deux seules tournées qu'on a faites dans notre courte carrière de jeune groupe disparu, c'était en Belgique. Un pays qui accepte que ce groupe là fasse des dates, bien plus facilement que notre propre pays... bin on est Belges, c'est tout. Et puis ensuite aussi parce qu'il y a eu ma rencontre avec Sharko, avec Christine Massy, avec Waff, le clip de "Kiss Me Forever" tourné à Peruwelz, ma collaboration avec Arno sur le premier album, les premières parties de Sharko avec Dig Up Elvis à Spa,... Et puis des souvenirs de festival d'été, notamment un moment magique aux Francofolies de Spa. Pendant la Coupe du Monde, je supportais à la fois la Belgique et la France. Ce sont des bons souvenirs. Ce matin, je suis venu jusque Bruxelles en voiture, ce qui est rare. J'étais content d'arriver, de retrouver cette Ancienne Belgique."

    Dig Up Elvis, c'est mort et enterré cette fois?

    "Oui. Baptiste, le batteur est désormais sur scène avec nous. C'est avec lui que j'ai composé "Corbeau Blanc" et "Viborg". J'adore notre histoire, le fait que nous ayons fait notre premier concert dans une vitrine de magasin à Nimes. C'est là que j'ai rencontre Baptiste et Julien. Malgré la "Nouvelle Star", on a continué à jouer ensemble. Je trouve cette histoire très belle. Guillaume est devenu luthier. Il nous fait parfois des instruments. De toute manière, je n'ai plus la force pour être à la hauteur des deux. Réellement, c'est juste un constat. Je préfère refuser quelque chose que de ne pas être à la hauteur. Voilà ça s'est éteint comme ça. J'aimerais un jour écrire quelque chose là-dessus."

    sans+titre-674.jpgJustement, l'écriture ça te tente?

    "Oui, j'aimerais beaucoup. Je le fais déjà pour moi, même si j'aimerais écrire quelque chose que je pourrais ensuite mettre en images. Le clip de "On attendra l'hiver", qui est pour moi la plus belle chose en termes d'assemblages que je sois parvenu à faire, c'est exactement le genre d'idée que j'aimerais développer. J'aimerais réaliser quelque chose de plus long, peut-être un court-métrage. C'est le cas quand j'écris mes textes. Quand les mots viennent, c'est comme si les images venaient en même temps. Les mots, c'est comme si je le voyais, comme si je les sculptais."

    La tournée a été très longue, et se terminera le 11 avril au Zénith de Paris. Penses-tu déjà au quatrième album?

    "Non. Il y a des choses dans ma tête, mais je sais que je ne dois pas m'écouter pour le moment. Je dois d'abord me nourrir d'autres choses. Je dois d'abord aussi réfléchir si on compte faire ou non des festivals d'été. Ce que j'aimerais surtout faire, ce sont des musiques de film en fait!"

    > Une interview de Christophe Van Impe

    > Un tout grand merci à Lara Herbinia pour les superbes photos

    sans+titre-986.jpg

  • Adrien Gallo: "Je ne suis plus dans la fausse rébellion"

    "Gemini", c'est l'excellente surprise de cette fin d'année. Le temps d'un album solo, Adrien Gallo a délaissé le rock adolescent des BB Brunes pour poser sa voix aux cotés de celle d'Ella Waldmann, sa compagne. Le spectre de Serge Gainsbourg est omniprésent, ça flirte avec l'univers d'Etienne Daho et ça sent bon le sable chaud. Nous avons rencontré Adrien quelques heures avant qu'il n'aille assister au concert de Julien Doré à l'Olympia.Unknown-3.jpeg

    Adrien, comment t'es venue cette idée de mettre le groupe entre parenthèses pour tenter l'aventure solo?

    "Il y a deux ou trois ans, j'ai eu très envie de faire des chansons avec une voix féminine. J'ai fait chanter ma copine, et je suis vraiment tombé amoureux de sa voix. On a continué à faire des compositions chez nous. Il y en a eu de plus en plus, ça m'a permis de m'ouvrir à un autre univers. Il y avait notamment déjà "Crocodile" et "Cornet Glacé". Du coup, je me suis dit que c'était dommage de ne rien sortir, de ne pas en faire quelque chose. J'avais déjà fait écouter au groupe, et ils avaient bien aimé. Ils m'ont même encouragé dans ma démarche. Cette parenthèse entre deux albums du groupe tombait bien."

    Pourquoi ne pas avoir crédité le nom de ta copine?

    "Elle ne voulait pas. Elle n'avait pas envie de s'exposer et je la comprends tout à fait. Car quand tu t'exposes, il n'y a pas forcément que de la bienveillance. Si jamais il y a une tournée, il se pourrait qu'elle soit de la partie, mais rien n'est encore fixé car je ne sais pas si elle sera en mesure de le faire. De toute façon, tout dépendra déjà de l'accueil de l'album. Si jamais je tourne, ce sera entre mars et la fin de l'été."

    Cette complicité ramène forcément aux grands duos de l'époque. T'en es-tu inspiré?

    Unknown-1.jpeg"Complètement! Gainsbourg-Birkin, Dutronc-Hardy ou Berger-Gall, tout ça c'est mythique."

    Tu ne me contrediras pas si je te dis que "Gemini" n'a pas grand-chose à voir avec ce que tu fais avec les BB Brunes... Vise-tu un public différent?

    "Cela n'a en fait rien à voir du tout. C'est beaucoup plus léger, plus pop. C'est important d'à chaque fois redéfinir un nouveau style. J'ai besoin de me réinventer pour ne pas m'ennuyer. C'est important de prendre des risques. Avec cet album, je ne vise pas un public en particulier. Je fais les choses par rapport à ce que j'ai envie de faire sur le moment, par rapport à mes exigences. Après, je me rends bien compte qu'il y a des gens qui n'aiment pas le groupe mais qui aiment cet album, et des fans du groupe qui n'aiment pas cet album. Tu sais, je n'ai aucun problème avec le terme "populaire". Au contraire, je ne le trouve pas péjoratif. Maintenant, c'est vrai que j'ai évolué, que je me sens plus adulte. Je ne suis plus dans la fausse rébellion comme je pouvais l'être au début des BB Brunes. C'était sans doute lié à ce que je vivais à l'époque, à mes problèmes d'adolescent."

    Tu dis ne pas vouloir toucher un public plus large, mais tu te retrouves tout de même à chanter avec Julien Clerc sur le plateau de Michel Drucker...

    "Oui, ça touche forcément un public beaucoup plus large. Julien Clerc a apprécié l'album, et ça m'a touché. Après, ce n'était pas nécessairement le but car c'est un album intime. Je n'avais pas cette prétention de toucher un public plus large. A la base, je n'écoute pourtant pas trop Julien Clerc. C'est quelqu'un qui a une superbe carrière, et qui a écrit de magnifiques mélodies, notamment celle de "Ce n'est rien". Mais je me retrouve plus dans l'univers de Serge Gainsbourg, d'Alain Bashung, d'Etienne Daho ou de Christophe. Gainsbourg, j'adore toutes ses époques. Le gars il a fait de l'électro, du piano-bar, du jazz,... Et Christophe, c'est le maître. Il a été totalement novateur en matière de découverte de sons."Unknown-4.jpeg

    Que rétorques-tu si je compare ta démarche à celle de Julien Doré?

    "Je confirme complètement. Julien, que je connais bien, est d'ailleurs en quelque sorte un héritier de Christophe. Je le connais depuis huit ans, et nous avons notamment le même réalisateur (Antoine Gaillet). Il y a comme une connexion. Il a même fait référence aux BB Brunes dans un de ces morceaux. Personnellement, je ne l'ai jamais vu comme quelqu'un venant de la Nouvelle Star, car il a son propre univers. Ce soir, je vais d'ailleurs le voir à l'Olympia."

    Tu vis actuellement à Los Angeles. Cela influence-t-il ton écriture?

    "Je suis encore à LA jusque janvier. Et effectivement, il y a une chanson que je pense que je n'aurais pas écrite à Paris. Je bosse beaucoup quand je suis en voyage, ça me permet d'éviter de m'ennuyer. C'est pour ça que je fais référence à beaucoup de villes, où je ne suis pourtant pas nécessairement allé. J'écris aussi beaucoup quand je suis seul dans mon appart à Paris. J'ai un piano chez moi. L'ennui me fait peur, j'ai besoin de rester actif. Bon, parfois ce que j'écris est juste nul. C'est relou, mais ça arrive."

    Tu n'as jamais pensé franchir le pas vers la littérature?

    "D'autres l'ont fait, c'est vrai. Mais je ne m'en sens pas capable. Pourtant, j'adore certains auteurs et ma copine est encore bien plus littéraire que moi. Mais j'aime être emprisonné par la contrainte d'une mélodie. Se retrouver face à une feuille blanche, pour de la pure prose, je ne le sens pas."

    Tu es issu d'une famille musicienne?

    Unknown.jpeg"Mon père, qui est issu d'un milieu artistique, a fait du piano mais pour le plaisir. Moi, j'ai commencé à cinq ans. Mes parents voulaient juste que je termine mon bac L, ils n'ont jamais été opposés à ma carrière musicale. Ma mère est psychologue, elle est très ouverte!"

    Comment se dessine l'avenir des BB Brunes?

    "On bosse déjà sur le prochain album, qui devrait sortir en décembre 2015. Ce sera plus rock."

    La pression est-elle plus importante lors de la sortie d'un album solo?

    "Non, au contraire. Si "Gemini" ne marche pas, ce n'est pas trop grave. Alors que les albums de BB Brunes ont tous cartonné. Quand tu es disque de platine, tu ne peux pas te permettre de foirer le suivant."

    Vous parvenez à percer les frontières de la francophonie malgré la barrière de la langue?

    "C'est compliqué. Mais on a joué en Russie, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et l'accueil était fantastique. Pourtant, on n'avait fait aucune promo! On a essayé l'anglais, mais l'album n'avait pas marché du tout. On avait notamment deux chansons dans le film "Asterix et Obelix au service de sa Majesté". On jouait le rôle de bardes. C'était un peu comme un Unknown-2.jpeggrand Disneyland Paris. Le problème c'est que quand tu chantes en anglais, tu mets forcément l'accent sur la musique. En français, tu peux faire passer beaucoup plus de choses."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

    > Photos de Juliette Abitbol

     

  • BirdPen (lundi 17 au Bota): "Entre la Belgique et nous, c'est une longue histoire"

    Si vous aimez Archive (à l'AB le 25 février), c'est au Bota que vous devrez être ce lundi 17 novembre. Dave Penney, par ailleurs chanteur du collectif britannique, y sera de passage pour présenter le troisième album de BirdPen. Avec son compère Mike Bird, Dave commence à connaître la Belgique par coeur. "C'est déjà notre troisième passage en 2014 par chez vous", explique-t-il. "Cet été, il y eu le Festival de Ronquières. Et au printemps, nous avions déjà joué au Botanique, mais au Witloof Bar. C'est un grand souvenir d'ailleurs car cette salle voutée est superbe. J'adore jouer dans des endroits beaux, pittoresques et improbables. En Suisse, nous avions notamment donné un concert dans un château du 18e siècle. On connaît très bien le Bota et on adore cet endroit. On a le privilège de passer directement du Witloof à l'Orangerie, sans passer par la Rotonde."14503_10152235041718485_44585663_n.jpg

    Entre BirdPen et la Belgique, le lien est très fort. "Oui, et c'est pourquoi on a beaucoup de dates chez vous. Les gens sont sympas, on connaît beaucoup de gens et la bière est bonne! Nous sommes très attentifs à la scène belge. On connaît dEUS, BRNS, Puggy ou Roscoe, avec qui on a déjà partagé la scène." Cette fois, il s'agira de faire découvrir le troisième album, qui succédera à Global Lows (2012). "Il est aventureux, mélancolique et progressif. Nous sommes impatients de le jouer pour découvrir les réactions du public. Nous l'avons enregistré, mixé et produit. C'était une belle expérience. On voit qu'on a toujours des choses à apprendre. On savait exactement ce qu'on voulait, et on a pris le temps de le faire. C'était comme un nouveau challenge."

    Surtout que Dave est beaucoup pris par Archive, qui est en train de bosser sur un nouvel album. "Organiser mon agenda entre Archive, BirdPen et le reste? J'adore ça! Je fais également pas mal de DJ sets, qui me permettent de m'aérer l'esprit. Les membres d'Archive forment un collectif de très chouettes personnes. Ils respectent beaucoup ce que je fais avec brident. Et le travail de chaque groupe inspire l'autre, c'est une situation de "win win". Même si la manière de travailler au sein de chaque collectif est différente. Je dirais que BirdPen est plus personnel en ce qui me concerne, il y a plus de rôles bien définis dans Archive."1625535_10152235041303485_874014640_n.jpg

    BirdPen n'est pas encore aussi reconnu que son "grand frère". "Il faut être patients car ça commence à très bien marcher dans certains pays comme l'Allemagne ou en Europe de l'Est. Les gens y sont ouverts à ce genre de musique atmosphérique. Il y a du potentiel.

    > Une interview de Philippe Sadre et Christophe Van Impe


    14879_10152235041183485_1937484602_n.jpg

     

  • Saint André: "Alessandro Baricco et Claude Sautet m'inspirent plus que les musiciens"

    Sur "La Proposition", il déclare joliment sa flamme à la Rotonde du Botanique. Pourtant, c'est à l'Ancienne Belgique que Saint André débutera sa tournée en salles mercredi prochain (5 novembre). Dans les salons de l'hôtel Métropole. Il nous parle de la Corse mais aussi de Claude Sautet et d'Alessandro Baricco. "En fait, les artistes musicaux m'inspirent vraiment peu", dit-il.

    saint-andre.jpg

    Tu auras bientôt enfin ton nom dans le hall d'entrée de l'Ancienne Belgique. Alors, excité à l'idée de débuter ta tournée dans cette salle?

    Jean-Charles Santini: "Je suis extrêmement enthousiaste et impatient. Ce sera notre premier concert en salle depuis la sortie de l'album. Ce sera l'occasion de présenter la scénographie, avec un visuel particulièrement original et des surprises. Ce sera plus qu'un concert. En plus, l'AB est une salle extrêmement belle. Je n'y suis jamais allé. J'ai juste des souvenirs de captations en live, notamment d'un concert de dEUS tourné là-bas."

    Comment un Corse peut-il avoir un lien aussi fort avec la Belgique?

    "Je suis arrivé à Liège à l'âge de 22 ans, pour y faire des études de kinésithérapie. Sur place, j'ai ressenti quelque chose d'extrêmement fort. Le facteur humain est extrêmement important dans la Cité Ardente. J'y ai passé quatre années merveilleuses. La scène rock que j'y ai découverte entre 2002 et 2006 me parlait beaucoup. La Soundstation, l'Escalier, le Pot au Lait,... Pour moi, la Belgique c'est un peu une adoption."

    A quel âge as-tu commencé à composer?

    "J'étais addict au piano dès l'âge de 13 ans. Ce n'était pas un héritage familial, sauf au niveau de l'objet. Il y en avait un à la maison, mais mes parents ne venaient pas du tout d'un milieu musical. De 13 ans à 17 ans, je jouais du piano neuf heures par jour. Je composais et j'écrivais en secret, et je n'osais même pas chanter. Un jour, j'ai sauté le pas. Mon timbre de voix est particulier, et j'en avais un peu honte. J'ai mis du temps à m'accepter. J'ai beaucoup travaillé. Je me considère plus comme un artisan qu'un artiste. Un jour, je chantais une maquette dans un salon, et j'ai senti que le regard des choses avait changé."

    saintandre_pierre2.jpg

     

    Dans quel état d'esprit es-tu quand tu composes?

    "Dans tous les cas, ça doit être une urgence. La composition, elle apparaît dans des moments qu'on ne soupçonne pas. J'ai toujours un calepin sur moi, ou alors je fais en sorte de ne jamais être loin d'une papeterie. Les histoires sonnent souvent mieux quand c'est autobiographique. Et quand on chante en français, on a l'exigence de sonner vrai, sinon ça n'a pas de force. C'est peut-être pour ça qu'il faut parfois attendre un certain âge pour écrire en français. Dans mes histoires, il y a la volonté d'explorer des états. Par exemple, vous pouvez parfois recevoir un sms, et ça fait l'effet d'un coup de tonnerre."

    Quels sont les auteurs qui t'inspirent?

    "Certains m'inspirent dans le style, comme Alessandro Baricco. Notamment son livre "Soie". Tout ce qu'il a écrit me touche car il y a une grande humanité dans sa plume. J'aime tout ce qui explore l'humanité, comme les films de Claude Sautet. Pour être honnête, les artistes musicaux m'inspirent vraiment peu. Même si je peux évidemment apprécier l'énergie de certains comme Phoenix ou M83, ou alors la plume de Dominique A. Sa chanson "Quartiers Lointains", elle est extraordinaire. Il y a une finesse incroyable dans ce morceau. Chez Miossec aussi. Après, ce qui m'inspire, c'est surtout la vie et beaucoup d'images de cinéma. C'est peut-être l'art le plus abouti."

    Dominique A est passé à la littérature. Pourrais-tu aussi un jour franchir le pas?

    "J'aimerais beaucoup. Après, c'est comme en musique. Si ce que je fais n'a pas la force nécessaire pour revêtir un intérêt artistique, alors je ne vais pas plus loin. Quand on se présente face à des gens, la moindre des choses c'est d'être exigeant avec soi-même."

    Que connaissais-tu de la scène belge avant de débarquer à Liège?

    "En réalité peu de choses, à part les incontournables. J'ai découvert dEUS par exemple, que je ne connaissais pas. "Sister Dew" est magnifique. Et puis "Hotellounge" aussi. J'y pense car le clip a justement été tourné ici, au Métropole. Ensuite Jeronimo, Venus, Ghinzu, Girls in Hawaii,... Sharko aussi qui pour moi est un vrai génie. C'est un artiste juste phénoménal. Une concentration pareille au kilomètre carré, c'est presque intéressant scientifiquement parlant. C'est aussi le cas de l'Islande. C'est peut-être en lien avec les ressources telluriques en fait."

    Sur ton premier album, tu reprenais "Comme ils disent" de Charles Azanavour. C'était un hommage ou alors un message à transmettre?

    "C'était l'urgence de reprendre un message, mais dans une version un peu plus sauvage. Je trouvais le texte incroyablement rock et puissant. Aznavour a cette espèce de violence contenue, mais on sent chez lui une forme de revanche. Ce texte décrit mieux que n'importe quel autre texte la bêtise humaine. Je lui ai donné un côté un peu opéra à la Queen."

    A l'époque, tu parlais aussi de football avec cette chanson consacrée à George Best...

    "George Best était plus qu'un simple footballeur, c'était une rockstar. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelait le "cinquième Beatles". Il y a quelque chose d'épique et de cinématographique dans sa chute. Ce qui m'a touché, c'est la tendresse qu'il y avait chez les gens quand il s'est éteint."

    Ecrire une chanson sur le foot, c'est casse-gueule non? A part "Platini" de Julien Doré, il y en a peu de réussies...

    "Rien n'est compliqué quand c'est honnête. Mais c'est vrai qu'il y en a peu de bonnes. Comme il y a très peu de films sur le foot qui sont des réussites. En fait, il faut romancer le foot, comme le fait le magazine So Foot. Surtout si la fin est un peu foireuse. Mais on peut être tranquille, c'est le cas dans 80% des cas, comme s'il y avait une forme de déterminisme."

    Et tu supportes quelle équipe?

    "Le SC Bastia évidemment! Je suis tombé dedans quand j'étais petit. Heureusement qu'on a Guillaume Gillet d'ailleurs. Un Liégeois, ça devait être écrit! J'ai beaucoup de tendresse pour un personnage comme Frederic Antonetti. Je l'ai suivi durant toute sa carrière. Il a un côté touchant. C'est l'incarnation même du Bastiais dans sa verve, dans son enthousiasme démesuré, dans ses excès mais aussi dans sa générosité."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

     

     

     

  • Von Durden: "Lâcher prise pendant quatre mois"

    Deux ans après "Dandy Animals", Von Durden revient avec un troisième album sobrement intitulé "III". Nous avons rencontré Nicolas Scamardi (batterie) et Kevin Dochain (guitare). C'est d'ailleurs la tronche de ce dernier qui est sur la pochette désopilante de cet album à découvrir sur scène au Bota le 1er octobre, jour de sa sortie dans les bacs.VD1.jpg

    Les premières critiques de "III" sont plutôt positives. Y êtes-vous sensibles?

    Nicolas: "Le petit retour qu'on a eu est vraiment en phase avec ce qu'on a composé, ça raconte ce qu'on a voulu donner. Et oui, nous sommes sensibles à la critique. Les Rolling Stones, ils s'en branlent un petit peu, car leur album se vendra quand même. Mais pas nous. On a ramé, on a oeuvré pour en arriver là. On a tout fait de manière super sincère, avec très peu de triche en studio."

    Kevin: "On ne va pas sauter d'un pont si on nous dit que c'est à chier, mais ça fait clairement plaisir d'avoir des retours positifs, de sentir que ça touche les gens. C'est con, mais on l'a vu lors de la sortie du deuxième album. Par rapport au premier, il y avait eu moins d'emballement médiatique, il est un peu passé sous silence, et on en a vendu deux fois moins. Bon, c'est peut-être aussi parce que musicalement ça passait moins bien."

    L'album est relativement court. Etait-ce un choix délibéré?

    Kevin: "Dans le tri des chansons, dès que ça nous plaisait pas, on jetait. Même si ça plaisait pas à juste un de nous! On se retrouve avec dix morceaux. C'est peut-être court, mais c'est vraiment l'essence."

    Nicolas: "Le reste aurait été du remplissage. On a composé plus de vingt morceaux, donc une grosse moitié est partie à la poubelle. On ne revient jamais en arrière sur nos compos. Si tu regardes dans notre disque dur, depuis les débuts, on doit avoir une centaine de maquettes. Au début, on se demandait toujours si ça allait plaire. Ici, en sortant du studio, on s'est dit "on ne passera pas en radio, mais on s'en branle". On continue à avoir des mélodies accrocheuses, mais ce n'est pas réfléchi."VD2.jpg

    Comment vous est venue l'idée de cette pochette pour le moins particulière?

    Kevin: "Avant de rentrer en studio, j'avais bossé sur plein d'idées de pochettes. Je pensais faire un truc un peu graphique."

    Ncolas: "On était en studio, et on regardait tous ces projets de pochettes en se disant "mouais...". Puis, voilà que Kevin passe en revue ses photos sur Facebook. Je tombe sur celle-là, et jelui  lance "Mais c'est quoi ça?" Ca devait être lui à une communion, ou au premier viol, j'en sais rien..."

    Kevin: "Non, c'était un lendemain de giga cuite, il y a dix ans à Leuven."

    Nicolas: "A l'unanimité, en 30 secondes, on a choisi d'opter pour cette photo. Je suis très fier de cette pochette faite en dix minutes. Il y a ce second degré, dont nous sommes très partisans. Avec le clip de "Devil in me", on avait même été jusqu'au 18e degré. On aurait peut-être dû s'arrêter deux ou trois degrés avant, mais on s'en branle car on ne se prend pas au sérieux."

    Kevin: "Les gens parlent beaucoup de cette pochette. Or, ils auraient pu trouver ça nase. Finalement, ils font même des selfies avec."

    Elliott, votre chanteur, entamera un tour du Monde d'un an à partir de janvier. Cela ne risque-t-il pas de mettre un frein au groupe?

    Nicolas: "Non, pas du tout. On a une fenêtre de tir de quatre mois, et on va essayer d'en profiter un max. On n'aura pas le temps de se reposer. Ce ne sera pas du tout un arrêt. Le quatrième album verra le jour. On va travailler d'ici et lui nous écrira les paroles les plus baba cool de tous les temps. On lui enverra les sons via pigeon voyageur."

    A quoi doit-on s'attendre pour le concert du 1er octobre au Bota?

    Kevin: "Cela restera brut et punk. On ira à l'essentiel."

    Nicolas: "Il n'y aura ni décor ni invité! Il y aura un lâcher-prise, vu la situation particulière. On est dans cet esprit-là. Sur scène, on est à notre place."

    Le clip de "Dead Queen" vient d'être dévoilé. Et il est plutôt réussi...VD3.jpg

    Kevin: "On est parti de Zach King, un mec qui fait des vidéos sur Vine, des tours de magie à deux balles. On a réfléchi avec Julien Henry à ce qu'on pourrait faire de fun."

    Nicolas: "On a cherché pendant des semaines cette putain de salle de bain. On est passé chez Ikea, dans des hôtels,... Et finalement Julien et son équipe l'ont créée dans un hangar désaffecté, comme dans "Saw"."

    Par moments, ce single rappelle Lenny Kravitz!

    Nicolas: "Sérieux? C'est vrai que le bridge, ce sont les mêmes accords que "American Woman". Je peux comprendre la comparaison. Mais, crois-moi sur parole, on n'a pas voulu faire comme lui. Lenny Kravitz le fait comme un maître, mais il n'a pas non plus inventé ces accords. Si un mec écoute du Kravitz toute sa vie, il trouvera même des correspondances dans Slipknot."

    Quelles sont vos principales influences?

    Kevin: "On revient toujours avec Queens of the Stone Age."

    Nicolas: "Machiaval, Suarez aussi (rires). Mais non, on écoute du rock! On adore le rap par exemple, mais on ne s'en inspire pas. Tout ce que je découvre, c'est via Kev. Il a une culture musicale incroyable."

    Kevin: "Mon premier disque, c'était "Nevermind" de Nirvana. Je l'avais reçu de ma marraine, j'avais dix ans. Et mon grand-père m'a fait découvrir les Beatles."

    Trouvez-vous votre place dans cette scène rock belge, qui ne vous ressemble pas vraiment?

    Kevin: "Il y a quelques groupes avec lesquels on va bien, comme The Experimental Tropic Blues Band, Romano Nervoso ou Driving Dead Girl. Mais en effet, on n'est pas dans cette mouvance pop-rock."

    Nicolas: "On est en marge. On n'a rien inventé, mais on a sorti quelque chose de personnel. Au même titre que les Tropic, qui ne proposent pas un truc convenu à la Suarez."

    Kevin: "On ne fera peut-être pas la première partie de Puggy la semaine prochaine..."

    Qu'avez-vous pensé de votre passage dans le "Dan Late Show"?

    Kevin: "C'était super drôle. On l'a fait à la Jimmy Fallon, avec que des jouets. On avait déjà eu l'idée auparavant, mais c'était le meilleur endroit pour le faire."

    Nicolas: "On a eu des super retours. En même temps, nous aurions été refoulés si nous étions arrivés avec la batterie et les guitares. Et on n'est pas trop acoustique. On peut le faire, mais ça nous emmerde. Ce n'est pas notre exercice."

    > Christophe Van Impe

  • Bastian Baker: "Je viens de vivre six mois d'une beauté rarissime"

    Bastian Baker, on le connaissait comme juré de "The Voice". Samedi, nous l'avons découvert sur scène à l'occasion du Festival de Ronquières. Et, ne soyez pas jalouses, mais on a même pu l'avoir en tête-à-tête pendant un quart d'heure...Bastian1.jpg

    Bastian, quel est ton rapport avec la Belgique?

    "J'allais dire une connerie. J'adore les bières belges, en l'occurrence. J'ai passé pas mal de temps ici grâce à The Voice et, du coup, j'ai eu l'occasion d'en découvrir plus d'une. La Grimbergen, la Leffe, la Jupiler, la Maes,... Maintenant, j'ai un rapport à la Belgique qui est hyper sain. Plus sérieusement, j'adore venir ici en concert, j'adore rencontrer des gens ici, j'aime flâner à Bruxelles comme j'aime y donner un concert."

    Que connais-tu de notre scène musicale?

    "Je ne connais pas énormément de choses, mais je connais sans doutes les meilleurs. En l'occurrence Puggy, que j'aime beaucoup et que je fréquente depuis deux ans sur les festivals. Après, il y a d'autres trucs comme Selah Sue, que j'aime beaucoup et avec qui je partage aussi la scène."

    Te sens-tu proche d'un groupe comme Puggy?

    "Nous sommes deux groupes qui adorons le live. C'est une énergie sur scène, une communion incessante avec le public. Musicalement, eux sont peut-être plus Coldplay. Alors que nous, on se dirige davantage vers le côté Mumford and Sons, Jason Mraz, des trucs plus acoustiques même si sur des sets plus courts on part plus dans le rock. En festival, il faut driver."

    L'expérience "The Voice", elle t'a apporté quoi?

    "C'était une expérience musicale assez ouf. C'est pour ça que j'y allais, pour découvrir des talents avec qui je pourrai peut-être bosser dans le futur. Cela va prendre du temps, mais ça finira par se concrétiser. Je vais être patient pour pouvoir faire les choses bien avec la personne que j'ai décidé de Bastian2.jpgsuivre. Et puis ça m'a permis de rencontrer des gens incroyables. Je pense en premier lieu à BJ Scott. Pour moi, elle est la révélation de la saison. Je repense à toutes ces heures de jams faites ensemble, à n'en pas finir car on se rendait compte que chaque chanson que l'autre entamait, on la connaissait. Du coup, on se faisait des harmonies, des trucs à deux voix. J'aimerais beaucoup collaborer avec elle. On avait écrit un truc ensemble, qui verra peut-être une fois le jour ou pas. Ce que j'adore, c'est que c'est une émission super positive. Tu n'es pas un simple juré assis sur un siège et où tu vas, en une phrase ou deux, condamner ou élever la carrière d'un artiste. On te demande d'être positif, tu amènes un avis musical. Et une fois que la collaboration commence, tu n'es plus seulement en train de dire si c'est bien ou non. Tu choisis les arrangements, ça me fait vraiment penser à un job de producteur. Et c'est ce que je suis aussi, donc c'est pour moi un apprentissage assez fou. Et c'est en même temps de la psychologie parce que tu apprends à gérer des caractères et à amener des gens à être performants sur deux minutes, comme si tu entraînais un coureur de 100 mètres. Les mecs que j'ai dans mon équipe, je veux leur montrer qu'il n'y a pas que la tv, qu'ils doivet aussi jouer dans des bars pour aller chercher leur public."

    Cette aventure a-t-elle eu un impact sur ta carrière artistique?

    "Je ne pense pas. Ma carrière a surtout pris son envol médiatiquement. Il y a un intérêt de l'image, mais j'espère que ce que j'ai apporté musicalement a été apprécié aussi. Après si ton album n'est pas bon et que tes lives sont pourris, bin les gens ne viennent pas. C'est le genre de parenthèses que j'adore. Je pars du principe qu'il y a le noyau musical, et puis qu'il y a les ramifications. Avec une telle émission, les gens apprennent aussi à connaître l'humain, ce qui n'est pas forcément le cas en concert."

    Seras-tu à nouveau de la partie pour la saison suivante?

    "Qui sait?"

    Y a-t-il déjà eu des négociations?

    "Qui sait? C'est la seule question où je suis briefé!"

    Mais en as-tu envie?

    "Qui sait? Je ne dirai rien. C'est un secret bien tenu. Mais j'adore la Belgique."

    Tu écoutais quoi quand tu étais gamin?

    "Ce que mes parents écoutaient: Queen, Led Zep, Eagles, les Poppies. Après ça a évolué. Pendant l'adolescence, j'écoutais tout ce qui passait à la radio. Puis, je me suis plus dirigé vers tout ce qui est acoustique comme Jason Mraz, Bon Iver ou Angus and Julia Stone. La programmation de Ronquières, c'est ce que j'écoute: Puggy, Woodkid, Yodelice. "Sunday with a flu", c'était d'ailleurs ma première cover. Mais j'adore aussi Nirvana, Foo Fighters et Editors. Je pense qu'on retrouve de tout dans ma musique. Sur mes albums, j'ai toujours essayé de ne pas rester dans un seul style."

    Tu es plus live ou studio?

    "Honnêtement, je suis plus fan du live car c'est tellement spontané et chaque soir est différent. Si tu rates un accord, ça fait partie de la chose. Le studio, c'est de l'argent et donc c'est très vite de la Bastian3.jpgpression. Je suis aussi producteur et arrangeur de mes albums. Quand je me réveille le matin pour aller en studio et que je n'ai rien, ça provoque une déprime intense chez moi. Mais ensuite c'est sublimé car, en fin de journée, tu as la chanson et c'est l'extase totale. Au niveau des sensations, ce sont des montagnes russes. Le live, c'est plus pour assumer ce qu'on a fait en studio."

    Y a-t-il un nouvel album en préparation?

    "Je ne sais pas encore exactement sous quelle forme je vais proposer la suite de mes compos. J'ai énormément écrit. J'ai vécu six mois qui étaient d'une beauté rarissime, tant dans le déchirement des sensations que j'avais en mois que dans la beauté que ça procurait de jouer tous les soirs. Ce sera peut-être une chanson, un album, un EP,... j'en sais rien. On tourne encore beaucoup jusqu'à la fin de l'année. Cela risque d'être des bribes par instants plutôt qu'un CD avec de la promo."

    Ca se passe comment l'accueil en Suisse?

    "C'était l'été de tous les records. On a fait une vingtaine de festivals en Suisse sur les 35 ou 40 qu'on aura joués. C'était fou. On a notamment joué au Paleo pour la deuxième année consécutive sur la grande scène. C'est un truc qui n'a jamais été fait en 39 éditions. J'ai font Montreux aussi en tête d'affiche. On prend du plaisir sur scène. On a passé le stade où on doit prouver. Si tu n'aimes pas, tant pis. Tu as bien des gars qui n'aiment pas Roger Federer donc... J'en discutais récemment avec Stephan Eicher. Même si peu d'artistes s'exportent, la scène musicale suisse se porte hyper bien. On essaie de bosser ça. C'est pour ça que j'essaie de prendre des artistes suisses en première partie. Ce sont tous des gens abordables, il n'y a pas de têtes brûlées."

    Le public suisse et le belge se ressemblent-t-ils?

    "Il y a des similitudes sur le fait que c'est un public. Au niveau des personnalités, il y a par contre beaucoup de différences. Mais ce sont des petits pays, qui se marrent bien, voisins de la grande France, et sans prise de tête. Le public suisse est le meilleur dans le sens où il nous connaît depuis plus longtemps. En Suisse, on a eu 7 chansons dans le top 20 des radios. Ca aide à enflammer les concerts. Mais le public belge est lui le meilleur, dans le sens où il nous surprend à chaque fois."

    Tu dis toujours "on" en parlant de Bastian Baker...

    "Je ne suis pas tout le seul sur scène ni dans le bus. J'ai fait 13 ans de hockey sur glace, donc je n'ai jamais eu pour habitude de parler à la première personne du singulier..."

    > Un entretien de Christophe Van Impe

     

     

  • Klaxons ne manque pas de ressources

    La Coupe du Monde de football, et principalement les soirs de victoire des Diables Rouges, semble être un excellent moment pour replacer les Klaxons sur le devant de la scène (voilà, le jeu de mots est fait). Le groupe anglais vient de sortir son troisième album, "Love Frequency", après quatre ans d'absence. Retour plus "mielleux" mais les chansons ont gardé le côté immédiat du premier effort studio.

    Dans son communiqué de presse, le groupe explique d'ailleurs que "Myths Of The Near Future" (récompensé par le "Mercury Prize" en 2007) symbolisait... le futur, le deuxième album ("Surfing The Void" en 2011) le passé, et le petit dernier le présent. Et le présent, en ce début de soirée, ce sont trois lads fatigués d'une longue journée promo avec une seule envie: profiter du beau temps et pourquoi pas du Mondial, puisqu'on les entend discuter du match entre le Chili et les Pays-Bas qui a lieu au même moment. Et ils avaient apparemment plus envie de parler foot que de musique lors de cette dernière interview au programme.


    Alors, vous la suivez de près cette Coupe du Monde?

    klaxons,interviewJamie Reynolds (chant, basse; à gauche): Le match du Brésil ce soir (ndla: lisez lundi passé) pourrait être sympa, mais c'est moins intéressant pour nous maintenant que l'Angleterre est éliminée. Il y a eu un tel silence lors de notre défaite contre l'Uruguay, c'était impressionnant...

    Simon Taylor-Davis (guitare, choeurs; en-dessous): On a été voir ça dans un bar en Croatie, rempli de hooligans anglais!

    James Righton (chant, synthé, basse; à droite): Pas la meilleure manière de voir un match! Et le pire c'est qu'il y avait un p... de décalage entre les différentes télévisions, c'était horrible. Je suis content que notre entraîneur va rester, tout n'était pas si mauvais. Nos meilleurs jeunes ont besoin de grandir ensemble, un peu comme la Belgique.

    A vous entendre parler, on se dit que la fédération anglaise devait vous demander d'écrire son hymne!

    Jamie: On aurait vraiment bien voulu le faire, mais on n'avait plus le temps.

    James: C'est la première fois depuis des années que l'Angleterre n'a pas de chanson officielle. Vous en avez une en Belgique, non?

    Oui, Stromae, mais...

    James: Oh oui? (se tournant vers Jamie) C'est le gars dont je t'ai parlé, qui devient vraiment énorme!

    ...c'est juste un titre de son dernier album qui a été choisi, ce n'est pas une vraie chanson de football.

    Jamie: Ah, c'est pas bon ça, il faut des références directes au foot, sinon ça ne marche pas. Allez, on va faire celle pour l'Euro 2016 alors!

    James: "Vindaloo" de Fat Les par exemple, terrible, mais ça parle de curry quoi... Regarde (chipote sur son smartphone, la musique de "Vindaloo" commence): les "50 meilleures chansons de la Coupe du Monde"... Fat Les en numéro un! C'est quand même incroyable que New Order ait eu John Barnes pour faire du rap sur "World in Motion" lors d'Italia 90. J'ose pas imaginer Wayne Rooney... (rires)


    "Le public a adopté nos nouvelles chansons"


    Bon, on n'est pas encore en 2016, parlons donc un peu de "Love Frequency". Comment sont passées les nouvelles compositions pendant les récents concerts?

    Jamie: Elles marchent super bien, les gens sautent dans tous les sens, même sans connaître les paroles. Plus de la moitié de la setlist est composée de nouveaux morceaux, c'est cool.

    James: Et maintenant que l'album est sorti, ça va être encore plus intéressant de voir les réactions. Mais on est déjà très contents. Je me souviens d'un concert à Coventry, en 2009 ou quelque chose... Aucune réponse, comme si les gens dormaient.

    Simon: Le retour en voiture vers Londres était le voyage le plus interminable de ma vie... J'étais supporter de Coventry City, c'est fini depuis!

    Quatre ans d'attente pour un nouvel album, c'est plus long que la moyenne...

    Simon: Ce n'est pas un choix, ça nous a pris le temps qu'il fallait, c'est tout!

    James: Nous ne sommes pas fous... C'est comme si un docteur était d'accord pour n'avoir qu'un patient tous les huit ans!

    Jamie: Nous avions des ressources quasi illimitées... On les a toutes utilisées! Sans label, sans guide, ça devenait dingue! On a dû se remettre sur le chemin du travail. Là, je pense qu'on a assez de ressources jusque... l'été prochain.

    Simon: Pendant deux mois ouais (rires)!

    klaxons,interviewComment travaillez-vous sur vos vidéos, souvent remplies de belles trouvailles?

    James: Toutes les idées sont de nous... Qestion de temps et de ressources (rires)! Dire que notre tout premier clip a été réalisé avec mille livres...

    Jamie: Après avoir travaillé avec le même réalisateur pour les deux premiers albums, nous collaborons actuellement avec deux jeunes excellents gars, je suis sûr qu'on va vite retrouver la même relation. Notre prochaine ambition, c'est de faire un clip en Jamaïque. Ou même de s'y installer pour de bon, mais pour ça il faut un visa.

    Et une Visa, pour les ressources.

    Jamie : Ouais (rires)! On va pouvoir profiter de cette boisson à base de rhum... Le Rum Ting!

    Simon: Arf, ne me parle pas d'alcool, j'ai encore des flashes du bar en Croatie...


    > Philippe Sadre

    Klaxons sera en concert le 18 juillet au festival de Dour et le 15 novembre au Botanique.
    L'album "Love Frequency" (Warner) est sorti le 13 juin.
  • Nuits Bota (J2): La fragilité de Cat Power

    L'Américaine lançait hier à Bruxelles sa tournée européenne "solo", moins d'un an après avoir présenté à l'Ancienne Belgique son neuvième album studio "Sun". Une soirée en contrastes.

    En lever de rideau, Appaloosa, un binôme électro franco-allemand dont seule la première partie était présente sur scène, sous la forme de la chanteuse Anne-Laure Keib. Une pote à Cat Power dans le New-York du début des 90's, quand les deux partageaient un logement et n'avaient pas beaucoup de sous. Une amitié qui a perduré et qui a déjà vu Appaloosa jouer auparavant en première partie de l'Américaine.

    Seulement voilà... Voix plus qu'incertaine, gestes maladroits... Même lorsqu'elle déclare être plus à l'aise après trois-quatre morceaux, on n'y croit pas trop. "Forever is a long time" a-t-elle glissé: pour les spectateurs aussi apparemment vu les applaudissements nourris qui ont suivi l'annonce de la dernière chanson. Elle a tout de même remballé son laptop avec un sourire et quelques encouragements.

    the_greatest-cat_power_480.jpg

    Des prestations chaotiques, Chan Marshall aka Cat Power en a livré pas mal, avant de se forger une meilleure réputation scénique ces dernières années. Son entrée en scène laisse pourtant craindre le pire, entre les deux minutes prises pour régler la sangle mal placée de sa guitare et les premiers "Sorry" d'une très longue série. "Thank you for supporting me" dit-elle d'un ton mal assuré au public, qui l'encourage avec retenue.

    Ce concert en solo (2/3 à la guitare, 1/3 au piano) s'adresse bien en premier lieu aux fans, qui semblent ravis de voir leur idole malgré ses nombreuses approximations et monologues sur un accord raté ou sur le son. Heureusement, elle garde pour elle un catalogue de qualité et, lorsqu'elle n'interrompt pas ses chansons pour mille et une raison, on a droit à des versions prenantes de "No Matter", "Names", "Bully" ou "Sea of Love". De nombreux artistes ne la citent pas en exemple pour rien, tant ce combo voix/musique, même en version minimaliste, peut donner de l'émotion. "Je voudrais bien la faire celle-là" a-t-elle lancé en introduction de "The Greatest". Mission plutôt réussie.

    Après une heure quarante-cinq de concert où elle semble s'être battue pour offrir un ensemble le plus cohérent possible au public, elle termine avec une petite ritournelle commençant par "Framboise je t'aime" qu'elle jouait "dans les rues à Paris en faisant la manche". Les lumières se rallument, la musique sort des haut-parleurs dans la salle. Et là, ça en devient presque touchant: elle reste sur scène, fragile, limite hébétée, pour distribuer lentement sa setlist et des roses blanches aux spectateurs qui, en échange, lui offrent du chocolat et des mots affectueux. On croit avoir décelé des larmes, mais rien n'est moins sûr dans cette drôle de soirée dont on se souviendra.

    > Philippe Sadre